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Full text of "Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours"

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HISTOIRE 



MÉNAGERIES 

DE L'ANTIQUITÉ A NOS JOURS 



HISTOIRE 



DES 



MÉNAGERIES 

DE L'ANTIQUITÉ A NOS JOURS 



PAR 



GUSTAVE LOISEL 

Docteur es sciences. Docteur en médecine. 
Directeur de laboratoire à l'École des Hautes-Etudes. 



I 

Antiquité 
Moyen âge — Renaissance 



Ouvrage illustré de 16 planches hors texte. 



PARIS 



OCTAVE DOIN ET FILS 

ÉDITEURS 
8, PLACE DE l'oDÉO?! 



HENRI LAURENS 

ÉDITEUR 
6, RUE DE TOUHNON 



1912 

Tous droits de traduction et de reproduction réserrés pour tous pays. 




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Copyright, by Henri Laiirens and Octave Doin 
and son, 1912. 



HISTOIRE DES MÉNAGERIES 

DE L'ANTIQUITÉ A NOS JOURS 
INTRODUCTION 



Cet ouvrage est le résultat de six années d'études, 
de recherches et de voyages dont le point de départ a 
été une campagne que nous avons entreprise, en igoS 
et 1906, pour obtenir une réorganisation et une utilisa- 
tion plus complète de notre vieille ménagerie nationale. 
A la suite de ces premiers efforts, M. le Ministre de Flns- 
truction publique voulut bien nous confier trois missions 
scientifiques ' dans les jardins zoologiques d'Europe et 
d'Amérique, et ce sont les Rapports de ces missions 
qui forment la matière principale du troisième volume 
de cet ouvrage. 

Pendant le cours de nos voyages de mission, nous 
avions été conduit naturellement à rechercher les ori- 
gines des différents établissements que nous visitions, et, 
pour cela, nous fûmes obligé parfois de faire de longues 
recherches dans les archives, bibliothèques et musées 
des pays étrangers. Grâce à Taccueil empressé que nous 
reçûmes partout, nous rapportâmes ainsi, de nos voyages, 
un nombre considérable de documents historiques ou 
iconographiques qui n'ont pas trouvé place dans nos 
Rapports et qui, complétés par des documents analogues 

^ Dans une nouvelle mission scientifique que nous avons accomplie pendant 
l'été 1910, et dont le rapport n'est pas encore publié, nous avons eu l'occa- 
sion de visiter la Pologne, la Russie, la Finlande et la Scandinavie. 



a HISTOIRE DES MENAGERIES 

recueillis en France, forment le fond de nos deux premiers 
volumes \ 

Nous avions été précédé, dans cette double tâche des- 
criptive et historique, par une série de voyageurs 
français qui commence avec les a pourvoyeurs de bestes 
estranges » de Louis XI et se termine, sous l'ancien 
régime, par la mission que le ministre de Louis XV, 
d'Argenson, confia à Valmont de Bomare^ Au xix® et au 
XX* siècles, en France, les missions à l'étranger se conti- 
nuèrent d'abord comme autrefois, mais elles prirent bientôt 
un caractère spécial qui ne concerne pas notre sujet. 

A rétranger, au contraire, l'activité déployée dans ces 
dernières années par les zoologistes-voyageurs, pour être 
plus tardive, a été beaucoup plus grande qu'en France. 
C'est d'abord un surintendant du Jardin zoologique de 
Londres, M. Sclater, qui, de i863 à 1900, consacra chaque 
année une partie de son temps à visiter les établisse- 
ments zoologiques du continent, de l'Egypte, de Tunis 
et même du Gap. Ses voyages ne lui donnèrent pas l'oc- 
casion de faire une étude complète de ces établissements 
ni un rapport d'ensemble, mais seulement un certain 
nombre de courtes notes qui furent publiées successive- 
ment dans les Proceedings de la Société zoologique de 

1 Nous devons remercier ici : le prince Montenuovo, grand-maître de la 
Cour impériale d'Autriche ; le D' Gustave Gluck, conservateur au Musée 
artistique et historique de Vienne; M. M. Chalmers Mitchell, secrétaire de la 
Société zoologique de Londres ; Dahlgren, directeur de la Bibliothèque royale 
à Stockholm ; Gustave Maçon, conservateur du Musée Condé, à Chantilly ; 
van Riemsdyk, archiviste général des Pays-Bas ; van Verweke, conservateur 
du Musée archéologique à Gand. Enfin, parmi les nombreuses bibliothèques^ 
collections de musée et conservations d'archives où nous avons puisé, nous 
sommes heureux de pouvoir mentionner tout particulièrement la Bibliothèque 
de la Sorbonne pour la richesse de ses collections historiques, et pour les 
facilités de recherche que son administration nous a offertes. 

2 La mission de Valmont de Bomare, concernant surtout l'étude des diffé- 
rents cabinets d'histoire naturelle de l'Europe, s'étendit sur une période de 
douze années. Revenu définitivement en France, en 1766, Valmont de Bomare 
crut devoir, plus tard, détruire complètement la rédaction qu'il avait faite 
de ses voyages. (Voir P. Mirault.) 



INTRODUCTION 



Londres. En 1878, ce fut un allemand, Léopold Martin, 
qui publia une excellente étude hisStorique et descriptive 
des jardins zoologiques actuels; puis, en 1896, c'est le 
D' Hornaday qui est envoyé par la société en formation 
du Parc zoologique de New- York, pour visiter les grands 
jardins zoologiques d'Europe; il rapporta de ce voyage 
une étude intéressante qu'il a bien voulu nous commu- 
niquer en entier et dont une partie seulement a été 
publiée. En même temps, le D^ Charles Townsend par- 
courait, pour une raison analogue, les différents aquariums 
publics d'Europe et écrivait à son retour un rapport 
de mission qui a été publié dans le septième rapport 
annuel de la Société zoologique de New- York. En 1901, 
un membre de la Société zoologique de Londres, M. Peel, 
visita à son tour les principaux jardins zoologiques d'Eu- 
rope et publia, deux ans après une relation de son voyage. 
En 1904, la Société zoologique de Londres chargea à nou- 
veau le surintendant de son Jardin, alors M. R. J. Pocock, 
d'un voyage d'études dans les jardins zoologiques du con- 
tinent avec mission de noter les perfectionnements appli- 
cables à celui de Londres. M. Pocock consacra quelques 
semaines à parcourir les jardins d'Allemagne, de Bel- 
gique et de Hollande et écrivit, à son retour, un rapport 
non publié mais dont une copie nous a été gracieuse- 
ment offerte par le secrétaire général de la Société, 
M. Chalmers Mitchell. Enfm, en 1900, M. Stanley Flower, 
directeur du Jardin zoologique de Giza, fut chargé, par 
le gouvernement égyptien, de visiter, à son tour, les 
jardins zoologiques d'Europe. 

Ces différents travaux d'ensemble, auxquels il faudrait 
ajouter encore nombre d'études spéciales concernant tel 
ou tel jardin zoologique, ne nous ont guère servi, car 
nous sommes allé étudier par nous-même, et avec plus de 
détails, tous les établissements dont ils parlent. Il n'en 



HISTOIRE DES MENAGERIES 



est pas de même des travaux d'érudition qui ont été faits 
sur les ménageries anciennes, de ceux de Britton et 
Brayley, de Galkoen, de Riemer, de Fitzinger, de Hamy, 
de Harwey, de Stow-Bennett, de Stricker, de Strickland 
et de plusieurs autres dont nous aurons à reparler au 
cours de notre ouvrage ; mais là encore, si nous avons 
recueilli nombre de documents précieux sur l'histoire des 
ménageries d'autrefois, nous n'avons trouvé aucune 
œuvre d'ensemble analogue à la nôtre. 

Ce n'est donc pas sans quelque crainte que nous 
publions cet ouvrage auquel nous étions bien peu pré- 
paré. N'ayant ni l'éducation, ni l'érudition d'un histo- 
rien ou d'un archéologue, nous avons grandement 
conscience de son imperfection, et nous savons, qu'en 
dehors de quelques points particulièrement étudiés, il 
n'aura d'autre mérite que d'avoir esquissé, pour les tra- 
vailleurs futurs, une enquête aussi attachante que com- 
plexe, et qui, par tant de côtés, confine à la grande his- 
toire. A fouiller le champ qui nous était offert, nous 
n'avons pas tardé, du reste, à nous passionner, et nous 
pensons que les zoologistes eux-mêmes prendront plaisir 
et intérêt à le parcourir maintenant avec nous. 

Les anciens, beaucoup plus que nous, ont aimé la fré- 
quentation de l'animal ; plus près de la nature, vivant une 
vie plus simple et moins mondaine, ils sont demeurés 
en contact intime et suivi avec les animaux sauvages de 
leur pays, avec les « bestes estranges » qu'on leur rap- 
portait des contrées lointaines ; ils les ont ainsi mieux 
connus, à certains points de vue mieux compris, et ils 
ont certainement su les asservir au gré de leurs plaisirs 
ou de leurs besoins. Les zoologistes trouveront donc 
peut-être, dans notre ouvrage, quelque détail utile, nou- 
veau ou inconnu d'eux ; ils pourront y lire certaines his- 
toires de mœurs d'animaux qui, la part de la légent^e 



INTRODUCTION 



étant faite, ne manqueront pas de les intéresser ; ils y 
découvriront le rôle très grand que les ménageries an- 
ciennes ont eu dans l'évolution des diverses sciences 
zoologiques ; enfin ceux-là mêmes qui, de nos jours, 
ont la charge de diriger ou d'administrer les jardins 
zoologiques, pourront trouver presque autant d'intérêt à 
connaître l'histoire des ménageries anciennes que celles 
des ménageries actuelles ; car il est important de savoir 
comment les choses ont vécu autrefois, pour mieux com- 
prendre comment elles peuvent péricliter et mourir 
aujourd'hui. 

Les historiens trouveront, eux aussi, nous l'espérons, 
quelque intérêt à parcourir cet ouvrage. Ils y verront 
la part immense que la coutume de garder des animaux 
sauvages en captivité a joué dans les mœurs des grands 
et dans les amusements des peuples d'autrefois ; ils 
comprendront mieux comment l'art des animaliers a pu 
se former, grâce à cette coutume, et comment il a évolué 
avec elle^ On nous reprochera peut-être d'avoir donné, 
dans notre ouvrage, une part trop grande à notre pays. 
En effet, l'histoire des ménageries de Versailles, de 
Chantilly et du Muséum présentera un développement 
beaucoup plus grand que celle des autres ménageries. 
Mais, outre que notre documentation a été naturelle- 
ment ici plus abondante et plus facile, il ne faut pas 
oublier que la France du xvii® et du xviii® siècles, peut- 
être même celle des deux siècles précédents, a été, de 
tous les pays du monde, celui où les ménageries ont été 
les plus florissantes. D'autre part, on verra que les 
ménageries de Versailles et du Muséum, en particulier, 
ont été des initiatrices en leur genre, et que ces éta- 

* Il ne faut pas s'attendre à trouver dans notre ouvrage une histoire de 
cet art, ni même le nom de tous les artistes qui ont représenté des animaux 
de ménagerie. C'était là un sujet trop vaste que nous avons abandonné à 
regret, mais que nous reprendrons peut-être un jour. 



6 HISTOIRE DES MÉNAGERIES 

blissements ont servi de modèles à toutes les ména- 
geries qui sont venues immédiatement après eux. 

L'expression de ménagerie^ que nous avons prise, 
comme titre de cet ouvrage, a été choisie par nous parce 
que cette expression fut vraiment internationale au xvii* 
et au xviii* siècles et parce qu'elle est encore employée 
communément aujourd'hui dans beaucoup de jardins 
zoologiques étrangers'. C'est un vieux mot français qui 
paraît dater de la fin du xvi® siècle^ et qui eut d'abord 
pour signification le gouvernement de la famille, le soin 
de la maison et de tout ce qui s'y rapporte. Brantôme disait 
des dames françaises du temps de Charles IX : « On n'osoit 
entamer [avec elles] aucun propos d'amours, si non que 
de mesnageries, de leurs jardinages, de leurs chasses et 
oyseaulx^ » ; et, à la même époque, La Boëtie ne trouvait 
pas d'autre mot pour intituler sa traduction française de 
\ Economie domestique et rurale de Xénophon. On disait 
encore, dans le même sens, ménage ou mesnage, mais 
bientôt ce dernier mot resta appliqué au soin intérieur 
de la maison et celui de ménagerie ne désigna plus qu'un 
« lieu pour engraisser bestiaux et volailles* ». C'est dans 
la seconde moitié du xvii' siècle que le mot ménagerie 
commença à être usité dans le sens actuel. Avant cette 
époque, il n'y avait pas d'expression particulière pour dési- 
gner les logements d'animaux sauvages ; en France, on 
parlait encore de volières, de viviers, d'hostel ou de mai- 
son des lions, de sérail, etc., quand Louis XIV eut l'idée de 
transformer à Versailles l'ancien ménage ou ménagerie 

^ Comme synonyme de jardin zoologique, à Schônbrunn ; comme dési- 
gnant seulement la collection d'animaux qui existe dans un parc ou dans un 
jardin, comme à New-York ou à Chicago par exemple. 

^ Aimar de Ranconnet, le premier lexicographe français, parle bien en effet 
de mesnage et de mesnagier, mais non de mesnagerie. 

3 T. IX, p. i83. 

* Diction, de l'Académie, i'" éd., 1684. 



INTRODUCTION 7 

de Louis XIII, comme nous le dirons plus loin. L'exemple 
du grand Roi n'ayant pas tardé à être imité de toutes les 
cours, on ne se servit plus dès lors de ce dernier mot. à 
l'égard des châteaux des princes ou des seigneurs, que 
pour désigner remplacement où 1 on gardait des animaux 
sauvages, a plutôt par curiosité et magnificence que 
pour le profit* » ; on n'entendit plus parler alors que de 
« ménagerie pour les bêtes féroces », « ménagerie pour 
les oiseaux de mer », « ménagerie pour les poules de dif- 
férentes espèces », etc. 

C'est dans ce sens collectif, désignant toute espèce 
de logement d'animal, qu'il faut entendre le titre de 
notre ouvrage. Nous ne ferons donc pas seulement ici 
l'histoire et la description de ces établissements auxquels 
on donne, depuis le xix^ siècle, de préférence le nom 
impropre de jardin zoologique; nous ferons en réalité l'his- 
toire de la garde et de l'élevage des animaux sauvages 
ou étrangers depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, que 
nous trouvions l'animal dans une « maison de bêtes », 
dans une fosse, dans un bassin, dans une simple cage 
ou même vivant en demi-liberté dans un parc ou dans 
quelque pièce d'un château; enfin que cet animal soit 
gardé pour le luxe ou l'amusement, pour la chasse ou la 
table, ou encore pour servir à la science et à l'art, 
toutes choses qui étaient confondues dans les ménageries 
d'autrefois et qui le sont souvent encore dans les ména- 
geries d'aujourd'hui^. Au reste, nous ne parlerons 

^ Diction, de Furetière, 1690. Le Dictionnaire de Richelet, qui avait paru 
dix ans auparavant, donnait déjà à ce mot le sens actuel : « Ménagerie. C'est 
un lieu au château de Versailles où l'on voit tout ce qui peut rendre la vie 
champêtre agréable et divertissante par la nourriture des animaux de toutes 
sortes despèces. u 

' Nous ne désignerons généralement les animaux, dans le corps même de cet 
ouvrage, que par leur nom français et avec des lettres minuscules en tète de 
leur nom pour rester dans la tradition française ; mais on trouvera la syno- 
nymie scientifique actuelle de ces noms à l'Index zoologique qui termine le 



8 HISTOIRE DES MENAGERIES 

qu'incidemment des animaux employés pour la chasse, 
de la vénerie et de la fauconnerie. Bien que ce sujet 
touche parfois de très près au nôtre, il est, dans son 
ensemble, trop particulier, et, du reste, il a été traité 
tant de fois, depuis l'antiquité*, que nous n'aurions pu 
donner qu'un bien faible résumé de ce qui a été écrit 
avant nous. 

3® volume. Pour les références bibliographiques et le détail des sources, se 
reporter à la fin de chaque volume. Il sera bon de compléter, du reste, les 
bibliographies des trois volumes l'une par l'autre. 

* La bibliographie générale des ouvrages sur la chasse, la vénerie et la 
fauconnerie, publiés depuis l'antiquité jusqu'à nos jours a été donnée suc- 
cessivement par : Enslin, Kreysig, Schneider et Souhart. 



prejmiere partie 

ANTIQUITÉ ET MOYEN AGE JUSQU'A LA FIN DU XIV* SIÈCLE 



CHAPITRE PREMIER 

LES MÉNAGERIES DES ÉGYPTIEiNS 

1. Origines delà coutume de garder des animaux sauvages en captivité. — 

Totémisme et animaux sacrés. 

2. Ménageries sacrées des Égyptiens. — Culte des animaux et ménageries 

des Temples. 

3. Les momies d'animaux. 

A. Les animaux de chasse et les lions familiers des Pharaons. 

5. Les parcs à animaux. Le Jardin d'Acclimatation de la reine Hatasou. 

Moyens employés pour se procurer des animaux vivants. 

6. Les ménageries d'Alexandrie et la procession des Grandes Dionysies. 

I. Les causes qui ont amené Thomme à garder et à 
nourrir près de lui des animaux captifs, furent certaine- 
ment multiples et nécessairement variables avec l'évo- 
lution des mœurs. Les besoins du chasseur-guerrier, 
l'orgueil du dominateur, la curiosité du savant en ont 
été sans doute, comme le disait Lacépède, des mobiles 
puissants ; mais les causes premières semblent devoir en 
être recherchées dans cette sorte de crainte ou de res- 
pect que l'homme primitif eut toujours pour la nature 
animée et en particulier pour l'animal. Dans des degrés 
de civilisation plus avancés, ce respect s'est transformé 
en vénération, puis en culte, soit que tel animal ou telle 
espèce animale fût considéré simplement comme une 
force utile ou redoutable, soit qu'on le regardât comme 



lO ANTIQUITE 

l'ancêtre et le protecteur de la tribu (c'est ce que les 
savants appellent aujourd'hui le totémisme) ^ ; soit enfin 
qu'il représentât la réincarnation des ancêtres selon la 
doctrine de la métempsycose ; ailleurs encore l'animal 
devient l'intermédiaire entre l'homme et la divinité, 
à moins qu'il ne personnifie la divinité elle-même. L'ob- 
servation des peuples primitifs actuels montre que ces 
différentes formes du respect de l'homme pour l'animal 
ont dû jouer un rôle important dans l'histoire des ména- 
geries. En étudiant ces peuples de près, en pénétrant 
leurs mœurs, on s'aperçoit, en effet, que l'espèce ani- 
male vénérée, le totem, est, dans leur croyance, la forme 
primitive sous laquelle les hommes de leur race sont 
apparus sur la terre ; ils croient que tous les animaux de 
cette espèce, non seulement ne leur font pas de mal, mais 
encore les protègent ; aussi s'abstiennent-ils de les tuer 
et de manger leur chair. C'est donc une sorte d'alliance 
que la tribu fait avec son animal totem, et celui-ci devient 
ainsi tahou'^ ou sacré; de là à lui rendre un culte, à le 
garder et à le nourrir en captivité pour être plus près 
de son protecteur, parfois même à le sacrifier au cours de 
cérémonies cultuelles et à manger sa chair pour se sancti- 
fier, il n'y a qu'un pas. 

II. C'est en effet sous la forme de ménageries sacrées 
que l'on voit apparaître, pour la première fois dans l'his- 
toire, la coutume de garder des animaux sauvages en 
captivité. 

Les Égyptiens, le peuple le plus anciennement civilisé 
de la terre, avaient, dans leur religion, un culte pour un 

^ Du mot Totem ou Otem, expression nord-américaine qui désigne l'animal 
sacré. 

2 « Tabou, en polynésien, signifie, à proprement parler, ce qui est sous- 
trait à l'usage courant. » (Salomon Reinach. Orpheus, p. 4>) Le totémisme 
serait un système spécial et dérivé du tabou. 



LES MENAGERIES DES EGYPTIENS II 

grand nombre d'animaux considérés primitivement sans 
doute comme animaux totems, mais qui étaient devenus 
des formes symboliques de leurs divinités. Il est bien 
difficile de se représenter aujourd'hui l'idée exacte que 
l'Egyptien antique se faisait de l'animal sacré, et cela 
d'autant plus que la religion égyptienne varia beaucoup 
au cours de sa longue histoire. 

Pour l'intelligence de ce qui va suivre, nous croyons 
devoir rappeler, en quelques lignes, d'après le prêtre 
égyptien Manéthon, qui vivait à Héliopolis, au m' siècle 
avant notre ère, les grandes périodes de cette histoire. 

I. De 5ooo à 3ooo ans avant Jésas-Christ. 

Ancien Empire ou Période memphite. — Dynasties I à X. (Princi- 
paux dieux : Horus, Ra, Osiris. — Monuments : Grand sphinx, Pyra- 
mides de Gizeh, Pyramides de Sakkarah.) 

II. De 3ooo à 25oo ans. 

Moyen Empire ou Première période thébaine. — Dyn. XI à XIV. 
(Conquête de la Nubie. — Monuments : Lac Mœris, Labyrinthe.) 

III. De aSoo à 1700 ans. 

Conquête du nord de l'Egypte par les Hycsos ou Pasteurs, bar- 
bares venus d'Arabie. — Dyn. XV à XVIII. (Les dynasties nationales se 
maintiennent à Thèbes.) 

IV. De 1700 à 1000 ans. 

Nouvel Empire ou Seconde période thébaine. — Dyn. XVIII 
à XX. (Conquête delà Syrie et delà Palestine. — Relations avec l'Asie. 
— Monuments : Serapeum, Colosse de Memnon, Obélisques, Salle 
hypostyle. Temple d'Ammon dont le culte se généralise en un essai de 
monothéisme sous l'influence des prêtres d'Héliopolis.) 

V. De looo à 5^5 ans. 

Pharaons de Tanis, de Rubastis et de Sais. — Dyn. XXI à XXVI 
(Retour au polythéisme ancien; culte du dieu Rès; fondation, dans le 
delta, de la ville de Naucratis par des colons grecs.) 

VI. De 5i5 à 414 ans. 

L'Egypte, conquise par le roi de Perse, Cambyse, devient une 
province de l'empire des Achéménides. — Dyn. XXVIII*. (Voyage 
d'Hérodote en Egypte.) 

VII. De 404 à 399 ans. 

Expulsion des Perses d'Egypte. Pharaons saïtes. — Dyn. XXVIII* 
(^Voyage de Platon en Egypte.) 



la ANTIQUITE 

VIII. De 3g9 à 35o ans. 

Pharaons de Mendès. — Dyn. XXIX*. Pharaons de Sebennytos. 
— Dyn. XXX% Nectanèbe II, le dernier des Pharaons. 

IX. De 35o à 332 ans. 

L'Egypte, conquise par Artaxerxès III, redevient une province de 
l'empire des Perses. 

X. De 332 à 3o5. 

Conquête d'Alexandre le Grand. Fondation d'Alexandrie en l'an 33 1. 

XI. De 3o5 à l'an 3o. 

Dynastie des Lagides ou des Ptolémées. Cléopâtre, dernière reine 
d'Egypte. Introduction des dieux gréco-asiatiques : Sérapis et Dio- 
nysos. 

XII. De l'an 3o, avant notre ère, à 384 après Jésus-Christ. 
L'Egypte devient province romaine ; ses mœurs sont décrites, au 

début de cette période, par Diodore de Sicile qui donne (I, chap. lxxxvi 
à xc) l'opinion des Egyptiens cultivés de ce temps sur les diverses 
origines du culte des animaux. 

Une opinion ancienne voulait que le culte des animaux 
eût été introduit d'Ethiopie en Egypte avec les hiéro- 
glyphes par les philosophes indiens appelés Gymnoso- 
phites ; mais il paraît certain aujourd'hui que ce fut 
l'Ethiopie, au contraire, qui dut sa civilisation à l'Egypte 
et que, dans l'origine, tous ou presque tous les animaux 
furent objet de crainte ou de respect de la part des Egyp- 
tiens ; c'est peu à peu que ce peuple aurait éliminé la 
plupart des espèces sauvages inutilisables pour ne garder 
que les espèces utiles. En tout cas, le bœuf et le serpent 
furent les premiers et les plus répandus des animaux 
sacrés de l'Egypte. Le taureau, sous le nom à'Apis^^ 
symbolisait le Soleil; la vache était la déesse Lune qui, 
sous le nom d'Athor^, représentait la nuit éternelle, le 
chaos d'où renaissaient constamment tout ce qui existe 
dans la nature et jusqu'au soleil lui-même. Le serpent 

* Ou Hapi qui devint ensuite Osiris ou Horu». 

* Ou Hathor, qui derint ensuite Isis. 



LES MÉNAGERIES DES ÉGYPTIE>'S l3 

[Urœus) était l'esprit fécondant d'Athor; c'était la force 
créatrice de la substance primordiale ; son corps enroulé 
sur lui-même représentait le cercle, la plus parfaite des 
figures, qui, comme la puissance fécondatrice elle-même, 
n'avait ni commencement ni fin. 

A côté du bœuf et du serpent qu'on adorait partout, 
on trouvait encore, dans le Panthéon égyptien, vingt- 
cinq à trente autres animaux sacrés adorés ou vénérés, 
plus spécialement dans quelque ville ou quelque nôme 
particulier : 

Les cynocéphales étaient adorés dans les deux Hermopolis. 

Les sapajous — à Memphis. 

Les hippopotames — à Papremis. 

Les chats — à Bubastis. 

Les lions — à Léontopolis et à Héliopolis. 

Les loups — à Lycopolis. 

Les chiens — à Cynopolis. 

Les mangoustes — dans les deux Heracleoplis. 

Les musaraignes — à Buto et à Athribis. 

Les chèvres sauvages — à Coptos. 

Les boucs — à Mendès. 

Les béliers — à Thèbes et à Saïs. 

Parmi les oiseaux, on trouvait d'abord l'ibis, le vautour, 
la cigogne et la huppe, qui, comme le bœuf et le ser- 
pent, mais à un moindre titre, étaient révérés dans toute 
rÉgypte ; puis c'étaient : 

L'épervier qu'on adorait dans les deux Héracleopolis et à Buto. 
L'aigle — dans la grande Diospolis. 

La chouette — .à Saïs. 

Les reptiles sacrés étaient, outre des serpents, des 
crocodiles qu'on adorait à Thèbes, à Arsinoé, la Crocodi- 
lopolis du lac Mœris, et dans d'autres villes. Comme pois- 
sons, la perche fut adorée à Latopolis, la carpe à Lepi- 
dotum, le brochet à Oxiriaque, le Lates niloticus^ à 

* C'est un superbe poisson de la famille des Percoïdes, qui habite encore 



I4 ANTIQUITE 

Esné. Enfin on trouvait un peu partout : dans les temples, 
dans les sépulcres, sur la caisse des momies, etc., des 
dessins, des peintures, des statuettes en jaspe, en por- 
celaine ou en cornaline représentant des scarabées sacrés ; 
leurs mœurs curieuses avaient fait considérer ces insectes 
comme l'emblème de la sagesse et de l'industrie, en 
même temps qu'on voyait dans la boule où ils déposent 
leurs œufs le symbole des renaissances successives. 

Tous ces animaux sacrés étaient respectés par les 
Egyptiens, au point que le meurtre, même involontaire, 
de l'un d'eux était puni de mort \ De plus, et ceci nous 
conduit directement à notre sujet, quelques représen- 
tants de ces espèces, ceux que les prêtres avaient 
reconnus à certains caractères comme étant les Ani- 
maux-Dieux, étaient apprivoisés, gardés et nourris près 
des parvis ou même dans l'intérieur des édifices sacrés. 
« Les sanctuaires des temples sont ombragés par des 
voiles tissés d'or », écrivait Titus Flavius Clément, un 
contemporain qui vivait à Alexandrie. « Si vous avancez 
vers le fond de l'édifice et que vous cherchiez la statue, 
un prêtre s'avance d'un air grave en chantant un hymne 
en langue égyptienne, et soulève un peu le voile comme 
pour vous montrer le dieu. Que voyez-vous alors ? Un 
chat, un crocodile, un serpent indigène ou quelque autre 
animal dangereux. Le dieu des Egyptiens paraît : c'est 
une bête vautrée sur un tapis de pourpre. » A Héliopolis, 
le lion sacré qu'on gardait dans le temple du Soleil 
{Ammon Râ) « était nourri de viandes recherchées ; on 
accompagnait ses repas de mélodies sacrées, et souvent, 

aujourd'hui les eaux du Nil de la Haute Egypte où on le connaît sous le nom 
de hayard. 

* Il en était ainsi, du moins, pour le chat et pour l'ibis, d'après ce que 
nous rapporte Diodore de Sicile qui visita l'Egypte sous le règne de Pto- 
lémée Aulète, c'est-à-dire soixante ans avant notre ère. Diodore de Sicile, 
I, 83.8 (trad. de A.-F. Miot. I, p. i68.) 



LES MÉNAGERIES DES ÉGYPTIENS l5 

pour donner satisfaction à ses instincts de carnage, on 
enfermait en sa compagnie quelque animal vivant que 
de nombreux spectateurs se plaisaient à le voir poursuivre 
et dévorer* ». A Arsinoé, les crocodiles sacrés du lac 
Mœris « étaient si bien apprivoisés qu'on leur mettait 
des colliers au cou, des periscélides [ou anneaux] aux 
pattes et qu'on les faisait venir, par un simple cri, d'un 
bout du lac à l'autre pour leur tendre des gâteaux ou des 
morceaux de viande apportés par des visiteurs dévots' ». 

Pour ces ménageries sacrées, les Egyptiens affectaient 
d'abord une certaine étendue de terre dont le produit 
était suffisant pour subvenir à la nourriture et à l'entretien 
des animaux. Ensuite, comme les Egyptiens étaient dans 
l'usage, pendant les maladies de leurs enfants, de faire 
des vœux à quelque dieu pour en obtenir la santé, ils 
accomplissaient ces vœux en se faisant raser la tête, et 
après avoir pesé les cheveux qu'ils avaient coupés contre 
un poids égal d'or et d'argent, ils en donnaient la valeur 
aux gardiens de la ménagerie ^ Sil'oifrande était destinée 
à des éperviers, les gardiens achetaient de la viande 
avec l'argent qu'ils recevaient, puis appelant les oiseaux 
en poussant de grands cris, ils leur jetaient les morceaux 
de chair qu'ils leur faisaient saisir au vol. Si c'étaient 
des ichneumons ou des chats, ils leur donnaient du pain 
trempé dans du lait, après les avoir appelés par un cla- 
quement de la langue, ou bien leur présentaient des 
poissons du Nil coupés par tranches ^ 

Pour les apis de Memphis et de Mnevis dans Hélio- 
polis, pour les boucs de Mendès, les crocodiles du lac 

*■ Loret, p. 89. 

* Loret, p. 87. Dans notre troisième volume, nous verrons faire la même 
chose avec les tortues des temples japonais. 

^ (Diodore de Sicile, loc. cit.). Ces gardiens étaient munis d'insignes parti- 
culiers qui les faisaient reconnaître de loin quand ils se montraient dans les 
villes et les campagnes ; les passants les saluaient avec le plus grand respect. 



l6 ANTIQUITE 

Mœris, les lions de Léontopolis et d'autres animaux, on 
confiait leur entretien aux soins des hommes les plus 
distingués de l'Etat, qui leur prodiguaient une nourri- 
ture recherchée. On faisait cuire, dans le lait, la fleur de 
farine et le gruau qu'on leur donnait à manger avec des 
gâteaux assaisonnés de miel; on leur fournissait cons- 
tamment de la chair d'oie bouillie ou rôtie, et, pour les 
animaux carnassiers, on leur jetait en grande quantité 
des oiseaux pris aux filets. En un mot, non seulement 
ces hommes faisaient la plus grande dépense pour la 
nourriture de leurs animaux, mais encore ils leur pré- 
paraient des bains tièdes, les oignaient des huiles les 
plus précieuses, brûlaient devant eux des parfums, 
enfin les couvraient de riches tapis et de toutes sortes 
d'ornements. De plus, dans le temps où les deux sexes 
doivent se rapprocher, ils faisaient pourvoir à leurs besoins 
avec une recherche toute particulière, et l'on nourrissait, 
sous le nom de concubines, des femelles de chaque 
espèce d'animaux choisies parmi les plus belles et entre- 
tenues avec luxe et à grands fraisa 

Pourtant, la dignité d'animal-dieu n'allait pas sans quel- 
ques inconvénients. Si ces animaux étaient bien nourris 
et bien fêtés, par contre les logements qu'on leur réser- 
vait n'étaient pas toujours très sains. En effet, les 
recherches que Lortet et Gaillard ont faites sur les somp- 
tueuses momies de béliers découvertes lors des fouilles 
de M. Glermont-Ganneau dans l'île Eléphantine, ont 
montré sur le squelette de ces animaux la trace de lésions 
osseuses ankylosantes et des sabots longs et déformés 
comme ceux que présentent les ruminants tenus long- 
temps en captivité dans des espaces étroits, peu aérés et 

^ Tout ce passage sur l'entretien des ménageries sacrées est pris textuel- 
lement à Diodore de Sicile, I, ch. lxxxiii et lxxxiv (traduct. comparées de 
Hœfer, I, p. 96-98 et de Miot, I, p. 166-171). 



LES MENAGERIES DES EGYPTIENS 17 

privés en partie de lumière ^ ; ces savants ont trouvé les 
mêmes déformations osseuses sur les squelettes des 
cynocéphales de la nécropole des singes, dans la vallée 
des Rois^, à Thèbes. 

Mais cela n'était sans doute que pour des individus 
particuliers ou pour des circonstances déterminées, car 
la plupart des animaux des temples étaient élevés en 
plein air et en demi-liberté. Autrement, on ne compren- 
drait pas ce passage de la confession de TEgyptien con- 
servée dans le Livre des Morts : « Je n'ai point chassé 
les bestiaux sacrés sur leurs herbages I Je n'ai pas pris au 
filet les oiseaux divins ! Je n'ai pas péché les poissons 
sacrés dans leur étang... Je n'ai pas repoussé les bœufs 
des propriétés divines ^.. » 

III. Quand les animaux sacrés mouraient, « des lois 
générales réglaient la forme et la durée du deuil public, 
les funérailles, l'embaumement et la translation du corps 
aux lieux particuliers destinés à recevoir la dépouille de 
chaque espèce^ ». On les inhumait auprès de leurs 
temples ou bien on les portait en des endroits choisis : 
les singes et les musaraignes sacrés à Thèbes % les chats 
à Bubaste, les éperviers à Buto, les poissons à Esné, etc. 
Là, des ouvriers spéciaux les embaumaient et plaçaient 
leur corps, entouré de bandelettes, dans des nécropoles 

^ Lortet et Gaillard, a^ série, p. a6. 

^ Ibid., 3* série, p. 1 et 1. 

' Confession négative, chap. laS. Traduct. E. Revillout, p. 67a. 

* Encyclopédie catholique, Paris 1840 ; Animaux, art. très documenté, 
auquel nous renroyons pour les sources que nous ne donnons pas ici. Dio- 
dore de Sicile en particulier dit que, pour ces funérailles, ceux qui avaient 
pris la charge des ménageries sacrées ne dépensaient pas moins de 100 talents, 
c'est-à-dire environ SSo.ooo francs (I. ch. lxxxiv). 

' La grande nécropole des singes de Thèbes, située au sud-ouest de la 
ville en un lieu appelé aujourd'hui Quasr-el Agouz, date seulement de l'époque 
des Ptolémées. 



l8 ANTIQUITÉ 

particulières à chaque espèce. Une des premières décou- 
vertes de ces sépultures fut faite, en i85i, par Mariette, 
au cours d'une exploration que ce savant faisait de la 
nécropole de Sakkarah ; c'était celle des taureaux sacrés 
de Memphis, le Sérapeum, qui contenait 64 momies de 
taureaux sacrés enfermées chacune dans un grand sar- 
cophage de granit ou de basalte. Depuis, des découvertes 
semblables se sont multipliées et des savants, tels que 
Lortet et Gaillard, ont pu fouiller ces sépultures et en 
retirer les corps pour les étudier de près. Ils ont trouvé 
ainsi, dans certaines galeries annexées aux temples, des 
milliers de gazelles (dorcade et isabelle), d'antilopes 
bubales, de mouflons à manchettes, etc., le corps enduit 
de bitume ou trempé dans des solutions concentrées de 
natron \ et entouré de bandelettes. Là encore, l'examen du 
squelette et celui de la dentition prouve avec la dernière 
évidence que la plupart de ces animaux, primitivement 
sauvages, avaient vécu en captivité dans des enclos sacrés^ 
Des momies de chats toujours soigneusement entourées de 
bandelettes élégamment entre-croisées, remplissent en 
quantités prodigieuses d'énormes galeries. « Beaucoup 
de ces souterrains en contiennent des masses si consi- 
dérables, à Sakkarah par exemple, que pendant plusieurs 
années elles furent exploitées pour en faire de l'engrais. 
Ces momies renferment des individus de tous les âges ; 
des myriades de fœtus sont aussi attachés en paquets, 
emmaillotés de bandelettes et placés les uns à côté des 
autres. De petits nouveau-nés remplissent quelquefois la 
cavité abdominale de grandes chattes admirablement 
sculptées dans un morceau de bois, ou bien reposent dans 
de minuscules sarcophages, à couvercles cintrés, très 

* Mélange salin fourni par des efflorescences du sol de l'Egypte et dont 
l'élément prédominant est le sesquicarbonate de soude. 
2 Lortet et Gaillard, i""® partie, p. iv. 



LES MÉNAGERIES DES EGYPTIENS 19 

grossièrement travaillés, et qui semblent avoir été cons- 
truits par des mains d'enfants. » A Thèbes, on a trouvé 
des musaraignes momifiées qui, après avoir été trempées 
dans du bitume et entourées de fines bandelettes dorées, 
avaient été enfermées dans de petits sarcophages de bronze 
ou de bois de sycomore dont le couvercle portait toujours 
une musaraigne de grandeur naturelle admirablement 
sculptée. A Syout, l'ancienne Lycopolis où Osiris était 
adoré sous la forme de loups vivants, les collines occi- 
dentales de la ville sont percées de mille trous au fond 
desquels dorment toujours les momies de ces animaux. 
Ailleurs, ce sont des momies d'oiseaux, et tout d'abord 
des rapaces diurnes ou nocturnes qui se trouvent en 
quantités innombrables, tantôt séparément, tantôt par 
masses de vingt à quarante individus de toutes espèces. 
Les corps sont alors entassés les uns contre les autres, 
solidement collés par une pâte bitumineuse appliquée à 
chaud, et disposés en énormes fuseaux longs d'un mètre 
et demi environ. Les plumes, quoique tachées par le 
bitume, sont ordinairement très bien conservées et la 
plupart des squelettes, montés avec le plus grand som, 
ont pu être comparés, par Lortet et Gaillard, à ceux des 
espèces congénères de l'époque actuelle. 

Puis, ce sont des momies d'ibis que l'on trouve en 
nombre immense dans toute l'Egypte. Parfois le corps de 
ces oiseaux est entouré a de fines bandelettes formant des 
losanges plus ou moins foncés, disposés avec une grande 
élégance. Dans d'autres nécropoles, leur corps simple- 
ment trempé dans une solution concentrée de natron, 
entouré de toiles, a été enfermé dans de grandes 
jarres en terre rougeàtre, grossièrement tournées et 
fermées par une couche de plâtre très habilement appli- 
quée sur l'ouverture. Dans certaines galeries, à Sakkarah, 
par exemple, ces pots placés les uns sur les autres. 



ao ANTIQUITE 

et formant de nombreuses couches superposées, rem- 
plissent par milliers de longues galeries. Quelques-uns 
de ces vases renferment des œufs d'ibis bien conservés. » 
(Lortet et Gaillard.) 

« A Maabdeh, des millions de crocodiles desséchés 
sont ensevelis dans de vastes galeries souterraines, 
qu'aucun voyageur n'a pu encore explorer dans toute 
leur étendue, et qui renferment, à côté de grands cro- 
codiles de deux ou trois mètres, des animaux plus jeunes, 
mesurant de vingt à trente centimètres seulement et liés 
par bottes de dix ou douze. » (Loret, p. 76.) Près de 
Monfalout, à côté d'individus adultes, on trouve encore 
des paquets de jeunes crocodiles collés ensemble par 
le bitume, souvent placés sur des corbeilles d'écorces 
avec des œufs dans l'intérieur desquels on peut trouver 
des embryons bien conservés. Enfin, à Esné, les momies 
de poissons, entourées soigneusement de bandelettes 
de lin, présentent toutes les grandeurs, depuis quel- 
ques centimètres jusqu'à i°^,5o de longueur ; à côté 
de ces momies, on trouve enterrés dans le sable des 
masses d'alevins de Lates enveloppés de bandelettes et 
de papyrus. 

IV. Les Egyptiens avaient, à la vérité, pour garder en 
captivité des animaux sauvages, d'autres raisons que celles 
du sentiment religieux. C'étaient, en effet, de très grands 
chasseurs, et ils avaient dressé comme animaux de chasse : 
des chiens et des chats *, des lycaons ou chiens hyénoïdes, 

^ Les chiens des anciens Egyptiens : chien-renard, chien de Dongolah, 
grand lévrier du nord de l'Afrique ou Sloughi, grand chien courant, grand 
mâtin et petit basset, sont figux'és par Lenormant (è, p. i65). 

Voir également : i° sur les chiens et autres animaux de chasse des Egyp- 
tiens : F. Lenormant, al, 343-364- Rosellini, I, p. 197-202, Siber deSihlwald, 
p. 288 et 384, et Birch ; 2° sur les chats des anciens Egyptiens : Lenormant a, 
I, 365-375, Lortet et Gaillard, i'^ partie, 1903. — Disons seulement ici que 
les Egyptiens élevaient deux sortes de chats : le chat domestique tout à fait 



LES MENAGERIES DES EGYPTIENS ai 

des hyènes rayées ', des léopards ou des guépards et jus- 
qu'à des lions. Ils se servaient du lycaon pour la chasse 
en plaine, alors qu'ils avaient dressé les chats, à cause 
de leur légèreté, pour la chasse des petits oiseaux dans 
les marais. On employait les chats pour leur faire cher- 
cher et rapporter les oiseaux tombés dans les roseaux, 
assommés ou seulement étourdis par le choc des bou- 
merangs. 

L'emploi de la hyène et du lycaon pour la chasse dis- 
parut au temps de la XIP dynastie ; le chat, au contraire, 
s'apprivoisait de plus en plus de façon à devenir, vers la 
XV® dynastie, le commensal de la maison. En même 
temps, on voyait dans les meutes de chasse, à partir de 
la XVIIP et de la XIX* dynasties : des guépards et des 
lions ^ Pour les guépards, il est avéré que cet animal 
devint alors et resta toujours en Egypte, avec le chien, 
l'animal de chasse par excellence. Pour les lions privés 
que l'on avait l'habitude de tondre en Egypte comme en 
Assyrie % Lenormant pense qu'ils furent employés par 
les Pharaons surtout pour les accompagner à la guerre. 
Beaucoup de monuments nous montrent, en effet, le lion 
favori du roi sculpté sur les côtés de son fauteuil, de 
son palanquin ou de son char de bataille. Nous connais- 

semblable aux nôtres, mais surtout le chat ganté, grande espèce haute sur 
pattes et à front bombe qui vit aujourd'hui, à l'état sauvage, dans les forêts du 
Fayoum, sur les rivages de la mer Rouge, ainsi qu'en Tunisie et en Tripo- 
litaine . 

* Des hyènes sont représentées, recevant de la nourriture, dans deux tom- 
beaux de la Ylo dynastie : celui de Mererouka ou Méri et celui de Ke-gem- 
ni ou Kagemni, l'un et l'autre à Sakkarah. Ces tombeaux, de même que la mas- 
taba voisine de Ti montrent les représentations des animaux sauvages 
domestiques par les Égyptiens. 

2 Prisse d'Avenues {b. II, pi. XIII) reproduit des sculptures de Thèbes de 
la XVII» et de la XVIII* dynastie, dans lesquelles on voit deux guépards 
avec un collier autour du cou. Dans la même planche un lion est représenté 
avec un harnachement autour du corps. 

^ Voir au musée du Louvre, les lions du Sérapéum, surtout ceux qui sont 
placés sur le côté de l'escalier Daru. 



22 ANTIQUITE 

sons même le nom du lion que Ramsès II, le Sésostris 
des Grecs emmenait à la guerre ; il s'appelait Anta- 
m-nekht; en temps ordinaire, il était enchaîné, devant la 
tente du roi ; mais, quand Ramsès montait sur son char 
pour aller au combat, le lion marchait un peu en avant, 
à côté des chevaux, combattant avec son maître et ren- 
versant d'un coup de patte quiconque s'approchait de 
lui*. 

Les lions apprivoisés ne furent pas en Egypte l'apa- 
nage des seuls Pharaons. Tout homme assez riche pour 
se donner le luxe de pareilles bêtes pouvait en posséder, 
du moins au temps de la domination romaine ; Appollo- 
nius de Tyane rencontra un de ces lions privés lors de 
son voyage en Egypte ; conduit par une simple laisse, 
l'animal suivait partout son maître, jusque dans Tinté- 
rieur des temples et des maisons particulières ; il parais- 
sait fort doux et faisait des caresses à tous ceux qui l'ap- 
prochaient ^ 

V. Les riches Egyptiens avaient, dès les temps 
anciens de Memphis, des parcs et de grandes exploi- 
tations agricoles dans lesquels on trouvait, à côté de 
la plupart de nos espèces domestiques ^ des animaux 



^ Prisse d'Avennes. Monuments... pi. XXVIII, et id. Histoire... II, pi. XL, 
LXXXVII et LXXXYIII, et Champollion, III, pi. CCXYII. 

Ce lion est figuré dans le temple souterrain d'Ibsamboul, dans la Basse- 
Nubie, et sur un des pylônes de Louqsor (Champollion, Monuments... T. I, 
pi. XVII bis et XXV et t. IV, pi. CCCXXVII). Ses exploits à la guerre sont 
racontés gravés sur les monuments précédents par un scribe contemporain, 
du nom de Pentaour (Lenormant, Les premières..., I, 287). La position de 
lions privés à côté des chevaux nous est encore exactement donnée par un bas- 
relief du pavillon de Medinet-Habou, à Thèbes, qui représente cette fois 
Ramsès III partant pour une expédition guerrière (Champollion, III, 
pi. CCXVII). 

2 Voir Apollonius. Ch. xv. 

•'' Voir : Recherches sur Vhistoire de quelques animaux domestiques prin- 
cipalement en Egypte, in Lenormant, I, p. 229 et suivantes. 



LES MENAGERIES DES EGYPTIENS ai 

sauvages apprivoisés et peut-être même vraiment domes- 
tiqués, que nous ne savons plus maintenant asservir 
à nos besoins ou à nos plaisirs. Les tombeaux dePAncien 
Empire, particulièrement ceux de la IV° et de la V^ dynas- 
ties, montrent en effet de nombreux troupeaux de 
gazelles, d'antilopes, de grues, etc., qui paissent sous la 
surveillance de gardiens appuyés sur de longs bâtons. On 
y reconnaît d'abord l'algazelle, la gazelle dorcade, l'anti- 
lope defassa, le bouquetin beden, puis, plus rarement, 
deux autres antilopes : le damalisque du Sénégal, facile- 
ment reconnaissable à ses cornes en forme de lyre, et l'oryx 
beïsa* ainsi que des bubales. Maspero* croit que ce sont 
là des animaux apprivoisés provenant de grandes chasses 
du désert. Fr. Lenormant, allant plus loin, pense qu'il faut 
voir, dans ces troupeaux, des animaux domestiques éle- 
vés pour la boucherie. « Dans presque toutes les tombes, 
en effet, dit-iP, ces animaux figurent en compagnie du 
bœuf, du mouton et de la chèvre, parmi les animaux 
domestiques que les pâtres amènent pour la provision de 
la maison du défunt. D'autres fois elles sont représentées 
toujours à côté du bœuf, du mouton et de la chèvre, 
comme formant des troupeaux, que comptent et enre- 
gistrent les scribes chargés de la comptabilité du bétail. 
(Lepsius, atl. II, 69, 70). Ces troupeaux étaient souvent 
très nombreux et les chiffres inscrits dans quelques 
sépultures montrent le développement qu'avait pris l'éle- 
vage des antilopes à l'état domestique. Le tombeau 
de Sabou, découvert à Sakkarah par Mariette et exécuté 
au commencement de la VI' dynastie, énumère comme se 
trouvant sur la propriété du mort : 

* Sur les oryx dans l'ancienne Egypte, voir deux travaux de A. Bonnet et 
de V. Lortet, in Lortetet Gaillard, 4^, série, p. 1 59-178 avec 20 fig. et i pi. en 
couleurs. 

* 6 I, 63, en note. 
' a I, 3î8. 



a/, ANTIQUITÉ 

4o5 bœufs d'une race dont la représentation est assez 
rare ; 

1.235 bœufs et 1.220 veaux de la race bovine à lon- 
gues cornes, qu'on voit habituellement sur les 
monuments de l'Ancien Empire ; 

i.36o bœufs et i.i38 veaux de l'espèce à cornes 
courtes figurés aussi fréquemment sur les monu- 
ments du même âge ; 

i.3o8 algazelles; 

i.i35 gazelles, et 

1.244 defassas. » 

On engraissait les algazelles, les defassas et les bœufs 
au moyen d'une pâtée que les valets de ferme introdui- 
saient à la main dans la bouche de l'animal \ On en con- 
servait d'autres pour la reproduction ; un bas-relief d'une 
des pyramides de Gizèh, datant de la IV^ dynastie, 
nous montre une gazelle levant gentiment sa patte droite 
pour laisser téter son petit ^; un grand nombre d'autres 
documents, reproduits également par Lepsius, figurent des 
pâtres apportant dans leurs bras ou sur leurs épaules des 
faons d'antilopes, en même temps que des petits veaux, 
des chevreaux et des agneaux ; une petite statuette en 
émail bleu du Louvre' montre une antilope avec les 
quatre pattes ramenées sous le ventre et liées en un seul 
faisceau. 

La mode d'avoir de ces grands troupeaux d'animaux du 
désert, dont Tentretien supposait une richesse considé- 
rable, commença à disparaître dès la XIP dynastie. A 
cette époque, les algazelles sont encore élevées et 

^ Lepsius, Atlas, Abth. II, bl. 139 et iSa. 

2 Lepsius. Atlas, Abtli. II. bl. 12. Grab. 86. 

3 Salle des Dieux, no873. Un document à peu près semblable du musée de 
Boulaq (Maspero, c. n° 4ï6ii, p. "275), indiquerait que c'est là une bête pré- 
parée pour le sacriflce. 



LES MÉNAGERIES DES ÉGYPTIENS 25 

engraissées en captivité', mais les autres antilopes ne 
sont plus figurées sur les tombeaux que comme gibier. 
A partir de la XVIIP dynastie, on ne trouve plus aucun de 
ces animaux dans les grands domaines des Egvptiens, 
mais on y voit paraître un goût de plus en plus vif des 
animaux, des fleurs et des plantes rares. Après avoir 
domestiqué, dans les premiers temps, un grand nombre de 
leurs espèces sauvages, après s'être contentés des tributs 
d'animaux que leur fournissaient la Nubie et TEthiopie, 
les Egyptiens vont maintenant chercher à acclimater des 
espèces nouvelles introduites de pays lointains. L'idée 
leur en avait peut-être été donnée par les Hycsos qui 
avaient amené avec eux en Egypte, le cheval inconnu 
jusqu'alors. En tout cas, dès que ces envahisseurs eurent 
été définitivement chassés, on voit une reine de la 
XVllP dynastie, Hatasou, la glorieuse fille et sœur des 
Thoutmès% envoyer cinq vaisseaux aux « Echelles de 
l'encens », le pays des Somalis, pour y prendre des aro- 
mates, de la myrrhe, de l'encens, de l'ébène, de l'ivoire, 
de l'or et autres choses précieuses que réclamait Amon. 
L'expédition eut un plein succès ; elle revint, rappor- 
tant à Thèbes, non seulement tout ce qui était néces- 
saire aux temples, mais encore quantité d'animaux d'es- 
pèces nouvelles inconnues à l'Egypte : des singes, des 
lévriers, des léopards, une girafe, des centaines de bœufs 
de forte taille et nombre d'oiseaux divers, enfin des 
plantes et des fruits dont trente et un arbres à encens 
qui avaient été enlevés et transportés avec leurs mottes 
de terre. Le cortège défila pompeusement dans les rues 
de Thèbes, puis la reine ordonna de faire planter les 
arbres sur les larges terrasses et le long de la façade 

* Lepsius. Abth. II, bl. 129 et i3a. 

* Ufttshopsitou, Hatshepsou ou Ha-t-schepou, dont le prénom était Râ- 
mâ-Kà. 



a6 ANTIQUITÉ 

extérieure du temple splendide qu'elle venait de faire 
construire sur la rive gauche du Nil, en l'honneur d'Amon- 
Râ et de ses dieux parèdres, Hathor et Anubis * ; pour 
cela, on creusa dans le roc des fosses carrées munies de 
rigoles d'arrosage que Naville retrouva encore remplies 
de terre avec les racines des arbres desséchées, en place. 
Quant aux animaux, il furent mis dans le palais ou par- 
qués à l'ombre de ces arbres, comme le montrent les 
bas-reliefs que la reine fît graver sur les murs du temple 
pour célébrer cette expédition célèbre ^ Et c'est ainsi 
qu'apparaît dans l'histoire, il y a environ 34oo ans, le pre- 
mier « Jardin d'Acclimatation » connu ; les Egyptiens, 
déjà conscients des harmonies de la nature, l'avaient 
placé sous la protection du dieu Soleil, et ils l'appe- 
laient « le Jardin d'Amon'' ». 

Le frère-mari et successeur d'Hatasou, le célèbre con- 
quérant Thoutmès III, suivit son exemple, car on peut 
voir encore aujourd'hui, dans une des salles qu'il fit 
construire au grand temple de Karnak, la figuration de 
plantes, d'oiseaux et de mammifères d'espèces nouvelles 
rapportés de Syrie. D'autre part, ce monarque était 
allé chasser l'éléphant en Mésopotamie et c'est sous son 



^ Appelé alors Zeser-Zeserou, « le Sublime des Sublimes », ce temple est 
connu aujourd'hui sous le nom de Deir el-Bahâri, ou « Couvent du nord » à 
cause d'un couvent de moines coptes qui en occupa jadis une partie de l'em- 
placement. Il fut fouillé par Mariette en 1877, puis, et surtout, par Ed. Naville, 
de 1894 à igoS ; ce sont des égyptologues que nous suivons ici, en même 
temps que G. Maspero [h. II, p. aSo et suiv.), A. Moret (p. 3 et suiv.) et Al. 
Gayet, p. i38 et 217. 

2 Les arbres sont des Boswellia thurifera, Cart., térébinthacée de 3 à 
6 mètres de haut qui produit le véritable encens ou oliban. L'inscription qui 
les accompagne est ainsi conçue : « Trente et un arbres d'Ana frais, apportés 
comme merveilles de Poun à la sainteté de ce dieu. » Entre les arbres, en com- 
mençant par la droite, on lit ces mots : « cuivre, collyre, casse-tête des 
habitants de Poun, ébène, ivoire, kasch ». 

3 Depuis longtemps déjà, en effet, Râ, l'antique dieu solaire symbolisé par 
le disque et lépervier, avait été confondu avec Araon, le dieu thébain généra- 
teur à la tête de bélier. 




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LES MENAGERIES DES EGYPTIENS 27 

règne que parurent en Egypte les premiers éléphants 
privés *, mais ce sera seulement au temps des Ptolémées, 
comme nous le dirons plus loin, que les Egyptiens sau- 
ront apprivoiser et dresser leur espèce africaine. 

En même temps, toujours sous le second âge thébain, 
les procédés de capture des animaux se perfectionnaient. 
Les veneurs de la noblesse et de la cour prenaient 
l'habitude d'établir « dans le coin d'un ouady ou sur 
un plateau rocheux, des parcs mobiles, clos de filets 
à larges mailles tendus sur des pieux fichés dans le 
sol : une seule ouverture y donnait accès, vers laquelle 
les rabatteurs et les chiens dirigeaient le gibier. Lorsque 
la hardc ramassée sur le parcours de la bande y avait 
pénétré, la porte se refermait sur elle et elle demeurait 
prisonnière ; c'était un pêle-mêle de bêtes incohérentes, 
des gazelles et des taureaux, des mouflons, des chèvres, 
des lynx, des lièvres, des ichneumons, des chats sau- 
vages, sur lesquels la meute fonçait et que les chasseurs 
postés le long de la barrière criblaient de leurs traits » 
ou bien conservaient vivants pour les ménageries et les 
fermes princières^ Un grand nombre de documents de 
cette époque nous représentent, en effet, des Egyp- 
tiens revenant de la chasse avec des lionceaux, des 
oursons, des ruminants pris au piège ou au lasso, ou 
encore des oiseaux qu'ils attiraient au moyen d' « ap- 
pelants » et capturaient en jetant sur eux d'immenses 
filets \ 

* On voit représenté, par exemple, dans une des peintures du tombeau de 
Kakhmarîya, un des officiers de Thoutmès III, l'arrivée d'un petit élé- 
phant avec son cornac syrien, en compagnie d'un ours Isabelle du Liban. 

* G. Maspero, d. 

' Voir les peintures du tombeau de Phathhoptpou. ceux des hypogées de 
Gizèh, de Sakkarah et surtout celles de Kôm-el-Ahmar, au sud de Mem- 
phis, dont le décor est complet. Ces peintures ou d'autres semblables ont 
été reproduites en particulier par G. Maspero, h, II, p. 269 et 285 et par 
Lenormant, b, III, p. 18. A noter encore que les Egyptiens peignaient toujours, 



28 ANTIQUITÉ 

A la dynastie suivante (xix®), les conquêtes du grand 
Ramsès II (le Sésostrisdes Grecs), continuèrent à amener 
en Egypte des singes, des lions, des guépards, des 
gazelles, des antilopes, des bœufs aux cornes façonnées, 
des girafes, des autruches, etc.'. 

A la XX^ dynastie, Ramsès III nous montre dans les 
deux bas-reliefs des pylônes du temple qu'il éleva à Médi- 
nèt-Abou, tout près des célèbres colonnes de Memnon à 
Thèbes, une chasse de lions et d'urus gigantesques. Mais 
cette dynastie fut la fin de la puissance thébaine et même 
de la grandeur de l'Egypte. Les pharaons remontent alors 
dans le delta où ils habiteront successivement Tanis, 
Bubaste, Sais, Mendès, puis ils disparaissent définitive- 
ment devant les invasions des Perses. L'Egypte ne va 
retrouver quelque chose de sa splendeur que sous les 
Ptolémées. 

VI. Alexandre et son lieutenant Ptolémée apportèrent 
avec eux, en Egypte, de nouveaux animaux : des élé- 
phants dressés, des faisans et des perruches ^ Mais ils 
y introduirent, en même temps, les cultes des dieux 
asiatiques Sérapis et Dionysos, et ce fut là une cause de 
renouveau pour les ménageries des temples. 

dans leurs tableaux, les cynocéphales (Papion hamadryas) en vert et les cer- 
copithèques en jaune. 

* Voir les bas-reliefs du spéos de Beit-Oualli, au sud de Philae, repro- 
duits par Edouard Charton, t. I, p. 68 et 71, d'après ChampoUion le jeune. 

^ Plus tard, lorsque le marché de l'Inde fut fermé aux Ptolémées, ces 
princes se préoccupèrent de faire dresser des éléphants d'Afrique. Pour 
cela, ils fondèrent plusieurs parcs d'éléphants le long de la mer Rouge et de 
la Troglodytique. (Voir G. Maspero, c p. 417 et S. Reinach, art. Elephas.) 
Les faisans avaient été apportés de la Médie ; on les conservait au palais 
du roi où on faisait couver leurs œufs par des poules. Ils pullulèrent bientôt: 
cependant au temps de Ptolémée VII (Evergète II) on n'en mangeait pas et 
le roi voulut les conserver tous comme étant « un précieux trésor dans sa 
maison ». (Athénée, b. Liv. XIV, ch. ix, 966 ; a. Liv. XIV, ch. xx, t. V, p. 3ao.) 
Quant aux perruches, elles furent introduites sans doute plus tard, car 
Athénée nous dit encore que ce fut une grande merveille d'en voir paraître 
à la Pompe que nous décrivons plus loin. 



LES MENAGERIES DES EGYPTIENS ag 

Sérapis fut promptement identifié par les Egyptiens à 
leur Osiris, et son culte, qui se répandit par toute 
l'Egypte, développa Télevage des bœufs sacrés. La déesse 
Isis, l'ancienne Athor, épouse d'Osiris, prit également, à 
cette époque, une importance de plus en plus grande, et 
une signification religieuse de plus en plus belle ; bien- 
tôt elle partagea avec son époux l'empire du monde et des 
cieux, comme le faisaient à la même époque, en Grèce, 
Jupiter et Junon. Dans sa lutte contre la mort, dans la 
recherche du cadavre d'Osiris, dans la résurrection de 
son époux et dans la procréation de son fils Harpocrate 
(Horus), Isis devint la divinité tutélaire par excellence, la 
mère de tous les êtres, la triomphatrice du bien sur le mal 
etl'évocatrice de tous les arts. En novembre, commençait 
ce qu'on appelait sa Passion, et avec elle, l'hiver venait 
mettre la nature en deuil ; c'était le moment où Isis, en 
pleurs, parcourait le monde pour chercher le corps 
d'Osiris ; peu à peu elle en retrouvait les membres épars, 
les rassemblait, les ramenait à la vie, et enfin, comme 
couronnement splendidede son œuvre d'amour, elle met- 
tait au monde le dieu vengeur Harpocrate-Horus; alors 
c'était le printemps et, avec lui, le réveil de la nature, 
son rayonnement de joie et sa puissance fécondante. Le 
culte de cette belle déesse ne comprenait, semble-t-il, 
pour ce qui a rapport à notre sujet, que des sacrifices 
d'oiseaux sacrés, des oies surtout, qu'une peinture 
antique nous montre vivant en liberté dans les jardins 
qui entouraient les temples de la déesse*; mais il s'ac- 
compagnait de grandes fêtes et de processions splendides 
où figuraient des animaux sauvages apprivoisés, tels que 
des ours et des singes ^ 

' C'est une peinture d'Herculanum que Georges Lafaye a reproduite dans 
son article /sis du Dicl. de Daremberget Saglio. 
^ Apulée. UAne d'or, XI, t. II, p. 337. 



3o ANTIQUITÉ 

Ce fut surtout avec le culte nouveau de Dionysos que 
les animaux sauvages eurent à jouer, dans les proces- 
sions religieuses, un rôle très important. Ce dieu était 
né de la Terre fécondée par le Soleil dans un certain 
lieu de l'Asie qu'on appelait Nysa. Il y avait passé son 
enfance, nourri et élevé par les Nymphes de la contrée, 
par les Hyades ou les Muses, en compagnie de la chèvre 
Amalthée ; il avait grandi, apprenant à planter la vigne 
et à extraire le jus de la grappe, à dompter et à appri- 
voiser les bêtes les plus féroces ; devenu grand et fort, 
tenant de ses parents le pouvoir divin de créer et de 
distribuer les richesses, il allait, dit la légende, se pro- 
menant à travers le monde, monté sur un char traîné 
par des panthères, suivi des animaux qu'il avait asser- 
vis à sa puissance et entouré d'un cortège joyeux de 
Nymphes, de Ménades, de Satyres, de Pans et de Cen- 
taures. Partout où le dieu joyeux conduisait ses bruyantes 
bacchanales, dans les plaines fertiles, comme sur les 
sommets boisés des montagnes, partout c'était une fête 
de la nature entière. A son passage, comme à celui 
d'Isis, l'intelligence se réveillait et s'exaltait dans le cer- 
veau des hommes, l'amour faisait gonfler le cœur de tous 
les êtres, les fleurs sortaient déterre, les fruits naissaient 
aux arbres, et, des rochers eux-mêmes, sortaient des 
sources pures, des ruisseaux de vin, de lait ou de miel. 

Le culte de cette religion gréco-asiatique comportait 
donc nécessairement des fêtes joyeuses et, parmi ces 
fêtes, une grande procession venait représenter la course 
féconde de Bacchus à travers le monde. Dans l'Inde, où 
ce culte avait pris naissance, les panthères, animaux 
consacrés à Dionysos, formaient seules le cortège du dieu ; 
en Egypte, aux Grandes Dionysies, qui avaient lieu au 
commencement du printemps, c'étaient tous les animaux 
qu'on pouvait trouver. Y eut-il, dans la dernière capitale 



LES MÉNAGERIES DES ÉGYPTIENS 3l 

de l'Egypte, à Alexandrie, de grandes ménageries perma- 
nentes annexées au Muséum ou au Sérapeum ? Cela est 
possible et même probable pour le Muséum, car diffé- 
rents textes * donnent à croire que cette célèbre institu- 
tion de Ptolémée Philadelphe possédait un Jardin d'Ac- 
climatation pour les plantes exotiques et des parcs où 
étaient réunis des animaux d espèces rares. En tous cas, 
il est certain que des ménageries étaient formées par les 
Ptolémées, quand ces princes célébraient leurs victoires, 
ou certaines grandes fêtes religieuses, par des proces- 
sions accompagnées de festins, de combats, de courses 
de chars et où ils étalaient toutes leurs richesses. Deux 
de ces « Pompes » nous sont connues par les récits qu'en 
donne un grec d'Egypte, Athénée\ Dans l'une d'elles, 
qui eût lieu sous Ptolémée V Epiphanes (2od-i8i), on ne 
vit guère que des éléphants, des chevaux et des bœufs 
en quantité innombrable ; dans l'autre, au contraire, qui 
fut donnée par Ptolémée VI Philometor (i 81-146), les 
Alexandrins assistèrent au défilé d'une véritable ména- 
gerie dont la variété et l'abondance en animaux fait déjà 
prévoir les grandes ménageries romaines. Cette Pompe 
commença par la bannière de l'étoile du matin, car ce 
fut au lever de cet astre qu'on se mit en marche, puis 
parurent successivement les cortèges de toutes les divi- 
nités de la ville qui étaient arrangés de façon à représen- 
ter symboliquement l'histoire de la vie des dieux. Le 
cortège de Dionysos, le seul qui nous intéresse, était pré- 
cédé de silènes vêtus de rouge qui étaient chargés 



1 Elien. De nat. anim, XVHI, 1; — Athénée, V, 196, XIV, 654 c. Voiraussi 
Auguste Couat, p. 16 et Parthey qui donne le plan de l'ancienne Alexandrie. 

^ Athénée qui vivait au m" siècle de notre ère écrit ici d'après Callixéne 
de Rhodes, un contemporain des Ptolémées. Nous avons suivi la traduction 
de Montfaucon {a III, 3*^ partie, 3o2) après l'avoir comparée et complétée par 
celles de Lefebvre de Villebrune (II, liv. V, 25o-ti62-a83) et de l'abbé de 
Marolles (liv. V, ch.iv, 278-287). 



3a ANTIQUITÉ 

d'écarter la foule des spectateurs ; puis venaient deux 
longues théories de vingt satyres portant des lampes 
dorées; une troupe de Victoires aux ailes d'or et aux habits 
brodés de figures d'animaux faisait entendre des airs de 
musique, précédant cent vingt thuriféraires vêtus de 
tuniques pourpres et couronnés d'or, qui s'avançaient en 
jetant continuellement de l'encens, de la myrrhe et du 
safran sur un autel couvert de lierre. Ces jeunes gens 
étaient suivis de nouveaux satyres et de nouveaux silènes 
le front ceint de feuilles de lierre en or, et qui faisaient 
cortège, en sonnant de la trompette, à des personnages 
magnifiquement parés personnifiant les Heures, les Sai- 
sons, les Années et les Lustres. 

Après eux venait, sur un char traîné par cent quatre- 
vingts hommes, la statue de Bacchus entourée de prêtres, 
de prêtresses et de femmes portant, sur leurs cheveux 
épars, des couronnes composées les unes de serpents en 
or, les autres de branches d'if, de vigne ou de lierre. Ce 
char était suivi de beaucoup d'autres alternant avec des 
compagnies de satyres, de silènes ou de jeunes garçons 
couronnés de lierre ou de branches de pin et portant 
des flambeaux et des vases d'or ou d'argent. Les chars 
étaient symboliques : c'était la statue de Nyssa, la nour- 
rice de Bacchus, qui, par le moyen d'une machinerie 
cachée, se soulevait de temps en temps pour répandre 
le lait d'une fiole d'or qu'elle tenait à la main ; c'était un 
pressoir tout plein de vendanges, que soixante satyres 
commandés par Silène foulaient en chantant au son de 
la flûte; c'était une outre énorme, faite de peaux de léo- 
pards, et d'où coulait du vin par tout le chemin ; c'étaient : 
un immense cratère d'argent ciselé et une table portant 
le lit de Sémelê, la Terre, mère de Bacchus, puis un 
antre profond drapé de lierre et de pampres, d'où sor- 
taient constamment des pigeons, des ramiers et des tour- 



LES MÉNAGERIES DES ÉGYPTIENS 33 

terelles. Ces oiseaux ne pouvaient voler loin, car ils 
avaient les pattes liées avec des bandelettes ; aussi tom- 
baient-ils presque aussitôt dans la foule où chacun avait 
le droit de les saisir et de les conserver. 

A ce moment paraissaient les animaux de la ménagerie, 
figurant symboliquement, les animaux domptés et asser- 
vis par le dieu. Cette partie du cortège débutait par un 
éléphant caparaçonné d'or et couronné de feuilles de 
lierre ; conduit par un petit satyre à califourchon sur son 
cou, il portait Bacchus revêtu de pourpre, et couronné 
d'or, en souvenir du dieu partant pour son expédition 
des Indes. L'éléphant était suivi par cinq cents jeunes 
filles vêtues de pourpre et ceintes d'une tresse d'or, puis 
par des troupeaux d'ànes harnachés d'or ou d'argent et 
portant des silènes et des satyres couronnés. 

ce Après cela, — et nous donnons maintenant textuelle- 
ment la traduction de Montfaucon, — venaient vingt- 
quatre chars tirez par des éléphants, soixante tirez par des 
boucs, douze tirez par des lions, six tirez par des oryges, 
espèces de chèvres, quinze par des buffles, quatre par 
des ânes sauvages, huit par des autruches, sept par des 
cerfs. Sur tous ces chars étaient montez de jeunes garçons 
revêtus en cochers et portant des petases (chapeaux) ; 
d'autres garçons encore plus petits accompagnaient ceux- 
ci, armez de peltes et de longs thyrses, revêtus de man- 
teaux parsemez d'ornemens d'or. Les jeunes garçons qui 
servaient de cochers étaient couronnez de rameaux de 
pin, et les plus petits de lierre. Il y avait encore, de Tun 
et de l'autre côté, trois chars menez par des chameaux : 
ceux-ci étaient suivis de chars tirez par des mulets, sur 
lesquels chars on voioit des tentes faites à la manière des 
barbares, et des femmes indiennes, et d'autres nations 
vêtues en esclaves. De ces chameaux quelques-uns 
étaient destinez à porter trois cens livres d'encens 
I. 3 



34 ANTIQUITÉ 

d'autres portaient deux cens livres de safran, de canelle, 
de cinnamone et d'iris. Près de ceux-ci marchaient des 
Ethiopiens armez de piques, qui portoient les uns six 
cens dents d'éléphant, les autres deux mille branches 
d'ébène, les autres soixante coupes d'or et d'argent, et 
de la poudre d'or. 

« Après ceux-ci venaient deux chasseurs qui portoient 
des dards dorés, et conduisoient deux mille quatre cens 
chiens, partie Indiens ou Hyrcaniens, partie Molosses ou 
d'autres espèces. Ensuite cent cinquante hommes 
portoient des arbres, auxquels étaient attachées des bêtes 
fauves de différente espèce et des oiseaux ; on portoit 
aussi dans des cages des perroquets [perruches] de l'Inde, 
des pans, des méléagrides, des faisans et d'autres oiseaux 
d'Ethiopie en grand nombre : de plus cent trente moutons 
d'Ethiopie, trois cens d'Arabie, vingt de l'isle d'Eubée, 
vingt-six bœufs blancs indiens, huit bœufs d'Ethiopie, 
un grand ours blanc \ quatorze léopards, seize panthères, 
quatre lynx, trois petits ours, un camelopardale, un rhi- 
nocéros d'Ethiopie. » 

Le défilé de la ménagerie était interrompu ici par la 
statue de Bacchus, auprès de laquelle se dressait un Priape 
couronné de feuilles de lierre en or ; par celles de Junon, 
d'Alexandre, de Ptolémée et de la Vertu ; puis par des 
femmes richement vêtues qui portaient les noms des villes 
de la Grèce, enfin par deux chars portant l'un un thyrse 
d'or, l'autre un phallus d'or. 

On retrouvait alors « un grand nombre de bêtes sau- 
vages et de chevaux, vingt-quatre lions de grandeur 
démesurée, plusieurs autres chariots à quatre roues qui 

^ La présence ici d'un ours blanc peut s'expliquer par un cas d'albinisme 
ou bien encore par ce qu'il aurait existé alors de véritables ours blancs dans 
les pays voisins de l'Egypte. C'est ainsi que le voyageur Rùppel (cité par 
Hœfer, p. 5o) aurait découvert, dans les monts du Liban, une espèce ou une 
variété d'ours blancs. 



LES MÉNAGERIES DES ÉGYPTIENS 35 

portoient non seulement les statues des Rois, mais aussi 
celles de plusieurs dieux. Après cela venait un chœur de 
six cens hommes, parmi lesquels étoient trois cens 
joueurs de guitarres dorées, qui portoient tous des cou- 
ronnes d'or. Près de ceux-ci marchoient deux mille tau- 
reaux, tous de même couleur, qui portoient des fron- 
taux d'or, au milieu desquels étoit une couronne aussi 
d'or ; ils étoient encore ornés d'un collier et d'un égide 
qu'ils portoient sur la poitrine ; tout cela étoit d'or. » 

Ensuite paraissait le cortège de Jupiter et celui 
d'Alexandre, dont la statue toute en or était placée sur un 
char tiré par des éléphants. Enfin, après un défilé d'en- 
censoirs, de foyers, de trépieds de Delphes, de palmes 
dorées, de couronnes d'or, de vases et autres pièces pré- 
cieuses tirées des temples, la procession se terminait par 
des chariots chargés d'aromates. 

La domination romaine laissa subsister longtemps les 
ménageries sacrées de ce pays ; ce fut seulement en 
l'an 384 de notre ère, en effet, sous l'empereur Théo- 
dose, que le culte des animaux-dieux fut aboli et que les 
temples commencèrent à être détruits. Toutefois les 
cultes d'Isis et d'Osiris se maintinrent longtemps encore 
dans la Haute-Egypte, à Philae par exemple, dont les 
temples ne furent fermés que sous Justinien, c'est-à-dire 
au VI* siècle de notre ère. 



CHAPITRE II 

LES MÉNAGERIES EiN ASIE ET EN GRÈCE 



1. Les parcs et ménageries des empereurs de Chine. 

2. Les animaux sacrés dans l'Inde antique. 

3. Les réserves de chasse et les parcs à lions des rois de Babylone. 

4. Les animaux sacrés de Perse. — Destruction des Paradeisos de Baby- 

lone. 

5. Les ménageries de Ninive, de Phénieie, de Syrie et de Judée. 

6. Les animaux familiers et les offrandes d'amour, chez les Qrecs. 

7. Les animaux sacrés élevés dans les temples et les réserves de chasse, 

en Grèce. 
S. Les premières ménageries ambulantes, en Grèce. Les ménageries des 
Grecs sous la domination étrangère. 

I. L'Egypte fut-elle, en même temps que le berceau de 
la civilisation grecque, le point de départ de la coutume 
des ménageries en Europe? Ou bien faut-il attribuer 
cette coutume à des peuples asiatiques de date plus éloi- 
gnée encore et dont les Egyptiens eux-mêmes paraissent 
être descendus ? Il nous est impossible d'envisager même 
cette question, car le document historique le plus ancien 
dont nous ayons pu nous servir pour l'étude des ména- 
geries, en Asie, ne remonte guère qu'au xvi* siècle avant 
notre ère, et encore ne concerne-t-il que la Chine. C'est 
un petit vase en bronze, du musée Cernuschi, à Paris, qui 
porte, gravée, l'inscription suivante : « Dans l'année Keng- 
ou, l'empereur, étant au palais, ordonna à son ministre 
d'État Tchun d'aller dans les terres du nord lui chercher 
quatre couples d'animaux, chacun d'eux devant être d'une 



Les ménagbries en chine ^7 

espèce différente. Un soir, l'empereur fit faire [ce vase] 
et le donna à Tchun comme une marque de son estime, 
pour qu'il se serve de ce ting honorifique fou, plusieurs 
fois mentionné autsse*. » 

Plus tard, Confucius et Mencius (Meng-Tseu), recueil- 
lant des poésies populaires dans leur livre du Chi-King^ 
nous parlent d'une « Maison de cerfs », construite en 
marbre par l'impératrice Tanki, qui vivait au xii* siècle 
avant notre ère ; puis ils nous décrivent un parc d'ani- 
maux que l'empereur Wen-Wang avait fait établir dans 
la province du Ho Nan, à moitié chemin entre Pékin 
et Nankin. Ce parc avait une étendue de 70 « ri », 
c'est-à-dire environ 370 hectares. On l'appelait le Parc 
de l'Intelligence {Ling-Yu), parce qu'on voyait là une 
œuvre divine; il nourrissait des cerfs, des daims, des 
chevreuils, des « oiseaux blancs aux plumes resplendis- 
santes », et une quantité innombrable de poissons. 

Meng-Tseu, continuant son histoire, nous dit que 
l'empereur Chi-Hang-Ti, de la dynastie des Thsin, réunit 
dans un parc de trente lieues de circuit, les copies de 
tous les palais des royaumes féodaux qu'il avait détruits ; 
en même temps, d'innombrables quadrupèdes, des 
oiseaux, des poissons, trois mille essences d'arbres et 
de plantes venaient représenter, dans son domaine, 
toutes les parties de son vaste empire. De même, 
Wou-Ti, de la dynastie des Han, qui vivait i4o avant J.-G. , 
eut un parc de cinquante lieues de tour, semé de palais, 
de kiosques, de grottes, de plantes rares et de décora- 
tions de toute espèce. 

Ce sont là les seuls renseignements que nous possé- 
dions sur les ménageries des anciens chinois, ménage- 
ries qui semblent donc dériver ici du plaisir de la décora- 

* Trad. d'Alb. Jacquemart, p. 286-187. 



38 ANTIQUITÉ 

tion, de la chasse et de la pêche; mais il est probable 
qu'une connaissance plus grande de cette première civi- 
lisation chinoise y ferait trouver également la coutume 
de garder en captivité d'autres animaux que des bêtes 
paisibles, car, sur neuf espèces de quadrupèdes que repré- 
sentent les anciens hiéroglyphes chinois, trois sont des 
léopards, des rhinocéros et des éléphants \ 

Nous n'avons pas beaucoup plus de données sur la 
Chine du moyen âge. C'est pourquoi, anticipant sur le 
cours de l'histoire pour ne pas avoir à y revenir, nous 
dirons ici le peu que nous savons des ménageries des 
Grands-Mogols. 

A la fin du xiii* siècle, ces ménageries furent décrites 
par le voyageur vénitien Marco Polo qui se rendit au 
pays de Cathay, la Chine, en 127 1. Le Grand-Khan 
Houpilaï% l'empereur chinois, avait alors deux rési- 
dences habituelles : l'une à Cabalut, sa capitale, aujour- 
d'hui Pékin, l'autre dans la ville de Ciandu que les 
Chinois appellent Caï-ping-fu. Au palais de Cabalut, 
Marco Polo vit avec grand étonnement des lions et des 
tigres^ qui se promenaient librement, sans aucun lien, 
dans l'intérieur des appartements, puis des léopards et 
des loups-cerviers qui étaient dressés à la chasse des 
ours, des sangliers, des cerfs, des bœufs et des ânes 
sauvages. Le palais donnait lui-même sur un parc en- 
touré de murs, couvert de prairies et de beaux arbres, 
dans lequel vivaient en grand nombre : des cerfs blancs, 

* Les six autres animaux sont des chiens, des chevaux, des moutons, des 
bœufs, des lièvres et des rats. (Abel-Rémusat, p. 128.) 

2 Appelé encore Kubilaï, Koublaï-Kan et Chi-Tsou. 

3 Marco Polo dit expressément « de grands lions... tout rayés de lignes 
noires, vermeilles et blanches (tuit vergié de noir et de vermeil et de 
blanc) ». Certains auteurs, tels que Lenormant, pensent qu'il faut entendre 
par là le guépard, mais cet animal est relativement petit et a le corps tacheté 
et non rayé; du reste, Marco Polo parle plus loin de léopards de chasse, 
c'est-à-dire de guépards. 



LES MÉNAGERIES EN CHINE ÎQ 

des daims, des chevreuils, des civettes et des « vairs » ; 
plusieurs autres « sortes de belles bêtes > remplissaient 
toutes « les terres en dedans des murs, excepté les 
chemins ménagés pour les hommes ». D'un autre côté, 
vers le nord-ouest, se trouvait un grand lac alimenté par 
un cours d'eau, où vivaient plusieurs espèces de poissons 
qui étaient retenus dans le lac par des filets de fer et 
d'airain. 

Dans la ville de Giandu, le Grand-Khan avait « un 
grandissime palais de marbre et de pierre... moult mer- 
veilleusement beau et bien doré ». De ce palais partait 
un mur qui environnait un grand parc où se trouvaient 
des fontaines, des fleurs et des prairies. On y trouvait 
aussi une ménagerie avec logements pour tigres, pan- 
thères, léopards de chasse, loups-cerviers et loges pour 
aigles, singes et autres animaux de petite espèce*. Il 
faut y ajouter des étables pour rhinocéros et oliphans 
(éléphants), enfin, une fauconnerie qui renfermait des ger- 
fauts, des faucons pèlerins, des faucons sacrés et des 
autours, en telle abondance, que dix mille faucon- 
niers (?) étaient nécessaires pour faire le service de cette 
maison. 

L'empereur Houpilaï tirait une partie de ses animaux 
des tributs qu'il avait imposés à des pays conquis, tels 
que le pays de Zampa (Campa ou Tchampa), qui est 
l'Annam actuel, ou bien de cadeaux que lui faisaient ses 
sujets. « L'homme qui prend un rhinocéros ou un éléphant 



^ Le Livre des Merveilles, qui raconte le voyage de Marco Polo, renferme 
plusieurs grandes miniatures relatives à notre sujet : feuillet 37, ménagerie, 
du grand Khan; — f. 14 V° Débarquement de chameaux et d'éléphants; — 
f. 18, Chasse aux porcs-épics ; — f. 3i Y" Chasse du Grand-Khan au faucon 
et au guépard, ce dernier porté en croupe ; — f. 4^, ^ lions, un chien et un 
guépard [lupar) tenus en laisse en un seul groupe ; à côté un loup-cervier et 
an ours, tous animaux « affaittiés pour chacier »; — f- 9I) chevaux et 
moutons nourris avec du poisson, dans la province d'Aden. Mais il faut 
dire que ces miniatures ont été faites seulement au xiv« siècle. 



4o ANTIQUITÉ 

sauvage, dit en effet Ma-Touan-Li, ne manque jamais de 
l'offrir au roi'... t> 

Cinquante ans après Marco Polo, en i3i8, le Père 
Odoric de Pordenonè quittait Padoue pour aller passer 
douze années à visiter les Indes et la Chine. Dans la rela- 
tion de son voyage, il ne parle pas de ménageries royales, 
mais il raconte qu'il vit dans le parc d'une pagode boudhiste, 
à Catusaye (le Quin-say de Marco Polo) trois mille singes ' 
qui venaient au son d'une cloche recevoir la nourriture 
delà main d'un religieux. Jean de Mandeville, qui voyagea 
dans les mêmes pays, peu après Pordenonè, est plus 
explicite sur ce parc d'animaux sacrés. « En sortant un 
peu de la ville [Pékin] on trouve une grande Abaie de 
Paiens. H y a dans cette abaie un jardin fermé de tous 
côtés ; au milieu de ce jardin, il y a une haute montagne, 
qui est habitée par des animaux extraordinaires, comme 
des singes, des marmotes, des lanbons, des papillons et 
tels autres animaux qui y sont en grand nombre. Tous 
les jours après que les maîtres de l'Abaie ont mangé, on 
prend leurs restes, qu'on met dans des vases d'or ; alors 
l'aumônier de l'Abaie prend une trompette d'argent et 
au bruit qu'il fait, toutes les bêtes s'assemblent autour 
de lui, et font un cercle comme de pauvres mendians. 

* Odoric de Pordenonè, p. 193. 

2 Le texte français d'Odoric de Pordenonè (in Livre des merveilles) dit : 
« Trois mille bestes qui toutes avaient le visage comme gens. » Il veut pro- 
bablement parler du macaque du ïhibet ou du macaque de Tchely, espèces de 
singes qui vivent en abondance dans le Fou-Kien et qui ont en effet la face 
nue et couleur de chair. 

Un autre manuscrit du même ouvrage écrit en italien, dit que le jardin 
de l'abbaye renfermait une montagne couverte de bois et creusée de 
cavernes et que dans ce jardin on voyait les bêtes les plus diverses et les 
plus étranges : « fra quale conobbi gatte saluatichi, martarelli, scimie, mai- 
moni, volpi, lupi, spinosi, bestie cormite con viso humano, e altri assai 
diversi, ma la piu parte hauevano viso humano ». Voir Cordier, p. 3o4, en 
note. 

Le Livre des merveilles donne, fol. 109, V», une vue idéale et fantaisiste 
de cette ménagerie. 



LES MÉNAGERIES DANS L INDE 4« 

Quand ils sont tous assemblés, les valets de l'Abaie leur 
distribuent ces restes ; quand ils ont mangé ils s'en 
retournent dès que la trompette sonne. » On gardait 
ces bêtes dans le couvent, expliqua le moine au voya- 
geur, parce qu'elles renfermaient les âmes des princi- 
paux seigneurs du pays, les âmes vulgaires entrant dans 
le corps des bêtes communes '. Jean de Mandeville 
ajoute une autre raison : « c'est que quelques grands 
seigneurs donnaient de l'argent pour cela. » (p. i6.) 

II. Les anciennes civilisations des peuples qui habi- 
taient les vallées du Gange et de l'Indus sont, pour nous, 
aussi mystérieuses que celles de la Chine, car les quelques 
renseignements que nous en possédons ne remontent 
guère au delà de l'ère chrétienne. Pourtant, les vieilles 
religions de ces pays ont rendu un culte à tant d'ani- 
maux, qu'on doit penser que là, comme en Egypte, les 
premières ménageries furent composées d'animaux 
sacrés. Dans l'Inde antique, le taureau et la vache 
étaient consacrés à Siva, le dieu de l'Intelligence, le ser- 
pent à Vishnou, dieu de l'amour et de la foi ; l'éléphant, 
emblème de la sagesse et de la vertu, était la monture 
d'Indra, le dieu belliqueux du ciel, et le cheval était 
offert en sacrifice au Soleil. 

Les princes indiens se servirent de bonne heure d'élé- 
phants apprivoisés pour le service de leurs armées \ Au 

*■ On sait que c'est le dogme bouddhique de la transmigration des âmes. 

* Sur les animaux employés à la guerre, voici ce que dit Mignot (p. ga) : 
« Les Hircaniens et les Magnésiens menaient avec eux des chiens qui leur 
étaient d'une grande utilité contre l'ennemi; les Gaulois et les habitants de 
la Grande-Bretagne enavoient toujours dans leurs armées ; les Colophoniens 
et les Castabales, peuples de la Cilicie, en formaient les avant-gardes, et 
les faisaient combattre les premiers. Les Carthaginois, dit Lucrèce, furent 
les premiers qui se servirent d'éléphants dans les combats : les Parthes y 
conduisirent des lions ; d'autres se servirent de taureaux et de sangliers, mais 
ces derniers animaux faisant souvent autant de carnage dans l'armée de ceux 
qui les menoient, que dans l'armée ennemie, on fut obligé de renoncer à 



4a ANTIQUITÉ 

IV* siècle, un de ces princes, Sandracottus, donna en 
cadeau de noces à son gendre Séleucus P"" Nicator, fon- 
dateur du royaume de Syrie, cinq cents éléphants de 
guerre. C'est à ces animaux que fut due la victoire 
d'Ipsus ; aussi, à partir de ce moment, les successeurs de 
Séleucus eurent toujours un grand nombre de ces ani- 
maux qui étaient logés à Apamée, ville syrienne de la 
vallée de l'Oronte *. 

Les Indiens réduisirent de même, en esclavage : des 
lions, des panthères et des guépards, animaux que l'on 
trouvait en très grande abondance dans les forêts de 
bambous des bords du Gange ; ils les dressèrent à la chasse 
et les apprivoisèrent tellement, qu'ils pouvaient les laisser 
sans crainte, en complète liberté, dans les palais et les jar- 
dins, en compagnie de perruches et autres oiseaux égale- 
ment apprivoisés ^ Apollonius deTiane, qui voyagea dans 
l'Inde, au premier siècle de notre ère, surpris de trouver 
des bêtes féroces aussi dociles, demanda comment on s'y 
prenait pour les dompter; on lui dit qu'il ne fallait pas 
les traitera coups de bâton, car en les battant on les ren- 
dait trop farouches et irritables ; on ne devait pas non 
plus trop les flatter, ni trop les amadouer, car ils deve- 
naient ainsi plus fiers et plus félins; mais seulement user 
avec eux d'une paisible amabilité, de caresses entremê- 
lées de menaces ^ Le seul inconvénient qu'on avait avec 
ces animaux, c'était de les voir fuir parfois au renou- 
veau du printemps pour gagner la montagne ; une pan- 
thère échappée dans ces conditions fut trouvée un jour, 

s'en servir... » Mignot parle ensuite longuement des chevaux, des chameaux 
et des ânes employés chez les Anciens. 

* Strabon, éd. Tardieu, III, p. 828. Le géographe grec cite également en 
Syrie une ville des Lions qui était située entre Beryte et Sidon {id., III, 336). 

' Voir Strabon, XV, ch. i, 69 ; — Pline, VI, 73, 91, et VIII, de i à la; — 
Solinus, 19, 53, et Élien, .^n., XIII, 18; ce dernier nous parle des perruches 
comme d'oiseaux sacrés. 

^ Apollonius, VII, i3. 



LES MÉNAGERIES EN ASSYRIE ET EN CHALDÉE 4^ 

en Pamphylie, portant à son cou un collier sur lequel 
étaient écrits en lettres et en langue arméniennes, ces 
mots : Le Roi Arsaces au Dieu Nysêen ; l'animal se 
laissa prendre facilement et revint docilement à sa loge, 
mais il repartit au printemps suivant*. Le « Dieu Nyséen t) 
était Dionysos au culte duquel se rapportent sans doute 
ces lignes de Strabon : « Dans les pompes ou processions 
solennelles, les jours de grande fête (dans l'Inde), on voit 
défiler de nombreux éléphants couverts de riches capara- 
çons d'or et d'argent..., des urochs (?), des léopards, des 
lions apprivoisés, avec une quantité innombrable d'oi- 
seaux aux couleurs éclatantes ou au chant harmonieux. » 
Glitarque parle en outre de chariots à quatre roues por- 
tant des arbres entiers à larges feuilles, et, sur les bran- 
ches de ces arbres, toute une volière d'oiseaux privés, 
parmi lesquels on admire surtout Yorion (?) pour Tin- 
comparable douceur de son ramage et le katrée (?) pour 
Téclat et la variété de ses couleurs qui lui donnent, 
paraît-il, beaucoup de ressemblance avec le paon^. 

III. Les découvertes archéologiques et les études histo- 
riques permettent de remonter beaucoup plus haut, pour 
les Assyriens et surtout pour les Ghaldéens, que pour les 
Chinois et les Indiens. On sait que ces peuples formaient 
deux royaumes dans les vallées du Tigre et de TEuphrate 
avec Ninive et Babylone pour capitales. Or, l'ancien 
code babylonien, qui est de six siècles antérieur aux 
lois de Moïse, présente comme animaux-dieux : le 
lion, le taureau, le poisson et la colombe, animaux que 
les prêtres astronomes chaldéens placèrent dans les cons- 
tellations. D'autre part, les anciennes annales chinoises 
parlent d'un ambassadeur du pays de Youë-Chang, 

' Apollonius (Philostrate), Liv. II, ch. i. 
* Strabon, trad. A. Tardieu, III, p. a6i. 



ii ANTIQUITÉ 

l'Assyrie ou la Ghaldée, qui apportait à l'empereur Yao, 
en l'an 2353 avant J.-G., une tortue divine, âgée de 
mille ans et ayant plus de trois pieds de dimension 
dans tous les sens. En Tan iiio, c'étaient des faisans 
blancs, sans doute des faisans argentés, qu'une nou- 
velle ambassade apportait en présent à l'empereur de 
Chine*. 11 y eut donc de très bonne heure, dans ces 
pays, des ménageries sacrées et des élevages d'animaux 
de luxe, comme en Egypte, mais nous n'avons aucun 
autre détail sur elles. Par contre, nous savons, par les 
écrits d'Hérodote et de Ptolémée, aussi bien que par 
les documents archéologiques, que les rois de Babylone 
gardaient en captivité, des singes, des rhinocéros, des 
éléphants, des chameaux, des dromadaires, des anti- 
lopes"^ et qu'ils avaient, près de leurs palais d'été, de 
grands parcs où ils chassaient le bœuf sauvage, le bou- 
quetin, le cerf et la gazelle, avec l'aide de chiens indiens, 
délions, de panthères et d'éléphants dressés. Ces derniers 
animaux étaient eux-mêmes capturés dans le pays où ils 
pullulèrent d'abord pendant longtemps^; mais, pour- 
chassés continuellement, ils devinrent de plus en plus 
rares ; les rois s'en procurèrent alors sous forme de tribut 
imposé aux pays vaincus* ou encore en envoyant des 
expéditions lointaines. Les bêtes sauvages étaient prises 
par des procédés semblables à ceux qu'employaient 
les Egyptiens. Les cerfs, les biches, les chevaux, et 
autres animaux peu dangereux, étaient pourchassés par 
des rabatteurs armés de flèches jusque dans de vastes 

^ Li-tai-ki-sse, L. VI, fol. lo, cité par G. Pauthier, a, p, 6 et 7. 

2 Layard, a, t. II, p, 425, 434-436. 

^ Sur ces chasses de lions sauvages dans leur pays d'origine, voir 
G. Rawlinson, I, p. 344, 354 et 5o5, et Houghton. 

* Les célèbres obélisques de Salmanasar III (857 ^ Ssi) et de Sennachérib 
(7o5-68o), montrent des lions, des dromadaires et des singes envoyés en pré- 
sent par les princes tributaires au roi d'Assyrie. (Layard, loc. cit. et b, p. i38.) 



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LES MÉNAGERIES KN ASSYRIE ET EN GHALDEE 4^ 

filets disposés en cercle autour de bosquets ou de 
prairies; puis, saisis au lasso, ils étaient entravés et 
conduits entre deux cordes tendues jusqu'à la mena* 
gerie. Quant aux bêtes féroces, telles que les lions, 
elles étaient transportées dans de fortes cages en bois 
dont nous trouvons de curieuses figurations dans des 
bas-reliefs assyriens du British Muséum \ Ce sont trois 
cages représentées de profil et contenant chacune uû 
lion; toutes les trois ont, pour charpente, un cadre 
cubique en bois et, pour parois, de forts madriers, dis- 
posés longitudinalement en claire-voie ou de larges plan- 
ches jointes ; les deux madriers longitudinaux inférieurs du 
cadre se prolongent, en arrière, par deux longs bras un peu 
relevés vers la pointe et terminés par une sorte de pieu 
vertical pouvant être fiché en terre ; ces bras servaient à 
faire glisser la cage du haut d'un chariot ou à la déplacer 
en la traînant sur le sol. En avant, la cage est fermée 
par une trappe à claire-voie ou par une porte pleine à 
glissière qu'un gardien, placé en sûreté dans une petite 
logette située au-dessus de la cage, pouvait faire 
manœuvrer à volonté. 

Arrivés à destination, les lions étaient placés dans 
l'enceinte du palais royal ou lâchés en demi-liberté 
dans de vastes parcs spéciaux, plantés de palmiers» de 
vignes et de fleurs, et que les auteurs grecs appellent 
des Paradeisos^. Au palais, ils devenaient des bêtes 
familières que Ton tondait, comme nous l'avons vu faire 
pour les lions privés en Egypte; ici on ne leur laissait 



* Salon cusyrien^ n<^ Sa, 109 et iig, plaques calcaires gravées provenant 
da palais de Sardanapale. C'est une de ces cages que nons reproduisons ici, 
d'après Y. Place, pi. 5o. 

- Brit. Mus., Salon assyrien, n** 76-77, reproduit ici d'après Victor Place, 
pi. 5^ bis. Voir aussi un parc à cerfs dans la galerie de Ninive [Brit. 
Mut.), gravé sur une plaque provenant de la chambre YI du palais de Sen- 
nachérib. 



46 ANTIQUITÉ 

que la crinière, disposée de façon à former collerette 
autour de la face rasée, et quelques bandes ou touffes de 
poil sur le dos, sur la croupe, le long des flancs, der- 
rière les cuisses et au bout de la queue ^ Mais, dans les 
Paradeisos, les lions étaient destinés à des jeux, à des 
combats ou à des exercices de chasse. Nombre de docu- 
ments, plaques calcaires grises gravées, représentent Sar- 
danapale (Assurbanipal) par exemple, venant du haut de 
son char ou de son cheval cribler de flèches les nobles 
bêtes, ou même combattant à pied, armé simplement de 
la lance et du javelot ^ ; un bas-relief qui ornait une des 
maisons royales de Babylone nous montre même une 
reine — c'était la célèbre Sémiramis — combattant à 
cheval, une panthère pendant que son époux Ninus traverse 
d'un dard le corps d'un lion '. Une de ces plaques gravées *, 
où la beauté du dessin et la fermeté dans l'exécution 
s'allient à l'exactitude des détails, est particulièrement 
intéressante pour nous. Elle comprend trois bas-reliefs 
superposés qui résument pour ainsi dire l'histoire et le rôle 
des ménageries assyriennes. En haut, on voit des lions 
captifs apportés sur le terrain de chasse dans une cage 
semblable à celles que nous avons décrites ; un des 
lions tombe déjà percé d'une flèche, l'autre s'élance 
hors de la cage ouverte. Au milieu, ce sont deux lions 

* Voir les sculptures des lions assyriens au Louvre et au British Muséum. 

2 Voir le Salon Assyrien du British Muséum, Ces bas-reliefs ont été repro- 
duits nombre de fois, en particulier par Perrot et Chipiez, II, 672 et par 
Le Musée, n° de mai 1908, p. iio et m. 

^ La cité royale, dont les ruines imposantes étaient encore connues au 
iviii*' siècle sous le nom de Forteresse de Sémiramis, était entourée de trois 
enceintes de murailles revêtues de briques peintes ; sur la seconde de ces 
enceintes étaient figurés divers animaux de grandeur et de couleur natu- 
relles ; sur l'enceinte intérieure étaient représentées aussi diverses chasses 
et entre autres celles dont nous parlons ci-dessus. (Manesson-Malet, t. II, 
p. 229, etfig. 99.) 

* La plaque 118-119 du Salon Assyrien [Brit. Mus.), reproduite en parti<; 
par O. Keller b, fig. de la p. 42. 



LES MÉNAGERIES CHEZ LES PERSES 47 

domptés et apprivoisés : l'un se redresse en rugissant 
vers le pharaon qui le tient par la queue, Tautre se 
couche, soumis, devant un gardien à cheval qui fait 
tourner un fouet à trois lanières au-dessus de sa tête. 
En bas, trois lions morts sont étendus Tun à côté de 
l'autre devant un autel et, sur leurs cadavres, Sardana- 
pale fait une libation aux dieux. La chasse, le faste et 
l'amusement de la cour, le culte rendu aux dieux, tels 
sont bien, en effet, les trois grands rôles des ménageries 
de lions chez les Assyriens comme chez les Egyptiens. 

IV. Les Perses, qui n'apparaissent dans l'histoire posi- 
tive qu'au milieu du vi* siècle avecCyrus, vénéraient éga- 
lement des animaux sacrés : le taureau, la vache, le chien, 
le cheval, le lion, le serpent. Leur dieu Mithra, par exemple, 
dont le culte se répandit un peu partout en Occident, au 
moment même où naissait le Christianisme, avait pour 
symboles le taureau, le chien et le serpent : le taureau, 
sacrifié par Mithra dans la grotte sacrée, était la source 
originelle de tous les êtres vivants ; le chien et le serpent 
buvant le sang du sacrifice représentaient la terre fécondée. 
D'autre part, la déesse Anaïtis ou Anahita, cette divinité 
bienfaisante de l'Avesta avait, dans ses temples, des lions 
sacrés qui étaient si bien apprivoisés qu'ils venaient 
caresser les visiteurs*. Les rois Perses comme les Assy- 
riens avaient aussi de grands parcs de réserve de chasse*. 
Ils devaient faire nourrir également, dans leurs palais, 

^ « Dans le pays d'EIymée se trouve un temple d'Anaïtis où se trouvent 
des lions apprivoisés, qui s'approchent des visiteurs et viennent les saluer 
ou les caresser ; si on les appelle pour leur offrir à manger, ils accourent 
aussitôt, comme le feraient des convives, et, dès qu'ils ont reçu ce qui leur 
est destiné, ils se retirent décemment et modestement, o Elien, Nat. Anim., 
Liv. XII, chap. xxiii ; voir aussi liv. XVII, chap. ixvi. 

Une gravure de Babylone reproduite par Keller (6, fig. i3 a, p. 49) repré- 
sente Anaïtis avec son lion. 

* Xénophon, Cjropédie, liv. I, ch. iv et liv. YIII, ch. 1. 



48 ANTIQUITÉ 

des bêtes féroces pour leur plaisir, car, au xviii* siècle de 
notre ère, on voyait encore, sur les portes de la salle du 
trône du palais royal de Persépolis, des bas-reliefs repré- 
sentant des combats de lions avec des. taureaux et des 
chasses \ Aussi^ sous la domination perse, Babylone 
garda-t-elle son Paradeisos royal entretenu sans doute 
avec le même luxe qu'autrefois. En effet, quand, après la 
journée d'Arbelles, Alexandre le Grand marcha sur Baby- 
lone, la ville s'empressa d'ouvrir ses portes et on vit le 
satrape Bagophanes, allant lui-même au-devant du vain- 
queur, lui offrir des troupeaux de bêtes, des hordes de 
chevaux ainsi que des lions et des panthères^; c'est sans 
doute de ces lions et panthères dressés pour la chasse 
dont parle Hérodote \ Les Macédoniens trouvèrent 
encore, dans le Paradeisos un tel nombre d'animaux qu'en 
une seule journée de chasse ils purent tuer 4.000 félins 
et autre noble gibier*. Alexandre continua à recevoir des 
animaux, comme tributs '% ou comme cadeaux des peuples 
vaincus. 

C'est alors qu'on voit pour la première fois, dans 
l'histoire, une ménagerie servir la cause de la science. 
On dit, en effet, qu'Alexandre le Grand, enflammé du 
désir de connaître l'histoire naturelle des animaux, 
chargea Aristote, son ancien précepteur, de faire les 
recherches nécessaires ; il mit à sa disposition plusieurs 
milliers d'hommes dans toute l'étendue de l'Asie et de 
l'Afrique, notamment tout ce qu'il y avait de chasseurs, 
oiseleurs, pêcheurs de profession, et toutes les personnes 

* Manesson-Malet. loc. cit. Du reste Hérodote raconte que Cambyse fit 
tuer sa sœur, qu'il voulait épouser, pendant le spectacle d'un combat de 
lion et de chien (Livre III. Thalie, XXXII, trad. Larcher, rev. par Em. Pes- 
soneaux, p. 219). 

2 Quinte-Curce, liv. V, ch. i, édit. Nisafd, p. 2o5. 

* I, 192- 

* Curtius VIII, I, 11-19, cité par O. Keller, a. p. i43. 

" Curtius IX, 3o,i et Elien, Nat. An. XV, 14, cités par Keller, p. i3i. 



LES MÉNAGERIES CHEZ LES PERSES 49 

préposées au soin des parcs [uwaria), des bestiaux {ar- 
menta)^ des ruches [alvearia], des viviers (piscina), des 
volières [aviaria)^ afin que nulle espèce animale n'échap- 
pât à sa connaissance ^ 

Alexandre gardait également des lions dans son palais, 
non seulement par magnificence, mais encore pour les 
faire combattre contre des chiens^ ou même contre des 
hommes. C'est ainsi qu'un de ses lieutenants, Lysimaque, 
fut exposé, sur son ordre, à la fureur d'un lion ; le coura- 
geux guerrier, loin de se laisser abattre, enveloppa 
promptement son bras de son manteau, se précipita et, 
enfonçant profondément la main dans la gueule de l'ani- 
mal, il l'étouffa et l'abattit mort à ses pieds ^ 

Babylone, si fameuse au temps deSémiramispar ses jar- 
dins, par ses monuments et par sa vaste enceinte, déclina 
promptement après la mort d'Alexandre. Le roi de Perse, 
Séleucus P^ Nicator, un des anciens généraux du grand 
Macédonien, la dépeupla en partie pour sa nouvelle capi- 
tale Séleucie, qu'il venait de faire bâtir sur les bords du 
Tigre; dès lors elle déchut de plus en plus. Quand Apol- 
lonius de Tyane la visita, au i^"" siècle de notre ère, les 
successeurs de Séleucus passaient leur été à Ecbatane 
(aujourd'hui Tauris) et l'hiver à Gtésiphon devenue capi- 
tale de l'Empire. Cependant, ils faisaient encore de 
temps en temps quelque séjour à Babylone et c'est là 
qu'Apollonius fut reçu par l'un d'eux que Philostrate, 
le biographe du célèbre thaumaturge, appelle Bardane. 
L'ancien Paradeisos existait encore et le roi s'amusait 
toujours à y chasser des lions et autres bêtes sau- 
vages; mais tout annonçait la décadence prochaine de 

• Pline, VIII, 17, édit. Panckoucke, t. VI, p. ih-]. 

2 Strabon, liv. XV, 3i, trad. A. Tardieu, t. III, p. 226. 

' Pline, VIII, ai. CeUe histoire est racontée également par Justin et par 
Sénèqae. 



OO ANTIQUITE 

la célèbre cité. A la fin du siècle, lorsque Trajan voulut 
la voir, Dion Cassius nous raconte qu'il n'y trouva plus 
que des ruines; sous Marc-Aurèle, elle était réduite à ses 
murailles et à son temple de Bélus *; enfin, au iv^ siècle, 
ses murs subsistaient encore, et les rois Sassanides 
avaient fait de l'enceinte de la rive gauche de l'Euphrate 
un immense parc où ils tenaient enfermés des lions, des 
panthères et autres bêtes féroces destinées à leur procu- 
rer, à eux ou à leurs hôtes de marque, dont fut l'empereur 
Gratien ^ le plaisir de grandes chasses. C'est à un his- 
torien latin contemporain des Sassanides, à Ammien Mar- 
cellin que nous devons la connaissance de ces chasses. Plus 
tard, de splendides bas-reliefs découverts en Susiane nous 
l'apprennent, Ghosroës II (Khosroës Parviz) ordonnait 
toujours de grandes captures d'animaux semblables à 
celles que nous décrirons chez les Romains^; enfin, d'au- 
tres documents découverts, il y a quelque temps, par 
les archéologues russes, nous montrent qu'à l'époque 
où les Arabes se disposaient à envahir la Perse, on chas- 
sait encore, dans les Parcs d'animaux de Babylone, des 
lions, des antilopes, des sangliers, etc., comme au temps 
glorieux de Sémiramis *. 

V. Ninive, la rivale malheureuse de Babylone, avait 
alors disparu depuis dix siècles, détruite, en l'an 606, sous 
les efforts combinés des Mèdes et des Babyloniens. Elle 
avait possédé également une grande quantité d'animaux 

^ Pausanias : Arcadie, ch. xxxiii. 

2 Ammien, XXIV, lo et 19. Voir aussi : Le Grand d'Aussy, b. I, 137. 

' Musée du Louvre. Mission J. de Morgan. Salle du Mastaba. Un de ces 
bas-reliefs montre une vingtaine d'éléphants montés chassant devant eux des 
bandes innombrables de sangliers qui se réfugient dans un marais couvert 
de roseaux où ils vont être pris. Deux autres bas-reliefs, où l'on reconnaît 
des filets, montrent des chasses semblables de troupeaux de cerfs ou d'anti- 
lopes. Ces bas-reliefs proviennent de la grotte ïagh-é-Bostân. 

* Publication de la Commission impériale archéologique russe. 



LES MENAGERIES EN PHENICIE ET EN SYRIE 5l 

domestiques et sauvages comme le montrent les sculp- 
tures assyriennes qui ont été retrouvées et comme le dit 
explicitement le livre de Jouas qui place son récit au 
VIII* siècle avant notre ère. Le prophète osant reprocher 
à Dieu sa mansuétude envers la ville coupable, TEternel 
lui répond : « Gomment... je n'épargnerais pas Ninive, 
cette grande cité où il y a plus de 120.000 créatures 
humaines, qui ne savent pas discerner leur droite de 
leur gauche et, outre cela, une multitude de bêtes » 
(Jonas, IV, 9, II). 

Des bords de l'Euphrate et du Nil, la coutume de 
garder des animaux sauvages en captivité passa en Phé- 
nicie, dans les villes de Tyr et de Sidon et dans leur 
colonie de Carthage. Les Phéniciens avaient eux-mêmes 
des animaux sacrés : le lion, le taureau, le sanglier, l'aigle 
et la colombe et Plutarque nous raconte que le général 
Hannon se faisait suivre dans les rues de Carthage, comme 
à la guerre, d'un lion apprivoisé qui lui portait son man- 
teau*. Carthage elle-même avait sans doute ses ména- 
geries, tout au moins un grand parc à éléphants qui 
était situé sur le col même de la presqu'île où s'élevait 
la ville*. 

Les Syriens, peuple maritime voisin, vénéraient, de 
leur côté, plusieurs animaux, mais surtout la colombe 
et le poisson. « La colombe dont les multitudes vaga- 
bondes accueillaient le voyageur débarquant à Ascalon 
et dont les blancs tourbillons s'ébattaient dans les parvis 
de tous les sanctuaires d'Astarté, appartenait pour ainsi 
dire en propre à la déesse de l'Amour, dont elle est 
restée le symbole, et au peuple qui adorait celle-ci avec 
prédilection. 

' Plutarque, Œuvres morales. Préceptes pour les hommes d'Etat, ch. ni, 
édit. Amyot, t. XV, p. iia. Pline, L. VIII, ch. xxi. 
* Strabon, trad. A. ïardicu, III, p. 481. 



Sï ANTIQUITÉ 

« Le poisson consacré à Atargatis * était nourri dans des 
viviers, à proximité des temples et une crainte supersti- 
tieuse empêchait de le toucher, car la déesse punissait 
le sacrilège en couvrant son corps d'ulcères et de tumeurs. 
Mais dans certains repas mystiques, les prêtres et les ini- 
tiés consommaient cette nourriture prohibée et croyaient 

ainsi absorber la chair de la divinité elle-même » 

« Cette adoration et ces usages, répandus en Syrie, ajoute 
Franz Gumont que nous citons ici, ont probablement ins- 
piré, à l'époque chrétienne, le symbolisme de Tlchtliys. 
En tout cas, on en retrouve encore aujourd'hui les restes, 
sous la forme d'étangs et de poissons sacrés, en beau- 
coup de points de l'Orient ^ » 

Sous la domination Romaine, Antioche, la capitale de 
la Syrie, eut une ménagerie de bêtes féroces pour son 
amphithéâtre et une ménagerie de reptiles ; cette der- 
nière était une fosse remplie de toutes sortes de serpents 
dans laquelle fut précipitée sainte Thècle, la première 
femme chrétienne qui subit le martyre. 

Les Hébreux pratiquèrent également l'adoration du 
taureau, du veau, du serpent et peut-être aussi celle du 
lion, de l'âne et de l'abeille ; ils eurent aussi des 
animaux tabous, tels que le sanglier, dont son descen- 
dant, le porc, est encore considéré par les Juifs comme 
une bête impure. La Bible mentionne, du reste, nombre 
d'animaux sauvages que les Israélites n'avaient guère pu 
voir que dans des ménageries, mais elle ne nous parle 
explicitement que des animaux du roi Salomon ; elle 
nous apprend que le fils de David, après avoir élevé la 

* Atergatis ou Atargath, déesse au corps mi-femme, mi-poisson, repré- 
sentait, avec Astarté, le principe femelle de l'esprit créateur, dont le dieu 
Dagon représentait le principe mâle. 

^ Fr. Cumont, p. 173 et 357. Le vivier affecté aux poissons sacrés du sanc- 
tuaire syrien qui était sur le mont Janicule, à Rome a été mis à jour récem- 
ment. Voir Paul Gaucklerb. 



LES MÉNAGERIES EN GRÈCE 53 

« Maison du Seigneur », s'était fait construire un splen- 
dide palais qu'on appelait la « Maison du parc du Liban » ; 
il y avait acclimaté de nombreux animaux : des cerfs, des 
daims, des buffles, des bœufs, des moutons, des chevaux, 
des mulets, des singes, des paons et des poules, qu'il 
avait fait venir de l'Inde, du golfe Persique, de l'Egypte, 
des pays d'Ophir et de Tauris*. Cinq siècles plus tard, 
Jérusalem avait une fosse aux lions, mais c'était un roi 
de Perse, Darius, qui régnait alors en Israël. 

VI. Les Grecs, au temps de leur indépendance, n'eurent 
jamais, dans leurs domaines, de grandes collections d'ani- 
maux sauvages en captivité. Gela s'explique d'abord 
parce que les plus riches des Hellènes ne possédèrent 
jamais les fortunes colossales des princes d'Orient et des 
grands de Rome, mais aussi parce que ce peuple qui, le 
premier, avait créé les images de la Paix, de la Goncorde 
et de la Miséricorde était loin de placer la véritable puis- 
sance de l'homme dans la force brutale, symbolisée par 
la bête féroce. 

Doux et intelligents, harmonieusement sensibles, les 
Grecs aimaient à garder, dans leurs demeures, des ani- 
maux paisibles auxquels ils attachaient souvent encore 
un symbole religieux ou une représentation de la Fable. 
Le monde des oiseaux, en particulier, avait donné lieu 
chez eux à une légende dramatique, très populaire, 
celle de Philomèle, où figuraient maints acteurs ailés : 
le rossignol, l'hirondelle, la huppe, le chardonneret 
et le faisan. Aussi ces oiseaux étaient-ils naturellement 
les hôtes habituels des volières chez les Grecs. On 
y trouvait aussi des espèces renommées tout simple- 

» I, Rois, IV, a3 ; — VII, a ; — II, Chroniques, I, i6, IX, ai, a5, a8. 
* Daniel, VI, i6, a4' ^ faut dire que les exégètes modernes considèrent ce 
livre comme entièrement frauduleux. (S. Reinach, Orpheus, 289). 



54 ANTIQUITÉ 

ment pour leur chant : des merles, des fauvettes, des 
alouettes, des serins des Canaries auxquels on apprenait 
à répéter les sons modulés sur la flûte. Mais les oiseaux 
que chérissaient le plus les jeunes fdles de la Grèce, 
étaient naturellement les oiseaux consacrés à Aphrodite : 
les colombes, les tourterelles, les moineaux, les perdrix 
et les cailles \ Ils étaient, en effet, dans cette civilisation 
si gracieuse, les offrandes rituelles des jeunes fdles à la 
divinité protectrice des amours, et les cadeaux ordinaires 
des amants à leurs fiancées : ceux-ci envoyaient, dans 
une légère cage de jonc tressée de leurs mains, un de 
ces oiseaux portant sous l'aile quelque pressant mes- 
sage ^ ; d'autres choisissaient de jeunes levrauts, consa- 
crés également à Vénus, et symbolisant plus spéciale- 
ment l'ardeur amoureuse; les bergers de la montagne, 
enfin, ne trouvaient rien de mieux, pour attester leur 
foi, que d'aller, au péril de leur vie, chercher dans les plus 
lointains fourrés, de jeunes faons qu'ils capturaient en 
arrêtant leurs mères au son de leurs flûtes ou à la dou- 
ceur de leur chant, ou même de petits oursons encore à 
la mamelle \ 

On devine quel accueil attendait ces gages vivants de 
l'amour, avec quel soin ils étaient nourris, comme ils 

1 Le lorcol était également un oiseau de Vénus, mais il n'était employé 
que par les magiciennes. 

2 Voir en particulier, sur la colombe messagère d'amour, l'ode IX d'Ana- 
créon : 

« D'où viens-tu, Colombe charmante ? 
Où vas-tu, traversant les cieux ? 
D'où naît la rosée odorante 
Dont ton aile embaume ces lieux ? 

Dans ces parfums, qui t'a baignée ? » 

(Trad. de Saint- Victor.) 

On se servait aussi, en Grèce, des corneilles et des hirondelles comme on 
se sert de nos jours des pigeons voyageurs. 

^ Théocrite. Idylle XI, Aristote, Anim., L. IX, ch. vi, § 7, t. III, p. i54. 
On voyait encore des bergers faire nourrir des louveteaux par leurs 
brebis. [Anthol. Epigr. descript., I, p. a5i,n°470 



LES MÉNAGERIES EN GRÈCE 55 

étaient choyés et caressés, et Ton comprend combien ces 
animaux, grandissant au milieu des femmes et des enfants, 
devenaient bientôt parfaitement familiers. Chaque matin, 
la jeune fiancée baignait sa colombe dans une eau de 
senteur, et quand elle avait plusieurs de ces oiseaux, à 
chacune elle réservait un parfum différent ; les colombes 
voltigeant en liberté autour d'elle, elle allait, les écar- 
tant doucement, accueillant la caresse amoureuse du 
battement de leurs ailes embaumées '■. Les levrauts 
n'étaient pas moins adulés; les femmes les élevaient en 
les nourrissant de serpolet fleuri, et en leur faisant 
boire une eau limpide dans le creux de leur main ; ainsi 
ces gracieux animaux devenaient bientôt presque aussi 
dociles que des chiens et se laissaient conduire en 
laisse ou caresser sur les genoux'. 

Les chats n'apparurent en Grèce quà partir du v* siècle, 
c'est-à-dire à l'époque où l'Egypte s'ouvrit définitive- 
ment au commerce hellénique; mais ils furent toujours 
très rares et cela longtemps encore après le début de 
l'ère chrétienne^; on n'a trouvé jusqu'ici, croyons-nous, 
que trois représentations de ces animaux dans l'œuvre des 
artistes grecs : deux sont des peintures de vases datant 



^ Un roi de Chypre se serrait aussi de colombes comme de ventila- 
teurs. 11 mettait sur son corps un parfum de Syrie, tiré d'un fruit dont se 
nourrissent ces oiseaux et les colombes, attirées par l'odeur, venaient vol- 
tiger autour de lui. 

^ Beaucoup de vases grecs représentent de ces lièvres familiers. Voir l'ico- 
nographie de ces vases, in Daremberg et Saglio, art. Bestix, p. 694. L'on 
trouvera également dans l'Anthologie grecque plusieurs poésies concernant 
ces mêmes animaux apprivoisés. {Anthol. III, a4- Antkol. palat., VII, 207.) 

' « Les Egyptiens tenaient tellement à leurs chats, qu'ils en prohibaient 
l'exportation et envoyaient périodiquement des missions pour racheter ceux 
qui avaient été enlevés clandestinement; c'est seulement lors du triomphe du 
christianisme, que les chats égyptiens purent se répandre à travers l'Europe. » 
(Salomon Reinach. Orpheus, p. 4^.) L'introduction des chats en Grèce a pu 
se faire également par les colonies grecques d'Asie, car la Chine était alors 
un autre grand centre de domestication du chat. (Voir Dureaa de la Malle. 
C. B. Acad. des sciences, 1837, t. lY, p. 548.) 



56 ANTIQUITÉ 

des environs de l'an 35o et qui montrent des jeunes filles 
jouant avec des chats *; la troisième est un bas-relief, au 
musée du Gapitole, qui représente une jeune femme 
dressant un chat à sauter, au son de la cithare, pour 
prendre des oiseaux suspendus à un arbre ^ L'emploi 
d'un instrument de musique, flûte ou cithare, était alors 
d'un usage courant en Grèce pour apprivoiser et dresser 
les animaux. C'était la douce et poétique fable d'Orphée 
qu'on appliquait ainsi dans la réalité. 

Mais les femmes grecques avaient encore, pour dis- 
traire la solitude du gynécée, beaucoup d'oiseaux plus 
ou moins sauvages; des cygnes qui symbolisaient, comme 
oiseaux d'Apollon, les sentiments les plus élevés de l'âme; 
des oies, consacrées à Junon, qui représentaient l'image 
de la femme vigilante, soigneuse et bonne gardienne du 
foyer; des canards, qui étaient choisis également comme 
présent d'amour ou d'amitié. Ces trois sortes d'oiseaux, 
dont la domestication commençait réellement alors, furent 
mêlés dans une large part à l'intimité de la vie des 
femmes grecques. Nombre de peintures de l'époque nous 
montrent ces oiseaux, vivant en liberté dans le petit 
jardin intérieur qui ornait chaque maison grecque, 
recevant leur nourriture de la main de leurs maîtresses, 
entrant librement dans leurs chambres, assistant à leur 
toilette, se baignant avec elles dans le bassin du jardin 
et prenant part à leurs jeux^. 

* Ces peintures publiées pour la première fois par Engelman [Jahrhuch 
des Instituts, 1899, p. t36-i37), ont été reproduites par Salomon Reinach 
dans la Gazette des Beaux-Arts, 1900, t. I, p. 262 et 263. Il faut dire qu'elles 
ont été faites en Apulie et non en Grèce. 

2 Saglio, Dictionn. t. I, fig. 836, p. 696, d'après Foggini. Mus. Capitol., 
IV, pi. XLY. 

3 Les vases peints surtout sont très instructifs à cet égard. Nous signale- 
rons, en particulier, au musée de l'Ermitage, dans la salle XV, un magnifique 
vase (n° 85 1) représentant une panthère dansant au son de la flûte et les 
vases n''* 22, 1427, i685, 1782, portant des figures de cerfs, de biches, de 



LES MÉNAGERIES EN GRÈCE Sy 

Dans les maisons riches, dans celles où le luxe asia- 
tique avait pénétré, les singes étaient également en grande 
faveur* et Ton voyait se promener avec eux des oiseaux 
domestiques : des perdrix, des cailles^, des aigles ^ des 
grues, des cigognes privées*, des perruches auxquelles 
on apprenait à parler % des poules sultanes, des faisans, 
des pintades à caroncules rouges et des paons. C'étaient 
là des oiseaux de grand luxe que l'on faisait venir de loin : 
les poules sultanes, des îles de la Méditerranée ; les faisans 
et les perruches, de l'Inde ; les pintades, de l'île de Léros 
où les prêtres du temple de Minerve en faisaient un grand 

boucs et de cygnes nourris par des femmes ; dans la salle XVI, des cygnes 
attelés à un char; dans la salle XYII, deux grandes amphores présentant 
l'une un daim debout devant un jeune homme assis, l'autre une oie sur les 
genoux d'une femme assise; dans la salle de Kertch, sur la table XIX, une 
grande coupe où l'on voit une jeune fiancée à sa toilette accompagnée de ses 
animaux familiers : un chien, une oie et un oiseau dans une petite cage porta- 
tive. Comme autres vases à animaux de l'Ermitage, citons , dans la salle XYIII : 
les n°» 19, 20, 64. 65 et 66. Voir aussi les vases peints du musée du Louvre, 
décrits par E. Pottier et ceux du Cabinet des Médailles décrits par de Ridder. 

^ Théophraste. Charact., V-VI et Athénée, XIV, 2. 

- Les hommes, moins sensibles, se servaient de leurs perdrix appri- 
voisées pour prendre, à la chasse, des perdrix sauvages et ils apprenaient à 
leurs cailles à combattre entre elles, en champs clos, comme des coqs. Les 
combats de cailles firent fureur en Grèce, en particulier au temps de la 
splendeur d'Athènes. On sait, par une raillerie de Socrate sur Alcibiade, 
qu'un certain Midias était fort habile dans l'élevage de ces oiseaux ; d'autre 
part Plutarque nous apprend que le célèbre général athénien chérissait tel- 
lement ses cailles, qu'il allait jusqu'à en porter sous son manteau, quand il 
sortait en ville. 

^ Voici ce que dit Pline d'un de ces aigles apprivoisés : « Un aigle, dans la 
ville de Sestos, s'est acquis une grande célébrité. Élevé par une jeune fille, 
il prouva sa reconnaissance en lui apportant d'abord des oiseaux, puis du 
gibier de toute espèce. Enfin, quand elle fut morte, il se jeta dans les 
flammes dubûcher et se laissa brûler avec elle... » Pline X, VI, 5. (Évidem- 
ment, il y a là une grande part de légende ; mais on pourra lire encore dans 
Esope, l'épisode des aigles dressés, et dans Suétone, l'histoire de cet aigle, 
que Pyrrhus avait élevé, et qui lui était resté très attaché.) 

* Les Grecs s'amusaient à faire combattre les grues entre elles, comme ils 
le faisaient avec les coqs et les cailles. Par contre, ils considéraient les 
cigognes comme des oiseaux sacrés et, au temps d'Aristote, tuer une 
cigogne passait, en Thessalie, pour un crime capital. (Voir Aristote et Elien, 
Nat. Anim., XII, 34.) 

' Anthol. gr. Epigr. descript., I, p. 336, n° 56a. 



58 ANTIQUITÉ 

élevage *; les paons, de Tîle de Samos, où les prêtres de 
Junon, qui en possédaient des bandes nombreuses, les 
vendaient i.ooo drachmes pièce, c'est-à-dire un peu plus 
de i.ooo francs de notre monnaie actuelle ^ Ces paons 
étaient alors les plus rares et les plus recherchés de tous 
les oiseaux exotiques. On n'en voyait guère que chez 
Aspasie, qui les avait reçus en cadeau des amis de Péri- 
clès ; mais la ville d'Athènes, elle-même, en nourrissait 
quelques-uns dans un enclos fermé où des hommes et 
des femmes étaient chargés de leur entretien particulier, 
sous l'inspection d'un fonctionnaire de la ville. A chaque 
néoménie, fête qui se célébrait à la nouvelle lune, 
on ouvrait ce parc au public moyennant le paiement 
d'une certaine somme. On venait ainsi voir les paons 
athéniens de tous les points de la Grèce, et Elien% qui 
nous donne ces détails, nous apprend qu'Athènes retira 
de cet élevage de grands profits ; mais ces oiseaux ne 
tardèrent pas à se répandre dans toute la Grèce, car le 
poète Antiphane*, qui vivait au iv^ siècle, dit dans une 
de ses pièces qu'il y en avait, de son temps, plus que de 
cailles. Les Athéniens paraissent, du reste, avoir fait un 
assez grand commerce d'animaux sauvages. Aristophane 
nous apprend en effet, dans ses Acharniens^ ^ qu'on trou- 
vait à acheter, au marché de la ville : canards, geais, 
francolins, poules d'eau, roitelets, plongeons, oies, lièvres, 
renards, taupes, hérissons, chats, lyres (?), fouines, 
loutres, etc. 

* Clytus de Milet, cité par Athénée dans JDeipnosophistes, liv. XIV, XX. 

^ Ménodonte, cité par Athénée, liv. XIV, p. 966. 

Longtemps après cette époque, au i*"' siècle de notre ère, on voyait encore, 
de riches héritiers grecs se ruiner pour leurs oiseaux. (Apollonius de Tyane, 
t. V, I, i5). 

^ Cité par Delamare, II, p. 1386. 

* Cité par Athénée, a, t. V. Liv. XIV, p. 820. 

* Trad. Poyard, igoS, p. 3o. 



LES MÉNAGERIES EN GRÈCE 5g 

VII. Certains animaux étaient revêtus en Grèce, comme 
en Egypte, d'un caractère sacré. Une sorte de culte du 
lion, du taureau, de l'antilope, de la chèvre, de la 
colombe et du serpent, avait existé en Crète au temps 
du roi Minos * et il resta toujours, au fond de la mytho- 
logie, un caractère profondément accentué d'animisme 
et même de totémisme : « Apollon, tu as été berger », 
dit l'Anthologie ; « et toi, Neptune, cheval, Jupiter 
cygne, et l'illustre Ammon serpent'... » Pourtant on ne 
vit jamais, dans les temples grecs, ces grandes ména- 
geries sacrées que nous avons rencontrées dans les tem- 
ples égyptiens. Le temple de Minerve à Léros, ceux de 
Junonà Samos, et d'Aphrodite à Chypre nourrissaient bien 
un grand nombre de pintades, de paons et de colombes, 
mais nous avons vu que c'était là surtout une entreprise 
commerciale. 

D'autres temples avaient près d'eux des bois sacrés qui 
devenaient de véritables réserves de gibier, car il était 
défendu d'y chasser sous peine de châtiment divin. 
C'est ainsi qu'Agamemnon, pour avoir poursuivi et tué 
dans un bois consacré à Artémis « un cerf remarquable 
par la hauteur de son bois et les taches de son corps ^ », 
se vit arrêté en Aulide, avec toute la flotte grecque, par 
la colère de la déesse. Les prêtres d'Artémis nourris- 
saient également, comme animaux sacrés sans doute : 
des lions et des panthères en Asie, des ours en Arcadie, 
des tortues à Sparte. De même on trouvait encore des 
lions, des panthères ou autres bêtes féroces dans les 
temples de Cybèle, des chiens dans les temples d'Hécate, 
des aigles dans ceux de Jupiter, des chouettes dans ceux 



i Voir : Dussaud, Cg. 39 et 3o et chap. v ; S. Reinach. in L Anthropologie, 
190a, XIII, fig. aa, p. 3i, et 1904, XV, p. 271, ago et 1^1. 
* Epigr. descript., I. p. a8i, n° a4i. 
' Sophocle. Electre. 



6o ANTIQUITÉ 

de Minerve, des serpents enfin dans les temples d'Asclé- 
pios, à TAcropole d'Athènes*, et jusque dans les maisons 
particulières où on les considérait comme des génies 
locaux. 

VIII. Les animaux des temples étaient associés à l'exer- 
cice du culte. Dans les Asclépions, par exemple, les 
serpents étaient dressés à ramper la nuit sur le lit 
des suppliants, et le froid contact de ces reptiles, venant 
se produire au milieu de rêves provoqués par une 
imagination surchauffée et une fièvre ardente, donnait 
aux malades l'illusion d'une intervention divine^. Mais, 
plus que tous, les prêtres de Cybèle excellaient en 
l'art d'utiliser les animaux sacrés pour agir sur la 
crédulité de la foule. Certains d'entre eux étaient 
de véritables moines mendiants qui se faisaient accom- 
pagner dans leurs pérégrinations par des bêtes féroces 
apprivoisées. Ils allaient ainsi de bourgade en bour- 
gade, s'arrêtant sur les places publiques, dansant au 
milieu du peuple assemblé, disant la bonne aventure, 
exorcisant les malades et faisant exécuter toutes sortes 
de tours à leurs animaux. Les Agyrtes, c'est le nom qu'on 
donnait à ces moines mendiants, se multiplièrent plus tard, 
pour colporter en Grèce et de là en Italie les cultes con- 
solateurs de Sérapis, d'Isis, d'Harpocrate et de Dionysos, 
et c'est ainsi que prirent naissance les premières ména- 
geries ambulantes. Apulée, dans ses Métamorphoses, et 
l'Anthologie grecque en parlent souvent^ ; une peinture 
découverte à Rome, dans un columbarium, représente 
une troupe de prêtres dansant autour de la statuette de 

* Hérodote raconte que le serpent familier de Minerve disparut au mo- 
ment de l'invasion des Perses, quand l'oracle conseilla aux Athéniens de se 
réfugier sur leurs vaisseaux, (fïérodote, VIII, 41.) 

2 Voir Aristophane. Plutus, 620, 627, trad. Poyard, p. 5o8. 
^ Anthologie palat.. ch. vi, 28-217, 219-221 et-i'i']. 



LES MÉNAGERIES EN GRÈCE 6l 

la déesse et ayant une bête féroce à côté d'eux ; enfin, on 
peut voir, sur une coupe grecque du Musée de l'Ermi- 
tage, une délicieuse peinture représentant une bacchante 
demi-nue faisant danser au son du tambourin un lion ou 
un guépard \ 

Les Agyrtes grecs trouvèrent du reste pendant long- 
temps des lions en abondance dans les montagnes de la 
Grèce. Jusqu'au temps d'Aristote, et peut-être même jus- 
qu'au iii^ siècle avant Jésus-Christ, des lions sauvages se 
rencontraient sur les monts Pangée et sur le Pinde, au 
nord-ouest de la Macédoine-, sur les flancs de l'Olympe, 
d'où ils se répandaient d'un côté en Macédoine et de 
l'autre en Thessalie^; on en trouvait aussi en Etolie, 
dans les régions comprises entre les fleuves Acheloiis 
(aujourd'hui TAspropotamo) et Nestus *, et Pausanias, 
visitant la Grèce, au ii® siècle de notre ère, put voir 
encore sur la route d'Argos, l'antre où Hercule avait 
combattu le lion de Némée'. Ces animaux étaient pour- 
chassés impitoyablement, car ils s'attaquaient aux ani- 
maux domestiques ; on raconte, par exemple, qu'ils se 
jetèrent sur les chameaux qui portaient les vivres de 
l'armée de Xerxès*, et, dans plusieurs de ses rhapsodies, 
Homère nous les montre enlevant des boeufs et des brebis, 
à la vue des bouviers et des chiens impuissants^. On les 

^ La peinture du Columbarium est reproduite au trait par Saglio. (Dic- 
tion., art. Agyrtœ, t. I, p. 170) ; celle du vase grec est reproduite par 
Ch. Zévort, dans sa trad. franc. d'Aristophane, édit. in-ia, Paris 1898, 
p. 167. 

2 Xénophon. Cynégétique, XI, i, édit. franc, de J.-B. Gail, t. VII, p. 755. 

3 Pausanias in Béotie, ch. xl (t. V, p. a43), et Élide II, ch. v (t. III, p. a57). 

* Aristote. Hist. des anim., liv. VI, chap. xxviii (p. SgS), et liv. VIII, 
chap. XXVII (p. 118.). — Elien, Nat. Anim., liv. XVII, chap. xxxvi. 

* Corinthica II, ch. xxv (t. I, p. 4^7)- 

* Pausanias et Elide, ch. v. 

' « Et quatre bergers d'or conduisaient les bœufs, et neuf chiens rapides 
les suivaient, et voici que deux lions horribles saisissaient, en tête des 
vaches, un taureau beuglant ; et il était entraîné poussant de longs mugisse- 



t>a ANTIQUITÉ 

tuait OU on les prenait vivants au piège; on les enchaînait 
alors*, on les gardait en captivité, on les apprivoisait et 
parfois même on les dressait. 

Pendant tout le temps de la Grèce libre, les animaux 
sacrés ou les bêtes domptées formèrent les seules ména- 
geries de bêtes féroces, chez les Hellènes. Mais les mœurs 
changèrent quelque peu avec la domination étrangère. 
Ce fut d'abord Alexandre qui ramena de ses conquêtes 
d'Asie de nombreux éléphants ; il en avait pris quinze à 
la bataille d'Arbelles ; il en reçut douze autres en entrant 
à Suse, et le roi Taxile lui en amena toute une troupe ; 
une partie de ces animaux passèrent en Grèce, et l'on en 
vit toujours, depuis lors, à la cour des rois de Macédoine ^ 
Vers le même temps, Athènes reçut un tigre que le roi 
de Syrie, Séleucus, lui avait donné ^; longtemps après, 
l'empereur Adrien, ayant été nommé par les Athéniens 

ments. Les chiens et les bergers les poursuivaient; mais les lions déchi- 
raient la peau du grand bœuf, et buvaient ses entrailles et son sang noir. 
Et les bergers excitaient en vain les chiens rapides qui refusaient de mordre 
les lions, et n'aboyaient de près que pour fuir aussitôt. » [Iliade, Rhap- 
sodie XVIII, trad. Leconte de Lisle, in-ia, p. 35 1). Cette scène se passe en 
Asie Mineure, mais Homère évoque le souvenir d'autres scènes semblables 
dans VOdyssée (Rhapsodie VI, p. 89), et encore dans l'Iliade (IV, p. 284). 
Il est vrai qu'une critique nouvelle tend à ne voir, dans ces passages, que 
la transcription d'un thème pris aux artistes égyptiens (A. Moret, p. 269). 

D'autre part, les peintures de vases et nombre d'autres documents icono- 
graphiques montrent que les artistes grecs étaient habitués à voir des lions. 
Pourtant la présence des lions sauvages en Grèce a été niée par A. Maury, 
mais par des arguments qui ne nous semblent pas toujours bien probants. 
Un de ceux-ci, c'est qu'on n'y a pas trouvé de restes fossiles de cet animal; 
or, outre que cette preuve négative ne signifie pas grand chose, étant donné 
le peu de fouilles qui ont été faites dans le quaternaire de la péninsule, un 
crâne de lion fossile a été découvert, depuis, en Grèce, par A. B. Meyer [Der 
Zoolog. Garten, XhlY, 1903, p. 65-73). Sur cette question de la présence du 
lion en Grèce, successivement niée et affirmée à nouveau par Salomon 
Reinach et Meyer, voir encore Marcellin Boule, p. 92 et L. Moulé, p. gS-gg. 

^ C'est ce qui ressort nettement de ces paroles de Pelée : « Ces liens 
étaient faits pour les taureaux et les lions ». (Euripide, Andromaqiie , p. aSi). 

2 Les Grecs, qui avaient peut-être pris ce procédé aux Indiens, recouraient 
à la musique pour adoucir le naturel farouche de certains éléphants. 

3 Athen., XIII, 5go. — Alexis, III, 477. — Philem. IV, 872, cités par 
O.Keller, p. i3i (note 26). 



LES MÉNAGERIES E>' GRÈCE 63 

archonte de leur cité, offrit, sur le stade transformé en 
arène, le spectacle d'une chasse où il fit tuer un millier de 
bêtes féroces*. Toutefois, en dehors des établissements 
pour courses de taureaux qui furent assez répandus en 
Thessalie', Gorinthe, seule de toutes les villes grecques, 
posséda un véritable amphitéâtre semblable à celui que 
nous allons trouver chez les Romains. L'empereur Julien 
parle des achats d'ours et de tigres que les Corinthiens 
faisaient de son temps pour leurs chasses % et Apulée, à 
la fin du dixième livre de la Métamorphose, nous montre 
une femme condamnée aux bêtes et conduite à TAmphi- 
théàtre de Gorinthe. On cite bien encore les lions que 
les habitants de Mégare lâchèrent pour se défendre, 
après la bataille de Pharsale, contre les Romains qui les 
assiégeaient, mais ces lions avaient été placés là en 
dépôt, par un romain, G. Gassius, qui les destinait à 
Rome*. La Grèce était, en effet, sur le chemin que les 
pourvoyeurs d'animaux prenaient pour se rendre d'Asie 
aux amphithéâtres d'Italie, et c'est pour cela aussi que 
Ton vit alors apparaître dans la langue grecque ces mots : 
xaXti, xÂtoêoç, xiii\<o\ôy et yaÀsàypa, qui tous désignent des 
cages faites pour transporter les bêtes féroces. 

' Spartien, in Hadrien, cap. xvm, cité parMongez, p. 435. 

^ Voir E. Beurlier. 

' Epist. pro Argivis, cité par Mongez, p. 455. 

* Plotarqae, Marcus Brutus (trad. Amyot, IX, p. 107). 



CHAPITRE III 

LES PETITES MÉNAGERIES DES ROMAINS* 



1. Les animaux sacrés et les animaux familiers en Italie. 

2. Les oiseaux parleurs. Les oiseaux chanteurs. Les oiseaux de Vénus 

et les autres animaux de la maison romaine. 

3. Les villas romaines et leurs réserves de chasse. Les parcs à loirs et 

à escargots. 

4. Les volières à grives et les élevages de paons. 

5. Les volières d'agrément. Description de la volière de Varron. 

6. Les aquariums et les viviers du golfe de Naples . 

I. De très bonne heure, longtemps même avant la con- 
quête romaine, la Sicile et l'Italie méridionale d'abord, 
Rome ensuite subirent l'influence de la Grèce, en parti- 
culier celle de sa mythologie. Les peuples italiens furent 
bercés aux mêmes légendes que les Hellènes, et de ces 
légendes, si imprégnées de la vie des choses et des êtres, 
découla naturellement chez eux l'amour, mêlé d'un pro- 
fond sentiment de crainte, pour la nature tout entière. 
Dans la religion primitive des Romains, il est vrai, quel- 
ques animaux avaient déjà un caractère sacré : le loup, 
le sanglier et l'aigle, dont les effigies surmontaient les 
enseignes des armées, le taureau blanc qu'on immolait 
aux Fériés latines, les poulets sacrés qu'on élevait au 
collège des Augures et les oies du Capitole. Mais peu à 

' Pour ce chapitre et le suivant, en dehors des autres sources que 
nous indiquerons explicitement au cours de ce chapitre, il faut se reporter 
aux ouvrages de Dezobry, Friedlànder, Keller, Montfaucon, Mongez et aux 
articles : Agjrtie, Amphiteatrum, Bestix, Cavea, Cicures, Circulatores, 
Draco, etc., du Dictionnaire de Daremberg et Saglio. 



LES PETITES MÉNAGERIES DES ROMAINS 65 

peu, SOUS Tinfluence de rOrient, la chouette, Toiseau de 
Minerve, fut honorée dans tous les corps de métiers*; 
des ours, des panthères et des lions vinrent avec les 
moines et les mendiants apporter les cultes d'Isis, de 
Cybèle et de Bacchus ■ ; les levrauts furent, comme en 
Grèce, les offrandes habituelles des jeunes filles à Vénus 
et les présents ordinaires des amants ; enfin la couleuvre 
d'Esculape (Asclepios) parut à Rome, avec le culte du dieu 
guérisseur, en Tan 291 avant Jésus-Christ, et s'introduisit, 
comme génie familier, dans nombre de temples'' et dans 
presque toutes les maisons de Rome. Ces serpents, et 
d'autres couleuvres d'espèces indigènes, s'apprivoisaient 
très facilement; ils suivaient partout leur maître, s'enrou- 
laient autour du cou ou des bras de leur maîtresse et 
venaient jusque dans la salle à manger, grimper sur 
la table et ramper silencieusement parmi les coupes 
pour aller se glisser dans le sein des convives * ; 

* Voir, par exemple, à Pompéi. la peinture d'une chouette conservée 
encore aujourd'hui dans la maison des foulons. 

2 Ces dieux furent d'abord adorés dans le sud de l'Italie, à Pessinonte, 
à Pœstum, à Pompéi, etc. Le culte de Cybèle arriva de Pessinonte à Rome, 
en l'an ao4 avant Jésus-Christ, et celui d'Isis, seulement au temps de Cali- 
gula. Saint Augustin, parlant des prêtres mendiants de ces déesses [Civ. 
Dei, VII, 24), dit qu'ils faisaient exécuter en public certains tours à leurs 
animaux, qu ils les excitaient, paraissaient les mettre en fureur au bruit 
de leurs instruments, puis les apaisaient par un simple geste. 

Les Bacchanales introduites de même à Rome y occasionnèrent bientôt 
de tels désordres qu'un senatus-consulte de i86 les supprima ; à cette époque 
même, une violente persécution poursuivit les mystères dyonisiaques dans 
toute l'Italie ; mais ils furent rétablis officiellement par César. 

' A Rome, dans celui d'Esculape, placé à la pointe de l'île du Tibre et 
dans celui de la Bonne déesse [Bona dea), situé sur le mont Aventin : aux 
environs de Rome, dans le temple de la déesse Angitia [Ancitia), dont les 
ruines se voient encore aujourd'hui dans le petit village de Luco, sur le 
bord du Lac de Celano, l'ancien lac Fucin. C'était là que vivaient les Marses, 
dont l'art de charmer les serpents, même ceux réputés les plus venimeux, était 
connu dans toute l'Italie. 

* Martial. Epigr.. liv., VIII, 87 ; Sénèque. De ira, II, 3i, De benefic, I, 3, 
Consolatio ad. Marc, XII. Néron, enfant, recevait aussi un de ces serpents 
dans son lit, et Suétone {Tib. 7a), parle du serpent favori de Tibère qui 
venait prendre de la nourriture dans sa main. D'autre part, on trouvera au 



66 ANTIQUITÉ 

ils se reproduisaient en captivité dans les maisons en 
telle abondance que leur pullulation aurait été un fléau 
véritable si la fréquence des incendies à Rome n'était 
venue détruire régulièrement la plus grande partie de 
leurs œufs*. 

La religion des Romains était moins sentimentale, moins 
poétique que celle des Grecs, mais elle était beaucoup 
plus superstitieuse. Tout animal qui avait quelque lien 
avec un temple : des souris venant ronger les restes 
d'un sacrifice, des hirondelles nichant sous les toits et 
jusqu'à des corbeaux, ces oiseaux de mauvais augure, tout 
prenait facilement, aux yeux des Romains, un caractère 
divin. Un jour, c'était sous le règne de Tibère, un jeune 
corbeau, né sur le temple des Dioscures à Rome, tomba 
de son nid dans la boutique d'un cordonnier adossée à ce 
temple. L'artisan recueillit pieusement le petit oiseau, 
l'éleva, lui apprit à parler et l'habitua peu à peu à aller 
tous les matins se poser sur le bord des Rostres ^ pour 
saluer de sa voix les noms de Tibère, des jeunes Césars, 
Germanicus et Drusus, et du peuple romain lui-même. 
Pendant plusieurs années, le corbeau s'acquitta de cet 
office admirablement; tout Rome le connaissait et le 
vénérait comme l'oiseau d'Apollon. Mais un jour, un cor- 
donnier, jaloux sans doute de la renommée que le corbeau 
avait donnée à la boutique de son confrère, tua l'oiseau 
dans un mouvement de colère, en donnant comme pré- 
texte qu'il avait sali les chaussures de son étalage. Le 
peuple ameuté n'admit pas l'excuse ; il ne vit, dans le 
meurtre, qu'un sacrilège et, après avoir massacré Tiras- 
Cabinet des médailles, à Paris, plusieurs médaillons contorniates repré- 
sentant de ces serpents privés ; voir, en particulier le n" 17144 (tiroir 
no 95). 

i PUne, XXIX, 22. 

2 Les Rostres, la tribune des orateurs, au forum, étaient situés à cent 
mètres à peine du temple de Castor et PoUux, les Dioscures. 



LES PETITES MÉ>'AGERIES DES ROMAINS 67 

cible et malheureux cordonnier, il fit à Toiseau des funé- 
railles solennelles ^ 

II. Les corbeaux et les corneilles apprivoisés étaient 
très communs dans les maisons de Rome. On arrivait à 
les faire chasser et à rapporter le gibier pour leur maître ^ ; 
mais, le plus souvent, on leur apprenait à parler, et on 
les plaçait dans des cages, au-dessus de la porte d'entrée, 
pour qu'ils saluassent d'un ave ou d'un salve l'arrivée de 
chaque visiteur ; on parvenait même à leur faire répéter 
des mots grecs et jusqu'à des phrases assez longues; 
alors ils se vendaient un prix très élevé. Auguste, 
au retour de sa victoire d'Actium, donna 20.000 petits 
sesterces', d'un corbeau auquel son maître avait appris à 
dire : « Ave Cœsar, victor, imperator ». Du reste Auguste 
semble avoir eu une véritable passion pour ces oiseaux ; 
il achetait tous ceux qu'on lui présentait et auxquels 
on avait appris à chanter ses louanges ; mais on abusa, et, 
un jour, il fut obligé de refuser. Hélas ! à ce moment même 
un pauvre cordonnier de Rome s'évertuait à répéter une 
de ces phrases laudatives à un corbeau qui s'obstinait à 
rester muet. Fatigué et désappointé, le cordonnier répé- 
tait à chaque leçon : « Opéra et impensa periit » (J'ai 
perdu mon argent et ma peine). L'élève enfin parvint à 
retenir tant bien que mal la salutation pour l'empereur, 
et, ce jour-là, le cordonnier le plaça sur le passage d'Au- 
guste. L'oiseau dit sa phrase ; l'empereur s'arrêta un 
instant pour l'écouter, mais il allait passer outre, quand 
le corbeau, répétant la lamentation coutumière de son 
maître, continua : Opéra et impensa periit. L'empereur 

* Pline, X, 4o> édit. Panckoucke. 

« Pline, X, 40. 

^ Le sesterce qui était devenu, à celte époque, une petite monnaie de 
bronze ou de cuivre, représentait à peu près la valeur de vingt centimes 
actuels. 



68 ANTIQUITE 

étonné se mit à rire et acheta Toiseau en le payant géné- 
reusement \ 

Les Romains étaient arrivés à des résultats extraordi- 
naires dans l'art de faire parler les oiseaux ; pour cela, 
ils les plaçaient dans un lieu retiré où Foiseau ne pou- 
vait entendre aucune autre voix que celle de l'éducateur; 
celui-ci lui répétait chaque jour la même phrase, lui don- 
nait quelquefois de légers coups à la tète, avec une 
petite verge de fer, puis le caressait et lui présentait 
seulement alors à mangera Les pies, très rares en 
Italie, étaient, avec les geais, les oiseaux réputés comme 
imitant le mieux la voix humaine; les pies les plus 
loquaces étaient, d'après Pline, les jeunes qu'on nour- 
rissait de glands et, entre toutes, celles qui avaient cinq 
doigts aux pattes ; venaient ensuite les étourneaux, sur- 
tout l'espèce indienne qu'on appelait cercion^ puis les 
rossignols, les chardonnerets, les rouges-gorges et 
jusqu'à des grives. La coutume de faire parler les 
rossignols se répandit même tellement que l'on vit 
Clément, d'Alexandrie, au début du iif siècle de notre 
ère, la reprocher aux femmes comme étant une occu- 
pation frivole et condamnable. Quant aux perruches, 
c'étaient les mêmes espèces que nous avons vues en 
Grèce, mais elles furent toujours tellement rares à Rome 
que le prix en était plus élevé que celui d'un esclave. 
Une peinture décorative d'Herculanum nous montre un 
de ces oiseaux attelé à un petit char conduit par un 
grillon qui tient les rênes dans sa bouche ^ et l'on peut 

1 Pline, X, 60. 

2 Pline, X, 58. 

3 La scène a pu être un jeu d'enfant et représentée d'après nature, car 
les Romains nourrissaient des grillons, des sauterelles, des cigales et des han- 
netons dans de petites cages en jonc ; ils allaient même jusqu'à élever, à 
celles de ces bestioles qui les avaient le plus charmés, de petits tombeaux 
a\ec de poétiques épitaphes. 



Les petites ménageries des romains 69 

voir encore, dans la Maison de Livie, à Rome, une autre 
peinture représentant une perruche perchée sur un cippe, 
à l'intérieur d'un enclos consacré. Souvent, elles étaient 
logées dans des cages d'argent, décorées d'écaille et 
d'ivoire, luxe que blâmait vivement Gaton. 

Ces oiseaux de grand luxe étaient, en fait d'animaux, 
un des cadeaux les plus appréciés que l'on pût faire 
aux dames romaines. Aussi le souvenir de quelques- 
uns est-il parvenu jusqu'à nous. Voici, par exemple, 
comment Ovide chante la mort du perroquet, ou plutôt 
de la perruche, qu'il avait donnée à son amie Corinne : 

« Infortuné ! tu étais la gloire des oiseaux et tu n'es 
plus ! Tu pouvais, par l'éclat de ton plumage, éclipser la 
verte émeraude ; tu pouvais, par le coloris de ton bec, 
faire pâlir la brillante écarlate. Nul oiseau sur la terre ne 
parlait aussi bien que toi, tant était grande ton adresse 
à répéter en grasseyant les sons articulés !... Tu te con- 
tentais de la moindre nourriture, et la continuité de tes 
chants amoureux te rendait inutile la variété des alimens. 
Une noix faisait ton repas, quelques pavots t'invitaient 
au sommeil, de l'eau pure étanchait ta soif^.. » 

Corinne avait nourri la perruche de son poète en 
compagnie de plusieurs autres oiseaux, notamment 
une tourterelle chérie; elle lui avait appris à dire : 
« Corinna^ vale » (Corinne, adieu), et, coïncidence tou- 
chante, c'est en prononçant ces mots qu'elle mourut. Sa 
maîtresse lui fit de splendides funérailles ; elle porta son 
corps sur le penchant d'une colline, au milieu d'une forêt 
qu'ombrageaient des chênes touffus; elle déposa le petit 
cadavre dans un tout petit tombeau sur lequel elle fit 
élever une pierre modeste qui portait ces mots : 

On peut juger par ce tombeau combien je plus à ma maîtresse : 
C'est qu'au lieu de chanter comme un oiseau, je lui parlais. 

^ Ovide, Amours II, Elégie 6, édit. Panckoucke. 



70 ANTIQUITE 

« Colligor exipso dominae placuisse sepulcro. 
Ora fuere mihi plus ave docta loqui*. » 

Les oiseaux chanteurs étaient aussi très prisés des 
Romains; les rossignols, surtout ceux qui provenaient de 
Lesbos où Orphée avait son tombeau % et les chardonne- 
rets, étaient estimés entre tous pour la suavité de leur 
chant. Les rossignols s'apprivoisaient parfaitement, au 
point de vivre en liberté dans la maison. Non seulement, 
en effet, le rossignol de la belle Donace, dont parle 
Galpurnius ^ faisait entendre ses sons mélodieux, mais 
encore, quand on ouvrait la porte de son étroite prison 
d'osier, il allait se mêler aux oiseaux des champs, volti- 
geait quelque temps avec eux, revenait à la demeure de sa 
maîtresse, et rentrait de lui-même dans sa cage *. D'habiles 
éleveurs arrivaient à faire imiter, aux rossignols, le chant 
de divers oiseaux, à chanter au commandement et à 
alterner dans un chœur. Ces oiseaux se vendaient alors 
très cher, autant parfois que des perruches, puisque 
nous voyons l'impératrice Agrippine payer 6.000 ses- 
terces (environ 1.280 francs) un de ces rossignols chan- 
teurs qui avait, par surcroît, la particularité d'être 
albinos . 

Le chardonneret, consacré aux génies protecteurs des 
voyageurs, était presque aussi recherché que le rossignol ; 
on lui apprenait aussi à parler et à siffler ; de plus, on 

* La perruche d'Atediiis Melior, chantée également par le poète, (Stace. 
Silves II, 4) est moins connue que celle de Corinne, mais elle fut tout autant 
aimée. De son vivant, elle demeurait dans une cage d'argent, ornée d'écaillé 
et d'ivoire et, quand elle mourut, son maître l'enterra également avec pompe, 
sous un des arbres de son jardin. 

2 Virgile. Géog. IV, 452-526; Ovide, Métam. XI, 5o et suiv. 

^ Eglogue, IX. 

* C'était sans doute à un de ces rossignols familiers, qu'une romaine, du 
nom de Thelesina, fit ériger un tombeau. (Martial, Epigr. VII, 87.) 

^ Cette impératrice aimait encore à avoir toujours, chez elle, des tourte- 
relles, dit Senèque, au 7^ livre de ses Questions naturelles. 



LES PETITES MÉNAGERIES DES ROMAINS 71 

l'habituait à se servir, comme la perruche, de ses pattes 
et de son bec en guise de mains ; il faut croire qu'il 
atteignait alors, sur le marché des oiseaux, un prix égale- 
ment très élevé, car nous voyons Pétrone se plaindre des 
dépenses que son fils fait pour ces oiseaux \ 

Mais c'étaient surtout les animaux chers à Vénus qui 
avaient, en Italie comme en Grèce, toutes les faveurs des 
femmes ^ Qui ne connaît le moineau de Lesbie, chanté si 
délicieusement par Catulle ? 

« Moineau, délices de ma maîtresse, qui joues avec 
elle, qu'elle cache dans son sein, qu'elle agace avec le 
doigt, et dont elle provoque les vives morsures, lorsqu'elle 
cherche, en m'attendant, je ne sais quelle agréable dis- 
traction Pleurez, Grâces, Amours, et vous tous, 

hommes qui avez le privilège de la beauté. Il n'est plus 
le moineau de ma Lesbie, moineau ses délices, et qu'elle 
aimait plus que ses yeux ! II était si caressant ! il con- 
naissait sa maîtresse, comme une jeune fille connaît sa 
mère ; il ne la quittait jamais, et sautillant autour d'elle, 
tantôt ici, tantôt là, il la charmait par son gazouille- 
ment continu ^... » 

A côté de ces petits oiseaux qui habitaient des cages 
ou de grandes volières, on voyait se promener en liberté, 
dans les cours et jardinets intérieurs des maisons 
romaines : des cigognes, des grues, des paons, des pin- 
tades, des cygnes et des canards encore à peine domes- 
tiqués \ Ces oiseaux, de même que des cailles, des 
huppes et des corneilles*, faisaient la joie des jeunes 

' Pétrone. Satiric, chap. xxxxvi éd. de Guerle, Paris in-ia, p. 69. 

' Calpumius. Eglogue IX. — Ovide : Métamorphoses (Épisode de Poly- 
phème et de Galatée, liv. XIII, V). 

' Trad. Collet et Jaguet, édit. Quantin, in-i6, 1889. 

* Certaines peintures de Pompéi, représentant ces jardins animés, sont très 
instmctives à cet égard. 

* Plante. Les captifs, acte 5, scène 4. 



7a ANTIQUITE 

patriciens car on ne voyait pas encore de chats dans 
les appartements. Quelques-uns de ces derniers ani- 
maux apparurent à la fin de la République, en Etrurie et 
dans l'Italie méridionale, mais ils restèrent toujours très 
rares pour la raison que nous avons donnée plus haut. 
Aussi, à Pompéi, où fréquentaient pourtant régulière- 
ment les Grecs d'Egypte, on n'a trouvé aucun ossement 
de chat. On y a recueilli, il est vrai, plusieurs pein- 
tures ou mosaïques représentant des chats (Musée de 
Naples), mais il est facile de voir que ces œuvres d'art 
sont d'origine ou de style alexandrin. D'autre part, 
les peintures murales d'un tombeau étrusque de Caere 
et de la grotte Gampana, à Veies, près de Rome*, nous 
semblent plutôt représenter des chiens ; par contre, dans 
d'autres tombeaux de Gaere et de Tarquinies, on voit 
nettement représentés des chats jouant, pendant le repas, 
sous les tables et les lits, avec des coqs et des perdrix ^ 
G'est seulement après le triomphe du Christianisme 
que ces animaux se répandirent dans l'Europe, à la 
suite des moines chrétiens venus d'Egypte^; ils arri- 
vaient à un moment où on allait en avoir grand besoin car 
les invasions des Huns venaient d'apporter, à leur suite, 
les gros rats de l'Asie centrale. Il n'y avait aupara- 
vant, comme mammifères commensaux des habitations 
romaines, que des martes ou des belettes, des ichneu- 
mons qu'on faisait venir d'Egypte, et peut-être aussi des 
furets*; on trouvait aussi, chez beaucoup de riches 



^ Des Vergers, pi. I et III. 

2 V. Saglio, Dict. t. I, fîg. 841, p. 699. 

3 Au x« siècle, les chats étaient encore très rares en Angleterre, puisque 
nous voyons, à cette époque, le code de Howel le Bon, roi d'Aberfraw, partie 
méridionale du Pay» de Galles, évaluer le prix de ces animaux au prix d'un 
poulain de quatorze jours, d'un veau de six mois, ou d'un cochon sevré. 
(G. Peignot.) 

* Chez les Romains d'Espagne, du moins; au dire de Strabon, ces ani- 



LES PETITES MENAGERIES DES ROMAINS 7^ 

romains, des singes qui reproduisaient en captivité et 
qu'on s'amusait à affubler, comme à notre époque, de 
robes ou de tuniques à capuchon '■ ; on pouvait y trouver, 
enfin, des cerfs apprivoisés, tel ce cerf que la jeune 
Sylvie, fille de Tyrrhée, enlaçait de guirlandes légères : 
« Patient à la main, habitué à la table de son maître, il 
errait dans les bois, revenait de lui-même vers le seuil 
connu, et souvent, dans la nuit, regagnait le toit domes- 
tique". » 

Plus tard, quand le grand luxe romain se développa, 
ce furent des ours, des lions et des tigres apprivoisés 
que l'on trouva encore dans les habitations des riches, 
comme nous le dirons au chapitre suivant. 

III. Dans les dernières années de la République et sous 
l'Empire, la richesse augmenta tellement que les Romains 
purent non seulement mener à Rome la vie luxueuse que 
l'on connaît, mais encore donner à leurs maisons de cam- 
pagne ou villas un développement et une splendeur qui en 
firent souvent de magnifiques propriétés d'agrément. 
La villa d'Adrien, près de Tivoli, celles de Gicéron à Tus- 
culum, de Pline le Jeune à Laurentum et en Toscane, 
de Diomède à Pompéi, par exemple, sont célèbres à des 

maux leur furent envoyés d'Afrique, par Auguste, pour se défendre contre 
l'invasion des lapins. 

1 Martial. Epigr., VII. 87; Pline, VIII, LXXX, 34; Plutarque, Vie de 
Périclès, I ; Plaute, dans plusieurs passages de son Soldat fanfaron {Miles glo- 

riusus). 

' Virgile, h' Enéide, VII, vers 483, édit. Panckoucke. Nous pourrions 
donner encore, comme exemple de cerfs apprivoisés par les Romains : le cerf 
de Cyparisse, décrit par Ovide {Métamorphoses, X, vers lao), et surtout la 
biche blanche que le consul Quintus Sertorius emmena avec lui en Espagne 
et qui le suivait partout, jusqu'au milieu des combats. (Frontin, Stratag., 
liv. I, chap. XI, i3 ; Plutarque. Sertor., xi ; Pline, VIII, 5o.) Enfin, nous avons 
vu au British Muséum, dans l'escalier qui conduit du vestibule égyptien au 
premier étage (n°33), une mosaïque d'une maison de Carthagc qui représente 
deux cerfs privés venant boire à la fontaine, au milieu d'un splendide jardin 
orné de fleurs et d'oiseaux. 



74 ANTIQUITÉ 

titres divers mais que nous n'avons pas à envisager 
ici*. D'autres villas, au contraire, moins connues, sont 
pourtant plus intéressantes pour nous parce qu'elles 
étaient pourvues de parcs d'animaux, de vastes volières 
et de grands élevages de poissons. Ce sont surtout les 
villas des amateurs de chasse à courre et de chasse au 
vol, coutumes que les Romains avaient prises aux Grecs 
et qui ne devinrent en faveur, du reste, qu'à la fin de la 
République. 

Les parcs d'animaux des villas romaines paraissent 
avoir été, comme l'indiquait leur nom général, sœptum 
venationis, des réserves de gibier ^ Ils existaient dès 
les premiers temps de la République mais n'étaient 
alors peuplés que de menu gibier : de lapins, qui sem- 
blent avoir été peu domestiqués, et surtout de lièvres 
[lepores] d'où le nom de léporaries [leporarium^ ii) 
sous lequel on les désignait plus spécialement alors ^ 
A la fin de la République, on y plaça des lièvres blancs 
qu'on faisait venir des Gaules, des chevreuils, des 
cerfs, des sangliers, des oryx (?) et des moutons sau- 
vages ; néanmoins on leur conserva encore habituellement 
le nom de leporarii^ tout en distinguant les parcs qui 
étaient clos de planches de chêne sous le nom de robo- 

1 Voir Varron : De re rustica, I, ii, i3, — Vitruve, VI, 9 ; — Columelle, 
I, 4, 5 ; — Pline le Jeune, Epistolae, II, 17, Y, 6 ; — Spartien (pour la villa 
d'Adrien) ; — les ouvrages sur Pompéi et sa banlieue. On voit au musée 
Alaoui, à Tunis, trois mosaïques représentant une villa provinciale, avec ses 
animaux [Catalogue, toP^ aS, 26 et 27.) 

2 Comme en Grèce, il y eut aussi en Italie, des bois où il était défendu 
de chasser et qui devenaient ainsi des réserves nationales ; les bois consacrés 
à Diane (l'Artémis des Grecs), le bois des Arvales et celui d'Aricie, 
au bord du lac Némi, sont les plus célèbres. 

^ Les auteurs traduisent généralement Leporarium par Garenne. Mais 
ce dernier mot, dérivé de l'allemand Waren, indiquait seulement, au moyen 
âge, un droit exclusif de pêcher ou de chasser dans un certain territoire. 
(Voir A. Maury, h, p. 212 et 220, et Rémy Saint-Loup). Il indiquera à nou- 
veau, plus tard, une véritable réserve de gibier. Pour la question de la 
domestication des lapins par les Romains, voir Mégnin, et Saint-Loup. 



LES PETITES MENAGERIES DES ROMAINS "5 

rarium^ et ceux qui étaient entourés de murs sous celui 
de theriotropheion* . 

Pour établir leurs léporaries, les Romains choisis- 
saient de préférence les forêts où se trouvaient en abon- 
dance les glands du chêne et de Tyeuse, les fruits de 
Farbousier et d'autres arbustes sauvages ; les futaies 
fournissaient des aliments aux bêtes, en même temps 
qu'elles leur servaient de refuge quand les aigles, abon- 
dants alors dans toute l'Italie, venaient planer sur ces 
parcs. 

Varron cite une léporarie de 4o arpents (environ 20 hec- 
tares) que Quintus Fulvius Lupinus possédait près de Tar- 
quinies, un theriotropheion d'une surface de 5o arpents 
que Quintus Hortensius avait sur le territoire de Lau- 
rente, un autre parc que Pompeius possédait dans la 
Gaule transalpine et qui n'avait pas moins de quarante 
mille pas carrés; des parcs plus spacieux encore se 
rencontraient sur le territoire de Statonia et en beau- 
coup d'autres endroits. Dans plusieurs de ces parcs, les 
sangliers et les chevreuils étaient dressés à se rassembler 
au son de la musique, à heure fixe, pour recevoir leur 
nourriture. Voici comment Varron (III, i3) raconte une 
scène semblable dont il fut témoin en visitant le therio- 
tropheion d'Hortensius : « Au milieu du bois est une 
espèce d'élévation où l'on avait disposé trois lits, et où 
Ton nous servit à souper. Quintus fit venir Orphée, qui 

* Varron III, 3 et 12; Columelle, IX, i. C'est un de ces derniers parcs qoe 
nous représentons dans deux vues différentes, d'après deux médaillons 
contomiates de la Bibliothèque ^Aiiona\e {Cabinet des médailles, n°' 17186 
et 17307). On distingue nettement dans l'un : deux arbres sous lesquels 
sont deux lièvres avec un bouquetin et un cerf au repos, et dans l'autre un 
lièvre et un cerf poursuivis par deux chiens. Sabatierqui reproduit également 
ces médaillons (pi. IX, fîg. i et 2) dit qu'ils représentent l'enceinte de l'arène, 
mais outre que rien n'indique ici un amphithéâtre, il suffira de les comparer 
avec la mosaïque, que nous décrivons p. 96-98, pour justifier, croyons-nous, 
notre interprétation; dans les deux figures, en effet, on retrouve la même 
sorte de mur avec créneaux et contreforts. 



76 ANTIQUITE 

arrive en robe longue, la cithare à la main, et qui, sur 
l'ordre qu'il en reçoit, se met à sonner d'une trompette. 
Au premier son de l'instrument nous nous voyons en- 
tourés d'une multitude de cerfs, de sangliers et autres 
bêtes fauves ; si bien que le spectacle ne nous parut pas 
au-dessous des chasses sans bêtes féroces, dont les édiles 
nous donnent quelquefois le plaisir au grand cirque. » 

Quand les parcs étaient situés près des maisons d'habi- 
tation, ce qui était fréquent, les Romains y réservaient 
des enceintes particulières pour des gazelles S des abeilles, 
des oiseaux, des loirs et des escargots. Le Glirarium^ ou 
Parc des loirs, était entouré d'une muraille parfaitement 
lisse, afin que les loirs ne pussent s'échapper, et planté 
de jeunes chênes, dont le gland les nourrissait pendant 
une partie de l'année. L'hiver, on leur donnait des 
glands secs et des châtaignes. Tout autour de l'enclos, 
étaient ménagées des logettes où les loirs venaient faire 
leurs petits. Il y avait aussi des tonneaux de terre cuite, 
un peu coniques, percés, par le haut, d'une ouverture qui 
se fermait avec un couvercle mobile. Sur la paroi inté- 
rieure, une espèce de rebord saillant, disposé en spirale, 
servait de promenade aux loirs. On les enfermait dans 
cette prison, qui mesurait environ trois pieds de haut sur 
une largeur moyenne de deux pieds; pour les engraisser 
on leur donnait une abondante pâture de glands, de noix, 
ou de châtaignes, et on les maintenait dans des ténèbres 
presque complètes car le tonneau était percé, du haut 
en bas, d'une multitude de petits trous qui donnaient de 
l'air, mais peu de jour. 

Une petite île, bien abritée du soleil, formait l'enclos 
des escargots, ou Cochlearium. Quand on manquait 
d'un endroit naturellement frais, on prenait un tuyau 

^ En Afrique, du moins, dans la villa de Pompéianus, par exemple, située 
près de Constantine (Gaston Boissier. L'Afrique romaine, p. iSa). 



LES PETITES MÉNAGERIES DES ROMAINS 77 

vertical et, par son orifice supérieur, garni d'une quan- 
tité de petits mamelons, on faisait arriver de Feau qui 
retombait sur une pierre et rejaillissait au loin. Il n'était 
pas nécessaire de fournir beaucoup de nourriture aux 
escargots car ils la trouvaient eux-mêmes en rampant 
à terre; on se contentait de leur jeter, parfois, des 
feuilles de laurier avec un peu de son\ 

IV. Les Romains de la République n'élevèrent d'abord, 
dans leurs volières, ou Aviaria^ que des oiseaux pour la 
table, mais les espèces en étaient plus variées que dans 
nos fermes actuelles; c'étaient des canards divers, des 
sarcelles, des foulques, des poules d'eau, etc'. Les 
canards devaient être encore bien peu domestiqués, car 
on était obligé de couvrir leurs bassins avec des filets. 
A l'époque de Pompéi, la prospérité générale augmen- 
tant beaucoup, on vit de riches citoyens, ou même de 
grands commerçants, faire construire des fermes à grives 
ou Ornithones, des parcs à paons et des volières d'agré- 
ment. 

Les ornithones furent surtout nombreuses dans la 
campagne de Rome, et dans le pays voisin des Sabins 
où des bandes de grives arrivaient tous les ans, dès 
l'équinoxe d'automne, pour repartir au printemps suivant'. 
Varron décrit leur mode de construction en ces termes : 
a On élève, dit-il (III, 5), un péristyle ou un bâtiment en 
forme de dôme, fermé parle haut d'un toit ou de filets, et 
qui puisse contenirquelquesmilliers de grives etdemerles. 

* Varron III, 14. 

* « Clausae pascuntur Anates, Querquedulx, Boschides, Phalerides, simi- 
lesque volucres quœ stagna et paludes rimantur. » (Columelle, liv. VIII 
chap. XV. Voir aussi Varron, De re rusiica, liv. III, cbap. xi. 

* Dans ces régions, il y avait une si grande quantité de colombiers et de 
volières que la flente des oiseaux, la colombine, comme on disait, était 
employée pour fertiliser les terres ou comme aliment pour engraisser les 
bœufs et les porcs. 



78 ANTIQUITÉ 

Quelques-uns y ajoutent d'autres espèces qui se vendent 
également cher, lorsque les oiseaux sont engraissés : des 
cailles par exemple et des miliaria (oiseaux qui se nour- 
rissent àe millet). On y fait arriver l'eau par le moyen 
d'un conduit ; ou, ce qui vaut encore mieux, on l'y fait 
serpenter dans de petits canaux assez étroits pour être 
d'un nettoiement facile. Trop de largeur fait qu'ils se 
salissent trop vite et occasionne une déperdition d'eau. 
Il faut que l'écoulement en soit ménagé de façon qu'elle 
ne séjourne ni ne dépose, ce qui est pernicieux pour les 
oiseaux. La porte de la volière doit être basse, étroite 
et avoir la forme de ce qu'on appelle cochtea dans les 
amphithéâtres destinés aux combats de taureaux ^ Les 
fenêtres y seront rares, et disposées de manière à ne 
laisser apercevoir au dehors ni arbres, ni oiseaux ; car 
cette vue et les regrets qu'elle réveille font maigrir les 
oiseaux prisonniers. N'y laissez pénétrer de jour que ce 
qu'il en faut aux grives pour reconnaître où est le per- 
choir, le mane^er et l'eau. On enduira portes et fenêtres 
d'une couche bien lisse de mastic, pour empêcher les 
rats et autres ennemis de s'introduire dans la volière. 
L'intérieur des murs sera garni, tout autour, de bâtons 
à percher et l'on y appuiera, d'un bout, des perches 
enfoncées de l'autre en terre, et croisées de distance en 
distance par d'autres perches transversales, à l'instar 
des cancelW du théâtre. On aura soin démettre, à portée, 
de l'eau à boire, et des boulettes faites de pâte pétrie 
avec des figues. Quand on voudra faire une levée de 
grives, il faudra, vingt jours à l'avance, augmenter la 
nourriture, et n'y plus employer que de la farine supé- 
rieure. (Dans cette espèce de cage devront également se 
trouver des planches sur lesquelles les oiseaux puissent 

^ Voir p. 5. 

2 Ces cancellîs étaient des clôtures à claire-voie. 



LES PETITES MENAGERIES DES ROMAINS 79 

se poser par voie de supplément ou de diversion aux 
perches). Attenante à la volière, doit s'en trouver une 
autre plus petite, dans laquelle on dépose les oiseaux 
trouvés morts dans la grande ; car il faut que l'intendant 
puisse toujours rendre compte à son maître du nombre 
exact confié à ses soins. Les oiseaux qu'on juge en état 
d'être retirés devront être chassés de la grande volière 
dans la petite, pourvue à cet effet d'une plus large porte, 
et qui a plus de jour que la première, avec laquelle elle 
communique. Quand on a le nombre de grives que l'on 
veut dans cet endroit appelé seclusorium, on les y tue 
hors de la vue des autres, que ce spectacle pourrait 
attrister et faire périr elles-mêmes, plus tôt qu'il ne faut 
pour celui qui spécule sur leur mort. » 

Les Romains ne donnaient généralement aux grives de 
la pâtée de figues que pour les engraisser avant de les 
prendre pour la table ; leur nourriture habituelle était 
du millet auquel on ajoutait de temps à autre des myr- 
tilles, des pistaches ou bien des baies d'olivier sauvage, 
de lierre ou d'arbousier'. 

Les paons et les pintades furent apportés en Italie des 
îles de la Grèce, de Léros et de Samos en particulier. Ils 
se répandirent d'abord dans les villes du sud, à Pompéi, 
par exemple, où on en trouva de nombreuses peintures, 
sur les murs ; mais ils devaient être encore très rares à 
Rome, à l'époque de Tibère, puisque nous voyons cet 
empereur faire mourir un soldat de sa garde pour avoir tué 
un des paons du jardin impérial. Cependant les Romains 
ne tardèrent pas à pousser l'acclimatation de ces oiseaux 
plus loin que ne l'avaient fait les Grecs. A la pintade à 
caroncules rouges, que leur avaient léguée ces derniers, 
ils ajoutèrent en effet la pintade à caroncules bleus que 

» Columelle, VIII, lo. 



8o ANTIQUITÉ 

nous ne savons plus domestiquer aujourd'hui. Quant 
aux paons, ils pullulèrent tellement qu'on en vit des 
bandes, en liberté, dans les petites îles couvertes de bois 
que de riches Romains possédaient sur les côtes de 
l'Italie ; bientôt chaque villa en eut son parc d'élevage. 
Ces parcs étaient^ des lieux herbeux et boisés, entourés 
de murs et renfermant deux cabanes : l'une d'elles ser- 
vant d'habitation au gardien, Tautre, munie de perchoirs 
et très sèche, formant refuge pour les oiseaux. Des gale- 
ries couraient sur trois côtés de la muraille du parc et, 
sous ces galeries, se trouvaient des enceintes de roseaux 
pareilles à celles qui surmontaient les colombiers. 

Chaque parc était divisé en plusieurs parties par des 
treillis de roseaux, de telle façon que chacune de ces 
différentes parties avait deux entrées par côté. Ces 
petits enclos servaient à grouper les sexes dans la pro- 
portion de cinq femelles pour un mâle ; les mâles com- 
mençaient à entrer en chaleurs à la fin de février, mais 
on avait soin d'exciter l'ardeur de ces oiseaux en leur 
donnant, vers la fin de l'hiver, des fèves grillées à une 
flamme légère ; on leur donnait ces graines toutes chaudes, 
quand ils étaient à jeun, mais seulement tous les cinq 
jours, et sans dépasser la mesure de six cyathi^ par tête. 
Quand les femelles étaient sur le point de pondre, ce 
qu'on reconnaissait en les tâtant souvent avec les doigts, 
on les enfermait dans les enceintes des galeries que l'on 
garnissait d'une épaisse couche de paille ; les œufs 
étaient retirés et confiés à des poules couveuses, pour 
permettre aux paonnes de donner une deuxième et une 
troisième ponte dans l'année, au lieu de perdre tout leur 

1 Columelle VIII, ii. 

2 Le cyathus était une mesure très petite ; bien que l'évaluation en 
mesures modernes change suivant qu'on adopte le système de Galien, de 
Dioscoride ou d'un autre, l'évaluation généralement adoptée est o lit. o456. 
(Voir Dictionnaire des antiquités de G. Daremberg et E. Saglio.) 



Volière de Varron 







LES PETITES MÉNAGERIES DES ROMAINS 8l 

temps à faire éclore leurs œufs et à élever leurs petits. 

V. Varron nous dit que les volières d'agrément furent 
inventées par un certain Lœnius Strabon qui avait cons- 
truit dans le péristyle d'une maison de campagne, à 
Brindes, un exèdre ou salon garni de filets et qu'il avait 
peuplé d'oiseaux de toute espèce. A la même époque, 
le célèbre Lucullus faisait édifier à Tusculum, sur les 
monts Albains, une grande volière au centre de laquelle 
se trouvait une salle à manger ; il pouvait y venir prendre 
le plaisir de la bonne chère, et jouir doublement du 
spectacle de ses grives, ici rôties et dressées sur un plat, 
là voltigeant prisonnières autour des fenêtres*. 

Toutes les villas des riches Romains eurent probable- 
ment leurs volières, mais la mieux connue, et sans doute 
une des plus belles, est celle que Varron fit construire 
dans sa villa de Casinum (aujourd'hui Cassino), à mi-route 
entre Rome et Naples^ Marcus Terentius Varron, ami 
intime de Gicéron et son condisciple à Athènes, était un 
riche Romain qui consacrait à l'étude les loisirs que lui 
laissaient la politique et la guerre. Il aimait tout parti- 
culièrement la nature, les champs et les bêtes ; aussi 
voulut-il, en bon pythagoricien, être enseveli dans un lit 
de feuilles de myrte, d'olivier et de peuplier noir^ Il 
avait fait élever sa volière en un endroit situé entre les 
petites rivières Vinius et Gasinus que l'on peut recon- 
naître encore aujourd'hui. 

* Varron, III, 4. 

» Pline, XXXV, 46. 

3 La description que Varron donne lui-même de sa volière {Traité d'agri- 
culture, III, 5), est si complète, qu'elle a permis aux artistes de la recons- 
tituer; malheureusement, elle renferme aussi d'importantes lacunes; aussi 
les diverses restaurations qu'on a faites, sont-elles loin de se ressembler 
entre elles. Nous en connaissons deux : celle de Pirro Ligorio, qui a été 
reproduite par Montfaucon (III, i^ part., p. iSa, pi. LXVII), et celle de Dezo- 
bry (IV, p. 60); c'est l'interprétation de ce dernier auteur que nous sui- 



Sa ANTIQUITÉ 

« Au bas de la ville de Gasinum, écrit Dezobry, cou- 
lait un large fleuve à l'eau claire et profonde, et qui 
traversait la villa entre deux quais de pierre. Une allée 
découverte en longeait le cours. C'est en remontant 
cette allée vers la plaine, dans un endroit fermé à droite 
et à gauche de murailles, que se trouvait la Volière. Son 
plan formait un parallélogramme de 48 pieds de large et 
de 72 de long terminé par un hémicycle de 27 pieds d'ou- 
verture. 

« Sur la ligne inférieure du parallélogramme, s'élevait 
un portique couvert qui en occupait toute la largeur. Il 
était en colonnade double entièrement à jour, avec un 
petit arbuste dans chaque entre-colonnement ; c'était 
l'entrée de l'enceinte de la Volière, au-devant de laquelle 
s'étendait un vaste vestibule carré. 

« Au delà de ce portique, on en trouvait, à droite et à 
gauche, deux autres, en retour, qui se raccordaient avec 
ses extrémités, de sorte que le tout formait comme une 
galerie à trois côtés. Ces portiques latéraux étaient 
également en double colonnade à jour ; mais comme ils 
servaient de volières, leurs entre-colonnements étaient 
fermés avec des filets de chanvre tendus de l'épistyle au 
stylobate. Ils étaient à ciel ouvert, et un pareil filet leur 
servait de voûte. Il y avait, à chaque extrémité, un 
pavillon fermé, où les oiseaux pouvaient s'abriter. Ces 
spacieuses et magnifiques cages étaient remplies de toutes 
sortes d'oiseaux auxquels on jetait à manger au travers 
des filets. Un petit ruisseau leur portait une eau claire. 
Devant les portiques-volières, dans l'intérieur du paral- 
lélogramme, brillaient deux piscines oblongues, séparées 
par une allée. Elles commençaient à l'entrée du vestibule 
et se prolongeaient jusqu'à l'hémicycle, où s'élevait une 
espèce de temple ou pavillon circulaire porté sur une 
double colonnade à jour. Il y avait un espace de 5 pieds 



LES PETITES MÉNAGERIES DES ROMA.INS 83 

entre les colonnes extérieures qui étaient en pierre, et 
les colonnes intérieures qui étaient en bois de sapin, 
et très sveltes. Des filets de nerfs formaient la paroi 
du pavillon et remplissaient les entre-colonnements 
extérieurs ; des filets de chanvre, les entre-colonnements 
intérieurs; de sorte que l'on jouissait de la vue d'un bois 
très épais et très sombre, qui était placé derrière, sans que 
les oiseaux puissent s'échapper. Des gradins entre les 
deux colonnades formaient comme un petit théâtre pour 
les oiseaux. De plus, les colonnes portaient une grande 
quantité de mutules qui servaient de perchoirs. 

« Cette volière était destinée principalement aux oiseaux 
chanteurs, tels que les rossignols et les merles. Un petit 
canal leur fournissait de l'eau, comme dans les premiers 
portiques, et on leur jetait à manger au travers du 
filet. 

« Un bassin circulaire, du milieu duquel sortait une 
petite île, occupait le centre du pavillon . Ce bassin n'arrivait 
pas jusqu'au pied des colonnes : il en était séparé par un 
socle de pierre plus bas que le stylobate de la colonnade, 
large de 5 pieds et élevé de 2 au-dessus du niveau de 
l'eau. On pouvait se promener dans cet endroit, ou bien y 
ranger des coussins quand on voulait y prendre le repas. 
A cet effet, il y avait, au centre de l'île, une colonnette 
portant une roue radiée, à l'extrémité des rayons de 
laquelle, au lieu d'un cercle, se trouvait adaptée une table 
mobile, creuse comme un tympan. Un jeune esclave 
suffisait pour la faire tourner, et les mets placés dessus 
venaient se présenter devant les convives. Le pourtour 
de cette table était encore garni de petits robinets dont 
les uns donnaient de l'eau froide et les autres de Teau 
chaude. 

« Le bassin circulaire et les piscines communiquaient 
ensemble par des canaux ménagés sous la maçonnerie, et 



84 ANTIQUITÉ 

assez grands pour livrer passage à des canards qui se 
jouaient sur leurs belles eaux. 

« Dans la coupole du pavillon on pouvait voir l'étoile 
Lucifer pendant le jour et, le soir, l'étoile Hespérus, se 
mouvant à la naissance de cette voûte hémisphérique, 
de manière à marquer les heures. 

« Au milieu de ce même hémisphère était tracée la 
rose des huit vents. Une tige, portant à sa partie inférieure 
une aiguille, et, à sa partie supérieure, une girouette élevée 
au-dessus du dôme, et bien exposée au vent, indiquait 
intérieurement de quel côté le vent soufflait. » 

La villa de Varron fut pillée en l'an 47 par l'armée de 
Marc-Antoine, et le célèbre triumvir s'y livra lui-même à 
des orgies que lui reproche Gicéron*. Si Varron perdit 
alors toutes ses richesses,, si les oiseaux de sa volière 
disparurent, les bâtiments de celle-ci au moins, en furent 
respectés, car on en montrait encore les ruines à de 
Montfaucon lorsque ce bénédictin visita le mont Cassin, 
près de dix-sept siècles plus tard^ 

VI. L'élevage des poissons, chez les Romains, suivit à 
peu près une marche parallèle à celui des oiseaux. Au 
temps de la République, les villas possédaient, dans le voi- 
sinage de leur oisellerie, des aquariums ou piscines dans 
lesquels ils élevaient des poissons d'eau douce pour la 
table ou pour le commerce. Les anciens Romains avaient 
acquis une grande habileté dans cet élevage ; ils étaient 
allés jusqu'à pouvoir acclimater et peut-être même à faire 
reproduire des loups marins, des dorades et d'autres 
espèces marines dans leurs élevages des lacs d'Etrurie. 

Dès la fin de la République, le luxe s'étendit naturel- 
lement des volières aux piscines, qui devinrent de véri- 

* Philippiques, II, 4°. 
i III, p. i3a. 



LES PETITES MÉNAGERIES DES ROMAINS 85 

tables monuments. A Rome, on citait les bassins à pois- 
sons [Stagnum] qui furent creusés au Champ de Mars et 
ceux du parc de la Maison dorée de Néron, à l'endroit 
même où l'on construisit plus tard le Colisée^ Dans les 
maisons de Pompéi, l'on sait, par les auteurs, que les 
bassins de l'atrium et du péristyle contenaient souvent 
des poissons vivants, et certaines peintures de cette ville, 
en particulier celles de la maison du Faune et de la 
maison de l'Ours, nous apprennent que les Pompéiens 
possédaient de véritables aquariums où ils nourrissaient 
toutes sortes de poissons en même temps que des mol- 
lusques et des crustacés. On peut même voir, dans le 
jardin d'une des maisons situées tout près de la Basi- 
lique, au sud, un profond vivier rectangulaire où l'on 
accède par deux grandes marches ; au pied de la dernière 
marche se trouve une double série d'orifices circulaires 
qui conduisent dans des logettes de poterie enfouies en 
terre et où les poissons pouvaient venir se mettre à 
l'ombre, au moment de la grande chaleur du jour^ Une 
piscine plus vaste encore a été mise à jour également, 
à Herculanum, dans le jardin d'une villa qui s'étendait 
du forum au bord de la mer. C'était un bassin de forme 
rectangulaire qui avait 202 palmes de long sur 27 de 
large ^ ; ses deux extrémités se terminaient en demi-cercle 
et ses bords étaient ornés d'une rangée de colonnes de 
briques revêtues d'une couche de stuc. Ces colonnes 

* Tacite Ann. XV, 87, 4a et Suétoae Nér. 3i. 

* A Timgad, on a découvert une disposition de viviers encore plus ingé- 
nieuse. Le bassin comprenait deux étages communiquant entre eux par des 
trous obliques creusés dans les dalles qui séparaient les deux étages et que 
l'on pouvait fermer au moyen de bouchons en pierre ; ainsi les poissons 
pouvaient passer facilement d'un étage à l'autre ; c'est à l'étage inférieur que 
se trouvaient les refuges latéraux semblables à ceux des bassins de Pompéi. 
(Voir : Bœswillwald, Gagnât et Ballu, p. 33i, fig. i6i et i6a.) 

' Ces données et les suivantes sont prises à Winckelmann (p. 3q et aoi). 
La palme, mesure encore usitée aujourd'hui en Italie, est de la longueur de 
la main et du poignet, c'est-ii-dire d'environ ao à a5 centimètres. 



86 ANTIQUITÉ 

supportaient elles-mêmes des traverses en bois qui 
s'appuyaient, d'autre part, contre le mur de clôture du 
jardin ; au-dessous, se trouvaient des plantes grimpantes, 
des berceaux de feuillages, des parterres de fleurs ; enfin, 
entre les colonnes, le propriétaire de cette villa avait 
fait placer des bustes et des statues de femmes en bronze 
qui furent retrouvés en place'. Des cabinets de verdure 
étaient dispersés, de place en place, sous le portique fleuri 
qui entourait la piscine, et quelque barque légère per- 
mettait sans doute de se promener sur l'eau, comme le 
montre la peinture d'un autre grand bassin de Pompéi^ 
Mais c'est à Pouzzoles et à Baïa que l'on pouvait visiter 
les piscines les plus célèbres : celles d'Hortensius, de 
César, de Lucius Lucullus, de Sergius Orata, d'Antonia, 
femme de Drusus, et de Domitia, tante de Néron. Dans 
les plus vastes piscines, chaque espèce de poisson 
avait son bassin particulier dont le fond était de vase, de 
sable, de rochers nus ou couverts d'algues, suivant les 
habitudes des espèces considérées. Le long des parois 
étaient ménagées des retraites simples ou contournées en 
pas de vis, les premières pour les poissons à écailles, les 
secondes pour les murènes ; la communication de l'aqua- 
rium avec la mer se faisait directement et à l'air libre, ou 
bien, comme chez Lucullus, par le moyen de canaux sou- 
terrains. 

Les piscines de ce célèbre consul, que nous pouvons 
prendre comme exemple, étaient situées au bas de sa 
villa, dans l'île de Nésis, la Nisida actuelle ; elles se divi- 
saient en piscines d'hiver et piscines d'été, Lucullus ayant 
voulu que ses poissons fussent traités, disait-il, comme les 

^ Ces statues, que l'on transporta alors au musée de Portici, ressemblaient 
beaucoup aux statues dé nymphes que Longus place également dans son 
Daphnis et Chloé autour d'un bassin (liv. I, p. 6, de l'édit 1825 de Courier) ; 
elles lui ont peut-être servi de modèle. 

^ M. Rostowzew, tab. 5. 



LES PETITES MÉNAGERIES DES ROMAINS 87 

troupeaux des villas auxquels on donne un double pâtu- 
rage. Les piscines d été se composaient d'abord de sept 
ou huit grands bassins creusés profondément dans le tuf 
dont l'un avait 63 mètres de long sur 25 mètres de large, 
les autres, 7 mètres de large sur 29™, 5o de long; venait 
ensuite une vaste caverne de 210 mètres d'étendue où les 
poissons pouvaient se réfugier pendant les plus grandes 
chaleurs. Les piscines d'hiver, situées à l'occident, occu- 
paient tout un petit golfe endigué. Ici les constructions 
étaient si grandioses, que Ton avait comparé LucuUus à 
Xerxès perçant le mont Athos pour faire passer sa flotte. 
Après sa mort les poissons de ses viviers se vendirent 
4 millions de sesterces (840.000 fr.) '. 

Ces grands pisciculteurs romains se prenaient parfois 
d'une affection particulière pour telle ou telle espèce de 
poisson : Hortensius s'occupait surtout de surmulets, 
Vedius Pollion, Crassus etHirrius de murènes, G. Sergius 
Orata de dorades". Ils dépensaient à ces élevages des 
sommes énormes et montraient même parfois, pour leurs 
élèves, des passions extraordinaires. Hortensius, par 
exemple, « occupait continuellement une foule de pêcheurs 
à prendre des petits poissons pour les donner à manger 
à ses surmulets. Outre cela, quand l'agitation de la mer 
ne permettait point d'aller à la pêche, il faisait jeter dans 
ses piscines du poisson salé, des morceaux de pain bis, 

* Plutarque. Vie de LucuUus, et Pline, IX, 80. 

- Sergius Orata, le premier, forma des parcs à huîtres, [Ostriarià] près 
de sa villa de Baïa ; il fit ensuite parquer, dans le lac Lucrin, les huîtres 
sauvages de la côte de Brindes, et ses parcs restèrent une des curiosités 
du pays pendant tout le temps de l'Empire. Ils sont figurés, de même que 
ceux de Néron, sur deux vases antiques qui sont décrits de seconde main par 
Gûnther, et par Ch. Dubois (p. 199 et ao8) ; on y voit, en particulier, que les 
huîtres étaient déjà cultivées par la méthode des pergolères, c'est-à-dire 
fixées à des pieux ou à des cordes. Au iv^ siècle, Ausone parle encore de ces 
parcs et le souvenir en persista jusqu'au moyen âge. (Dubois, p. an). Du 
reste, le lac Lucrin, qui n'est guère qu'un étang et n'est séparé de la mer que 
par une simple bande de sable, fournit toujours des huîtres renommées. 



88 ANTIQUITÉ 

OU bien des fruits coupés par morceaux, tels que des 
figues vertes ou sèches, des amandes concassées, des 
sorbes bouillies, du fromage mou, du lait caillé ; jamais 
ses troupeaux aquatiques ne manquaient de provisions, 
alors même que les pêcheurs ne pouvaient amener de 
poissons au rivage pour la nourriture du peuple. Hor- 
tensius, disait-on, aurait plutôt consenti à tirer de son 
écurie des mules d'attelage pour les donner, qu'un seul 
vieux barbeau de sa piscine. La santé de ses poissons 
lui était plus chère que celle de ses esclaves ; lorsque 
les premiers étaient malades, il s'inquiétait bien plus qu'ils 
n'eussent point d'eau trop froide que d'en voir boire aux 
derniers. Il taxait d'incurie Marcus Lucullus, frère de 
Lucius, et professait un souverain mépris pour ses pis- 
cines, parce que l'on n'y trouvait point, du moins à une 
certaine époque, des quartiers de rafraîchissements pour 
l'été, et qu'il laissait, disait-il, ses poissons dans une eau 
croupissante et dans des lieux malsains \ 

Un autre richissime romain, G. Hirrius, éleva chez lui 
une si grande quantité de murènes qu'il put en fournir 
6.000 à César pour les festins qu'il donna au peuple lors 
de son triomphe. Vedius PoUion estimait les siennes plus 
que la vie de ses esclaves ^ Et l'on vit un homme réputé 
par sa sagesse, le sénateur Grassus, se passionner telle- 
ment pour une de ses murènes qui venait à sa voix 
manger dans sa main, qu'il la parait de pendants d'oreilles 
et de colliers de perles comme une jeune fille. Quand 
cette murène mourut, il prit le deuil et la pleura comme 
il eût pleuré son enfant. G'est sans doute à des exemples 

* Nous renvoyons ici, pour plus de détails, à Dezobry, t. IV, p. 44 et sui- 
vantes. 

^ Pline (IX, 39). Un jour, qu'il recevait son ami Auguste, il ordonna de 
jeter à ses murènes un esclave qui venait de briser un vase précieux. Mais 
l'empereur fut tellement indigné de cet ordre, qu'il fît grâce de la vie à l'es- 
clave et ordonna à PoUion de combler sa piscine (Senèque. De Ira, lïl, 40) • 



LES PETITES MÉNAGERIES DES ROMAINS 89 

de ce genre que Gicéron faisait allusion quand il écrivait 
à son ami Pomponius Atticus : « Nos grands croient tou- 
cher le ciel du doigt, quand ils ont dans leurs piscines 
de vieux barbeaux qui viennent manger à la main, et ils 
ne se soucient nullement des affaires de l'Etat. Ils sont 
assez fous pour s'imaginer qu'ils conserveront leurs pis- 
cines quand il n'y aura plus de République. » 



CHAPITRE IV 

LES GRANDES MÉNAGERIES DES ROMAINS. 
COMBATS DE L'AMPHITHÉÂTRE 



1. Les premières ménageries en Italie. — Origine et développement des 

spectacles de combats d'animaux. 

2. Moyens employés par les Romains pour peupler leurs ménageries. — 

Pourvoyeurs d'animaux. 

3. Les différentes sortes de ménageries à Rome. — Ménageries des 

Empereurs. 

4. Entretien des ménageries. — Gardiens d'animaux. — Dompteurs. Bêtes 

féroces apprivoisées. 

5. Diverses utilisations des ménageries romaines. — Les amphithéâtres 

et leurs ménageries. 

6. Jeux d'animaux à l'amphithéâtre : Exhibitions et combats d'animaux. 

Chasses et Naumachies. — Hommes et femmes condamnés aux 
bêtes. 

7. Les bestiaires et leurs exploits. — Fin des ménageries romaines. 

8. Liste des animaux gui out vécu dans ces ménageries. 

I. Les premières ménageries d'animaux exotiques qui 
parurent en Italie furent les ménageries ambulantes des 
prêtres de Gybèle et dTsis, débarquées d'Egypte ou de 
Grèce ; puis vinrent de simples montreurs de bêtes féroces, 
des bateleurs [circulatores) qui allaient partout accom- 
pagnés de lions, d'ours, de singes, de serpents etc., qué- 
mandant leur vie et celle de leurs animaux \ Plusieurs 
sculptures ou peintures antiques ont représenté quelques 
scènes de ce genre, et l'on connaît l'histoire de l'esclave 
Androclès qui, après la scène de l'amphithéâtre, passa le 
reste de sa vie allant de ville en ville, tenant son lion 

* Voir la Loi dernière, au Digeste : de extraordinariis criminibus. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS 9I 

attaché par une simple courroie ; on donnait de l'argent 
à l'homme, on jetait des fleurs sur la bête, et chacun disait : 
« Voici le lion qui a donné l'hospitalité à l'homme ; voici 
l'homme qui a guéri un lion » \ 

Ce fut en l'an 278 avant Jésus-Ghrist que les Romains 
virent pour la première fois de grands animaux venus de 
pays lointains : c'étaient quatre éléphants que le consul 
Gurius Dentatus avait pris au roi d'Épire, Pyrrhus, à la 
bataille de Tarente. Dix ans plus tard, un autre consul, 
L. A. Metellus, faisait paraître, dans son cortège triom- 
phal, 142 éléphants de guerre carthaginois que le Sénat 
ordonnait de tuer, ne sachant qu'en faire. La tuerie se fit 
à coups de flèches et de javelots devant le peuple romain 
assemblé ; c'était là divertissement nouveau, passionnant 
pour ces hommes rompus aux spectacles de la guerre, 
de nature encore rustre, durs à eux-mêmes autant qu'aux 
autres et plus avides de combats sanglants que de jeux 
de l'esprit ^ Aussi lorsque Marcus Fulvius Nobilior revint 
victorieux en i85 de sa campagne d'Etolie, ce guerrier ne 
trouva rien de mieux, pour flatter ce goût naissant, que 
de faire chasser et tuer dans le cirque, des lions et des 
panthères qu'il avait rapportés avec lui. Seize ans plus 
tard, en l'an 169, c'étaient 63 panthères et 4o ours que 
Scipion Nasica et Publius Lentulus offraient, de la même 
façon, au peuple romain. Enfin l'on vit L.E. Paullus, 
après la défaite de Persée, en 168, faire écraser sous les 
pieds de ses éléphants les soldats étrangers déserteurs 
de son armée, et Scipion Emilien, après la destruction de 



* L'hisloire d'Androclès fut rapportée, par un témoin de la scène, à Aulu- 
Gelle qui nous la raconte dans ses Nuits attiques {éd. Charpentier, Y, i4, — 
éd. Blanchet, I, 267). Comme peinture, signalons seulement un singe savant 
et son conducteur représentés sur les murs d'une maison de Pompéi, aujour- 
d'hui au musée de Naples, et reproduite par Gusman, p. a85. 

^ Les combats de gladiateurs existaient du reste déjà, depuis longtemps, 
en Italie. (Voir J. Sabatier, p. 53.) 



9-* ANTIQUITE 

Carthage, en 146, livrer aux bêtes les soldats déserteurs, 
dans les fêtes qu'il donna alors au peuple*. 

Dès lors la coutume des combats d'animaux se répandit 
dans toute l'Italie. Elle existait peut-être depuis long- 
temps déjà, car, si l'on en croit l'opinion qui avait cours 
au temps de Cassiodore, ces genres de spectacles auraient 
été introduits de Scythie avec le culte de la Diane de ce 
pays, de cette déesse que Cassiodore appelle la triple 
déité : Proserpine-Luna-Diane^ En tout cas partout dans 
les petites villes, dès le second siècle av. J.-C, c'étaient 
des chasses de cerfs, de daims, de lièvres ou de quelque 
autre animal paisible du pays ; ou bien, c'étaient des 
chiens que l'on s'amusait à lancer contre des ours ou des 
sangliers, ou des hommes qui luttaient de force et 
d'adresse contre des taureaux sauvages. A Rome et dans 
les autres grandes cités, l'on vit naturellement des spec- 
tacles plus grandioses. Sylla, ayant reçu des lions de 
Bocchus, roi de Mauritanie, fit tuer en une grande chasse, 
lors de sa nomination à la prêture, 100 lions mâles ; puis, 
un peu plus tard, ce fut Pompée qui fit paraître, sur 
l'arène, 600 lions dont 3i5 mâles, 18 ou 20 éléphants, un 
lynx, une guenon d'Ethiopie et un rhinocéros unicorne, le 
premier qu'on ait vu à Rome; enfin, pour en finir avec 
le temps de la République, il faut citer le nom de César 
qui institua les premiers combats de taureaux que l'on 
ait vus à Rome et qui fit sacrifier une girafe et 4oo lions, 
immédiatement après la fête de la consécration de son 
forum ^. 



* Valère Maxime, liv. II, ch. vu, i3 et 14. 

2 Cassiodore L. V, Ep. 42. 

^ Le chiffre de 400 lions est donné par Pline (VIII, 45). Dion Cassius, qui 
rapporte le même fait, s'exprime ainsi au sujet du nombre des animaux : 
« Vouloir en faire l'énumération ce serait tomber dans un récit fastidieux, 
sans peut-être atteindre la vérité, car généralement on exagère ces sortes de 
choses... Mais je vais parler de la girafe parce que ce fut alors la première 



LES GRANDES MÉNAGERIES DES ROMAINS 9^ 

Ces coutumes prirent un développement prodigieux au 
temps de l'Empire. Non seulement les empereurs, mais 
encore tout citoyen, recevant les honneurs du triomphe, 
ou prenant une charge publique, furent obligés d'offrir au 
peuple, comme don de joyeux avènement, des exhibitions 
et des chasses d'animaux féroces, à Rome ou dans leur 
résidence*; puis cette coutume devint tellement géné- 
rale que tous les riches citoyens possédèrent des ména- 
geries et donnèrent des jeux d'animaux à l'occasion 
d'événements privés tels que ceux d'un mariage ou de 
funérailles. 

IL Les ménageries romaines furent alimentées par des 
cadeaux de princes étrangers % mais surtout par les cap- 
tures que les gouverneurs des colonies romaines faisaient 
faire, sur l'ordre des empereurs ou pour plaire à leurs 
amis. C'est ainsi que Cicéron, alors qu'il était proconsul 
en Cilicie, province d'Asie-Mineure, fut sollicité maintes 
fois par son ami Gaelius, un questeur de Rome. « Vous 
n'avez pas reçu de moi, lui écrivait celui-ci, au mois de 
septembre de l'an de Rome 702, une seule lettre où je ne 

qui parut à Rome .. . » (XLIII, 22 et 23.) Le même auteur nous apprend 
encore que César, le soir du quatrième jour de son triomphe, en l'an 46, se 
fit reconduire en litière, chez lui, au milieu du peuple presque tout entier qui 
lui faisait cortège et d'un grand nombre d'éléphants portant des flambeaux. 

^ Les politiques s'en servaient même pendant la campagne électorale pour 
obtenir d'être élus. Un exemple de cette sorte de corruption vient de nous 
être révélé par Héron de Villefosse dans la séance du 23 mars 1910 à VAcad. 
des Inscr. et Belles L. En l'an i33, sous le règne d'Adrien, un certain Aure- 
lianus, pour parvenir à la magistrature suprême de Carthage, avait promis 
de donner à la ville une somme de 200.000 sesterces; il avait versé, en outre, 
au Trésor municipal, une somme de 38. 000 sesterces, et mettant le comble à 
ses libéralités, pendant quatre jours il avait offert à ses concitoyens, dans 
l'amphithéâtre, le spectacle de combats de gladiateurs et de chasses de 
bêtes féroces africaines. Ce genre de corruption électorale était alors, parait-il, 
parfaitement licite. 

^ Auguste, par exemple, reçut des éléphants que lui amenèrent des ambas- 
sadeurs de Chine et de Perse (A. Florus. 1. IV, | 12). Plus tard, Dioclétien, 
Théodose et Aurélien, recurent des animaux des rois de Perse (Friedlander, 
II, p. 146). 



94 ANTIQUITÉ 

VOUS aie parlé de panthères. Il serait bien honteux que 
Patiscus en eût envoyé dix à Gurion, et que je n'en obtinsse 
pas un plus grand nombre de vous, qui pouvez en tirer de 
quantité d'endroits. Gurion m'a donné celles de Patiscus 
et dix autres qu'il avait reçues d'Afrique ; car sa libéralité 
ne se borne pas à donner des maisons de campagne. Pour 
vous, si vous avez la bonté seulement de vous souvenir 
de ma prière, et de donner des ordres aux Cybirates et 
en Pamphylie, où l'on dit qu'il s'en prend beaucoup, 
vous m'en procurerez autant qu'il vous plaira... Aussitôt 
que les panthères seront prises, vous avez, pour les 
nourrir et les transporter, les gens que j'ai envoyés pour 
le billet de Sittius; et je pourrai même vous en envoyer 
d'autres si vos lettres me donnent quelque espérance. » 

A une lettre semblable, Gicéron répondait de Laodicée, 
le 4 avril de l'année suivante : 

« Je vous fais chercher soigneusement des panthères 
par ceux qui sont accoutumés à cette chasse : mais il 
s'en trouve fort peu, et l'on prétend que le peu qu'il y en 
a se plaignent d'être les seules créatures à qui l'on dresse 
des embûches dans ma province ; aussi dit-on qu'elles 
sont résolues de passer dans la Garie. On ne laisse pas 
d'en chercher avec soin, et Patiscus s'y emploie particu- 
lièrement. Tout ce qu'on en pourra trouver sera pour 
vous ; mais je ne sais point encore combien l'on en a pris 
jusqu'à présenta » 

^ Voir : Lettres de Cicéron, éd. Panckoucke. 

Il faut lire encore, sur le même sujet, les lettres dans lesquelles on voit 
le consul romain Symmaque, s'occuper, en Fan 391, de se procurer des 
animaux pour les fêtes qu'il donnait alors en l'honneur de son fils Memmius. 
Symmaque écrit à ses amis en Espagne, dans les Gaules, en Afrique, et cela 
un an d'avance ; il envoie un peu partout des serviteurs, des hommes de 
confiance pour avoir des chiens d'Ecosse [canes scotici), des chevaux, des 
ours, des lions, des léopards, des crocodiles. Et on voit, dans ces lettres, les 
difficultés qu'il y avait à surmonter pour ramener tous ces animaux à Rome. 
Sur seize chevaux que lui donne un de ses amis, par exemple, cinq sont 
morts en route et les autres paraissent malades ; les crocodiles débarquent. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS 93 

Les gouverneurs, ainsi sollicités, réquisitionnaient les 
gens du peuple, ou bien s'adressaient à des trafiquants 
d'animaux sauvages* qui avaient un droit de chasse illi- 
mité sur tout le territoire de l'Empire, sauf pour les 
éléphants et plus tard pour les lions, animaux réservés 
à l'Empereur. On capturait les hippopotames sur les 
bords du Nil où, du temps de Pline encore, ils venaient 
ravager les champs cultivés jusqu'à la hauteur de la 
préfecture de Sais - ; on trouvait encore d'innombrables 
lions dans les massifs de roseaux et les jungles de la 
Mésopotamie et de l'Hyrcanie; la Perse regorgeait tou- 
jours de tigres et d'autres bêtes féroces que l'on prenait 
au moyen de filets et de torches enflammées, de pièges 
amorcés ou de fosses recouvertes de branchages, et dont 
on arrêtait immédiatement la férocité en leur jetant une 
draperie sur la tête'; en Numidie on prenait, de la même 
manière, de grandes quantités d'ours et on chassait les 
onagres au lasso; plus loin, en Mauritanie, on capturait 
les panthères au piège et des cavaliers lancés sur des 
chevaux infatigables enserraient d'immenses troupeaux 

mais ils ne veulent pas manger et on est obligé de les tuer ; les ours sont 
bien envoyés, mais il n'arrive que quelques petits oursons amaigris par le 
jeûne et la fatigue ; quant aux lions, on n'en a plus de nouvelles. {Symmachus- 
Epistolœ II, 26, 76, 77, — IV, 12, 58, 59, 63, 72, — V, ao, ai, aa, 46, 56, Sg, 
— VI, 42, 43, — VII, 59, 121, — IX, la, i5, 20, 21, — X, II, 14, citées 
in Wallon III, p. 544> et G. Boissier, a, II, aoi.) 

* Symmaque, par exemple, parle d'ursorum negotiatores. Epistolœ, V, 6a. 

Il y avait encore, dans les colonies romaines, nombre de chasseurs de bêtes 
pour le commerce des pelleteries, alors très florissant : on appelait ces 
chasseurs Parthiarii, parce qu'ils travaillaient surtout au centre de 1 Inde, 
dans la Parthie, mais Rome tirait aussi ses peaux du Caucase, des pro- 
vinces situées au nord et au sud de la mer Noire, de Tauris, à l'embouchure 
du Don, etc. (Millin, Monumens, I, 354.) 

' Achille Tatius IV, a et suiv. nous apprend la manière dont on se servait 
pour capturer ces animaux, en les attirant dans des fosses. 

3 « Ou ne saurait croire à quel point le moindre voile jeté sur la tète d'un 
lion abat sa férocité : il se laisse enchaîner sans résistance, comme si toute 
sa force était dans «es yeux. » Pline, liv. VIII, ch. xxi. Voir aussi Oppien 
(livre IV), qui décrit en détail la capture des lions. 



9^ ANTIQUITÉ 

d'autruches dans des cercles de plus en plus étroits. 
En Europe, les chasses n'étaient guère moins fructueuses ; 
on se rendait maître des ours, des sangliers, des cerfs, des 
loups, et des renards, au moyen de glu ', ou bien en les 
arrêtant par des filets légers ornés de plumes rouges et 
blanches flottant au vent^ ; les grandes forêts de la Germa- 
nie regorgeaient de bisons, les bords du Rhin de sangliers, 
l'Ecosse de bœufs sauvages et de chiens féroces qui 
savaient tenir tête aux tigres et aux lions. Partout enfin, 
on faisait la chasse des petits oiseaux au moyen degluaux, 
et des paysans, déguisés avec une peau de chèvre et 
marchant à quatre pattes, savaient pousser habilement 
des compagnies de perdrix dans de grands pièges dont 
ils pouvaient fermer l'ouverture, à distance, au moyen 
d'une longue corde ^. 

Ces grandes captures d'animaux vivants nous sont 
connues non seulement par les récits des auteurs con- 
temporains, mais encore par des tableaux de lépoque, 
en particulier par deux mosaïques de l'Afrique ancienne, 
qui méritent ici une mention toute spéciale. L'une de ces 
mosaïques a été découverte en 1909, à Bône, là où elle 
se trouve encore aujourd'hui, dans les ruines d'une 
luxueuse villa romaine de l'antique Hippone [Hippo 
regius) qui est peut-être la villa proconsulaire dont parle 
saint Augustin dans ses Confessions*. Elle représente le 

* Pour les ours surtout. Martial, de Spect., Epigr. XIII. 

2 Nemesien. Cynég. 3o3 et suivantes. 

' Ces dernières scènes sont figurées dans des mosaïques romaines d'Utina, 
décrites et reproduites par P. Gauckler. a. pi. XXII. 

* Les ruines de cette villa se trouvent dans la propriété de M™® Gabrielle 
Dufour, au lieu dit du Fortin. La mosaïque, qui est dans un excellent état de 
conservation, mesure 6 mètres de long sur S^jSo de large, sans le cadre. 
Voir aussi une mosaïque des bains de Pompeianus, à l'Oued Atmenia, en 
Algérie. On trouvera la bibliographie et une courte description de ces 
mosaïques dans Y Inventaire des mosaïques de l'Afrique romaine. Enfin, pour 
connaître les animaux que les Romains pouvaient alors se procurer en Afrique, 
voir Tissot, t. I, p. 32i et suiv. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS 97 

moment le plus émouvant de la chasse. Les rabatteurs 
ont fini leur tâche; il s'agit maintenant de faire entrer 
les divers animaux rassemblés dans une enceinte où on 
pourra plus facilement les isoler et les prendre. A gauche 
du tableau, des hommes portant le costume numide, les 
uns à cheval, les autres à pied et tous armés de lances et 
de boucliers, pressent activement des antilopes leucoryx, 
et des autruches, pour faire entrer ces animaux dans un 
vaste enclos circulaire formé de branchages, entouré de 
filets et où se trouvent déjà des lions et des panthères. Ces 
dernières surtout paraissent furieuses d'être prises ; l'une 
d'elles a terrassé un homme qui se défend à grand-peine 
avec son bouclier, les autres bêtes féroces bondissent tout 
autour de l'enclos pour essayer de s'échapper; mais elles 
sont arrêtées de ce côté par les rabatteurs qui, écartant les 
feuillages et se protégeant de leur bouclier', agitent vers 
les animaux de longues torches allumées. Cette scène 
principale est pleine de vie, et représentée vraiment de 
main de maître. Elle est complétée par d'autres tableaux 
plus petits, mais tout aussi intéressants. Ce sont d'abord 
trois enclos annexés au grand enclos central et où les 
chasseurs ont déjà isolé plusieurs groupes d'animaux, 
gardés peut-être comme appâts : dans l'enclos supérieur, 
des ânes sauvages, aujourd'hui disparus de cette partie 
de l'Afrique et reconnaissables aux deux bandes noires 
parallèles qui coupent leurs épaules et aux fines rayures 
de leurs cuisses; dans l'enclos du milieu, des mouflons, 
sortes de moutons à crinière, encore très communs 
actuellement dans l'Aurès; dans l'enclos du bas, qui 
communique avec le champ de capture par des portes 
ouvertes ou par une cage, des bubales, ou vaches ber- 
bères, dont l'espèce n'est plus représentée aujourd'hui 

* On retrouve les mêmes rabatteurs dans une chasse aux lions du sépulcre 
de Nason (Montfaucon, a, III, a« part., pi. i8a). 



gS ANTIQUITÉ 

que dans l'ouest de l'Afrique septentrionale. Dans l'angle 
supérieur droit de la mosaïque, l'artiste a représenté 
un parc d'animaux (un thériotropheion, comme l'indique 
le mur crénelé qui le limite en bas*) dans lequel courent 
trois animaux dont un est pris au lasso par un cavalier. 
Au-dessous du mur, un rocher à l'abri duquel deux 
hommes paraissent en train de manger; dans l'angle 
inférieur, se voit une tente d'étofie pourpre devant 
laquelle un Gétule, vêtu d'une chemisette blanche, pré- 
pare le repas des chasseurs; enfin, à l'opposé, dans 
l'angle de gauche, des hommes apportent une cage sur 
un chariot. 

L'autre mosaïque, qui est un peu plus petite, pro- 
vient d'Utique et se trouve aujourd'hui au British 
Muséum '\ La scène qu'elle représente est plus difficile à 
interpréter que les précédentes ; elle nous semble mon- 
trer les préliminaires d'un embarquement d'animaux 
sauvages capturés, ou, peut-être encore, une battue à 
l'abreuvoir. On y voit, en effet, quatre hommes montés 
dans deux barques et tendant, au bord de l'eau, les deux 
extrémités d'un grand filet qui encercle une panthère, 
un sanglier, un cerf, une autruche et d'autres animaux ; 
un chien empêche ces animaux de s'échapper de l'enclos. 

Quand ces grandes chasses étaient terminées, dit un 
poète latin du iv' siècle ^ quand tout ce qui porte dents 
redoutables, superbe crinière, bois majestueux ou soie 
hérissée avait été pris, on enchaînait quelques-uns de 

1 Ce mur est bien de même forme, en effet, que celui du médaillon contor- 
niate que nous figurons, mais ses créneaux sont surmontés ici d'une petite 
construction particulière qu'on ne retrouve pas sur celui du médaillon. 

2 N° 29, dans l'escalier qui conduit du vestibule égyptien au premier étage. 
Voir aussi, au même endroit, (n° i) une mosaïque de Carthage représentant 
un cavalier lançant le lasso à un cerf. 

3 Claudien, Eloge de Stilicon, v. 333 et suiv., éd. Nisard, p. 642 et suiv. 
Ajoutons encore que, pour s'opposer à la destruction complète des animaux, 
une loi vint faire défense aux particuliers de chasser les lions dans les forêts 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS 99 

ces animaux dans des filets; on plaçait les autres dans 
des cages formées de branches avec leur feuillage, et Ton 
se mettait en route pour Rome, soit par eau, soit par 
terre \ C'étaient alors d'immenses convois d'animaux : 
des barques et des vaisseaux qui descendaient les fleuves 
et sillonnaient les mers, ou bien des chars nombreux 
qui venaient embarrasser les routes de ces trophées 
vivants enlevés aux plaines et aux montagnes. 

Les voyages par terre demandaient souvent de longs 
mois pendant lesquels les animaux avaient nécessairement 
fort à souffrir. On les laissait reposer dans les villes que 
Ton rencontrait et où les conducteurs ne manquaient pas 
de tirer profit de ces ménageries ambulantes. Quand le 
convoi était destiné à TEmpereur, les municipalités 
étaient chargées de l'entretien des gens et des bêtes ""; 
mais, comme il y eut des abus, les empereurs Honorius 
et Théodose ordonnèrent bientôt que les convois d'ani- 
maux ne pourraient rester plus de sept jours dans une 
même ville. Pour les simples particuliers, non seulement 
tout était à leur charge, mais encore ils devaient payer, en 
quelques villes, un droit d'entrée qui s'élevait, pour les 
ours, par exemple, à 2,5 p. loo de leur valeur; les séna- 
teurs seuls étaient exemptés de cet impôt'. 

III. Les animaux de ménagerie avaient donc à Rome 
une grande valeur vénale ; on pouvait en acheter dans la 

d'Afrique et de Syrie, à moins d'en avoir obtenu le privilège par des lettres 
de l'Empereur. (Loi unique au Code de venatione ferarum). 

^ a L'embarquement des éléphants d'Ânnibal, au passage du Rhône, a été 
décrit, d'après Polybe (III, 46) et Tite-Live (XXI, a8), par Silius Italicus 
(III, 4t>o) et par Elien [Nat. anim. X, 17) ». (Friedlander, II, i5a). Un embar- 
quement d'éléphants est représenté sur une mosaïque romaine de Veû, 
décrite et flgurée par R. Cagpat. a. 

^ D'après un édit de l'an 417 émanant des empereurs Honorius et Théo- 
dose (voir Mongez, p. 879, et Friedlander, II, p. i5a.) 

* Voir le Digeste XXXIX, 4, i6, §7, et Symmaque (Lettres : V, 60, 6a et 
65), cités par Mongez, p. 378, et Friedlander (II, 146). 



lOO ANTIQUITE 

ville même, comme le dit expressément Juvénal \ et 
comme on peut l'inférer des cadeaux et des tombolas de 
bêtes féroces dont nous parlons plus loin, car à quoi 
aurait servi, à un simple citoyen, de recevoir des lions, 
des chameaux ou des autruches, s'il n'avait pu s'en 
débarrasser par la vente". En tout cas, il y avait à Rome 
de grandes ménageries publiques qu'on appelait des 
Vivaria^. Procope mentionne une de ces ménageries qui 
était située à l'entrée de la voie Prénestine, c'est-à-dire 
près de la Porte majeure actuelle ; une autre avait été 
installée sur le mont Gaelius pour l'école de bestiaires 
dont nous parlons plus loin ; des restes de loges d'ani- 
maux ont été trouvés, au siècle dernier, dans une grande 
propriété située sur l'emplacement de l'église Saint - 
Jean et Saint-Paul, au Vatican'; Pline (XXXVI, IV, 26) 
parle d'un dépôt de bêtes féroces d'Afrique sur le port ; 
en plusieurs villes, on peut voir encore les vivaria des 
amphithéâtres que nous décrirons plus loin; une fosse 
aux ours avec arbre à grimper, au centre, se voit figurée 
sur un bas-relief gallo-romain du i^"" siècle^; enfin, 

1 Dans les Satires VII et XII, il parle d'un certain Numitor assez riche 
pour acheter un lion dompté. Suétone [Néro, XI) parle aussi de cadeaux 
d'oiseaux et de bêtes sauvages apprivoisées. 

2 Quelques commentaires se basent encore sur un édit des édiles de Rome, 
dont nous donnons le texte latin un peu plus loin, pour admettre, à Rome, 
l'existence d'un marché de lions et d'autres animaux féroces. 

^ « Vivaria sic dictum quia sunt loca conclusa in quibus viva animalia 
detinentur. » Varron, III. Pline et Tite-Live emploient encore, dans le même 
sens, les mots claustra ou clausirum, qui signifient, à proprement parler : 
tout lieu clos. Enfin, Fr. Noël, dans son vieux Dictionnaire, donne comme 
synonyme, l'expression Palatium pecorosum, d'après Properce ; mais, dans 
le seul passage de Properce où nous avons trouvé ces mots (liv. IV, ch. ix) 
ils désiguent seulement les troupeaux nombreux qui paissaient les pâturages 
situés au pied du Palatin, Du reste, pour les diverses références concernant 
ces mots, nous ne pouvons mieux faire que renvoyer à Forcellini. 

'* C'est sans doute de cette ménagerie que s'était échappé cet énorme ser- 
pent dont parle Pline (VIÏI, 14). La bête fut tuée sur le mont Vatican, au temps 
de l'empereur Claude ; on trouva dans son ventre le corps d'un petit enfant. 

> Voici comment M. Espérandieu, qui donne ce document (t. I, n° 609, 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS loi 

un autre vivarium est représenté sur un médaillon 
contorniate' d'une façon très schématisée il est vrai, mais 
qui n'en est pas moins claire, si on le rapproche surtout 
du dessin précédent ; on voit en effet ici, à Tarrière- 
plan d'une scène dramatique représentant une femme 
agenouillée en suppliante devant un homme debout, 
trois cages à ours placées sur le haut d'une construction 
figurée sur le bas-relief. 

D'autres fois, on se contentait d'enchaîner les bêtes 
féroces, ce qui ne manqua pas d'occasionner des inci- 
dents du genre de celui que raconte Lampride : « Diadu- 
mène était en bas âge ; un lion rompant ses chaînes, — 
c'était un lion non apprivoisé, — s'enfuit et vint jusqu'à 
son berceau. Il lécha l'enfant sans lui faire aucun mal ; 
tandis que sa nourrice qui, par hasard, se trouvait seule 
dans la petite cour où était l'enfant, et qui s'était jetée 
au-devant du lion, périt d'une morsure qu'elle en reçut". » 
Aussi les édiles de Rome rendirent-ils un édit qui est 
un document des plus importants pour nous, en ce sens 
qu'il nous indique combien la mode des ménageries était 
répandue à cette époque. Ce décret défend, en effet, de 
tenir, dans les endroits fréquentés, des chiens, des porcs, 
des sangliers, des loups, des ours, des panthères, des 



fîg. de la p. 386), interprète la scène qu'il représente : « Au premier plan, un 
homme nu, la tête rasée, est accroupi dans une cuve contre laquelle se 
dresse un ours. Pour se soustraire aux atteintes de la bête, il est probable 
que le bateleur l'aspergeait avec de l'eau qui remplissait la cuve, et sous 
laquelle il se réfugiait lorsqu'il était serré de trop près. Au second plan, un 
deuxième bestiaire jongle avec un autre ours ; un tonneau lui sert, à ce qu'il 
semble, d'accessoire ; l'homme, placé dans le tonneau, devait agacer l'ours 
par une ouverture percée dans les douves à l'un des bouts et disparaître, 
pour recommencer son manège par une seconde ouverture à l'autre bout, 
lorsque 1 animal se retournait contre lui. Au fond, dans une cage, est un 
troisième ours qu'un homme, vêtu d'une tunique sans manches, paraît 
exciter. >> 

» J. Sabatier, pi. VIII, fig. i3. 

^ Vie de Diadumène, Hist. d'Auguste, édit. Panckoucke, t. Il, p. 57. 



I02 ANTIQUITÉ 

lions, OU quelque autre animal capable de nuire, à moins 
qu'ils ne soient attachés à une forte chaîne ^ 

A côté de ces ménageries pour animaux féroces, on 
trouvait à Rome, ou aux environs, pour les animaux pai- 
sibles, des sortes de parcs zoologiques. Les empereurs 
avaient de grands enclos pour éléphants dans les plaines 
boisées d'Ardea, l'ancien pays des Rutules, au sud de 
Rome ; ces parcs étaient situés à 5 ou 6 kilomètres de la 
mer, sur le bord d'un fleuve par où l'on amenait directe- 
ment les éléphants d'Afrique '\ D'autres enclos semblables 
se trouvaient à Tibur (Tivoli), mais ceux-là étaient réser- 
vés, semble-t-il, aux éléphants malades^ ; ailleurs encore, il 
yavait des pâturages pour antilopes et onagres et des parcs 
à autruches ; enfin, les vastes jardins impériaux qui, au 
temps de Néron, descendaient le long des flancs du 
Palatin, et le Palais impérial lui-même, renfermaient des 
collections variées d'animaux vivants. 

Tous les empereurs romains eurent des ménageries, du 
moins des ménageries temporaires, car les jeux où parais- 
saient les animaux étaient devenus une des charges de la 
couronne. C'est grâce aux récits que les historiens nous 
ont donnés de ces jeux que nous pouvons reconstituer 

^ Nous croyons utile de donner le texte entier de cet édit, dont on trouvera le 
commentaire dans Bouchaud, p. 238 etsuiv, : « Ne quis canem, verrem vel mino- 
rem apruin, lupuni, ursum^ pantheram, leonem, aliudve quod noceret animal, 
sive soluia sint, sive alligata, ut contineri vinculis, quominus damnum infé- 
rant, non possint, quâ vulgo iter fiet, ita habuisse velit, ut cuiquam nocere 
damnumve dare possit. Si adversus ea factum erit, et homo liber ex ea re 
perierit, solidi ducenli ; si nocitum homini libero esse dicetur, quanti honum 
œquam judici videbitur, condemnetur : cœterarum verum, quanti damnum 
datum factumve sit dupli., (Loi XL, XLI et XLII, au Digeste de ^dilitio 
Edicto. 

La loi I, par. lo, au Digeste Si quadrupes Edicto pauperiem permet encore 
de conjecturer le grand nombre de citoyens qui possédaient des bêtes sau- 
vages en captivité. 

2 Juvénal. Satire XII, édit. Nisard, p. 268. Elien parle, de son côté, 
d'éléphants nés à Rome et qui provenaient sans doute de ces parcs [Animal, 
II, II.) 

^ D'après Armandi, cité par Reinach, a, p. 543. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS Io3 

ici, d'une façon très incomplète il est vrai, quelques-unes 
des ménageries impériales en donnant le nom et les 
quantités des animaux qui y furent gardés un temps plus 
ou moins long * : 

Ménagerie d' Octave- Auguste . Auguste, en quinze ans 
de règne (de l'an 29 avant Jésus-Christ à Tan i4), eut, 
dans ses ménageries, un total de 3.5oo animaux, en par- 
ticulier : 

420 tigres, dont un tigre apprivoisé qu'on lui avait donné lors 

d'un voyage à Samos. (Pline, VlII-aS). 
260 lions ; 
600 bêtes africaines (panthères, guépards et autres carnassiers 

d'Afrique) ; 
I rhinocéros qu'Auguste exposa en public au Clos des Septa ; 
I hippopotame, le premier animal de cette espèce qui ait paru 

à Rome et pour lequell'Empereur fit creuser un bassin spécial; 
Des phoques; 
Des ours ; 
Des éléphants; 
Des aigles ; 
36 crocodiles; 
enfin i serpent de 5o coudées (environ a5 mètres) qui fut 

exposé au Gomitium, près du Forum. 

Auguste était grand amateur d'histoire naturelle. Non 
seulement il aimait avoir des oiseaux vivants chez lui, 
comme nous l'avons dit plus haut, mais encore il avait 
recommandé aux Romains, voyageant en pays étrangers, 
de lui rapporter toutes les curiosités naturelles qui 
les frapperaient. C'est ainsi qu'il put former, dans les 
temples, de véritables musées d'art et de grandes col- 
lections d'histoire naturelle. 

Ménagerie de Caligula (37-41) : 

400 ours; 

400 bêtes africaines; 

chameaux ; 

* Pour compléter la bibliographie de cette question, nou» renvoyons aux 
travaux de Friedlànder (II, p. i%i-i^S) et de Mongez (p. 4a5). 



I04 ANTIQUITÉ 

Ménagerie de Glande (4i-54) : 

3oo ours; 

3oo bêtes africaines ; 

4 tigres privés ; 
taureaux. 

Ménagerie de Néron (54-68) : 

4oo ours; 
3oo lions ; 
éléphants. 

Ménagerie de Titus (79-81) : 

5.000 bêtes sauvages; 
4.000 animaux domestiques. 

Ménagerie de Domitien (81-96) : 

2 rhinocéros bicornes ; 

I bubale; 

I bison; 

élans ; 

chameaux ; 

éléphants ; 

lions' ; 

tigres ; 

ours. 

Ménagerie de Trajan (98-117) : 

11.000 animaux sauvages et domestiques. 

Ménagerie û?' Adrien (i 17-138) : 

i.ooo bêtes féroces dont 100 lions et 100 lionnes. 
Ménagerie û^'Antonin le Pieux (i38-i6i) : 

100 lions; 
éléphants ; 
hippopotames; 
tigres; 

' La mort d'un lion familier de Domitien fut chantée par Stace (Silves, 
II, 5.) Un de ses rhinocéros fut gravé sur une médaille que reproduit Cam- 
per (I, p. 221 et pi. V, fîg. 4 et 5). 



LES GRANDES MÉNAGERIES DES ROMAINS lo5 

antilopes ; 

I crocuta ou crocota; 

I strepticéros. 

Ménagerie de Commode (180-193) : 

1 00 ours ; 

100 lions; 

5 hippopotames; 

I girafe ; 

tigres ; 

cerfs, daims et autres cervidés; 

plusieurs rhinocéros; 

taureaux ; 

éléphants; 

autruches. 

Ménagerie de Septime Sévère (193-21 1) : 

700 ours, lions, panthères, onagres et autruches ; 

60 sangliers; 
bisons; 
éléphants ; 
antilopes. 

Ménagerie de Caracalla (211-217) : 

rhinocéros ; 
zèbres ; 
lions. 

Caracalla faisait toujours placer à côté de lui, à table, 
son lion favori qu'il appelait Cimeterre [Acinaces] ; il le 
gardait même jusque dans sa chambre à coucher, et on 
le vit plusieurs fois l'embrasser en public'. 

Ménagerie c^'Héliogabale (218-222') : 

5 1 tigres ; 

lions ; 

plusieurs hippopotames; 

chameaux ; 



• Dion Cassius, LXXXVIII, 7. 



Io6 ANTIQUITÉ 

cerfs ; 
éléphants; 
I rhinocéros; 
autruches ; 
ours; 

I crocodile; 
loirs; 

lo.ooo rats; 
i.ooo belettes; 
i.ooo souris; 
scorpions; 
serpents, etc. 

Ici, il nous faut citer textuellement quelques passages 
de LamprideS qui vont caractériser davantage encore le 
goût spécial de cet empereur pour les animaux. Hélioga- 
bale « nourrissait des chiens avec des foies d'oie. Il 
éprouvait un plaisir tout particulier à avoir des lions et 
des léopards privés de leurs armes naturelles. II les fai- 
sait dresser par des dompteurs d'animaux, et, au second 
et au troisième service, il les faisait apparaître tout à 
coup pour jouir de la stupeur des convives, qui igno- 
raient qu'ils fussent sans moyens de nuire, et rire ensuite 
à leurs dépens. Il envoya à ses écuries donner à ses che- 
vaux des raisins d'Apamée ; il nourrit des lions et d'autres 
animaux avec des perroquets et des faisans... » 

D'autre fois encore, dans ses festins, Héliogabale « ins- 
crivait sur les cuillères les lots qu'il destinait aux convives : 
ainsi, l'un gagnait lo chameaux, un autre lo mouches, 
celui-ci lo livres d'or, celui-là lo livres de plomb, un autre 
lo autruches, un autre lo œufs de poule... » Cette mode, 
il l'introduisit même dans ses jeux, où on le vit un jour 
mettre au sort lo ours, lo grillons, lo laitues, lo livres 
d'or. — « Quand ses amis étaient ivres, il lui arrivait sou- 
vent de les enfermer, et, dès que la nuit était arrivée, il 

^ Vie d' Héliogabale, in Histoire d'Auguste, (ch. xx à xxviii), éd. Panc- 
koucke, t. II, p. 99 et suivantes. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS 107 

introduisait, dans leur chambre, des lions, des léopards et 
des ours privés de leurs armes naturelles, de sorte qu'à 
leur réveil, le matin, ou même au milieu de la nuit, ce 
qui était plus terrible, ils trouvaient ces animaux auprès 

d'eux; la frayeur en fit mourir plusieurs » 

« Il envoyait aux parasites, par ses officiers de bouche, 
et comme provision pour l'année, des vases remplis de 
grenouilles, de scorpions, de serpents et autres animaux 
hideux. Il enfermait aussi, dans de pareils vases, des 
quantités infinies de mouches qu'il appelait des abeilles 
privées. » — « Il se faisait apporter lo.ooo rats [murium] 
i.ooo belettes [mustelas] i.ooo souris [sorices). » — 
« Enfin, il eut à Rome de ces petits dragons [dracun- 
culos) que les Egyptiens appellent « bons génies ». Il 
eut aussi des hippopotames, un crocodile, un rhinocéros, 
enfin tous les animaux d'Egypte que leur nature lui permit 
d'entretenir. » 

Ménagerie a?' Alexandre Sévère (222-235) : 

lo éléphants ; 

oiseaux en grand nombre. 

Là encore, il nous faut citer en entier un passage de 
Lampride\ « Son plus grand plaisir [à l'Empereur] était 
de faire battre déjeunes chiens avec de jeunes cochons, 
ou des perdrix entre elles, ou de voir voltiger çà et là 
des petits oiseaux. Il avait encore, dans son palais, un 
moyen de distraction qui l'amusait beaucoup et le délas- 
sait des soucis du gouvernement. C'étaient des volières de 
paons, de faisans, de poules, de canards, de perdrix ; il y 
prenait beaucoup de plaisir ; il aimait surtout les pigeons, 

^ Vie d'Alexandre Sévère, XLI, p. 189. Il est à noter que cet empereur 
créa à Rome plusieurs chaires de professeurs de sciences, entre autres une 
chaire de médecine et une chaire de science des Aruspices {Ibid., ch. xliv, 
P- »93.) 



I08 ANTIQUITÉ 

dont il eut, dit-on, jusqu'à 20.000. Et, afin que la nour- 
riture de tous ces oiseaux ne fût pas une charge pour 
l'Etat, il avait des esclaves de louage, qui les nourris- 
saient du produit des œufs, des jeunes poulets et des 
pigeonneaux. » 

Ménagerie de Gordien I^'' (237) : 

i.ooo ours ; 
100 tigres; 
100 girafes; 
200 chevreuils; 
200 chamois ; 
i5o sangliers; 
100 moutons sauvages; 
100 taureaux de Chypre* 

3o chevaux sauvages; 

3o onagres ; 

10 élans ; 
3oo autruches. 

Ménagerie de Gordien III (238-244) • 

60 lions apprivoisés ; 

10 lions très forts ou maîtres lions; 

3o léopards apprivoisés ; 

10 tigres ; 

10 hyènes; 

32 éléphants (dont 10 ayant appartenu à Alexandre Sévère) ; 

10 élans; 

40 chevaux sauvages ; 

20 onagres ; 

10 girafes ; 

I rhinocéros; 

I hippopotame . 

Gordien ayant été assassiné en l'an 244, cette ména- 
gerie passa à son successeur, l'empereur Philippe, qui y 
ajouta d'autres animaux pour les jeux millénaires de 
l'an 248. De nombreuses médailles (médailles séculaires) 
furent frappées à cette occasion, et sur elles, les artistes 



LES GRAN'DES MÉNAGERIES DES ROMAINS lOQ 

représentèrent quelques-uns des animaux qui furent 
exposés alors aux yeux des Romains * 

Ménagerie de Gallien (260-268) : 

200 bêtes sauvages apprivoisées ; 
10 éléphants. 

Ménagerie c^'Auréiien (270-276) : 

20 éléphants indiens ; 
4 tigres ; 
élans; 
cerfs ; 
girafes ; 

200 animaux de Palestine (Syrie) ; 
bêtes féroces apprivoisées de la Libye ; iferœ mansuetœ libycœ); 

Ménagerie de Probus (276-282) : 

i.ooo autruches; 
i.ooo cerfs; 
1 .000 sangliers ; 

100 lions à crinière et 100 lionnes; 
100 léopards de Libye; 
100 — de Syrie; 
3oo ours ; 

chamois^ girafes, moutons sauvages et autres herbivores exo- 
tiques. 

De Valentinien I*"" (364-375) qui avait quitté Rome 
pour fixer sa capitale à Milan, nous ne connaissons que 
deux ours qui répondaient aux doux noms d'Innocence 
[Innocenda] et de Paillette d'or (Mica aurea) et qui pas- 
saient la nuit à la porte de la chambre à coucher de 
^Empereur^ Nous sommes, du reste, à la veille de 
Tépoque où les ménageries et les combats d'animaux 
vont disparaître de Rome. 

' Ces médailles que noas reproduisons ici se trouTent avec beaucoup 
d autres à la Biblioth. nation.; on en trouvera la description complète dans 
Cohen, t. Y, p. iia et ii3. 

* Ammien, 39. 



110 ANTIQUITE 

IV. L'entretien de pareilles ménageries entraînait natu- 
rellement des dépenses considérables, d'autant plus 
qu'on donnait souvent aux carnivores des proies vivantes. 
Il fallait être Caligula pour leur jeter en pâture des cri- 
minels, ou Héliogabale pour les nourrir de perro- 
quets et de faisans; mais c'était l'habitude de leur don- 
ner, de temps en temps, des chevreaux vivants. A ce 
propos, Plutarque raconte cette touchante anecdote : un 
tigre, à qui l'on avait donné un petit chevreau, jeûna deux 
jours sans vouloir y toucher; le troisième jour, ayant 
grandement faim, il demanda sa pâture avec une telle 
violence qu'il brisa la cage où il était renfermé ; il ne vou- 
lait point s'en prendre au chevreau, traduit notre vieil 
Amyot, (( comme estant jà son domestique et familier 
compagnon » \ 

Les gardiens d'animaux de ménagerie portaient à Rome 
le nom général de custos vivarii^ mais il y en avait de plu- 
sieurs sortes. Les uns étaient chargés du soin ordinaire 
des animaux : ceux qui étaient près des éléphants ne 
portaient pas de robes brillantes, ni ceux qui étaient 
près des taureaux, de robes rouges, car on avait déjà 
remarqué que les couleurs vives mettaient facilement en 
fureur ces animaux^; d'autres étaient plus spécialement 
chargés de traiter les bêtes malades'^; enfin, des gar- 
diens appelés mansuetarii avaient pour rôle de dompter 
les bêtes sauvages et de les asservir au joug et à 
l'exercice de différents jeux. Pour cela, il y avait de 
véritables écoles de dressage à Rome, du moins pour 

' Plutarque. Œuvres morales, trad. d' Amyot, t. XIX, p. i3i. 

2 Martial. Sur les spectacles, X. 

^ Elien. Anim. II, ii. Galien parle de ces médecins spéciaux qui étaient 
attachés aux écoles de gladiateurs et aux jeux de l'amphithéâtre. Un certain 
Felicissimus qui vivait au iii^ siècle, à Aix, et qui se fit inhumer près de 
l'amphithéâtre de cette ville était sans doute, d'après l'inscription de son 
tombeau un de ces médecins d'animaux. (V. Corpus inscriptionum, t. XII, 
n" 533 et Rouard, p. 14. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS m 

les éléphants \ Les mansuétaires, munis d'amulettes 
protectrices, commençaient généralement par enlever 
aux animaux les ongles et les crocs ; ils s'acharnaient 
même sur les défenses des éléphants, les ébranlaient 
à force de bras et finissaient par les arracher de la 
mâchoire^; puis, comme les dompteurs modernes, 
ils employaient les liens, les coups, la fatigue et les 
jeûnes ^ mais ils usaient également de douceur, frappant 
à peine les animaux et les caressant de la main, d'où le 
nom général de mansueta (habitués à la main) que les 
Latins donnaient aux animaux apprivoisés. Gomme les 
Grecs, les mansuétaires avaient aussi recours à la 
musique pour apprivoiser les animaux sauvages, et, pour 
cela, ils employaient avec succès, paraît-il, la cithare, 
la syringe, la flûte et le tambour. Les incantations, les 
chants magiques, les attouchements et autres moyens 
mystérieux étaient réservés aux charmeurs ou enchan- 
teurs de serpents, nombreux surtout en Afrique, chez les 
Marmarides et les Psylles, et, près de Rome, chez les 
Sabins et les Marses. (Voir p. 65, note 3.) 

Les animaux, une fois domptés, étaient dressés à 
toutes sortes de tours ; les mansuétaires , qui avaient 
d'ailleurs emprunté beaucoup de leurs procédés aux 
Grecs et surtout aux Egyptiens, étaient arrivés à des 
résultats vraiment surprenants. Sous leur commande- 
ment, des singes cynocéphales désignaient les différentes 
lettres de l'alphabet, jouaient de la flûte ou pinçaient de 
la cithare ; des éléphants s'agenouillaient, combattaient 
comme des gladiateurs, dansaient la pyrrhique au son 
des cymbales, écrivaient des mots latins sur un tableau, 

^ Ëlien, Anim. I, chap. xi. 

^ Claudien, Eloge de Stilicon, éd. Nisard, p. 643. 

» Pline, liv. XXVI, cap. XI et liv. XXIX, cap. IV. — Elien, liv. X, cap. X. 
Voir aussi à ce sujet : Saglio, art. Bestix, p. 696, qui donne de nombreuses 
références. 



112 ANTIQUITE 

avec leur trompe, portaient à quatre un cinquième élé- 
phant couché sur le dos dans une litière, entraient dans 
une salle à manger remplie de convives et se mettaient 
à table sans blesser personne ni rien casser, traversaient 
toute l'étendue du cirque, en marchant sur une corde ten- 
due au-dessus de la tête des spectateurs et en portant un 
cavalier sur leur cou ; des taureaux sauvages se dressaient 
sur leurs pattes de derrière, se tenaient en équilibre sur 
des chars lancés à toute vitesse, ou bien laissaient des 
enfants danser sur leur dos ; des grues et des ours 
dansaient ou combattaient entre eux, au commandement ; 
des aigles s'élevaient dans les airs, portant un jeune 
enfant dans leurs serres; enfin, des loups, des lions, des 
panthères, des tigres et même des sangliers, exécutaient 
les mêmes tours qu'on leur voit faire aujourd'hui dans 
nos ménageries foraines. Ce qui amusait le plus ici 
les Romains, c'était de voir des lions pourchasser des 
lièvres dans l'arène, les saisir et jouer avec eux comme 
le chat fait avec la souris, puis les rendre à leur maître 
sans leur avoir fait aucun maP, 

Les mansuétaires étaient même parvenus à apprivoiser 
réellement les lions qui étaient devenus, chez les empe- 
reurs, en particulier, de véritables animaux familiers ; 
on tondait ces bêtes comme nous l'avons vu faire chez 
les rois d'Assyrie et chez les Pharaons d'Egypte ; on leur 
laissait seulement la crinière, des bandes étroites de 
poils tout le long de la partie postérieure des pattes et 
de chaque côté des flancs, enfin une large touffe de poils 



1 Pour les animaux dressés, nous avons consulté : Martial, Epigr. Liv. I : 
VII, XV, XVIII, XIX, XXIII, XLIX, LU, LXI et surtout CV ; — Plutarque, 
[Vie de M. Antoine, ch. ix); — Lampride [Vie d'Héliogahale, ch. viii) ; — 
J. Capitolinus {Vie du 3^ Gordien, ch. xxxii) ; — Senèque le philosophe : 
Epist. LXXXV. De ira II, 3i ; De benefic. I, 3 ; Consolât, ad Marciam, XII, 
Pausanias, Calpurnius, Juvénal, Pline et de nombreux documents iconogra- 
phiques, attelages de lions ou autres dont nous parlons ci-dessous. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS Il3 

isoliée sur les épaules*; parfois on leur saupoudrait la 
crinière de poudre d'or, on les revêtait de harnais ornés 
de pendeloques, de paillettes ou de broderies, et on les 
attelait à des chars qu'ils tiraient comme des chevaux. 
C'est ainsi que Marc-Antoine fit le voyage de Brindes à 
Rome et qu'il parut un jour, dans les rues de Rome, 
assis à côté de la comédienne Gytheris, et tenant en 
main les guides de ses lions; de même, Héliogabale 
aimait à se promener sur la colline du Vatican, condui- 
sant tantôt un quadrige de lions ou de tigres, tantôt un 
quadrige de cerfs. Les artistes gréco-romains et gallo- 
romains ont représenté souvent des attelages de bêtes 
féroces et nous renseignent ainsi sur la façon dont se fai- 
saient ces attelages ^ 

D'autres fois, c'était pour la chasse que l'on dres- 
sait des lions, et ils devenaient aussi dociles que des 
chiens. Cependant Sénèque dit, dans une de ses lettres % 
qu'il était sans exemple que les tigres et les lions aient 
jamais dépouillé entièrement leur férocité ; au moment 
où on s'y attendait le moins, on voyait se rallumer chez 
eux la fureur qu'on croyait éteinte; Martial, de son côté, 
raconte qu'un lion apprivoisé tua un jour déjeunes enfants 
qui couraient sur le sable de l'arène*. 

' Nous tirons ceUe assertion, non signalée par les auteurs, comme nous 
l'avons fait pour les lions assyriens et égyptiens, de l'examen des sculptures 
de lions antiques. Voir par exemple, le lion qui est à droite de l'escalier de 
la Loggia dei Lanzi à Florence (le lion de gauche date du xv-u" siècle) et le 
lion en basalte vert de la villa Albani qui se trouve actuellement au musée du 
Louvre, dans la Salle des prisonniers barbares. 

^ Voir par exemple, pour les attelages de lions ou de tigres : Picart et 
Stosch, pi. LXVI ; Bouillon, pi. VIII , Clarac, pi. CLXIl ; Espérandieu, 
n° 17, p. 11 ; Catalogue du musée Alaoui, à Tunis, sculp., fasc. i, pi. XI ; 
pour les attelages de rhinocéros : Rosim. Antiq. rom., V, C. Sg. A Pompéi, 
dans la maison des Vettii, en particulier, on trouvera des peintures d'atte- 
la^9 de tigres (qui sont peut-être des guépards), de chrvros et de cerfs, 
conduits par des amours. 

» Lettre LXXXV. 

* Epigr., II, 75. 

I- 8 



II/| ANTIQUITE 

V. Les cérémonies du triomphe et les grandes fêtes 
officielles étaient naturellement les occasions les plus 
solennelles où paraissaient, en public, les animaux des 
ménageries romaines. Ces jours-là on exposait, sur le 
forum : des paons, des perroquets, des merles blancs, des 
poules d'Afrique, des a poules sauvages » et autres oiseaux 
à plumage resplendissant^; puis le cortège triomphal arri- 
vait et l'on voyait alors défiler, avec lui, les grands ani- 
maux de la ménagerie impériale ou de celle qui avait été 
rassemblée pour la circonstance par le triomphateur ^ 

En temps ordinaire, les ménageries étaient accessibles 
au public ; des artistes y venaient étudier les animaux ^^ et 
les étrangers de passage à Rome ne manquaient pas de les 
visiter. C'est ainsi que Pausanias, grec de l'Asie Mineure 
qui vint à Rome au temps de Domitien, y remarqua entre 
autres curiosités : de ces « taureaux d'Ethiopie qu'on 
nomme rhinocéros », des « taureaux de la Pœonie [des 
bisons ?] qui sont velus par tout le corps, mais principa- 
lement autour de la poitrine et des membres, un animal 
nommé Alcé [Elan] qui tient le milieu entre le chameau 
et le cerf et qui vient du pays des Gaulois », enfin des 
chameaux indiens *. 

Mais c'était pour les jeux du forum, pour ceux du 
cirque et surtout de l'amphithéâtre qu'on formait de 
grandes ménageries. 

Les premiers amphithéâtres furent construits dans les 
villes de la Gampanie où, dès la plus haute antiquité, 
à l'occasion de funérailles, on avait l'habitude de faire 
combattre, entre eux, des condamnés, des prisonniers de 

* Athénée. 966. Varron. III, g. 

2 Voir comme exemple, dans Flavius Vopiscus {Hist. d'Auguste, éd. Pan- 
ckoucke, t. II, p. 3i3), la description du triomphe d'Aurélien qui eut lieu 
en l'an 274. 

3 Pline. Liv. XXXVI, IV, 26. 

* Pausanias. Béotie, XXI. 



LES GRANDES MÉNAGERIES DES ROMAINS Il5 

guerre ou des lutteurs de profession. L'amphithéâtre de 
Pompéi est le plus ancien qui nous soit resté; il fut 
construit au temps de la dictature de Sylla, vers 70 avant 
Jésus-Christ, et vit combattre, comme nous Tout appris 
d'anciennes peintures de Pompéi, aujourd'hui malheureu- 
sement disparues^ : des tigres, des lions, des panthères, 
des ours, des loups, des sangliers, des chiens, des cerfs, 
des taureaux, des gazelles, etc. A Rome, il n'y avait 
encore, à cette époque, qu'un amphithéâtre de bois ; 
c'étaient en réalité deux véritables théâtres adossés et 
construits sur pivots, de manière, qu'en les faisant tour- 
ner, on juxtaposait les deux scènes; celles-ci étaient alors 
rabattues de manière à former par leur accolement une 
grande arène'. 

Le premier amphithéâtre véritable fut construit à 
Rome, par Jules César, pour les jeux qu'il donna à l'occa- 
sion de son triomphe dont nous avons parlé plus haut ; 
mais c'était encore un simple bâtiment en bois, qui fut 
démoli à la fin des jeux. Au temps des empereurs, la 
magnificence de ces spectacles ne faisant qu'augmenter, 
des amphithéâtres de pierre, semblables à celui de Pompéi, 
s'élevèrent bientôt à Rome comme dans toutes les grandes 
villes d'Italie et des colonies romaines^. 

Ces établissements présentaient naturellement, de par 
leur origine, la même disposition générale que celle des 
théâtres. Ils avaient les mêmes séries de gradins, coupés 
de place en place par des escaliers rayonnant vers le 

1 H. Thédenat. II, gS-gÔ, 

2 Ce double théâtre mobile avait été élevé par C. Scribonius Curion, l'un 
des partisans de Jules César [Pline, XXXVI, 24) 

^ Il n'y eut à Rome que trois amphithéâtres de pierre : !<> celui de Stati- 
lius Taurus, élevé l'an ag, au temps d'Octave, et détruit lors du grand 
incendie de l'an 64, sous Néron ; a"^ l'amphitheatrum castrense des prétoriens, 
dont les ruines existent encore aujourd'hui : 3° enfin le Colisée, construit 
par Vespasien après la guerre de Judée, et inauguré par Titus en l'an 80. Des 
amphithéâtres de bois furent encore construits par Auguste et par Néron. 



Il6 ANTIQUITÉ 

centre, et ces gradins étaient divisés également, dans la 
hauteur, en deux ou trois étages dont les plus bas pré- 
sentaient les places les plus recherchées. L'étage infé- 
rieur commençait par un large gradin qui correspondait au 
balcon des théâtres modernes et qu'on appelait Podium 
parce qu'il se trouvait au pied de tous les autres. Sur ce 
degré, aux deux extrémités du petit axe de Farène, s'éle- 
vaient les deux loges d'honneur : Tune appelée su^- 
gestum ou cubiculum^ qui était entourée d'une élégante 
grille dorée ou décorée de colonnes corinthiennes en 
marbre noir, comme à Pouzzoles, était réservée à l'em- 
pereur et à l'impératrice ou leurs représentants; l'autre 
était destinée aux vestales et à quelques autres femmes 
de haut rang^ Ces deux loges, surtout celle de l'empe- 
reur, étaient ornées de draperies et de fourrures. Entre 
elles, toujours sur le podium, on trouvait des fauteuils 
ou des sièges mobiles pour les prêtres, les sénateurs, les 
consuls et autres grands dignitaires qui, lorsque l'em- 
pereur était présent, paraissaient tous en costume offi- 
ciel et couronnés de laurier ; parfois aussi on y voyait 
quelque prince d'Orient, des ambassadeurs étrangers, ou 
même des prisonniers de distinction. 

Au-dessus du podium, sur les quatorze gradins suivants, 
dont l'ensemble formait ce qu'on appelait le quatuorde- 
cim, se voyaient des sièges de marbre pour les chevaliers 
romains ; puis venait la popularia^ gradins de pierre où 
se plaçaient les simples citoyens revêtus de leur toge 
et portant aussi, les jours de grande fête, la couronne 
sur le front; enfin, tout en haut, sur ce qu'on appelait la 
plebeia, se trouvait la multitude de basse condition. Les 
femmes, qui n'eurent que tardivement l'autorisation d'as- 
sister aux combats des gladiateurs et des bêtes féroces se 

^ SuéLoue, in Niiro, cap. XI[; et Aug., cap. XIV. — Quelquefois, cette 
dernière loge était réservée au personnage qui donnait les jeux. 



LES GRANDES MÉNAGERIES DES ROMAINS I17 

plaçaient sous les portiques qui couronnaient Tédifice. 
Le mur qui élevait le podium sur Tarène, était 
généralement assez haut pour empêcher les animaux 
d'atteindre les spectateurs; il était orné de plaques de 
marbre ou, comme à Pompéi, revêtu de stuc sur lequel 
on avait représenté des combats de gladiateurs et d'ani- 
maux. Parfois, pour plus de sûreté encore, il était sur- 
monté de grillages, de filets, ou bien garni, en haut ou en 
bas, de billes d'ivoire ou de rouleaux qui, au grand amu- 
sement des spectateurs, faisaient retomber les animaux 
dans l'arène lorsque ceux-ci essayaient de s'échapper. 
Pourtant, malgré ces précautions, des bêtes féroces par- 
vinrent à se hisser sur le podium et à jeter l'effroi sur 
les gradins. C'est pourquoi, dans certains amphithéâtres, 
comme au Colisée, à ceux de Pouzzoles et de Paris*, 
on éleva sur le sol même de l'arène, à quelque distance 
du mur, une palissade qui formait, tout autour de la 
piste, un couloir où circulaient en toute sûreté les 
esclaves chargés de la manœuvre des cages et des 
trappes (Ch. Dubois). D'autres fois, pour la même raison, 
on creusa, au pied du mur, un canal qu on remplissait 
d'eau et qui était destiné surtout à éloigner les éléphants. 
La palissade qui séparait le couloir de l'arène était 
munie de portes particulières appelées cochleœ in cave\ 
ces portes étaient faites de façon à permettre au bestiaire 
de s'échapper hors de l'arène, tout en arrêtant l'animal 
qui le poursuivait; elles se composaient de quatre pan- 
neaux verticaux fixés à angle droit autour d'un axe 
mobile et tournant comme un tourniquet, à la façon de 
nos « portes-revolver » d'aujourd'hui. Ces portes furent 
d'abord usitées dans les amphithéâtres réservés pour 
les combats de taureaux", mais elles furent employées 

• HofFbauer, I, n" i, p. uô. 

* Voir le passage de Varron cité plus haut, p. 78. 



Il8 ANTIQUITÉ 

plus tard dans tous les amphithéâtres et placées même 
dans l'intérieur de l'arène, comme le montrent certains 
documents iconographiques '. L'arène avait une dispo- 
sition généralement elliptique ; son sol était plein ou 
présentait un certain nombre de trappes qui donnaient 
accès à des souterrains où se trouvaient placés les acces- 
soires, décors et machines servant aux représentations. 

Les cortèges des figurants et des acteurs, de même 
que les grands défilés d'animaux, pénétraient dans l'arène 
par les deux portes monumentales qui étaient situées 
aux extrémités du grand axe; aux bouts du petit axe, 
au-dessous des deux loges d'honneur, se trouvaient deux 
autres portes plus petites, les portes de la mort'^^ qui 
servaient à évacuer les corps des blessés et des morts. 
Entre ces quatre portes, le mur du podium pouvait pré- 
senter encore d'autres ouvertures qui, comme les précé- 
dentes, donnaient accès dans des couloirs circulaires et 
dans des pièces sombres situées au-dessous des gradins. 

Dans certains amphithéâtres, dans les plus anciens sans 
doute, et dans les plus modestes, c'est dans ces dernières 
pièces que l'on assemblait les animaux pour les repré- 
sentations. Il en était ainsi, par exemple, dans l'amphi- 
théâtre de Trêves, en Germanie, dont le podium était percé 
de dix portes conduisant directement aux cages des ani- 
maux ^ A Pompéi, les cages étaient peut-être placées, 
comme on l'a soutenu, dans de petites chambres complè- 
tement obscures que l'on voit près de la grande entrée 
du nord et près de la porte libitinaire, mais Henri Thé- 

^ Voir par exemple : un dyptique en ivoire du consul Anastasius, consul 
d'Orient en 617, et neveu de l'empereur de ce nom, conservé au Cabinet des 
médailles et reproduit par de Montfaucon, Labarte, Diehl, etc. 

2 Porta lihitinensis, (de libitina, mort, cercueil), et Porta sandapilaria, 
(de sandapilarius, fossoyeur). L'amphithéâtre de Pompéi n'avait qu'une seule 
de ces portes. 

3 Quidnow, cité par Friedlânder, II, p. Sog. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS I 19 

denat pense plutôt que les animaux étaient logés dans 
un bâtiment voisin, que l'on voit sur une peinture pom- 
péienne, et qu'ils n'étaient amenés, à Tamphithéâtre, 
qu'au moment même de la représentation. En tous cas, 
les ménageries de Pompéi n'avaient pas d'habitants quand 
se produisit la catastrophe de Tan 79, ou bien les loges 
des bêtes se trouvaient dans des endroits encore non 
fouillés, car on n'a trouvé jusqu'ici, dans cette ville, que 
des restes de chevaux, d'ânes, de chiens, de souris, de 
cochons, de coqs, de poules et de tortues. 

Au contraire, dans les amphithéâtres les plus impor- 
tants, dans ceux de Capoue, de Pouzzoles et de Rome 
(Golisée), on a retrouvé exactement l'emplacement des 
logements des animaux dans les vastes souterrains qui 
étaient situés dans le sous-sol de l'arène. Voici, par 
exemple, comment on peut se rendre compte encore 
aujourd'hui de la disposition de ces substructions, en pre- 
nant pour guide le travail que Gh. Dubois a consacré à 
l'amphithéâtre de Pouzzoles. L'arène de cet amphithéâtre 
est un vaste espace elliptique long de 73 mètres et large 
de 42 ; suivant son grand axe est creusé un large fossé à 
ciel ouvert, autrefois fermé par des trappes mobiles, et 
dont le fond formait le couloir central [média via) des sou- 
terrains ; à la périphérie de l'arène se voient, de même, 
une soixantaine de petites ouvertures rectangulaires, 
autrefois également fermées de trappes, qui éclairent, 
dans le souterrain, un couloir de pourtour. 

C'était dans la paroi externe de ce pourtour qu'étaient 
creusées, en deux séries superposées, les loges ou fosses 
[caveae] des bêtes féroces. Pour y accéder, on descendait 
une des larges rampes qui conduisaient en bas dans 
un vestibule elliptique; ce vestibule commandait à la 
fois l'entrée du couloir central et celle du couloir de 
pourtour. On entrait de plain-pied dans les loges infé- 



ivto ÀNtlQUlTÉ 

Heures qui sont hautes de 2", 3o, profondes de 4 mètres, 
et dont la largeur varie de 2'",i5 à 2'^,3o ; on accédait à 
la série' supérieure, composée d'une double rangée de 
pièces plus petites, placées de chaque côté d'un étroit cor- 
ridor, par le moyen d'un plancher mobile qui, en temps or- 
dinaire, était relevé contre le mur du couloir de pourtour. 
Toutes ces loges recevaient donc la lumière de côté, par 
le moyen de ce couloir de pourtour qui était lui-même 
éclairé par les soixante trappes dont nous avons parlé 
plus haut ; chacune de ces trappes correspond exacte- 
ment, en effet, à une série verticale de loges, et c'est par 
leur ouverture qu'on faisait monter les animaux pour les 
amener sur l'arène. 

Dans leut-s loges, les bêtes étaient attachées par des 
entraves de fer dont on a retrouvé un exemplaire, encore 
en place, dans l'amphithéâtre d'Autun (Montfaucon. a, 111, 
2^ part. pi. i58) ; ou encore elles étaient placées dans des 
cages mobiles que l'on pouvait faire rouler dans le cou- 
loir de pourtour et élever ensuite jusque sur l'arène pâl- 
ie moyen d'une machinerie dont le plan a pu être recons- 
titué par Gh. Dubois \ De toutes façons, les animaux qui 
arrivaient fatigués et parfois en état de gestation avan- 
cée '\ trouvaient à l'amphithéâtre de mauvaises conditions 
hygiéniques; quelques-uns tombaient malades, on en 
trouva parfois de morts dans leur loge au moment où on 
venait les chercher pour la représentation, ou bien on en 
vit mourir aux pieds même des martyrs '\ 

Dans l'amphithéâtre de Pouzzoles, les bêtes féroces, en 

* Dubois, p. 3^4) fig. 39. 

2 Martial parle, par exemple, d'une laie pleine qui, chassée dans l'arène et 
percée de javelots, mit au monde, par une plaie du ventre, un petit mar- 
cassin ; le jeune être tombé sur le sable à côté de sa mère se releva et se 
mit aussitôt à courir. [Sur les spectacles, XII, XIII et XIV.) 

' Saint Floscel, par exemple, qui avait été jeté dans la cage d'un lion, à 
Rome. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS lai 

paraissant sur l'arène, semblaient donc sortir du sol. Dans 
d'autres amphithéâtres, la machinerie qui les élevait de 
leurs loges souterraines les faisait arriver sous le podium ; 
elles débouchaient alors de côté, par des ouvertures creu- 
sées dans le mur et fermées, en temps ordinaire, par des 
barres de fer ; elles paraissaient ainsi sortir naturellement 
de leur repaire, comme dans les amphithéâtres qui 
n'avaient pas de souterrain. Il est évident, du reste, que, 
dans un même amphithéâtre, la décoration et l'aménage- 
ment varièrent au cours des âges. Aussi, pour mieux fixer 
encore les idées, nous croyons devoir rapporter textuel- 
lement ce passage où Calpurnius, un auteur latin de 
la fin du îif siècle, raconte ce qu'il vit, un jour, au 
Golisée. 

« Je pris place, dit-il, sur l'un des sièges destinés pour 
le peuple au costume sombre et indigent, et voisins de 
ceux qu'occupaient les femmes. Sur les autres sièges, qui 
n'étaient couverts que par la voûte des cieux, on voyait 
se presser en foule les chevaliers et les tribuns en habits 
blancs... Comment te feî*ais-je en détail le récit de ce 
spectacle? A peine pouvais-je suffire à voir toutes ses 
merveilles, tant sa magnificence m'éblouissait de toutes 
parts. Immobile, les yeux fixes, la bouche béante, j'ad- 
mirais toute chose, sans me rendre compte de mon 
admiration... Je vois encore rayonner à l'envi et les 
pierres précieuses du premier degré, et l'or qui couvre 
le portique. Sur la limite de l'arène, au bas du mur de 
marbre dont elle était entourée, tournait une roue mer- 
veilleuse, formée de morceaux d'ivoire rapportés avec 
art, dont la surface glissante devait tromper l'effort des 
bêtes féroces quand elles y posaient leurs griffes, et les 
faire tomber soudain en les frappant de vertige. L'am- 
phithéâtre était aussi défendu par de superbes filets de 
tresse d'or, armés de dents d'éléphant, toutes égales et 



122 •' ANTIQUITÉ 

tournées du côté de l'arène. Ces dents, me croiras-tu 
Lycotas? étaient plus longues que nos râteaux. Gomment 
te faire un récit fidèle? J'ai vu toute sorte d'animaux, 
des lièvres aussi blancs que la neige [lièvres variables], 
des sangliers armés de cornes [babiroussas], une manti- 
core, des élans qui sortaient d'un bois semblable à ceux 
où l'on a coutume de les trouver, des taureaux qui avaient 
la tète élevée, et portaient sur le dos une protubérance 
monstrueuse (zébu ?) ; d'autres (gnous) sur le cou duquel 
flottait une épaisse crinière, qui avaient une longue barbe 
pendante sous leur mâchoire, et dont le tremblant fanon 
était couvert d'une soie hérissée. Outre ces monstres 
habitant des forêts, j'ai vu des veaux marins [des 
phoques], qui combattaient contre des ours, et des ani- 
maux informes qu'on pourrait comparer au cheval [des 
hippopotames], et qui naissent dans le fleuve dont les 
eaux fertilisent les terres par leur débordement. Ah! 
combien de fois ne fûmes-nous pas saisis de frayeur, 
lorsque l'arène s'entr'ouvant à nos yeux, il en sortait 
comme d'un gouffre tantôt des bêtes féroces, et tantôt 
une forêt d'arbousiers à l'écorce d'or. » [Egloguc, VII, 
éd. Nizard, p. 822). 

VI. Les jeux de l'amphithéâtre étaient annoncés, long- 
temps d'avance, par des crieurs publics et par des affiches 
murales : « Combat et chasse pour les nones d'avril; 
les mâts seront dressés », disait une inscription de 
Pompéi. — a La troupe de gladiateurs de Numerius 
Popidius Rufus, disait une autre, donnera une chasse à 
Pompéi, le 4® jour des calendes de novembre et le 
12'* jour des calendes de mai. On y déploiera les voiles, 
Ottavius, chargé du soin des jeux, salut*. » 

La veille de la fête, au Colisée, on répandait sur l'arène 

* Trad. de J. Sabatier, p. i6. 



LES GRANDES MÉ>'AGERIES DES ROMAINS ia3 

du sable OU de la sciure de bois; parfois même, au temps 
de Néron et de Carus, on la saupoudrait de cinabre et de 
poudre d'or ; des trépieds à aromates étaient placés çà et 
là sur les gradins; des eaux parfumées remplissaient 
des fontaines d'où devaient jaillir des jets d'eau; enfin 
on tendait, au haut des mâts, des toiles destinées à 
ombrager l'amphithéâtre; sous Néron, ce velarium était 
couvert d'étoiles semées sur fond bleu. 

Les spectacles d'animaux commençaient dès l'aurore, 
car ils devaient toujours être terminés avant les combats 
de gladiateurs qui avaient lieu l'après-midi. On parait 
les bêtes avant de les faire défiler dans l'arène ; on 
leur mettait des clochettes au cou, on les couvrait de 
larges écharpes bariolées, de plaques de métal ou de 
feuilles d'or; ou bien on les peignait : les bœufs en bleu, 
les moutons en pourpre ou en écarlate, les autruches en 
rouge cinabre, etc. ; d'autres fois encore, on enduisait les 
ours d'une glu très visqueuse, de sorte que les pauvres 
bêtes, en se roulant à terre pour se nettoyer, ramassaient 
tout ce qu'on avait eu la malice de jeter sur le sol : des 
feuilles, des plumes, de la paille, etc. 

C'était en général au milieu de scènes variées et aux sons 
dune musique bruyante que l'on exhibait les animaux. 
L'ensemble de la scène réalisée atteignait parfois un 
degré de splendeur qui paraît laisser loin en arrière les 
plus belles de nos représentations actuelles. Un jour, par 
exemple, un vaisseau se dressait dans l'arène et, de ses 
flancs, sortait tout à coup un immense flot d'animaux : des 
lions, des panthères, des ours, des bisons, des onagres, 
des autruches qui se répandaient par toute l'arène ; ce 
jour-là, quatre cents bêtes furent tuées sous les yeux du 
peuple '. Une autre fois, c'était une forêt magique qui 

* DioQ Cassius (LXXVI, i) nous dit que le spectacle auquel nous faisons 
allusion dura sept jours et coûta la vie à sept cents animaux. 



1^4 ANTÏQUIÎÉ 

sortait du sol devant les yeux des spectateurs émerveillés : 
les branches des arbres étaient dorées, des jets d'eau par- 
fumés lançaient dans Tair des effluves odoriférants, et des 
animaux de toute espèce venaient animer ce paysage 
enchanteur. De plus, les eaux de la ville étaient con- 
duites, dans les amphithéâtres, de telle façon que l'arène 
pouvait être rapidement transformée en un vaste bassin 
d'eau vive, pour quelque naumachie où l'on voyait des 
hommes montés sur des barques pourchasser, des hippo- 
potames, des phoques et des crocodiles. 

Le plus souvent, c'était la règle à la Fête de Flore, 
ces grandes chasses qu'on appelait Véneries [Venationes], 
ne comportaient que des tueries d'animaux indigènes : 
des cerfs, des chevreuils, des buffles, des ours, des 
sangliers, des lièvres, etc. ; mais, dans beaucoup d'autres 
chasses, on voyait paraître des animaux exotiques d'es- 
pèces variées*. C'est ainsi, qu'un jour, Néron lança dans 
l'arène un corps de cavaliers de sa garde aA'^ec ses officiers 
contre une armée de 4oo ours et de 3oo lions. Plus tard, 
ce fut Titus qui, en l'an 80, à l'occasion de l'inauguration 
du Golisée, donna des chasses qui coûtèrent la vie à 
9.000 bêtes, tant sauvages qu'apprivoisées ; plus tard 
encore, en l'an 1 06, Trajan, pour célébrer son triomphe de 
Dacie, lit tuer, en quatre mois, i i.ooo animaux provenant 
des ménageries et des parcs d'animaux de Rome ou des 
élevages des grandes villas romaines ; enfin, et pour nous 
limiter dans ces exemples, ce furent 5i tigres qui furent 
chassés et tués aux noces d'Héliogabale, en l'an 218, puis 
100 lions et autant de lionnes que Probus fit égorger à 
l'Amphithéâtre et dont les rugissements, dit un témoin, 



^ On trouvera nombre de représentations de ces chasses dans J. Sabatier 
(pi. IX), Déchelette (t. II), Rostovlsew (p. 177-183), et dans les Mémoires 
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (nouv. série, t. VII, p. 62, 
par exemple). 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS l-^O 

Lampride (?) retentissaient, entre les murs des gradins, 
comme le roulement du tonnerre. 

Les chasseurs [Venatores) poursuivaient les animaux 
seuls ou accompagnés de forts chiens écossais; les plus 
renommés d'entre eux étaient les Partlies qui combat- 
taient à cheval et tuaient des animaux à coups de flèches, 
d'où le nom de Sagittaires qu'on leur donnait à Rome. 
Dans les grandes chasses, des gladiateurs et des soldats 
se mêlaient aux chasseurs de profession, et même le 
peuple eut parfois la permission d'y prendre part. Une 
fois, tout au moins, l'empereur Probus commanda à plu- 
sieurs légions de soldats d'aller déraciner, dans les forêts 
voisines de Rome, de grands arbres qu'il fit replanter 
dans l'arène avec leurs branches et leurs feuilles ; dans 
cette forêt semi-naturelle, il fit lâcher des milliers d'ani- 
maux : autruches, cerfs, sangliers, daims, chamois, girafes, 
que chaque citoyen eut le droit de venir chasser et tuer 
à sa guise. 

Les représentations, celles où les animaux n'étaient 
pas sacrifiés, se terminaient parfois par une tombola 
dont les lots étaient représentés par les animaux eux- 
mêmes. Nous le savons par ce que Lampride nous 
a dit d'Héliogabale*, et par une inscription trouvée 
dans un des thermes de Pompéi. Ce dernier docu- 
ment nous apprend que, lors de l'inauguration des 
thermes. Tan 4 ou 5 de notre ère, Gneus AUeius Nigidius 
Maius, chef de la colonie pompéienne, donna, dans l'am- 
phithéâtre de la ville, une grande représentation de 
chasses d'animaux et d'athlètes. On dressa des tentes, 
nous dit l'inscription, pour préserver les spectateurs des 
rayons du soleil, et l'on jeta sur les gradins des bulletins 
portant l'indication de quelque don en nature, des- 

' Voir plus haut, p. io6. 



ia6 ANTIQUITÉ 

tiné à celui qui avait la chance de recevoir le bulletin '. Il 
est probable aussi qu'à la fin de Tempire, on distribuait 
aux spectateurs, ou on jetait peut-être encore sur les gra- 
dins, des médailles en cuivre à bord contourné, appelées 
aujourd'hui médaillons contorniates, et dont une des faces 
représentait quelque scène du cirque ou de l'amphi- 
théâtre ^ 

D'autres fois, on donnait en spectacle des duels d'ani- 
maux. On faisait combattre des éléphants contre des 
taureaux ou des rhinocéros, des lions contre des tigres 
ou des buffles, des tigres contre des ours, des chiens contre 
des cerfs, etc. ' Les maîtres du combat [magistri) excitaient 
les animaux en leur faisant boire au préalable des infu- 
sions de riz et de roseau *, en leur jetant, pendant le 
combat, des tisons ardents ou des mannequins de paille 
auxquels on donnait la forme humaine et que l'on couvrait 
d'étoffes aux couleurs brillantes ^ en les attachant deux à 
deux à une même corde et en les poursuivant dans l'arène 
à coups de fouet ou de pique. 

D'autres combats mettaient des hommes ou des femmes 
en présence d'animaux féroces, le plus souvent sans 
leur donner le moyen de se défendre. C'étaient généra- 
lement des criminels (parricides, assassins, séditieux) 
ou des esclaves condamnés aux bêtes par leurs maîtres * ; 

1 Fiorelli. 

2 Voir pour la description et la figuration de ces médaillons, J. Sabatier. 
^ Voir les différentes représentations du cirque et de l'amphithéâtre aux 

sources que nous donnons au cours de notre travail, en particulier les pein- 
tures de Pompéi et les médaillons contorniates ; un de ces derniers montre, 
dans l'arène du Colisée vue d'en haut, un éléphant monté par son cornac en 
présence d'un taureau (J. Sabatier, pi. VIII, ii). 

'* Elien, Animal, XIII, 8. 

* Ces hommes de paille (homines feneos) passèrent alors à Rome dans le 
langage symbolique pour désigner, comme on le fait encore aujourd'hui, un 
personnage subalterne destiné à recevoir les coups à la place d'un person- 
nage plus important. (Voir Beurlier, p. 8i.) 

' La loi défendit bientôt aux citoyens de faire exposer leurs esclaves aux 
bêtes. (Voir Friedliinder, II, io8, et Wallon, III, 2/(5. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS i'^7 

mais on livra, au même supplice, certains prisonniers de 
guerre qui avaient particulièrement excité la colère du 
peuple romain, et enfin des chrétiens*. 

La veille du supplice, on offrait généralement à ces 
malheureux, un festin public, qu'on nommait par une 
sorte d'ironie le « repas libre », et au cours duquel ils 
recevaient les derniers adieux de leurs parents et de 
leurs amis^ Le lendemain, à la première heure du jour, 
on les faisait monter sur des chariots entourés de gardes 
et on les conduisait ainsi jusque dans l'arène. On les 
promenait d'abord tout autour des gradins couverts de 
peuple, puis on les faisait descendre et on les disposait 
pour le supplice. Les uns étaient attachés, les mains 
derrière le dos, à un poteau planté dans le sol de l'arène; 
ce poteau était élevé sur une estrade ou encore fixé sur 
un chariot mobile qu'un bestiaire, aidé sans doute par 
d'autres belluaires, faisait évoluer prestement au milieu 
de l'arène, de manière à prolonger les hideuses péripéties 
du supplice^; d'autres étaient enfermés dans des filets, 
telles Blandine, Perpétue et Félicité ; ou bien, lors des per- 
sécutions de Néron par exemple, des femmes étaient atta- 
chées aux cornes d'un taureau furieux, de manière à jouer, 
dans toute sa réalité, la fable terrible et passionnante 

* Saint Alexandre et sainte Blandine à Lyon; saints Saturnin etRevocatus, 
saintes Perpétue et Félicité à Carthage ; la vierge Marciana à Césarée de 
Mauritanie; Agapit, à Préneste ; sainte Thècle à Antioche ; Andronic, 
ïarachus et Probus, en Cilicie ; Abdon, Sennen, Floscel et beaucoup 
d'autres à Rome. 

* Voir, par exemple, le récit des martyres de Perpétue et de Félicité. 

' Nous trouvons cette scène représentée sur un vase céramique de la 
Gaule romaine décrit et figuré par Déchelette (t. II, n° 641.) Ce vase montre 
une pauvre femme nue promenée ainsi sur un char devant une lionne qui 
finit par l'atteindre et lui déchire l'épaule droite. Les numéros 64a à 645 
du même ouvrage montrent d'autres femmes nues attachées debout les 
mains derrière le dos à un plateau et entourées de lions, de tigres, de pan- 
thères et de cervidés. On trouve encore des représentations d'hommes et 
de femmes attachés à un poteau et exposés aux bêtes, dans Le Blant, fig. 
p. 288, La Faye. p. 97-116 et Rossi. cité par Le Blant. 



Ï23 ANTIQUITÉ 

de Dircé'. Quelquefois aussi, il est vrai, on laissait les 
condamnés entièrement libres dans l'arène et on leur 
permettait d'attendre les bêtes féroces le fer à la main. 
Quand tout était disposé, les gardiens et les soldats 
se retiraient ; les trappes ou les herses de fer étaient 
relevées avec fracas, et les bêtes féroces se précipitaient : 
c'était un taureau ou une vache furieuse qui fonçait sur 
un esclave, le renversait, le poussait de ses cornes, le 
roulait, le lançait en l'air et le piétinait avec rage; c'était 
un ours de Galédonie qui étreignait de ses bras et brisait 
dans sa gueule un brigand couvert de crimes , c'était un 
tigre qui s'avançait en rampant vers une pauvre femme 
tremblante d'effroi : il bondit, saisit sa victime à la 
nuque et la traîne longtemps, longtemps, autour de la 
piste avant de se mettre à la dévorer. En quelques ins- 
tants tous ces pauvres corps avaient perdu forme hu- 
maine et l'on ne voyait plus que des chairs en lambeaux, 
vivantes encore et palpitantes parmi les flots de sang 
s'écoulant des membres brisés". Parfois aussi, il est vrai, 
les bêtes féroces se contentaient de renverser ou de blesser 
les victimes, ou même ne voulaient pas y toucher ; le cas 
célèbre de l'esclave Androclès ne fut pas le seul qui rem- 
plit d'admiration le peuple romain ; le philosophe Sénèque 
parle également d'un lion qui, reconnaissant son ancien 
maître parmi les victimes de l'arène, vint tout joyeux le 
caresser et se placer près de lui pour le protéger ; les Actes 

* Les anciens étaient familiarisés avec cette fable par une des tragédies 
d'Euripide et par le groupe du taureau Farnèse, qui était bien connu à Rome. 
Cette sculpture, aujourd'hui au musée de Naples, appartenait alors au 
célèbre homme d'État et écrivain latin Asinius PoUio, qui ne fut pas seule- 
ment le protecteur des arts et belles-lettres que célèbrent Horace et Virgile, 
mais encore qui ouvrit, en l'an 38, la première bibliothèque publique et un 
des premiers musées d'art que Rome ait possédés. 

^ Ces descriptions ne sont guère que la traduction littérale des auteurs 
romains qui avaient assisté à ces spectacles. 

^ Benef. II, 19. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS 129 

des Martyrs nous montrent encore des lions ou des ours 
refuser de toucher aux chrétiens* ou bien se borner à les 
traîner quelques mètres sur le sable de l'arène sans leur 
faire d'autre mal. Ces faits ne devaient pas être un spectacle 
rare, car les Actes ne s'en étonnent pas autrement; ce ne 
fut que beaucoup plus tard qu'on voulut y voir la marque 
d'un miracle. Les spectateurs eux-mêmes montraient par- 
fois du reste quelque pitié ; lors des martyres des saintes 
Perpétue et Félicité, par exemple, on vit le peuple de 
Cartilage s'opposer d'abord à ce que ces jeunes femmes 
fussent montrées nues dans l'arène^ puis refuser absolu- 
ment qu'on les exposât une seconde fois à une vache 
furieuse qui n'avait fait d'abord que les renverser et 
déchirer leurs robes ; elles furent mises à mort par un 
gladiateur qui les frappa de son épée, ce qui était la règle 
pour toute victime épargnée ou seulement blessée par 
les bêtes : plus tard, la loi voulut que tout condamné, 
qui avait lutté contre les bêtes féroces et qui était resté 
vainqueur, fût remis en liberté. 

VII. Les combats contre les animaux de l'amphithéâtre 
étaient, à la vérité, peu redoutés des Romains, à tel point 
que des esclaves offraient à leurs maîtres, pour expier 
une faute qu'ils avaient commise, d'aller combattre dans 
l'arène \ On y vit également des citoyens libres, des 
médecins, et de nobles patriciens faire montre de leur 
force et de leur courage ; on y vit des empereurs tel que 

* Par exemple : Abdon et Sennen, Agapit, Andronic, Tarachus, Probus, 
Saturnin, Revocalus et sainte Thècle. 

2 On trouve nombre de documents iconographiques représentant des 
femmes nues exposées au dernier supplice, et pourtant voici un autre docu- 
ment écrit qui nous montre combien les Romains avaient le respect de la 
pudeur de la femme. Au temps de l'empereur Maximin (!!• siècle) une femme 
conduite à la mort ayant été, sur le trajet du supplice, complètement 
dépouillée de ses vêtements, « le bourreau convaincu de cette atrocité, fut 
brûlé vif u. (Ammien Marcellin, liv. XXVIII, ch. i.) 

' Ceci fut défendu par un édit d'Antonin le Pieux, (Wallon, III, a45.) 



j3o antiquité 

Commode^; enfin, au temps de Titus, il y eut même des 
femmes, de basse condition il est vrai, qui prirent part 
aux chasses de l'amphithéâtre '. 

Habituellement, pourtant, c'étaient des gladiateurs, des 
rétiaires, ou encore des hommes de profession qui com- 
battaient les bêtes. Les bestiaires [bestiarii) comme on 
appelait ces hommes, s'instruisaient à ce métier de père 
en fils, comme les saltimbanques d'aujourd'hui, ou bien 
allaient dans des écoles spéciales qui leur étaient géné- 
ralement communes avec les gladiateurs ^ On distinguait 
plusieurs sortes de bestiaires : les succursores^ qui com- 
battaient l'animal en le harcelant continuellement tout 
en l'évitant toujours, comme le font actuellement, dans 
les courses de taureaux espagnoles, les chulos et les 
hunderdlos ; les taurencentœ ou taurarii^ qui avaient la 
spécialité de combattre les taureaux, quelquefois dans 
des amphithéâtres spéciaux *; les venatores et les sa^it- 
tarii^ dont nous avons déjà parlé ; enfin les ursarii qui 
combattaient plus spécialement contre les ours (Corpus 
inscrip., t. XII, n" 533). 

Dans l'origine, les bestiaires qui combattaient à pied et 
corps à corps étaient complètement protégés, comme 
les gladiateurs, par une armure défensive avec casque 

1 L'empereur Commode, dont Dion Cassius vante les exploits sur l'arène 
du Colisée, est représenté, sur quelques monnaies, à cheval, armé d'une 
lance et attaquant un lion (J. Sabatier, p. 58). On dît également que Néron 
combattit des bêtes féroces à l'Amphithéâtre. Un médecin, bestiaire d'occa- 
sion, est cité dans le Corpus Inscript., t. XII, n» 533. 

2 Voir Martial. Sur les spectacles, 7 et 8, et Dion Cassius, LXYI, 10. 

' A Rome il y avait une école spéciale pour bestiaires que Domitien fit 
établir sur le mont Caelius, tout près du Colisée ; il y avait alors, dans le 
même voisinage, trois écoles de gladiateurs. 

Une des peintures du tombeau de Scaurus, à Pompei (Gusman, p. 184) 
montrait comment on familiarisait les jeunes bestiaires avec l'aspect des bêtes 
féroces. On y voyait un jeune homme attaquant une panthère furieuse qui 
était retenue au cou par une longue corde attachée d'autre part à la sangle 
d'un taureau paisible. 

♦ Varron, III. Voir aussi Bcurlier. 



LES GRANDES MÉNAGERIES DES ROMAINS l3l 

et bouclier ; Pline nous dit même que Ton vit, de son 
temps, des bestiaires revêtus d'armures d'argent, et des 
documents anciens nous les montrent avec un casque 
orné d'une longue plume d'autruche retombant sur le 
côté. Mais les plus courageux de ces hommes prirent de 
bonne heure l'habitude de combattre vêtus d'une simple 
tunique, le bras droit entouré de bandes de drap ou de 
cuir, les jambes serrées dans des bandages ou même le 
corps entièrement nu. Ils attaquaient ou recevaient l'as- 
saut des bêtes féroces n'ayant parfois aucune arme entre 
les mains ; forts et habilement entraînés, ils assommaient 
littéralement les ours d'un coup de poing asséné sur la 
tête en un point donné * ; ils se précipitaient sur les lions, 
leur enlaçaient le cou de leurs bras robustes et, appuyant 
fortement leur menton contre la nuque de la bête, ils 
parvenaient à l'étrangler; ou bien encore, renouvelant 
l'exploit de Lysimaque, ils étouffaient les tigres et les 
lions en enfonçant profondément le poing dans la gorge 
et en s'agrippant à la base de leur langue ^ 

D'autres fois encore les bestiaires poursuivaient l'ani- 
mal armés d'un lasso, d'un grand fouet ou d'un long 
bâton ; au moyen de ce bâton ils sautaient par-dessus le 
corps de la bête furieuse au moment où elle s'élançait, 
puis, saisissant fortement sa queue, ils s'amusaient à 
tourner en rond avec elle ; d'autres fois enfin, ils la met- 
taient à mort au moyen de l'épée, de la lance ou de l'épieu 
et, si l'épieu leur était arraché des mains, ils se servaient 
du couteau ^ 



* « La tête, très forte dans le lion, est chez l'ours d'une extrême fai- 
blesse... souvent on en a vu dans l'arène tomber morts d'un seul coup de 
poing sur la tète, u (Pline, VIII, 54.) 

2 Des exploits semblables ont été renouvelés, dans les temps modernes, 
sur des tigres aussi bien que sur des lions, et par des hommes non entraînés. 
Voir, par exemple : Pierre Kolbe, t. III, p. 5 et 7 et ce même ouvrage, p. 281. 

2 Pour tous ces jeux de bestiaires, voir en particulier : Martial, Épigr. XIV, 



l32 ANTIQUITÉ 

Les bestiaires nous apparaissent ainsi comme des sortes 
d'acrobates exercés à toutes les souplesses du corps et 
familiarisés avec toutes les ruses des animaux. Malgré 
le mépris général dans lequel on tenait leur profession, 
ils faisaient pourtant Fadmiration des Romains, et Martial 
va jusqu'à dire que leurs exploits surpassaient les tra- 
vaux d'Hercule. Ces jeux de l'arène étaient donc, pour 
les hommes qui y prenaient part, moins périlleux qu'on 
ne se le figure, et cela, d'autant plus encore que les bes- 
tiaires avaient, à leur disposition, divers moyens de se 
soustraire à l'atteinte des bêtes féroces. Cassiodore, qui 
écrivait, il est vrai, à la fin de l'Empire, et aussi d'autres 
documents ^ nous montrent, en effet, dans l'amphithéâtre 
de Titus, des bestiaires portant des gerbées de roseaux 
dont ils savaient s'entourer prestement quand l'animal 
s'élançait, ou bien roulant devant eux un gros rouleau de 
bois qui les protégeait ; du reste, ils pouvaient se réfugier 
dans les loges placées sous le podium, ou bien derrière 
la barrière circulaire qui existait parfois autour de l'arène ; 
même, quand ils étaient surpris au milieu de l'arène ils 
trouvaient là encore, à leur disposition, des portiques 
de bois sur lesquels ils pouvaient grimper, ou des cochleas 
derrière lesquelles Cassiodore nous les montre apparais- 
sant tantôt de face, tantôt de dos, échappant toujours, 
et comme voltigeant entre les griffes et les dents des 
lions. 

L'on comprend donc que les Romains, hommes d'édu- 
cation plus rude et moins sensibles que nous, animés de 

3o, 3i, et Spect. ; Pline, VIII, 34 et 54; les médaillons contorniates figurés 
par Sabatier (pi. YIII, fig. i4, pl- IX. fig. 4> 5,8, g, lo; pi. X, fig. i) ; les dip- 
tyques dont nous parlons plus loin (p. i4i) ; les plombs ou tessères figurés 
par Rostovtsew (p. 177-183); les vases de la Gaule romaine reproduits par 
Déchelette (t. II, p. 97 et suivantes), etc. 

i Cassiodore. Var. Liv. V, Ep. 42, p. 67$ — J. Sabatier, IX, fig. 4, 5, 9. 
— Daremberget Saglio, art. Cochlea,p. 1266. — Documents iconographiques 
cités. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS l33 

forces physiques et morales que nous ne connaissons plus 
guère aujourd'hui, soient arrivés à se passionner devant 
de pareils spectacles où Tintelligence, le sang-froid et 
l'adresse de l'homme se trouvaient aux prises avec la 
force brutale et parfois aussi avec la ruse de la bête. Ils 
voyaient dans ces jeux, et avec quelque raison peut-être, 
des œuvres moralisatrices, en ce sens qu'elles étaient 
éducatrices du courage. Ce ne sont pas là, disait Pline, 
« de ces spectacles eiféminés, bons seulement pour 
énerver et amollir les âmes; ce sont des spectacles essen- 
tiellement propres à enflammer le courage, par le mépris 
des blessures glorieuses et de la mort, en montrant aux 
hommes que l'amour de la gloire et le désir de vaincre 
peuvent se loger jusque dans les corps d'esclaves et de 
criminels ». Nous devons dire cependant que tous les 
Romains ne prenaient pas le même plaisir aux jeux des 
bestiaires. Déjà, aux temps de Pompée et de César, 
Cicéron s'écriait : ce Quel plaisir cela peut-il faire à un 
homme bien élevé de voir un homme faible déchiré par 
un animal d'une force gigantesque, ou un animal superbe 
perforé d'une javeline^ ! » Plus tard, dans une très belle 
lettre", Sénèque venait condamner ces spectacles au nom 
de l'humanité; mais ce furent surtout les difficultés 
croissantes de se procurer en nombre suffisant des ani- 
maux d'Afrique, la perte des grandes richesses et enfin l'in- 
fluence du Christianisme, qui vinrentpeu à peu restreindre 
ces coutumes sanglantes sans parvenir cependant à les 
faire disparaître tout à fait. En l'an 826, treize ans après 
le célèbre édit de Milan par lequel il avait donné la liberté 
aux chrétiens, Constantin condamnait les spectacles san- 



* Ciceron, Epistol. ad famil., liv. VII, Ep. i ad Marias (éd. Nisard, t. V, 
p. 126, no ia6). 

2 Sénèque, Ep. à Lucilius, cp, YII (éd. Baillard, 1861, II, p, 10 ; éd. 

Nisard, i838, p. 532). 



l34 ANTIQUITÉ 

glants, en général, et abolissait la profession de gladia- 
teur. Cette défense n'eut qu'un temps, du reste; bientôt 
les gladiateurs et les bestiaires réapparaissaient à l'am- 
phithéâtre d'Antioche et à celui de Constantinople et, 
en Occident, on vit encore Honorius, lors de son sixième 
consulat^, puis Eutaricus, le gendre de Théodoric, quand 
il vint en grande pompe à Rome, pour y célébrer égale- 
ment son élection de consul, donner en spectacle, comme 
autrefois, de grandes chasses d'animaux africains ^ Avec 
la chasse d'Eutaric, qui eut lieu en l'an 5 19, disparut la 
dernière grande ménagerie du Golisée et de l'antiquité. 
L'Italie était alors aux mains des Barbares et Rome, qui 
avait cessé d'être la capitale du monde, depuis Constantin, 
allait entrer dans une période de profonde décadence 
pour une longue durée de siècles. 

VIII. Nous croyons utile, pour l'histoire des sciences 
zoologiques, de terminer cette étude par une liste, qui 
sera certainement incomplète, des espèces d'animaux que 
nous avons reconnu comme ayant paru dans les ména- 
geries, loges, parcs, volières et piscines des Romains, 
ou comme familiers de la maison ^ Nous dressons cette 
liste d'après la classification et les noms latins de l'époque 
impériale, mais en faisant remarquer que la concordance 
avec les noms français actuels est parfois bien difficile à 
déterminer exactement. 



' Claudien. Sur le sixième consulat d'Honorius, vers 6i8 et suiv., p. 67$ 
de l'édit. Nisard. 

2 Cassiodore, Var. Liv. V. Ep. 42, et Chronicon, p. 1248. 

^ Des essais semblables à celui-ci ont déjà été faits parMongez, par Fried- 
lânder, II, p. 281 et par Saglio, Dict., art. Bestiœ. 



LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS l35 



LISTE DES ANIMAUX SAUVAGES QUE L'ON CONNAIT COMME 
AYANT VECU DANS LES MENAGERIES ROMAINES ^ 



NOMS DE l'Époque noms actuels 

I. Besti^ immanes. bêtes féroces. 

(Giceron. Tusc. V. Xlli. 38). 

Africanae (s. c. bestiae) Africanes-. 

Bubalus Sorte d'ours. 

Chama Lynx commun. 

Crocotta, Crocutta ou Crocuta. . . Hyène d'Ethiopie. 

Léo jubatus Lion. 

Léo non jubatus^ Lion, guépard. 

Leopardus Panthère, léopard. 

Lupus cervarius . . . • Lynx commun. 

Lynx (Pline VIII, Sa) Caracal. 

Lycaon Loup d'Ethiopie (Solin, Polyhistor., 

ch. xxxi). 

Panthera Panthère *. 

Pardalis Panthère ou léopard. 

Pardus Once''? 

Rufîus (mot gaulois) Lynx commun. 

Thos (Oppien. Liv. III) Hybride de loup et de panthère. 

Tigris Panthère, Tigre. 

I^rsus Ours blanc, ours brun. 

* Pour les sources non indiquées voir le Glossarium de Du Cange et le Dic- 
tionnaire latin-français de Ch. Lebaigue. 

- Cette expression, qui est encore employée par Rabelais, désignait surtout 
les panthères, les léopards et les lynx. Ou disait encore : Ferx Lihycx. 

^ Les Romains distinguaient des lions à crinière longue et lisse, des lions 
à crinière courte et crépue et des lions sans crinière. Ces derniers ont été 
assimilés aux guépards ; mais les Romains pouvaient connaître aussi l'espèce 
de lion sans crinière qui a été décrite, pour la première fois, dans les Trans. 
of the zool. Suc. of London, I. p. 174. 

* Xénophon, dans ses Cynégétiques (C. XI), distingue deux sortes de pan- 
thères ; les nipoaX'.; et les Ilàv8T,p£;; peut-être que ce dernier terme s'ap- 
plique spécialement au guépard. Les latins appelaient aussi le màlede la pan- 
thère pardus, mais c'était là un mot sur l'usage duquel les anciens eux- 
mêmes ne s'entendaient pas bien (V. Otto Keller, p. 387). 



l36 ANTIQUITÉ 

BÊTES FAUVES 

II. BESTIiE FERiE ANIMAUX SAUVAGES NON FEROCES 

Âddax Gazelle. Coudou. 

Achlis Elan ? 

Alces Elan. 

Aper cornutus Bahiroussa. 

Aper non sive cornibus (Calpumius 

7" églogue, vers 58) Bahiroussa. 

Aper Sanglier. 

Axis Cerf axis ou Cerf du Gange. 

Bison Bison. 

Bonasus Aurochs ? Bison ? 

Bos egyptius Rhinocéros unicorne et bicorne. 

Bos œthiopiae id. 

Bos lucas ou luca Bœuf de Lucanie ou Eléphant. 

Bos pœoniae Bœuf de Péonie ou Bison. 

Bubalus Bubale ou Bœuf d'Afrique. Antilope. 

Camelopardalis Girafe. 

Camelopardalus et Camelopardus. . id. 

Camelus Chameau. 

Caprea Chèvre sauvage, Chevreuil. 

Catoblepas Gnou. 

Cervus Cerf. 

Cervus palmatus (Capitol. IIj . . . Chevreuil, daim. 

Dama Daim. 

Dorca, Dorcas Gazelle. 

Eale Rhinocéros bicorne. 

Elephas, Elephantus Eléphant. 

Ibex Bouquetin, Mouflon. 

Ictis Furet, Belette. 

Luca Bos Voir Bos luca. 

Lutra Loutre. 

Mantichora ? 

Mus^ Rat. 



* Les anciens confondaient sous ce nom général, comme l'ont fait encore 
les modernes tel que Gessner (L. i. De muribus diversis), beaucoup d'es- 
pèces d'animaux appartenant aux genres : Mustela, Lutra, Sciurus, Sorex, 
Talpa, etc., qui se rangent actuellement dans les groupes des Carnivores, des 
Rongeurs ou des Insectivores. 

Ils appelaient particulièrement rats ponthiques ou rats du Pont les ani- 
maux qui leur fournissaient des fourrures : la loutre marine, la petite loutre, 
la martre, la zibeline, le peregasna, l'hermine, le glouton, la taupe, la taupe 
dorée de Sibérie, le desman ou rat musqué, l'écureuil blanc, le petit gris, 
l'écureuil anormal, l'écureuil suisse. 

L'hermine était appelée rat d'Arménie par les Grecs (Elien) et rat du 
Pont par les Romains ; cependant au temps d'Agricola on la nommait encore 
hermelœ. Le nom actuel hermine vient du vieux mot français herménie qui 
désignait l'Arménie. 



LES GRANDES MÉNAGERIES DES ROMAINS 137 

Mus Glouton. 

Mus Zibeline. 

Mus odoratus Odontra ou rat musqué. 

Mus peregrinus Odontra, Hermine. 

Mus ponticus Hermine. 

Mus silvestris Martre. 

Musimo. Voir Musmo. 

Musmo ou Musimo Mouflon. 

Mustela, Mustella Belette, fouine. 

Nabathaea bellua Eléphant. 

Nabu ou Xabun (nom égyptien) . . . Girafe. 

Onager-Onagrus Ane sauvage. Onagres. 

id. Chevaux sauvages, Zèbres 

Oves feras (Vopiscus) Moutons sauvages. 

Oryx Antilopes oryx. 

Pygargus Gazelle, Chevreuil de Tartarie. 

Rhinocéros Rhinocéros unicornes et bicornes. 

Sciurus Ecureuil. 

Strepsiceros Gazelle-Coudou. . 

Tauros (Calpurnius, ^^ épilogue) . . Zébu (?) 

Urus Bison. 

Vulpes ^ Renard, Lycaon. 

III. BESTIiE DOMESTIC^ AnIMAUX VIVANT DANS LES MAISONS 

Asio Hibou, en général. 

Canis, catulus, catellus Chien *. 

Catus, cattus Chat. 

Callitriclies Singes d' Ethiopie . 

Cebus. Voir Simius. 
Cercopithecus. Voir Simius. 

Cuniculus Lapin. 

Cynocephalus. Voir Simius. 

Fêles, felis Chat. 

Ichneumo Mangouste. 

Lepus Lièvre commun. 

Mustela Belette, fouine. 

Niveos lepores (Calpurnius, 7^ églo- 

gue, vers 58) Lièvre variable. 

Pithecus. Voir Simius. 

Simius Singes'^. 



* Les Romains confondaient, sous le même nom de Vulpes, plusieurs espèces 
différentes du genre actuel Canis. 

2 Aristote distinguait quatre espèces de singes qui ont sans doute paru 
dans les ménageries romaines : le t:!6t,/oî qui est le magot, le xyvoxEtpaXoç, 
qui est le cynocéphale, le xf,Soç, qui est la mone, et le xoipojr:6T,xoç, ou 
singe-cochon qui est un babouin. Deux ou trois siècles après Aristote, les 
auteurs grecs créaient les mots de KîpxoT'.OTjZo; (xipxo; queue ; TZ'.%r,-KO(; 
singe) pour les singes à longue queue et de Ka)X'.Bptf (xiXXoç, parure, beauté ; 
6ptÇ, poil) pour distinguer le cercopithèque callitriche ou singe-vert. 



:i8 ANTIQUITÉ 



IV. Animaux vivant dans des bassins 

Chelyx Tortue. 

Crocodilus- Crocodile. 

Hippopotamus Hippopotame. 

Testudo Tortue. 

Vitulos marinus Phoque. 

V. AVES CARNIVORE OiSEAUX CARNASSIERS 

Accipiter Faucon, Épervier. 

Aquila Aigle. 

Nycticorax Hibou. 

Otus Chouette, Moyen duc ? 

Scopes Rapaces nocturnes, Petit duc ? 

VI. AvES LOQUACES AUTVOCALESET A. CANTRICES AUTOSCINES (Varr. Plin.) 

Oiseaux parleurs et Oiseaux chanteurs 

Acanthis Chardonneret ? 

Carduelis Chardonneret. 

Cercion (ElienXVI. 3) £tourneau indien ? 

Corvus Corbeau. 

Erithacus Rouge-gorge. 

Graculus Geai, Choucas. 

Luscinia, lusciniola Rossignol. 

Perdix Perdrix. 

Pica, pica glandaria Pie. 

Psittacus Perruche ': 

Sturnus Etourneau. 

Turdus Grive. 

VII. Oiseaux divers 

Afra avis (Horace, Juvénal) Pintades à caroncules bleues. 

Anas Canard. 

Ardea, ardeola Héron. 

Avis numidica (Pline) Pintade à caroncules rouges. 

Ciconia Cigogne. 

Columba Colombe. 

Coturnix Caille. 

Cycnus, Oler Cygne. 

Gallina africana ("Varr. Colum). . . Pintade à caroncules rouges. 

Gallina numidica (Varr.) id. 

Grus Grue. 

Ibis H/is. 

lynx Torquol, Bergeronnette. 

Lybycœ volucres (Martial) Pintade à caroncules bleues. 

^ Les Romains avaient dans leurs volières : la grande perruche verte à 
coUier rouge et la perruche alexandrine. Ils ne connaissaient pas les perro- 
quets. 



LES GRANDES MÉNAGERIES DES ROMAINS iSg 

Meleagris cerulea (Yarr. Pline) . . Pintade à caroncules bleues. 

Numidica (Colum Mart.) Pintade à caroncules rouges. 

Passer Moineau. 

Pavo Paon. 

Struthio Autruche. 

Struthio camelus • Autruche. 

Turtur , . . . . Tourterelle. 

* Le penple romain appelait familièrement cet oiseau : « Moineau d'outre- 
mer ». Plante lappelle Passer marinus. 



CHAPITRE V 



LES MÉNAGERIES DU MOYEN AGE EN ORIENT, EN 
ITALIE, EN ANGLETERRE, DANS LES PAYS-BAS ET 
A AVIGNON. 



1. La fin de l'Empire romain et les ménageries de Constantinople. 

2. Les ménageries en Italie. 

3. Les ménageries des rois normands en Angleterre, à Woodstock et à 

Londres. 
A. Les fosses à ours et les loges à lions chez les Seigneurs des Pays-Bas. 
Ménagerie du Pape à Avignon. 

I. Les causes de décadence qui amenèrent peu à peu 
la disparition des grandes ménageries dans l'Italie 
ancienne se firent moins sentir dans Tempire d'Orient 
qui était resté plus à l'abri des barbares et qui pouvait 
toujours tirer facilement des animaux d'Asie. Aussi, 
malgré les invectives de saint Grégoire de Nazianze, 
saint Jean-Chrysostome et saint Cyrille*, les chasses 
d'animaux à l'Amphithéâtre continuèrent comme aux pre- 
miers temps, chez les Byzantins, et durèrent au moins 
jusqu'au début du xif siècle, malgré quelques arrêts pas- 
sagers. Un certain nombre de documents, malheureuse- 
ment un peu décousus, que nous rapportons ici, ne lais- 
sent aucun doute à cet égard ". 

En l'an 439, Anastase, qui n'était pas encore empereur 
mais simple officier de la cour, reçoit d'un prince indien 
un éléphant et deux girafes. A peine couronné, il supprime 

^ Cités par Wallon, III, p. 427. 

2 Ces documents seraient à compléter par la lecture attentive des chroni- 
queurs byzantins, et des historiens des croisades arabes, turcs et latins. 
Quelques données précieuses ont été prises à J. Sabatier, p. 16 et suivantes. 



LES MENAGERIES DE CONSTANTINOPLE l4l 

l'obligation pour les hauts fonctionnaires de donner des 
jeux d'animaux (Théophane) ; mais la coutume n'en con- 
tinue pas moins, car nous voyons trois diptyques consu- 
laires de son règne représenter toujours les mêmes 
spectacles. De ces diptyques, l'un montre quatre bes- 
tiaires combattant contre autant de lions qu'ils percent 
de leurs lances; l'autre, qui concerne un certain Aréo- 
bindus, consul en Tan 5o6, représente des hommes sans 
armes luttant contre des ours dans une arène munie de 
barrières, de portes cochleab et de troncs d'arbres ; le 
troisième enfin, qui date du consul Anastase, en 517, 
montre, avec les mêmes portes, des bestiaires se jouant 
dans l'arène au milieu de lions et de panthères*. 

Il y avait alors, à Gonstantinople, deux Amphithéâtres : 
celui des Prasiniens (les Verts) et celui des Vénètes (les 
Bleus)". Un jour le gardien des ours de l'Amphithéâtre 
des Verts, qui s'appelait Acace, étant venu à mourir, sa 
veuve, après être restée dans sa place pendant quelque 
temps, en fut dépossédée pour un autre, par le Directeur 
des jeux; il faut croire que la place était bonne car Pro- 
cope, qui vint peu de temps après ces événements habi- 
ter Gonstantinople, nous raconte que cet autre avait 
donné de l'argent pour l'obtenir. Quoi qu'il en soit, la 
veuve d'Acace, après avoir réclamé inutilement, eut la 
chance de retrouver immédiatement un même emploi à 
l'Amphithéâtre des Bleus qui venaient justement de 
perdre leur gardien. Là, tout en continuant à nourrir 
des ours, elle apprit à une de ses filles, la jeune Théodora, 



^ Ce dernier, qui se trouve à la Bibliothèque nationale, Cabinet des Mé- 
dailles, a été reproduit par Gorius : I, table VII, p. aig, et Ch. Diehl, 
p. a55. Les deux autres sont également figurés par Diehl, p. 453. 

* Procope IX, i,i. 

L'un de ces amphithéâtres était situé près du port de Julien, comme le 
laisse entendre cette phrase du Codex Theodosianus : inter amphiteatrum et 
D. Juliani porluni per litius maris {A'IV, 6, 5). 



l^% MOYEN AGE 

à dresser des oies pour les spectacles de l'Amphithéâtre. 
Le jeu était simple : il consistait, pour la fille, à s'étendre 
par terre sur le dos, à répandre sur son corps, à peu près 
nu, des grains d'orge, et à commander aux oies de venir 
prendre délicatement ces grains un à un'. La jeune 
byzantine ne tardait pas du reste à augmenter et à varier 
ses talents car, quelques années après elle devenait la 
maîtresse, puis la femme de Justinien. Sur le trône, elle 
resta fidèle à ses origines et c'est sans nul doute à son 
influence, autant qu'au goîit personnel de son mari^ que 
Ton dût alors de voir les spectacles de l'Amphithéâtre 
refleurir avec plus de luxe que jamais. 

En 521, en effet, Justinien, ayant été élevé à la dignité 
consulaire, dépensa, à cette occasion, 288.000 sous d'or 
pour donner des jeux splendides qui le désignèrent dès 
lors à la faveur du peuple ; il lit paraître, en particulier, 
dans ces jeux, vingt lions et trente panthères ipardos) '\ 
pris parmi d'autres animaux de la ménagerie. Proclamé 
empereur, six ans plus tard, il favorisa à nouveau ce 
genre de spectacle et même, par une loi de 536, reve- 
nant aux anciennes coutumes, il prescrivit expressé- 
ment aux consuls entrant en charge de donner au peuple 
le spectacle de combats d'animaux^; seulement, il défen- 
dait aux prêtres et aux évêques d'y assister'. 

Nous avons là, dans notre histoire, une lacune au 
début de laquelle il faut placer un ivoire du musée du 
Louvre^, dont la partie inférieure représente des person- 
nages venant offrir à l'empereur des animaux. Nous retrou- 
vons les ménageries à Gonstantinople, au xf siècle, avec 

i Procope, IX, 7. 

2 Marcellinus (Cornes). Chronicon, Ind. XIV, éd. Migne, col. 940. 

^ Justinien : Nov. CV, chap. I, cité par Friedlânder, II, p. 181. 

* De re episcopali audieniia, L. 34 (534) C.-J., I, IV. cité par Wallon, 

m, 429. 

* Salle de Clarac : Plat de reliure avec l'image d'un empereur du vi* siècle. 



LES MÉNAGERIES DE CONSTANTINOPLE U^ 

Constantin IX qui reçut du sultan d'Egypte un éléphant 
et une girafe. Il paraît que la passion des Grecs pour les 
jeux du cirque et les combats de bêtes féroces ne fit 
alors que s'accroître, mais nous n'ayons plus aucun ren- 
seisrnement direct sur ces combats. Nous savons seule- 
ment qu'en iioi, quand les croisés lombards arrivèrent 
devant Constantinople et qu'ils voulurent entrer par la 
porte de Garsia ou Charsias (aujourd'hui Egri-Gapou près 
de la Gorne d'or) , ils virent accourir devant eux des lions 
et des léopards qu'on avait déchaînés ; ces bêtes féroces 
se jetèrent sur les premiers qui parurent, mais bientôt 
la foule des pèlerins accourut avec des épieux, des lances 
et des javelots ; tous les lions se firent tuer plutôt que de 
céder ; les léopards, moins aguerris, grimpèrent le long 
des remparts comme des chats, et s'enfuirent vers la 
ville. Les croisés, furieux, les poursuivirent et entrèrent 
en désordre dans le palais impérial voisin \ on ils 
tuèrent encore un lion apprivoisé, qui était très aimé*. 
Ges animaux, les léopards (guépards ?) surtout, étaient 
sans doute des animaux dressés à la chasse, car c'était 
une coutume très répandue chez les Byzantins. Voici 
comment un contemporain de l'empereur Manuel Gom- 
mène (i 122-1180) nous raconte une de ces chasses : 
« Plusieurs de ces animaux^ sont portés en croupe sur 
des peaux de lions par des cavaliers. Les yeux de l'once 
sont bandés ; elle a un collier dans lequel est passé une 

^ Palais de Constantin Porphyrogénète ou palais de Bélisaire, aujoard'hui 
Tekfour-Seraï. 

^ Orderic Vital, cité par Michaud, t. I, p. 493. On trouve également, dans 
ce même ouvrage (I, p. 367), l'histoire d'un lion apprivoisé par un croisé, 
qui se noya, en voulant suivre, à la nage, le vaisseau qui ramenait son maître 
t« Europe. 

' L'auteur, Constantin Pantechnès, évèque de Philippopolis, parle d'onces 
et plusieurs points de sa description ne peuvent en effet s'appliquer à des 
guépards, mais le mot once {lyncea, luncia, lonce, l'once) voulait aussi bien 
dire, chez les auteurs du moyen âge, léopard, panthère ou lynx. 



l44 MOYEN AGE 

forte courroie qui est dans la main du cavalier. Quand le 
lièvre se lève, on débande rapidement les yeux de l'ani- 
mal carnassier et on lui montre le gibier. En trois ou 
quatre bonds prodigieux, l'once lâchée atteint le fugitif, 
le saisit de ses deux terribles pattes de devant, puis le 
prend tout sanglant dans sa gueule et revient les yeux 
ardents, la démarche lente et lière A^ers son maître. 

« Celui-ci, descendu de cheval, caresse l'once et lui 
introduit deux doigts dans les narines; l'once, obligée 
pour respirer d'ouvrir les mâchoires, laisse tomber le 
gibier. Le chasseur s'en empare, lui ouvre le cou et 
verse le sang dans une écueille de bois. L'once le boit 
avec avidité. Ce régal à peu près fini, le chasseur d'un 
coup de pied lance subitement l'écueille au loin. L'once, 
furieuse, se jette sur son maître qui oppose à ses griffes 
l'impénétrable peau du lion\ » 

La prise de Constantinople par les Croisés, en l'an i2o3, 
et le sac de la ville qui suivit, amenèrent sans doute la des- 
truction de l'Amphithéâtre, dont on n'entend plus parler 
à partir de cette époque. Toutefois, les empereurs byzan- 
tins continuèrent à garder près d'eux des animaux étran- 
gers. En 1257, par exemple, Michel Paléologue reçut, du 
roi d'Ethiopie, une girafe qu'il fit promener pendant 
quelques jours par les rues de la ville, pour le divertisse- 
ment du peuple-; une miniature reproduite par C. Bayet, 
et de nombreuses dalles byzantines montrent que la 
chasse aux cerfs se faisait toujours au moyen de bêtes 
féroces : de lions, de panthères ou même d'aigles ^ Bayet 

* Journ. offic. du 5 mai 1869, p. 676, d'après les Mém. de VAcad. des 
Inscrip. et Bell.-Lett. 

2 Le philosophe Georges Pachymères, qui nous raconte ce fait dans son 
Histoire, donne en même temps une description complète de l'animal (liv. III, 
chap. IV, p. 146-147). 

^ Le bonnet pointu, qui coiffe dans une de ces figures le conducteur de la bête 
féroce, montre que cette miniature est postérieure à la fin du xi" siècle. Cette 



LES MÉNAGERIES EN ITALIE r45 

remarque justement, il est vrai, que beaucoup de ces 
œuvres sont de travail fort barbare et de basse époque, 
ou bien de simples répétitions de motifs antiques ; mais 
d'autres documents nous montrent que la chasse avec les 
guépards, en particulier, était alors extrêmement 
répandue dans toute l'Europe orientale. Les Lusignan, 
par exemple, seigneurs français qui gouvernaient Chypre 
au xiii^ siècle, montraient quelques-uns de ces animaux 
dans le palais de Nicosie, en compagnie d'une autruche 
et d'un mouflon, aux pèlerins qui allaient en Terre Sainte ; 
au siècle suivant, un de ces pèlerins admirait 24 léopards 
de chasse et 3oo faucons de toutes espèces* et en i4i3, le 
roi Jean de Lusignan offrait au marquis d'Esté Nicolo, à 
son passage à Nicosie un magnifique léopard chasseur ; 
à Jérusalem, qui dépendait du même royaume, les pèle- 
rins retrouvaient des léoparderies dont la coutume venait 
d'Asie'. 

II. C'est dans l'Italie du Sud, à la cour de Frédéric II, 
roi des Deux-Siciles, que nous voyons apparaître, au 
xiii* siècle, les premières grandes ménageries de l'Europe 
occidentale ^ Ce prince, dans lequel le sang allemand 
se trouvait mêlé à celui d'une mère napolitaine, avait pris 

sorte de bonnet apparut, en effet, dans le costnme byzantin, en même temps 
que la robe longue à l'orientale vers 1090, un peu avant la première croisade 
(Bayet, p. 141, 190 et 294). 

1 Enlart, a, t. II, p. 525 et 533, b, p. 2o5, et Camus, a, p. 129. Il y avait 
longtemps que s'était répandue, d'Asie en Europe, la coutume de la chasse 
au guépard. Un opuscule grec, composé vers le milieu du vi° siècle, dit en 
effet que le roi des Indes, qui avait un grand nombre de ces animaux, en 
envoya deux, placés à dos d'éléphant et de chameau, à Anastasc. C'est de la 
même époque que date le premier document indiscutable touchant la chasse 
au guépard. Il se trouve dans une épigramme latine de Luxorius, poète qui 
vivait à Carthage sous le règne du roi vandale Trasamond (496-523). 
J. Camas, c, p. ai et 22. 

* Jacques de Vitry, cité par Camus, c, p. 32. 

^ Les données sur cette ménagerie sont prises à Brunetto Latini (p. 242), 
et, de seconde main, à J, Camus, c, à Burckbardt (II, p. 11) et à Enlart a 
(II, p. 304). 

I. 10 



l46 MOYEN AGE 

de cette dernière sans doute, des goûts et des mœurs 
orientales, en particulier une véritable passion pour 
les animaux. Il étudiait les oiseaux, surtout les espèces 
de chasse, les observait, les disséquait même et écrivait 
sur eux une sorte d'ornithologie dont nous aurons l'oc- 
casion de reparler. Il se faisait envoyer un éléphant 
des Indes, donnait au sultan d'Egypte un ours blanc en 
échange d'une girafe, faisait nourrir, à Melfi, une once et 
des hyènes, possédait au château de Lucera, qui existe 
encore, une « léoparderie où des esclaves maures étaient 
chargés d'entretenir et de dresser un grand nombre de 
ces animaux sous la direction d'un intendant*»; à Palerme, 
sa résidence habituelle, il avait créé une sorte de jardin 
zoologique qui fut décrit par Otto de Saint-Blasio ; enfin 
partout, à Ravenne, à Pise, à Parme, Crémone, Vérone, 
Padoue, Vittoria, on le voit aller accompagné d'une véri- 
table ménagerie ambulante comprenant des éléphants, 
des chameaux, des dromadaires, des lions, des panthères, 
des guépards, etc. Cette ménagerie lui servit encore à 
faire parade de grand luxe, par exemple, lorsqu'il se 
rendit à Worms, en i235, pour épouser Elisabeth, sœur 
du roi d'Angleterre Henri III. On le vit alors s'avancer 
en grande gloire, dit un chroniqueur allemand, suivi de 
nombreux quadriges chargés d'or et d'argent, de lin très 
fin, de pourpre, de gemmes, de vaisselle précieuse, puis 
de chameaux, de mules, de dromadaires conduits par des 
Sarrasins, et enfin de singes et de léopards domptés par 
des Éthiopiens. 
Les ménageries de Frédéric et surtout ses léoparderies 



^ « Ainsi, vers la fin de 1289, se trouvant à Pise, il mandait à Rinaldiuo de 
Palerme, de choisir parmi les léopards de chasse confiés à ses soins, trois 
des mieux dressés et trois autres, non dressés, mais sachant pourtant se 
tenir à cheval, puis de les amener à san Flaviano avec six léopardiers. 
Quelques semaines après, il les faisait venir à Androco. » (Jules Camus, 
c, p. 33.) 



LES MÉNAGERIES EJJ ITALIE l/t7 

survécurent à ce grand roi; on trouve, en effet, en 1269, 
un mandement de Charles P"" d'Anjou relatif à la nourri- 
ture des animaux de sa ménagerie (voir P. Durrieu, a) ; et 
c'est à Naples, apparemment, que Pétrarque, un siècle plus 
tard, apprit à connaître les guépards quand il fut envoyé 
en ambassade près de la reine Jeanne*. Ces animaux com- 
mençaient alors à se répandre en Italie chez les princes, 
et peut-être même encore chez tous les riches, comme 
autrefois chez, les anciens Romains. Un jour, en effet, 
vers l'année 1245, un moine mendiant, étant à Pise, 
entrait dans la cour intérieure d'une habitation et là, 
sous des pampres qui donnaient une ombre délicieuse, 
il voyait des jeunes filles et des jeunes garçons, couverts 
de beaux vêtements et à la figure aimable, qui jouaient 
des airs très doux sur des vielles ou des cythares, pendant 
que d'autres personnes les écoutaient en silence, et que 
des léopards et de nombreuses autres bêtes d'outre-mer 
reposaient tranquillement à côté d'eux-. 

Un siècle après ce gracieux petit tableau de la vie 
intime de cette époque, à Milan, à la cour des Vis- 
conti, c'était dans un grand dîner d'apparat^ que les 
léopards du prince paraissaient. Après le premier 
service, on vit arriver, dans la salle du festin, deux 
léopards tenus en laisse par des cordes de soie attachées 
à des colliers de velours ornés de boucles dorées ; 
c'était là, peut-être, une attention aimable et délicate 

* J. Camus, c, p. 36. 

2 Fra Salimbene de Adam Parmensis ordinis minorum Chronica. Parme, 
1807, p. 17. 

Camus, qui cite le passage en entier, croit trouver là une scène de la cour 
de Frédéric II qui vint à Pise au mois d'août de l'année 1344. Emile Geb- 
hart y voit an contraire, ime scène de la vie des riebes Pisans. 

3 Le dîner de noce de Violante, fille de Galéas II Yiscon^, avec Lionel 
duc de Clarence, fils du roi d'Angleterre Edouard III. Ce dîner, qui eut lieu 
le 5 juin i368, a été décrit par Bonamente Âiiprandi, dans sa Chronique de 
Mantoue (Muratori AntiquitaUs ItaUcm,X. V, col. n88). Voir aussi Camus, 
c, p. 3o.. 



l/,8 MOYEN AGE 

envers le duc Lionel car nous verrons que ces fauves 
représentaient, depuis le premier des Plantagenet, le 
principal emblème des armes d'Angleterre : après les 
léopards, défilèrent, de la même façon, douze couples de 
lévriers ou de limiers. 

A Rome, c'est également avec des léopards que l'on 
voit réapparaître les ménageries ; nous le savons par 
une note intéressante de M. P. Fedele*, sur un texte 
du xif siècle où il est question d'une femme qui fut étran- 
glée par un léopard, dans la maison de Gencio Frangi- 
pane. Les Frangipani étaient alors de ces puissants 
barons les derniers consuls romains, qui se partagèrent 
au moyen âge, avec le Pape, le pouvoir à Rome ; ils 
s'étaient fortifiés sur l'arc de Titus, sur le Palatin, et 
dans le Golisée où eut lieu, au mois de septembre i332, 
une course de taureaux, dans laquelle les plus riches 
citoyens de la ville vinrent se distinguer. « Tous les 
barons des environs y furent invités, trois grandes 
dames y eurent l'office de conduire les dames de la ville 
à leurs places. On connaît même les noms des cham- 
pions qui furent désignés par le sort, ainsi que leurs 
couleurs et leurs devises. Dix-huit de ces champions res- 
tèrent sur le carreau; neuf autres furent blessés et il y 
eut onze taureaux de tués. Les corps des paladins tom- 
bés dans le combat furent inhumés en grande pompe, au 
milieu du concours général de la population, dans les 
églises de Sainte-Marie-Majeure et de Saint-Jean-de- 
Latran^ » 

A la même époque, et depuis l'an iioo, au moins % il 

1 Arch. d. Soc. Romana di Storia patria, XXVIII, 208, cité par Camus, 
c, p. 3o. 

^ Friedlander, t. II, p. 189, d'après Marangoni, Délie memorie sacre e 
profane delV anfiteatro Flavio (1746)» P- 53-55. Voir aussi Gregorovius qui 
discute l'authenticité de cette histoire (t. III, p. 662). 

^ Honoré d'Autun, cité par Picca. 



LES MÉNAGERIES EN ITALIE l49 

y avait, au pied du Capitule, une fosse à lions qui avait 
été, quelques années auparavant, le siège d'une scène 
cruelle. Un jour, en Tan 1828, Louis IV de Bavière, 
depuis longtemps en lutte avec le Pape, entrait à Rome 
en vainqueur et, bien qu'excommunié, faisait sonner les 
cloches en son honneur dans toutes les églises de la ville ; 
un moine ayant osé lui résister, Tempereur fit attacher le 
pauvre religieux à l'extrémité d'une poutre basculante 
que l'on descendit tout doucement dans la fosse aux 
lions ; un spectateur raconte que les bêtes affamées se 
lançaient pour tâcher de saisir au plus vite la proie 
vivante qu'on leur offrait ; il nous les montre s'agrippant 
aux vêtements et à la chair du pauvre moine puis retom- 
bant brusquement à terre en emportant avec eux des 
morceaux du martyre'. Le dernier lion du Gapitole fut 
tué en i4i4; il s'était échappé de sa cage et avait 
déchiré un enfant'; et, pendant des siècles, on ne vit 
plus sur le célèbre mont que des bandes de chèvres, de 
cochons et d'oies. 

A Florence, la coutume de garder des bêtes féroces 
en captivité remontait peut-être aux jeux annuels que 
les Florentins de l'an 18 avaient institués en l'honneur 
de Livie, d'Auguste et de Tibère, mais la première date 
exacte que nous ayons de cette coutume remonte seule- 
ment aux Missi dominici, ou Podestats, que l'empereur 
Frédéric V^ Barberousse installa à Florence, pour y 
représenter son autorité souveraine. C'est en effet près 
du palais du Podestat, le Bargello, que l'on voit pour 
la première fois, dans la seconde moitié du xiii* siècle, 
l'indication de bêtes féroces à Florence^; c'était toujours 
des guépards ou léopards de chasse que la République 

* .Egidius VUerbensis, cité par Papencordt, p. 867, en note. 

* Antonio di Pietro, cité par Picca. 
' Le Consulte, t. I, p. 357. 



l5o MOYEN AGE 

achetait, en 1290, au prix de 5o florins la bête et pour 
lesquels elle faisait construire une petite maison ^ Au 
siècle suivant, c'est une ourse que Ton trouve chez le 
Podestat de Florence, et qui nous vaut cette plaisante 
histoire racontée par le vieux chroniqueur Franco Sac- 
chetti^ Un soir de novembre, des jeunes gens soupaient 
joyeusement dans le cloître d'une église de Florence, 
quand ils reçurent la visite de l'ourse du Podestat ; 
c'était une bête de mœurs affables, qui se mit à rôder 
doucement autour de la table en quémandant quelque 
reste du festin. L'un des convives eut alors cette idée : 
« Emmenons l'ourse à Santa-Maria-in-Campo dont la 
porte n'est jamais verrouillée. Nous attacherons l'animal 
par les pattes de devant aux cordes des deux cloches, 
puis nous filerons vite et vous verrez alors un beau spec- 
tacle. » Aussitôt dit, aussitôt fait. L'ourse exaspérée 
sonne à grandes volées et le cri : Au feu ! au feu ! vient 
réveiller en sursaut tous les habitants du voisinage. Déjà 
le curé, le premier debout, a envoyé son clerc, muni 
d'un cierge bénit, au campanile pour prendre des rensei- 
gnements près du sonneur; bientôt l'église de La Badia 
répond par son tocsin, qui met sur pied tout l'art de la 
laine ; la foule des lanajuoli s'agite éperdument autour 
du prêtre, demandant : « Où est le feu ? où est le feu ? » 
quand le jeune clerc revient en courant, se précipite, les 
cheveux tout droits aux pieds du prêtre, et s'écrie : « In 
manus ! Mon père, le diable est dans l'église et sonne 
les cloches. — Comment, le diable ? Prends vite l'eau 
bénite. » Mais, au lieu de marcher vers l'infernal sonneur, 
nos deux braves se sauvent dans la rue. Et le populaire 
qui continuait à accourir, de demander toujours : « Où 

* Le Consulte, t. II, p. 19, 20, 21, 22, 23, 26, 69, 91, 106. 

2 Nous prenons cette histoire dans Emile Gebhardt [b, p. 259 et suivantes), 
que nous citons ici presque textuellement. 



LES MÉNAGERIES EN ITALIE l5l 

est le feu, prêtre? » Le pauvre curé pouvait à peine 
répondre, car il « avait le tremblement de la mort ». 
Enfin, d'une voix flûtée et chevrotante : « Il n'y a pas 
d'incendie et je ne sais qui sonne les cloches; mon clerc 
est allé voir; il croit que c'est une chose diabolique. » On 
s'approcha avec des lanternes et l'ourse sonnant appa- 
rut en toute sa simplicité. L^aventure finit par un im- 
mense éclat de rire. 

C'est également dans la seconde moitié du xiii® siècle 
que les lions de Florence entrent pour la première fois 
dans l'histoire. Ils y apparaissent par un trait de dévoue- 
ment maternel que tout le monde connaît, mais dont 
nous avons été longtemps à trouver la source. C'est le 
vieux chroniqueur Giovanni Villani ^ qui nous raconte 
qu'en son temps, vers l'année 1273, il fut donné à la 
ville un lion très beau, mais très féroce, qui fut enfermé 
dans la ménagerie de la place San Giovanni; or, un jour 
que son gardien avait mal fermé sa loge, le lion sortit et 
parcourut la ville, traversant les rues et sautant les murs, 
au grand effroi des populations. 11 arriva ainsi dans le 
jardin de Saint-Michel où jouait un petit enfant; d'un 
bond il est sur l'enfant, le saisit entre ses puissantes 
mâchoires et va l'emporter. Mais la mère, qui était 
dans sa maison, entend des cris; elle accourt, se préci- 
pite sur la bête féroce, lui arrache son enfant de la 
gueule et est assez heureuse pour le rapporter chez elle 
sans qu'il ait eu d'autre mal que la peur. Au même 
moment des gens armés de filets accouraient et parve- 
naient à se saisir du lion pour le ramener dans sa loge '. 

' Ed de 1537. Liv. VI, chap. lxxi ; éd. de iSaS, liv. VI, ch.ip. lxix. 

* Cette histoire du lion de Florence a été racontée souvent depuis, mais 
altérée dans son récit et placée h des dates diverses. Eugène Mullcr, par 
exemple, dans Les Animaux célèbres (p. ii), la place à la fin du xvii* siècle 
et fait tenir à la mère, agenouillée devant le lion, une longue prière à laquelle 
la pauvre femme n avait certes pas eu le temps de penser. 



i5a MOYEN AGE 

A partir de cette époque, on entend très souvent parler 
de la ménagerie de Florence. En 1290, ce sont les Consulte^ 
qui nous font connaître le nom du gardien des lions et le 
salaire qu'il recevait; en 1298, une nouvelle maison des 
lions fut construite^ et comme, cinq ans après, le gouver- 
nement de la ville était transporté dans un nouveau 
palais, le Palazzo Vecchio, c'est là, derrière ce palais, 
longé encore aujourd'hui par une via dei leoni, que l'on 
installa la ménagerie des lions. Voici comment un con- 
temporain la décrit au xiv^ siècle^ : « C'est une grande 
maison avec une grande cour où il y a toujours des lions 
qui font des petits chaque année. Aujourd'hui, il y en a 
vingt-quatre qui sont soignés par trois hommes habillés 
par la ville et payés chacun 12 fior. par mois ; ces hommes 
donnent à manger aux lions une fois par jour dans la 
matinée; chaque bête doit recevoir 12 livres de mou- 
ton. » 

Les Florentins tenaient beaucoup à leurs lions, non 
seulement parce que ces bêtes étaient comme le témoi- 
gnage vivant de leur puissance, mais encore parce qu'ils 
attachaient une signification quelque peu superstitieuse 
à leur présence dans la ville. La mort d'un lion était signe 
de malheur ; la naissance de lionceaux, au contraire, était 
d'un bon augure pour la grandeur de la cité. Cet événement 
venait en même temps leur apprendre, comme le fait 
remarquer Matteo Villani ^, que les lions pouvaien t se repro- 
duire en Italie, contrairement à l'opinion commune, et que 
les lionceaux nouveau-nés ne prenaient pas vie au souffle 
de leurs parents, comme le croyaient les anciens, mais 
bien naissaient de la même façon que les petits chiens. 

1 Tome I, p. 376, 423 et 433. 

2 Ibid., t. II, p. 419, 421, 4a4, 427, 592, 597. 

* G. Dati, p. 116. 

* Liv. III, chap. xc, p. 119 (éd. i537, liv. X. chap. clxxxvii, p. 210). 



LES MÉNAGERIES EN ANGLETERRE l53 

Les chroniqueurs parlent souvent de ces naissances, de 
sorte que Florence eut sans doute la plus belle collection 
de lions qui existât alors dans les ménageries. Elle faisait 
cadeau de ses lionceaux aux condottières qui combat- 
taient pour elle, à des seigneurs alliés ou amis, et même 
au Pape. De son côté, elle reçut de semblables cadeaux 
de la République de Venise, du bey de Tunis, du sei- 
gneur de Sassari et du Pape\ La Seigneurie utilisait du 
reste les bêtes pour donner au peuple des spectacles de 
combats d'animaux, à l'exemple des anciens Romains. 
L'on garda longtemps, à Florence, le souvenir de ce 
pauvre lion, donné par Boniface VIII, qui avait été tué 
par le coup de pied d'un âne^; mais c'est au xv^ siècle 
que nous verrons la ménagerie de Florence et ses spec- 
tacles prendre tout leur développement. 

Les Pisans eurent aussi, à cette époque, leurs animaux 
curieux parmi lesquels on voit apparaître % dès le milieu 
du XIV® siècle, le faisan doré qu'on croyait n'avoir été 
apporté de Chine qu'au siècle suivant. 

III. Si nous avons commencé notre histoire des ména- 
geries du moyen âge par l'Orient et par l'Italie, c'est 
parce que ces pays nous ont présenté la continuation 
directe de la tradition antique; en réalité, c'est en Angle- 
terre que la première grande ménagerie du moyen âge 

» Voir Villani, Cron. VIII, 6a, X, i85 et XI, 66. — Archives d'Etat de 
Florence. Spoglio Strozziano, fol. 34i (citées par E. Muntz, I, p. 3^7). 

hAsirx, Osservatore fiorentino,'i^ éA.\, p. lag-iSg; — Burckhardt, II, p. i8; 
— Cronachc dei secoli XIII e XIV, Firenze, 1876, p. 39a, 453, 471, 538. — 
Archivio Veneto, XXXYI (1888), p. a47 ; — Miscellanea fiorentina, I, p. 3o. 
Ces deux dernières références sont prises à Volpi, p. 19. 

* Voir Villani (Giovanni), t. III, p. io6. 

' Dans une des plus célèbres fresques du Campo-santo, le Triomphe de la 
mort, attribuée par la critique moderne à un peintre qui vivait à Pise vers 
i35o et non à Andréa Orcagna, comme le voulait Vasari. Le faisan en ques- 
tion se trouve représenté dans la partie droite de la fresque, sar le chemin 
des ermites. 



l54 MOYEN AGE 

semble avoir été formée. Déjà, au premier siècle avant 
notre ère, Jules César avait observé en Grande-Bretagne, 
que les riches propriétaires de ce pays avaient coutume 
de garder, dans des parcs fermés : des lièvres, des oies 
et des poulets, non pas pour s'en nourrir mais comme 
simple amusement, ainsi que le fait bien remarquer 
Gésar^ Les seigneurs normands, qui accompagnèrent 
Guillaume le Conquérant dans son expédition de 1066, 
s'emparèrent de ces parcs, continuèrent à y entretenir des 
animaux et formèrent de grandes réserves de chasses telles 
que celles de Chillingham, de Cadzow et de Chartley, qui 
sont parvenues jusqu'à nous et que nous retrouverons 
dans notre troisième volume. Quant à Guillaume, il prit 
pour résidence habituelle le château de Woodstock, où 
l'on vit bientôt les nouveaux rois d'Angleterre faire 
nourrir des animaux rares et des bêtes féroces. La pre- 
mière indication de la ménagerie de Woodstock est 
donnée par le chroniqueur Lambert d'Ardre, qui parle 
d'un ours que son maître reçut en cadeau de Guillaume 
le Roux, fils et successeur du Conquérant ; puis c'est 
Guillaume de Malesbury^ qui nous apprend qu'Henri P"", 
le successeur de Guillaume II, avait dans ce château : 
des lions, des léopards, des lynx, des chameaux, un 
hibou rare, cadeau de Guillaume de Montpellier, et d'au- 
tres animaux que nous verrons bientôt défder dans les 
rues de Caen, quand ce prince envahira les Etats de 
son frère, le duc de Normandie. C'est de ce roi, grand 
amateur d'animaux d'Orient, ou du moins de son gendre 
le comte d'Anjou, Geoffroy Plantagenet, que date l'em- 
blème héraldique des léopards ; dès lors, on trouve souvent 



* Commentaires, V, 3. 

^ Cité par Enlart, II, p. 204. Pour les autres sources concernant les 
anciennes ménageries anglaises, voir : Britton et E.-W. Brayley, Stow, 
Bennett, Harvey. 



LES MÉNAGERIES E>' AJNGLETERRE O^ 

des léopards vivante la cour d'Angleterre. En i25i, cette 
cour reçut un ours blanc, que le roi Henri III fit nourrir 
par la ville de Londres ; pour cela, les shériffs allouèrent 
quatre sous par jour pour l'animal et son gardien : c'était 
peu, mais ce dernier conduisait l'animal dans la Tamise 
pour chercher sa nourriture lui-même ; ce fut encore la 
ville qui dut payer la chaîne de fer et la muselière dont 
on l'affublait alors et la longue corde épaisse avec laquelle 
on le tenait quand il péchait. Trois ans après, en i254, 
Henri recevait de son beau-frère, le roi de France Louis IX, 
un éléphant, le premier animal de cette espèce qui paraît 
en Angleterre. Aussi tout le monde vint-il le voir dans 
la maison (de 4o pieds de long sur 20 de large), que la ville 
fut encore obligée de faire construire, à ses frais, pour 
le loger. 

Cette obligation, pour la ville, d'entretenir les animaux 
du Roi dura au moins jusqu'au xiv^ siècle, car nous voyons, 
en i3i4, Edouard II donner l'ordre aux shériffs de fournir 
chaque jour un quart de mouton pour son lion, qui était 
alors logé à la Tour, et de payer 3 sous par jour au gar- 
dien de l'animal. Au temps d'Edouard III, la ménagerie 
s'était sans doute augmentée, car le gardien, un nommé 
Béranger Candrer, recevait alors 12 sous par jour pour 
ses appointements et 2 shellings i penny pour l'entretien 
des bêtes*. Les animaux furent-ils mieux soignés? Il est 
permis d'en douter car, vers l'année i436, tous les lions 
moururent. Nous verrons, plus loin, comment la ména- 
gerie de la Cour fut reconstituée. Mais, pour ne pas 
empiéter sur le cours des siècles, et pour en finir avec 
les ménageries du moyen âge, il nous faut revenir sur 



' Edouard III avait un important service de Fauconnerie. Froissart nous 
apprend, en effet, que lorsqu'il descendit au pays de France, ce roi se fit 
accompagner de trente fauconniers à cheval. En Angleterre, on citait encore 
son parc de bètes de chasse de Kitt (Du Cange, Glossarium... art. Salvaticus) . 



1^6 MOYEN AGE 

le continent et voir ce qui se passait alors chez les sei- 
gneurs de Hollande, de Belgique et de France. 

IV. Les Pays-Bas étaient divisés, au moyen âge, en 
un grand nombre de petites seigneuries qui avaient 
à leur tête un prince indépendant. Toutes avaient sans 
doute aussi une ménagerie. La première dont parle l'his- 
toire est une maison de lions que le comte de Hollande 
fit construire en 1344? dans son château de La Haye, 
et d'où il envoyait, six ans plus tard, à la duchesse de 
Gueldre, un jeune lionceau ^ 

Dans les années suivantes, la maison des lions du châ- 
teau de La Haye s'agrandit; on y trouva, en plus des 
lions, un ours, puis un dromadaire'^; à partir de i364, 
on n'entend plus parler de cette ménagerie. Celle des 
ducs de Gueldre, qui avait peut-être commencé par le 
cadeau de la jeune lionne fait à la duchesse, prenait alors, 
au contraire, un grand développement. A la vérité, les 
ducs de Gueldre avaient des bêtes féroces dans deux de 
leurs résidences. C'était d'abord, dans le château de 
Rosendaal, situé près de la jolie petite ville d'Arnhem, 
et dont l'importante tour moyenâgeuse existe encore 
aujourd'hui. Les comptes de ce domaine^ nous appren- 
nent, en effet, que, dans les cinq derniers mois de 
l'année i384, on tua, dans la forêt voisine, deux cents 
loups pour donner à manger aux bêtes de la ménagerie ; 
un autre compte nous apprend qu'en 1398, il fallait deux 

* Nous avons à remercier ici l'archiviste général des Pays-Bas, M. Th.- 
H.-F. van Rierasdijk, qui a bien voulu consulter pour nous les Comptes du 
receveur de Nordholland où il trouva les renseignements ci-dessus. Nous 
avons puisé d'autre part dans les mémoires de Hamaker, t. XXIV, p. 112, 
175, 177; de G. -G. Calkoen, p. Sa, et de Riemer, t. I, p. 75. 

^ « S'Gravenhage onder de regeering der Graven uit de huizen van Holland, 
Henegouwen en Beyeren. Mededeelingen van de Vereeniging ter beoefening 
der geschiedenis van s'Gravenhage », t. I, p. 278, 

^ Van Hasselt, c, p. 55 à 60, 67 et 77. 



LES MÉNAGERIES DANS LES PAYS-BAS iS'J 

cent soixante moutons pour nourrir les lions pendant 
six mois. Le gardien de ces animaux était alors un 
nommé Arnt van Assel qui portait des habits aux cou- 
leurs du prince ; en i4oo, le « maître des lions » était 
un nommé Herman qui lit sans doute souche de gardiens 
de ménagerie, car, au commencement du xvi^ siècle, en 
i5i8, c'est toujours un Herman qui a soin des animaux 
du château de Rosendaal ; on y trouvait alors : des lions, 
des perroquets et des singes*. 

Une autre résidence des ducs de Gueldre fut le vieux 
château de Nimègue appelé Valkhof. Mais ici on ne voyait 
que quelques lions logés dans une des tours du châ- 
teau. A la mort du dernier duc, Charles d'Egmont, en 
i538, le couple de lions qui s'y trouvait fut envoyé au 
landgrave de Hesse, Philippe ^ 

La dernière ménagerie hollandaise du moyen âge est 
celle d'Amsterdam. Cette ville avait reçu en i34o, du comte 
Guillaume IV, une constitution municipale, et c'est sans 
doute pour affirmer leur souveraineté que les échevins 
firent nourrir des lions dans la ville. C'étaient, du reste, 
des animaux que leur apportaient en cadeau de riches 
marchands venus de pays étrangers : par exemple, en 
1477, des lions arrivés d'Espagne, et en i483, d'autres 
lions provenant du Portugal. Nous ne savons où était 
placée alors la maison des lions d'Amsterdam ; mais il faut 
croire que cette maison se trouvait dans de bonnes condi- 
tions d'hygiène, car les lions s'y reproduisaient fréquem- 
ment. Ceci permit à la municipalité de faire, à son tour, 
des cadeaux de lions ; un jour, par exemple, elle envoya 
à la ville de Lubeck cinq ou six lionceaux. 

* Van Hasselt, a, IV; a37 et aSg, et Geldersch Maandwerk, t. II, p. 387 et 
464. 

^ Voir : van Hasselt, b, p. 7, 8, i4, 3o; — van Slichtenhorst, Geldersche 
geschiedenissen, p. 345; — Witkamp, De diergaarden..., p. v. (Dans ce 
dernier travail, il est parlé encore de lions au château ducal de Grave, en 1389). 



l58 MOYEN AGE 

Dans les Pays-Bas du Sud, l'un des seigneurs les plus 
puissants était le comte de Flandre qui avait fait construire 
à Gand, sur les bords de la Lys, le puissant château féodal 
qui existe encore aujourd'hui. Il y avait là aussi une ména- 
gerie, qui semble n'avoir jamais compté qu'un seul lion. 
Un examen attentif, fait sur place, des diverses parties 
de ce château, de même que la consultation de documents 
écrits, nous a montré que la bête féroce devait être atta- 
chée à l'une des colonnes de la vaste crypte monumentale 
que l'on trouve à droite, en entrant, dans l'avant-cour du 
château. Cette pièce serviteneffetd écurie jusqu'au milieu 
du xiv^ siècle ^ ; or nous savons que lorsque les bêtes 
féroces n'étaient pas à demeure dans un château, comme 
cela paraît avoir été le cas à Gand, on ne creusait pas de 
fosse pour elles; on les attachait simplement à l'écurie 
où elles avaient suffisamment chaud pendant l'hiver et 
où les chevaux finissaient par s'habituer à leur présence. 
Nous ne connaissons, du reste, le lion des comtes de Gand 
que par le pourboire de 20 à 5o escalins que la munici- 
palité donna à son gardien chaque année, de i33o à i337^ 
A la fin du siècle, la Flandre était passée aux mains 
des ducs de Bourgogne, qui avaient établi alors leur rési- 
dence au château de Bruges. Ils y avaient transporté 
aussi un lion, comme nous le savons par le cadeau que 
Jean sans Peur fit de cet animal à la duchesse de 
Bretagne ^ 

La présence de bêtes féroces fut générale, au moyen 



1 De Waele et van Werveke, p. ii et 5i. 

2 Item den cnape, die den liebaert acliterwaerd up s'Graven Steen, in 
ovescheden, 20 S. (Cartulaire de la ville de Gand, I, 778, 832, 891, 996. 
Comptes de la ville, i33o-i33i. Ibidem). 

^ La chronique dit que ce lion fut pris à 1' « Hostel de Bruges ». Cette 
expression d' « hostel » ne paraît pas s'appliquer au vieux château fort de 
cette ville et pourtant ce n'est qu'en 1429 qu'un nouTcau palais ducal, la « Cour 
du Prince », sera construit à Bruges, par Philippe le Bon. 



LA MÉNAGERIE DU CHATEAU DES PAPES A AVIGNON iSg 

âge, dans les châteaux des seigneurs de Hollande et de 
Belgique. C'était le plus souvent des ours qu'on y 
trouvait, animaux plus faciles à se procurer et moins 
coûteux à nourrir que les lions, et encore les comtes pré- 
levaient-ils parfois, sur leurs sujets, pour l'entretien de 
ces animaux, un droit annuel aussi onéreux pour les 
pauvres gens qu'il était désagréable aux riches'. Les 
évêques eux-mêmes, du moins ceux de Liège et de Tour- 
nai, qui étaient les seigneurs des principautés impor- 
tantes de ces deux villes, eurent aussi leur ménagerie. 
L'on vit même l'évêque de Tournai se faire accompagner 
de son ours dans ses voyages ; un jour de Tannée 1899 
qu'il était allé à Lille, il y perdit sa bête qui se mit à errer 
librement par les rues de la ville, au grand effroi des 
habitants ^ 

Les évêques avaient, du reste, un haut exemple dans la 
papauté elle-même. En i3o9, les papes étaient venus 
demeurer au château d'Avignon, que leur céda définitive- 
ment plus tard le comte de Provence, et là on les vit 
entretenir une ménagerie de lions. Après leur retour 
à Rome, en 1377, cette ménagerie d'Avignon dura, entre 
les mains de leurs légats, au moins jusqu'au xvi* siècle ^ 

* Voir Le Glay, t. I, p. ^-iS. 

- Enlart. b, t. II, p. 2o5. 

^ Archives du Vatican, i346, reg. 248, fol. 172. Voir p. 269 de ce volume. 



CHAPITRE VI 

LES MÉiNAGERIES MÉDIÉVALES EN FRANCE 



1. Les amphithéâtres et les combats d'animaux des Gallo-Romains et des 

Francs. 

2. Les ménageries de France aux premiers temps du moyen âge. Les 

animaux des couvents et des châteaux féodaux. 

3. Les animaux des rois de France : de Louis IX à Charles V. La première 

ménagerie du Louvre (1333 à 1375). 

4. Les oiseaux de Charles V au château de Vincennes et au manoir de 

Beauté. La ménagerie de l'hôtel Saint-Fol sous Charles V et 
Charles VI . 

5. Les ménageries des Tournelles et de Saint-Fol, de Charles VII à 

François 1°^ Curieux procès occasionné par les lions de l'hôtel 
Saint-Fol. 

6. Les animaux chez les seigneurs et les bourgeois de France à la fin du 

XIV^ siècle. Les montreurs de bêtes. 

1. L'histoire des ménageries dans les premiers temps 
de la France est fort obscure. Pendant l'époque gallo- 
romaine, les combats et autres jeux d'animaux à la mode 
de Rome y furent très fréquents, comme l'indique la 
grande quantité de documents iconographiques que nous 
possédons * et le nombre d'amphithéâtres qui y furent 
construits. Voici une liste de ces derniers, liste qui est 
certainement incomplète, car elle ne renferme que les 
noms de cités qui correspondent aux villes d'aujourd'hui^ : 

Narbonnaise : Arles, Fréjus, Narbonne, Nîmes, Orange, 
Toulouse, Vienne. 

* Voir : le Recueil des bas-reliefs de la Gaule romaine publié par Espé- 
randieu ; l'Inventaire des mosaïques de la Gaule, publié par l'Académie des 
Inscriptions et Belles-Lettres {17 fasc, p. 26 et suiv.) ; les Vases céramiques 
ornés de la Gaule romaine, décrits par Déchelette (t. III, p. 97 et suiv.), etc. 

^ Pour cette question des amphithéâtres gallo-romains, voir les Mémoires 
de la Soc. des Antiq. de France, et Friedlànder (t. II, p. 3o7-3io). 



LES MÉNAGERIES EN FRANCE l6l 

Aquitaine : Beauclair (Puy-de-Dôme), Bordeaux, 
Limoges, Néris, Périgueux, Poitiers, Saintes. 

LuGDONAisE ou LYONNAISE : Augers, Autun, Lisieux, 
Lutèce (Paris), Lyon, Montbourg (Loiret), Orléans, Tours. 

Belgique : Metz, Naix (Meuse), Reims et Trêves. 

Après l'avènement définitif du christianisme, la prohi- 
bition de tout jeu sanglant eut naturellement moins 
d^efFet dans les Gaules qu'à Rome. Aussi vit-on les com- 
bats d'animaux à l'amphithéâtre se continuer longtemps 
encore, au cours du moyen âge. Salvien, un prêtre de la 
Narbonnaise, nous décrit les jeux des bestiaires qui 
avaient toujours lieu dans son pays, au v' siècle* ; et saint 
Grégoire de Tours nous dit qu'au siècle suivant, Chil- 
péric P"", roi des Francs, fit bâtir à Soissons et à Paris 
des cirques où il donna des spectacles au peuple ^ Bien 
que Grégoire emploie l'expression « circos œdiflcare », 
certains auteurs, se fondant sur l'habituelle impropriété 
des termes employés par le saint évêque, ont pensé 
que le mot cirque devait être entendu dans le sens 
d'arène et, en effet, au début de l'année 1870, on mettait 
à découvert, à Paris, les restes assez bien conservés d'un 
amphithéâtre, les Arènes, dans lequel on trouva des 
squelettes humains et nombre de débris d'ossements 
d'animaux. De ces derniers, on ne put déterminer que les 
restes d'un chameau^ 

Les chameaux avaient été introduits de la Bactriane 
(Turkestan) en Europe, au iv* siècle, par les Goths ; ils 
étaient apparus d'abord sur les bords de l'Ister inférieur, 
aujourd'hui le Danube*, et s'étaient répandus jusque dans 
les Gaules où ils semblent avoir été employés comme 

* Salvien, De Gub. Dei, VI, 2, p. lai (cité par Wallon III, p, 427). 

2 Histoire, liv. V, ch. xviii. 

3 Voir Charles Normand, p. 7a. 

* Humboldt, p. 83. 



iba MOYEN AGE 

animaux domestiques. En dehors des restes de l'amphi- 
théâtre de Paris, on sait, en effet, que Clotaire II (534- 
628) enpossédait dans ses armées; c'est sur le dOs d'un 
de ces animaux qu'il exposa la reine Brunehaut, avant de 
la faire attacher à la queue d'un cheval indompté. 

La dernière mention des amphithéâtres gallo-romains, 
que l'on trouve chez ks anciens historiens de la France, 
est celle qui a trait à deux combats d'animaux qui eurent 
lieu au temps du premier roi Garlovingien : l'un pen- 
dant lequel Pépin le Bref fit tuer un seigneur du nom de 
Magnovald', l'autre où l'on vit le Roi descendre lui-même 
dan l'arène et fendre de son épée la tête à un taureau et 
à un llon^ 

II. Le fils de Pépin le Bref, Charlemagne, paraît avoir 
voulu ramener un peu du luxe des anciens empereurs 
romains dans la coutume d'avoir des animaux rares. En 
l'an 797, il reçut, sur sa demande, du calife de Bagdad, 
le célèbre Abasside Haroun-er-Reschid, un éléphant et 
des singes, en même temps que des parfums et des épices. 
L'éléphant (c'était une bête apprivoisée qui s'appelait 
Aboul-Abas), débarqua à Pise et rejoignit Charlemagne, 
entre Vecelli et Ivrée, petites villes de la Lombardie; il 
passa les Alpes avec son nouveau maître et le suivit sans 
doute dans ses voyages, car nous le retrouvons, treize 
ans plus tard, à Lippeham, en Allemagne, où il mourut 
subitement. L'une de ses défenses servit à faire l'énorme 

* Grégoire de Tours. Histoire, liv. VIIT, ch. xxxvi. 

2 Le moine de Saint-Gall, II, 23. Ce combat eut lieu à labbayc bénédic- 
tùa£ de F^rrières en Gâtinais (Loiret). 

Une autre scène de combat de Pépin le Bref avec un lion est représentée 
en miniature dans un manuscrit datant de la fin du xiii*' siècle (Arsenal, n° 3 142, 
fol. 120^^). Ce lion, raconte le trouvère Adenès li Rois, s'était échappé d'une 
cage du Palais, à Paris, où Charles Martel nourrissait des lions, suivant une 
coutume qui datait déjà, dit Adenès, d un temps immémorial. La même scène 
se trouve figurée par un artiste flamand du xv* siècle, Loyset (n° 7 fol. Sg^ 
du manuscrit ; pi. 54 du fac-similé). 



I 



LES MÉNAGERIES EN FRANCE i63 

cor de chasse que Ton voit encore aujourd'hui dans la 
basilique d'Aix-la-Chapelle. 

Un peu après les envoyés d'Haroun, Charlemagne rece- 
vait une autre ambassade, celle de Témir de Kairoan. qui 
lui apportait un lion de Marmarie (?) et un ours numi- 
dien*. Ces bêtes furent placées dans une des résidences 
somptueuses que Charlemagne possédait à Aix-la-Cha- 
pelle, à Nimègue et à Ingelheim, ou bien encore dans un 
de ces grands domaines provinciaux qu'on appelait tou- 
jours villas, et où l'Empereur faisait nourrir, pour l'orne- 
ment de ses jardins : des paons, des faisans, des canards, 
des pigeons, des perdrix, des tourterelles et autres 
« oiseaux singuliers" ». En même temps, il faisait établir 
de grands parcs de réserve de cerfs et de daims pour la 
chasse ^ 

Comme il est impossible, à cette époque, de séparer la 
France de l'Europe centrale, nous dirons ici que le 
monastère de Saint-Gall, en Suisse, alors l'un des princi- 
paux centres de la vie intellectuelle et scientifique du 
monde, renfermait toute une ménagerie composée de blai- 
reaux, marmottes, ours, hérons, faisans argentés, et 
nombre d'autres animaux rares ou curieux qui prove- 
naient de cadeaux faits aux moines. Un plan de ce couvent. 
établi au ix" siècle, montre une ferme avec « un curieux 
système divisionnaire et pour ainsi dire cellulaire, plus 
analogue à celui de nos jardins zoologiques qu'aux dispo- 
sitions des fermes plus récentes : chaque étable y a sa cour 
spéciale et est accompagnée du logement d'un gardien. 
Les oiseaux sont renfermés dans des parcs circulaires. Le 



* Voir sur ces animaux : Pouqueville, p. Sag. — Le Grand d'Aussy, a, I, 
p. 42a; — Des Michels, II, p. io3 et 104 ; — et Franklin, II, p. 102. 

^ Capitulaire de Villis. 

^ D'après un poème ancien, analyse par Amédée Thierry. Bévue des 
Deux Mondes, i5 février 18S6. 



l64 MOYEN AGE 

jardin, méthodiquement divisé, fait penser, de son côté^ 
à un jardin botanique; il alimentait du reste la phar- 
macie autant que la table des moines*. » 

Les moines de France avaient, eux aussi, leurs ména- 
geries; on citait, par exemple, les « alouettes et autres 
oisillons » des dames de l'abbaye de la Trinité à Gaen^; 
et surtout, au xiii® siècle, les ours, les cerfs, les singes, 
les corbeaux et autres animaux des chanoines de l'église 
Notre-Dame à Paris \ Ces ménageries monacales, inspi- 
rées sans doute des Bestiaires, déplaisaient du reste aux 
évêques, qui s'efforcèrent de les faire disparaître*. Au 
XIV* siècle, on ne trouvait plus guère, dans les couvents^ 
que des basses-cours et de grands viviers où l'on faisait 
de la pisciculture; dom Pinchon, en particulier, moine 
de l'abbaye de Réome, pratiquait cet art avec grand suc- 
cès, et cela d'après un procédé particulier qui fut décrit 
en 1420*. 

Dans les châteaux féodaux, on trouvait aussi des volières 
et des viviers ' ; et, avec la fauconnerie, la chasse au 
léopard et le « gieu des ours et des lions » ^ étaient 
un des passe-temps favoris des seigneurs *. Ces jeux 

* Enlart, qui reproduit le plan de Saint-Gall, b, t. II, fîg. 2, frontispice, et 
p. i3 et 2i3. Ce plan est également reproduit par la Grande Encyclopédie, 
art. Abbaye, t. I, p. 40. Voir aussi Stricker. 

2 L.-V. Delisle. 

3 Cartulaire de Notre-Dame de Paris, t. II, p. 406 (cité par Franklin, 
t. I, 267). 

* Voir Delisle et le Cartulaire cités ci-dessus. 

s Dans un manuscrit qu'a fait connaître M. de Montgaudry, petit-neveu 
de BufFon. {Bulletin de la Société d' acclimatation, t. I, p. 80.) 

^ Une des fresques qui viennent d'être découvertes au château3d'Avignon 
représente un de ces viviers avec une sarcelle nageant et un cygne sur les 
bords. 

■^ Aye d'Avignon, cité par L. Gautier, a, p. 652. Voir aussi l'album de 
Villard de Honnecourt, un architecte du xiii" siècle, qui représente, dessinés 
d'après nature : un ours, un lion enchaîné, deux perruches sur un perchoir 
et un cygne (éd. Lassus, Paris, i858, 4°, pi. VI, XLVI et L). 

* Leurs animaux pouvaient s'échapper de leurs loges et répandre la terreur 



LES MÉNAGERIES EN FRANCE i65 

leur servaient parfois à tirer de l'argent des paysans. 
Voici, en effet, ce que le curé Lambert raconte de son 
seigneur, le sire d'Ardres : « Messire Arnoul », c'était 
Arnoul II, un des compagnons de Guillaume le Con- 
quérant, « s'en alla au pais dEngleterre où il s'éjourna 
quelque temps aveucques le roy qui luy donna ung ours 
grant à merveilles, lequel le dict messire Arnoul amena 
en sa ville d'Ardre, après avoir mis ordre aulx affaires 
de ses terres audict pais d'Engleterre. Et le dict ours 
arrivé au dict lieu d'Ardre fut ung jour à la veue du 
peuple, assailly des chiens et mis aux abois, deschiré et 
blessé jusqu'au morir; dont chascun s'esmerveilla et 
esbait en y prendrant plaisir et joye. Et deppuis le peuple 
ez jours de feste ayant affection et désirant de veoir 
cest ours aincoire au combat des chiens, laquelle chose 
differoit et ne vouloit faire celluy qui l'avoit en garde 
à l'adveu de son seigneur, s'il n'avoit ung pain de chas- 
cun de ceulx qui le regardoient pour le nourrissement 
de la dicte beste ; tellement que le peuple mal advisé, 
non pas les nobles et les gens d'église, volontairement 
promirent au seigneur d'Ardre bailler à celuy qui avoit 
la garde du dict ours, de chascune fournée de pain cuit 
au four ung pain pour la vie et entretenement d'icelluy, 
affin de avoir le passe-temps de cest ours es jours de 
feste, et prendre plaisir à le veoir jouer et esbattre... » 
L'ours mourut, mais le « droict de fournaige » subsista 
et les gens d'Ardres continuèrent à donner le pain sans 
plus avoir le a plaisir et passe- temps de l'ours ' ». 



dans les environs. C'est sans doute à des événements analogues qu'il faut 
rapporter le récit des anciens, parlant de léopards et autres bêtes féroces 
rencontrées dans la grande forêt des Ardennes (A. Maury, p. 177) ; de même 
cette histoire dun combat du sire de Coucy contre un lion, histoire rap- 
portée par A. Du Cerceau, t. I. 

^ Chronique de Lambert, d'Ardres, p. 3oo-3oi. Nous avons donné ici le texte 
de la traduction qui a été faite au temps de Charles VII ou de Louis XI. 



l66 MOYEN AGE 

D'autres fois les ours étaient domptés de cette 
façon cruelle que nous décrit un vieil auteur du moyen 
âge' : « Quand il [Fours] est prins, on met devant luy un 
bassin ardant pour l'aveugler ; on le lye de chaisnes, et 
on l'apprivoise à force de le battre. » On dressait alors 
les ours à certains services domestiques : on leur appre- 
nait, et cela se voyait souvent paraît-il^, à tourner des 
roues pour tirer de l'eau d'un puits ou pour élever des 
pierres, au moyen de poulies, sur de hautes construc- 
tions ; c'est ainsi que le seigneur d'Ardres employa un 
ours apprivoisé pour la construction de sa motte seigneu- 
riale ^ 

A la même époque, le château de Gaen, au duc de Nor- 
mandie, renfermait une véritable ménagerie qui fut vue 
par un moine de l'abbaye de Fleury, Raoul Tortaire. Ce 
moine, voyageant en Normandie tout au commencement 
du XII® siècle, arrivait à Gaen un vendredi, jour du marché. 
« Là, écrivit-il de cette ville à un de ses amis*, on vend 
des légumes, des parfums de toute espèce et des draps 
teints de diverses couleurs ; on y voit aussi beaucoup de 
toiles finement tissées, de souples étoffes où se croisent 
mille fils de soie, de la cannelle, de l'encens, du poivre, 
des fruits, du miel, de la cire, du cumin, des porcs cou- 
verts de soies et des bêtes à laine ; des peaux, dépouilles 
des moutons et des animaux sauvages, et des cuirs 

* Cité par A. Franklin, I, p. 127. 

- Et hoc sœpius est expertum... Albert le Grand, éd. i65i, t. VI. p. 608. 
^ Lambert d'Ardres, p. 246-247. 

* Sa lettre, écrite en latin et publiée in extenso par M. de Certain, n'a 
jamais été traduite en français. La traduction que nous en donnons a été faite 
gracieusement, pour nous, par M. Lafaye, professeur à la Sorbonne. 

Le roi auquel il est fait allusion dans la lettre était sans doute Henri F"" 
d'Angleterre, un des iils de Guillaume le Conquérant, qui avait envahi les 
Etats du duc de Normandie, son frère, en iio5. 

Les Normands avaient eu de très bonne heure, du reste, l'habitude de 
garder des animaux sauvages en captivité, comme nous le dirons dans notre 
second volume, en faisant l'histoire des ménageries Scandinaves. 



LES MÉNAGERIES EN FRANCE 167 

détachés de la chair des bœufs. Il n'y manquait pas de 
chevaux domptés, troupes dociles, mêlés à d'autres encore 
indomptés ; puis c'étaient des friandises de toute sorte et 
toutes les boissons que donnent les grains, l'arbre ou la 
vigne. J'ai rencontré là des hommes bien différents de 
visage et de costume et des femmes avec de hautes coiffes 
de lin. En voyant tant de richesses mises en vente sur le 
marché, comme je n'avais pas d'argent, je suis resté 
penaud. 

oc Mais voici le roi entouré de cavaliers et précédé 
d'une troupe de soldats, qui est venu offrir au peuple un 
spectacle plein d attraits. Sous les coups dun Ethiopien' 
farouche, frémissait un lion dont les horribles rugisse- 
ments, quoiqu'il fût encore petit et n'eût pas atteint six 
mois, épouvantaient la foule. On dit que le lion est doux 
et pitoyable aux exilés, aux malheureux, à tous les êtres 
abattus et sans défense -. Ensuite venait, sur un cheval, un 
fort beau léopard, tacheté de noir, le cou entouré d'une 
chaîne \ « Cet animal naît de l'accouplement du pard et 
de la féroce lionne*; aussi surpasse-t-il toutes les bêtes 
sauvages par la rapidité de ses bonds. Rivalisant d'em- 
pressement, la multitude accourait pour voir un lynx aux 
yeux menaçants, au corps agile ^ Le chasseur qui fuit 
après lui avoir enlevé ses petits, trompe ses regards 
perçants en jetant devant lui un miroir; sa vue traverse 
tous les obstacles, aucun ne saurait l'arrêter. Si des 
lynx ont été attelés au char de Bacchus, c'est que 

^ Par ce mot on désignait généralement an nègre. 

* Réminiscence de Pline, Hist. nat., VIII, 19, 1 : « Prostraiis pareil ». 

' C'était sans doute un guépard chasseur. — Les seigneurs normands se 
servaient encore de faucons, pour la chasse. fVoir dans la Tapisserie de 
Bayeux, reproduite par Jules Comte, les pi. II, IV et IX.) 

* D'où leo-pardus, Pline, VIII, 17, 6. 

' J. Camus (c, p. a4), dit qu'il faut entendre par agilis lynx, la pam- 
thère et non le lynx vulgaire ou loup-cervier. 



l68 MOYEN AGE 

Tivresse va de pair avec la férocité. Une troupe rapide 
conduisait un chameau bossu, animal qui, sous un harnais 
couvert de médaillons, inspire au cheval une grande 
répugnance*. 11 a une petite tête au bout d'un long cou 
et une bosse s'élève au milieu de son dos. Privé d'amour, 
il se livre à de longs accès de fureur ^ On assure qu'il vit 
deux cents solstices % qu'il supporte la soif pendant 
quatre jours, mais que le quatrième il boit assez pour la 
supporter quatre jours encore*. Il est plus propre à por- 
ter les fardeaux si on lui coupe les testicules ; les femelles 
se plaisent aux travaux de Mars\ La foule n'éprouvait 
pas moins d'admiration devant le long cou et les jambes 
maigres d'une autruche. Cet oiseau ne couve pas ses 
œufs ; mais il les cache sous un tas de sable et seule la 
chaleur du soleil leur donne la vie ; ses plumes ne lui 
servent à rien pour s'élever au-dessus de terre; il digère 
le fer comme un aliment liquide. » 

III. Les rois de France devaient naturellement avoir 
des ménageries au moins aussi importantes que celles de 
leurs vassaux, et, en effet, les historiens anciens parlent : 
des lions, du porc-épic et de l'éléphant de Louis IX* ; des 

* Pline, VIII, a6, 2 : « Odium adversus equos gerunt naturale ». Cf. Aris- 
tote, Hist. anim., VI, 17, p. 716; Elien, Anitn., III, 7. 

2 Pline, loc. cit. : « Utcumque rabiem et ipsae sentiunt. » 

^ Par conséquent cent ans ; Pline, loc. cit. : « Vivunt quinquagenis annis, 
qusedam et centenis. » Aristote, VI, 26, p. 765 ; VIII, 11, p. 908. 

* Il serait impossible de comprendre le texte s'il n'était complètement 
éclairé par Pline, loc. cit. : « Sitim et quatriduo tolérant : implenturque, cum 
bibendi occasio est, et in prœteritum et in futurum. » Voir aussi : Aristote, 
Hist. anim., VIII, 11, p. 907. 

^ Pline, loc. cit. : « Castrandi genus, etiam feminas, quae hello prseparentur, 
inventum est : fortiores ita fiunt coitu negato. » Aristote, IX, 79, p. 1176 ; 
Elien, IV, 55. Les anciens employaient les chameaux, dans leurs armées, 
pour le transport des bagages et des approvisionnements. 

* C'est cet éléphant, rapporté de Terre-Sainte, qui fut donné par saint 
Louis à Henri III, roi d'Angleterre (voir p. i55). 



LES MÉNAGERIES EN FRANCE 169 

ours, des lions et des léopards de Philippe III le Hardi ; 
des lions, des léopards et des ours blancs de Philippe IV 
le Bel; des léopards de Louis X le Hutin ; des lions, des 
léopards, du chameau et du perroquet (perruche) de 
Charles IV le Bel'. 

C'étaient là sans doute des ménageries ambulantes qui, 
comme celles du duc de Normandie, suivaient les Rois dans 
tous leurs déplacements et servaient à rehausser le pres- 
tige de la personne royale. En temps ordinaire, les ani- 
maux étaient logés aux châteaux de Melun, de Saint-Ger- 
main, de Pontoise ou de Vincennes, qui furent les rési- 
dences habituelles des rois capétiens. Vincennes, qui avait 
été pourvu d'un parc de réserve de chasse par Philippe- 
Auguste^, fut la dernière demeure de ces rois. 

Après la mort de Charles IV le Bel, en 1828, sa veuve 
continua à demeurer au château de Vincennes. Phi- 
lippe VI, le premier des Valois, choisit alors, pour rési- 
dence, le château du Louvre, qui, construit au xii'' siècle 
sur une ancienne louverie [lupara)^ n'avait été jusqu'ici 
qu'une forteresse et une prison. Philippe avait, lui aussi, 
sa ménagerie composée de lions et de léopards; pour 
la placer il acheta à Paris, en i333, une simple grange 
située à l'angle nord-ouest du jardin du château, au coin 
des rues Fromenteau et de Beauvais. Il fit transformer 
cette grange en un Hôtel des lions du Roi^ ce qui fut 

* Voir Bernard Prost, I, p. 464» et Franklin II, p. loa. 

* Sauvai, II, 3o4. — Rigotdus, cité par Breul, nous dit que ce parc fut 
peuplé, en partie, avec des daims envoyés d'Angleterre, en ii83. 

Le parc de Vincennes ne fut pas la seule réserve de chasse, entourée de 
murs, jusqu'au temps de François I^', comme le ditLegrandd'Aussy (a,I, 3oi). 
Nous avons parlé plus haut des parcs de chasse de Charlemagne ; au ii« siècle, 
la forêt de Fontainebleau était également entourée de murs (Sauvai, II, 3o5) ; 
au xiii* siècle, les comtes de Champagne créèrent un nouveau parc de chasse 
(ChampoUion-Figeac, p. ga) ; enfin, nous verrons, plus loin, René d'Anjou 
et Louis XI créer d'autres parcs de réserve dans la vallée de la Loire. (Sur 
les anciennes réserves de chasse, voir encore : AUred Maury, p. 206 et sui- 
vantes, et Delamare, II, p. 140a.) 



170 MOYEN AGE 

la première ménagerie du Louvre qui dura jusqu'au 
temps de Charles V*. A cette dernière époque, elle était 
dirigée par un certain Guy Natin, qui touchait du Roi 
12 deniers par jour\ Elle était avoisinée par une 
grande volière remplie de rossignols, placée sous la 
direction d'un nommé Jobin d'Ays^ Cette « chambre aux 
oiseaux », longue de 9 toises sur 4 et demi de large, se 
trouvait dans l'intérieur même du palais. Elle était répu- 
tée en i43o, encore, comme la mieux garnie et la plus 
riche de toutes celles qui étaient au Palais, à l'hôtel 
Saint-Pol, aux Tournelles, au château de Vincennes et à 
la Bastille. A cette date la ménagerie du Louvre n'exis- 
tait plus ; ses animaux avaient été transportés en 1875* à 
l'hôtel Saint-Pol, où nous allons les retrouver tout à 
l'heure, et la maison des lions avait été donnée à Guy 
Natin qui avait succédé à son père dans la charge de 
« gardien des bêtes sauvages^ ». 

IV. Le château de Vincennes était loin, du reste, d'être 
abandonné par la cour. Charles V y était né; son enfance y 
avait été charmée par le gazouillement de nombreux 
oiseaux privés, aussi le voyons-nous aimer à y entretenir 



^ Bernard Prost, I, 464; Berty, I, p, 124 et iSg; Sauvai, t. II, p. i3-i4, et 
t. III, p. 270. 

La rue Fromenteau, qui fut supprimée seulement en i854, traversait du sud 
au nord le square actuel du Louvre et la place du Palais-Royal. La rue de 
Beauvais, perpendiculaire à la précédente, correspond aujourd'hui à une 
portion delà rue de Rivoli. 

2 Berty, p. iSg. 

^ Sauvai, t. II, p. 22 et 282. 

* Hoffbauer, i3. 

» Charles V avait eu, à Paris, une autre ménagerie qui se trouvait située dans 
la rue de la Calendre, à peu près sur l'emplacement occupé aujourd'hui par 
la Préfecture de police. Jaillot nous dit, en effet, qu'il y avait, en 1867, 
dans cette rue, une maison « où souloient (avaient coutume d') être les lions du 
Roi ». Enfin ce Roi possédait encore une ménagerie d'oiseaux et de « bestes 
étranges » à Conflans. (Sauvai.) 



LES MENAGERIES EN FRANCE 171 

toujours des oiseaux. On en trouvait dans tous les appar- 
tements, aussi bien dans ceux du Roi que dans ceux de la 
Reine; c'étaient surtout des rossignols, des « oiseaux de 
Chypre » et jusqu'à des cigognes qui étaient logés dans 
des cages treillissées de simple fil d'archal peint en vert, 
ou bien dans de splendides cages faites d'or et d'argent, 
et garnies de perles, d'émeraudes, de saphirs et autres 
pierres précieuses \ 

En même temps Charles V continuait à faire donner des 
fourrages, pendant l'hiver, aux cerfs et aux daims du parc 
de réserve voisin. Puis il faisait construire, à la lisière 
du bois, sur les bords de la Marne, un splendide chalet 
qu'on appela le Manoir de Beauté^ et dans les jardins 
duquel il fit placer nombre de rossignols en cage'. 

Mais, de toutes les créations de ce prince, celle qui nous 
intéresse le plus est l'hôtel Saint-Pol, qu'il avait fait cons- 
truire alors qu'il n'était que Dauphin. Cette nouvelle 
résidence royale était "* un assemblage peu harmonieux 
de diverses maisons qui couvrait, avec ses dépendances, 
tout le quartier du Paris actuel compris entre le quai 
des Célestins, la rue Saint-Paul, la rue Saint-Antoine, la 
Bastille et le boulevard Henri-IV. Son entrée principale 
donnait sur la rue Saint-Pol ; elle présentait un grand 
portail surmonté de deux lions en pierre avec une 

^ Ces renseignements sont tirés de Sauvai, II, 282, et de Y Inventaire du 
mobilier de Charles F (p. 289 a 291). Voici, à titre d'exemples, quelques pas- 
sages de cet inventaire : « Une cage d'or carrée, à broches, où dedens, 
sur la perche, sont deux oyseaulx, laquelle est gamye de perles, d'esme- 
raudes, balaiz et saphirs ; pesant deux onces huit estellins. » — « Une cage 
d'or ronde, où dedens est une cigogne, garnye de perles, ballaiz, saphirs et 
dyamans ; pesant ungmarc une once dix estellins. » — « Deux serpentelles sur 
ung pillier pour mettre oysellez de Chypre, le pillier séant en ung petit 
bacin soustenu de trois aigles ; pesant II™ III* XVÏI estellins obole. » — 
« Une potence d'argent vérée, à pendre une cagecte à mectre oyseaulx de 
Cypre, assize sur ung pié doré, hachié des armes du sire de Chastel Fro- 
mont; pesant ung marc cinq onces deux estellins maille. > (p. 291.] 

2 Siméon Luce, i, p. 4i-44- 

3 D'après Bournon. 



172 MOYEN AGE 

petite porte sur le côté. On entrait dans une vaste cour 
bordée à gauche de jardins, à droite de masures, et l'on 
traversait le corps de bâtiment du fond pour se trouver 
dans une seconde cour ornée au centre d'une «. fontaine 
au lion » ; c'est tout autour de cette cour que se trouvaient 
les appartements du Roi. 

Les jardins de l'hôtel, — il y en avait au moins treize — , 
formaient ce qu'on appelait les « grans esbattemens » ; on 
y trouvait des massifs de lis et de lavande, d'immenses 
touffes de roses blanches et rouges, des poiriers, des 
pommiers, des pruniers et surtout des cerisiers. C'est 
parmi ces arbres et ces fleurs, au milieu des préaux* ou 
des pelouses vertes, que Charles V fit construire, pour 
ses animaux : un poulailler, un colombier, une « chambre 
pour tourterelles » , de vastes volières pour grands oiseaux, 
nombre de petites volières en fil d'archal pour oiseaux 
chanteurs, de riches volières d'appartement en forme de 
petite lanterne d'argent doré « pour oysellez de Cypre^ » ; 
puis : des enclos pour sangliers, une maison pour lions, des 
bassins pour phoques et marsouins ; enfin, pour les pois- 
sons, un bassin monumental, le Sauvoir^ qui s'élevait au 
milieu d'un des préaux. Cette sorte de vivier représentait 
une grande vasque circulaire de pierre de taille doublée 
de plomb ; tout autour courait une balustrade ; au centre, 
des gargouilles jetaient de l'eau et, sur un entablement, 
se dressait une colonne ronde surmontée elle-même d'un 
lion sculpté de pierre par Jean de Saint-Romain ^ 

La ménagerie si variée de Thôtel Saint-Pol comportait 

1 Le mot préau [pratellum] désigna d'abord, au moyen âge, une cour 
gazonnée, mais on employa peu à peu de préférence le mot pilosa, qui est 
devenu pelouse, et le mot préau finit par désigner une cour entourée de bâti- 
ments et souvent herbeuse. (Enlart, II, p. 210.) 

2 Sauvai, II, p. 273 et 282. — Inventaire du mobilier de Charles V, p. 244» 
■dP* aaSi. 

3 Enlart, t. II, p. ao8. 



LES MÉNAGERIES EN FRANCE I7B 

nécessairement un personnel assez nombreux ; on y trou- 
vait : un valet pour les chiens et pour les sangliers, des 
« gardes pour les tourterelles », des « nourrisseurs de ros- 
signols », des employés spéciaux « pour faire pondre et 
couver et nourrir oiseaulx en cage » ; enfin un « gouverneur 
des lions », qui était payé par trimestre S « 120 francs d'or 
du coing du Roi ». Elle fut visitée à cette époque, 
en i3i8,parleroi Wenceslas qui y était venu surtout pour 
voir les lions ^ 

Après la mort de Charles V^, son fds Charles VI et la 
jeune reine Isabeau héritèrent des goûts de ce prince pour 
les domaines de Vincennes et de Saint-Pol et pour les ani- 
maux qui s'y trouvaient. Isabeau de Bavière avait été élevée 
au château de Ludwisburg, à Munich, passant les loisirs que 
lui laissaient Tétude et les pieuses cérémonies, à chanter 
les lieds populaires qui célébraient les aventures de Par- 
sifal, à cultiver des fleurs et à élever des oiseaux. Elle fut 
mariée à Amiens, à l'âge de quinze ans, et entra dans sa 
bonne ville de Paris, le 22 août iSSg. Les Parisiens lui 
firent une réception magnifique ; quand elle arriva sur 
la place du Châtelet, elle y trouva un jardin construit 
en son honneur et, dans ce jardin, recouvert d'un treillis 
de métal, des lièvres et des connins qui couraient et 
quantité de petits oisillons qui voletaient ^ 

La jeune reine vint demeurer à l'hôtel Saint-Pol, où la 
démence de son mari lui laissa bientôt toute la direction de 
la maison. Elle fit faire d'importants travaux aux jardins, 
entretint en bon état la ménagerie laissée par Charles V, fit 
même construire une nouvelle grande volière et augmenta 
le nombre des logements d'animaux. 

* Hoffbauer, VI, 401. 

2 Grandes chroniques, VI, p. 401. 

' Thibault, a, p. i44; Enlart, 6, voir p. 386. Ce dernier aateur ajoute que les 
jardins peuplés d'animaux, construits sur le trajet d'un parcours royal, étaient 
un des spectacles les plus fréquents du moyen âge. 



174 MOYEN AGE 

La ménagerie de Saint-Pol n'était pas visible pour le 
public \ mais, de partout, on apportait au pauvre roi des 
bêtes variées pour tâcher de le distraire de sa folie. Les 
serviteurs de Thôtel surtout s'ingéniaient à ce pieux 
soin : un jour, c'était un officier de la fruiterie qui lui 
offrait deux petits singes et deux poules d'Inde ; un autre 
jour, c'étaient les garçons de la cuisine qui allaient cher- 
cher pour lui plaire vingt-deux choses ; ou encore : un 
valet qui lui apportait une rareté, un chardonneret tout 
blanc ; deux garçonnets qui lui amenaient à grand'peine un 
loup vivant; des bateleurs qui venaient faire danser des 
ours devant lui, au son du basson, etc. La reine Isabeau 
leur faisait bon accueil et, à tous, elle donnait de Fargent ^ 
Elle avait du reste elle-même un grand amour de la nature. 
En iSgS, elle s'était fait acheter par son mari, à Saint- 
Ouen, une maison de campagne qu'elle transforma en 
une sorte de villa romaine avec : étable, bergerie, pou- 
lailler, colombier et grand pourpris (jardin)^ A Paris, elle 
avait pour elle-même, comme animaux familiers : une 
« liéparde », femelle de léopard que lui avait envoyée de 
Gompiègne son fils Jean, duc de Guyenne*; un singe 
qu'elle avait harnaché d'une « robe fourrée de gris », 
d'un collier de cuir rouge garni de laiton doré et d'une 
chaînette avec boule de bois « tournant en un sercle de 
fer^ »; un petit écureuil qui portait au cou un collier 
brodé de perles, fermé par une boucle avec mordant en 

^ Du moins Guillebert de Metz, un scribe du duc de Bourgogne qui visita 
et décrivit Paris, à cette époque, n'en parle pas, alors qu'il cite les bêtes 
fauves du parc de Vincennes. 

* Mémoriaux de la Cour des comptes, cités par Hoffbauer, t. II, n° 3, 
p. 18. Nous verrons plus loin qu'en 1411, le roi d'Espagne envoyait en ca- 
deau, à Charles VI, un couple de lions et deux autruches. 

^ Thibault, a, p. 264. 

* Jean Chartier, t. III, p. 274- 
' Jean Chartier, t. III, p. 283. 



LES MÉNAGERIES EN FRANCE 175 

or*; un « chahuyant », pour la nourriture duquel M™^ de 
Giac, sans doute une dame d'honneur de la Reine, payait 
les poules au prix de deux sous pièce. On peut ajouter, 
à cette petite ménagerie disabeau, un marsouin que son 
mari lui envoyait de Normandie, dans un moment de luci- 
dité, le i3 mars i4i7"- Mais surtout la reine de France 
aimait avoir près d'elle quantité de petits oiseaux chan- 
teurs dont elle semblait ne pouvoir se passer. En effet, 
quand elle quittait Saint-Pol pour aller passer quelques 
jours à Vincennes ou à Saint-Germain, par exemple, elle 
se faisait apporter ses cages, et, quand elle vint demeurer 
à Troyes, en 1420, un de ses premiers soins fut de 
faire prendre, dans les environs : des chardonnerets, des 
linottes, des tarins, des pinsons et autres « petits 
oiselléschantansmaslesetfemelles^ ». On saitqu'Isabeau, 
régente de France depuis la folie de Charles VI, était 
venue à Troyes pour marier sa fille au roi d'Angleterre 
Henri V, et qu'elle avait fait, de ce prince étranger, l'hé- 
ritier du trône de France. Elle rentrait alors triomphale- 
ment à Paris avec les jeunes époux, mais deux ans après, 
en 1422, son mari mourait, et dès lors, en lutte contre son 
fils Charles VII, qui avait pris le titre de roi de France 
et s'était fait couronner à Poitiers, elle se cloîtrait désor- 
mais dans son hôtel Saint-Pol où elle vécut encore 
treize ans. 

V. Quand Charles VII put rentrer à Paris, en 1439, 
quatre ans après la mort de sa mère, il trouva encore, 
à l'hôtel Saint-Pol, des lions dont il donna la garde à 
une « damoiselle Marie Padbon* »; mais il vint demeurer 

» Franklin, t. I, p. 3a4. 

^ Thibaalt, a, p. lao. 

' Jean Chartier, p. 274, 277, a83 et 187. 

* Cette dame recevait da Roi, pour la nourriture des lions, a5o lirres par 
an. (Sauvai, t. III, p. 369.) 



1^6 MOYEN \GE 

à l'hôtel des Tournelles, maison royale voisine qui avait 
servi de résidence au duc de Bedford, le régent du 
roi d'Angleterre en France. Cet hôtel possédait déjà un 
colombier, avec une grande volière ornée de neuf miroirs ; 
Charles VII y fit ajouter une cage octogone pour son 
« pape-gaut » (perroquet) et des cages peintes en vert, 
treillissées en fd d'archal'. En même temps il four 
nissait abondamment de rossignols les cages des jardins 
du manoir de Beauté, qu'il venait de donner à sa maî- 
tresse, la belle Agnès SoreP; enfin, tout à côté, dans le 
parc de Vincennes, il faisait nourrir des daims, des cerfs, 
des chèvres sauvages, des lièvres et une multitude de 
lapins ^ 

La ménagerie de l'hôtel Saint-Pol dura jusqu'à la fin du 
XV® siècle, mais comme les renseignements que nous 
possédons sur elle, pendant cette dernière période, sont 
peu nombreux, nous continuerons et terminerons ici la 
fin de son histoire. 

Le fils et successeur de Charles Vil, Louis XI, ne vint 
guère à Paris qu'en passant, comme nous le verrons plus 
loin; pourtant il conserva la ménagerie de Saint-Pol, 
tout en donnant l'ordre de faire figurer dorénavant ses 
dépenses sur les comptes de la ville de Paris, et non sur 
les propres revenus du domaine royal, comme on l'avait 
fait jusqu'ici*. 

Charles VIII délaissa également Paris pour les rives 
fleuries de la Loire, non toutefois sans se préoccuper de 
la conservation des lions de Saint-Pol. En 1487, par 
exemple, il fit remettre à neuf leur maison, et c'est 
grâce à cette circonstance que nous pouvons connaître 

1 Sauvai, t. II, p. 282. 

2 Vallet de Viriville, t. III, p. 29. 

3 Franklin, t. II, p. 5. 

* De Mandrot, a, p. 226. C'est à cet auteur que nous prenons aussi l'his- 
toire du procès que nous racontons plus bas. 



LES MENAGERIES ES FRANCE 177 

quelques détails précis sur elle. Elle se composait d'une 
pièce unique de 4 toises de long sur 1 1 pieds de large 
(environ 4°^,4o sur 3™, 60), donnant sur une cour et sur un 
jardin entourés de murs. En 1490, elle renfermait 5 ou 
6 lions dont 2 lionceaux; son « gouvernement •>) était 
confié à Jean de Sabrevoys, qui faisait sortir régulièrement 
les animaux à l'air libre dans la cour. Or, le mercredi de 
la Pentecôte de cette même année, une lionne, avait réussi 
à sauter le mur de la ménagerie et s'était élancée dans le 
jardin du voisin, un charpentier nommé Gazeau. Des 
hommes, qui se trouvaient dans ce jardin, s'échappèrent 
en voyant la bête, pendant que la femme Sabrevoys, 
témoin de l'incident, allait chercher les gardiens. Mais 
Gazeau, entendant des cris, sort de sa maison, voit ce qui 
se passe et, sans hésiter, pénètre bravement dans le jardin 
où se trouvait l'animal. A ce moment même, une autre 
lionne apparaissait sur la crête du mur, se dressait sur ses 
pattes et allait s'élancer à son tour, quand le charpentier, 
d'une poussée, la fit retomber dans sa cour. La lionne 
bondit de nouveau sur le mur ; Gazeau, insouciant du 
péril, la saisit cette fois par la queue, mais la bête tombe 
sur lui de tout son poids, le renverse et, de ses griffes, 
lui traverse la cuisse de part en part. Gazeau était un 
hardi compagnon ; dans ce péril extrême il garda tout son 
sang-froid, et, comme la bête furieuse avançait sa gueule 
pour le dévorer, il plongea la main « bien pyé et demy », 
dit-il, saisit sa langue et ainsi put maintenir la lionne 
assez longtemps pour que les gardiens eussent le temps 
d'arriver, de ligoter l'animal et de le réintégrer dans sa 
cage. 

Le charpentier était gravement blessé ; il plaida en 
dommages-intérêts et, comme il n'était pas riche, il 
commença par assigner les époux Sabrevoys devant le 
parlement pour leur demander une a provision », afin de 



178 MOYEN AGE 

lui permettre de faire soigner ses plaies. Ceux-ci refu- 
sèrent, alléguant, dit leur avocat, que Gazeau, dans son 
combat avec la lionne, avait été l'imprudent agresseur et 
qu'il avait mauvaise grâce à se plaindre si l'animal avait 
riposté de la manière qu'on savait, « que defensio conce- 
ditur animalibus brutis » . La cour du parlement renvoya 
les parties devant le prévôt de Paris qui condamna Sabre- 
voys à verser au plaignant une indemnité provisoire de 
4 livres pour médicaments. 

Nous ne connaissons pas la fin du procès ; nous ne 
savons pas davantage quand disparut la ménagerie de 
Saint-Pol, mais il est probable qu'elle suivit la destinée 
de l'hôtel. Déjà, en 1482, Louis XI avait donné, au curé 
de l'église voisine, la partie de l'hôtel qui était du côté 
de cette église, à charge par lui de dire tous les jours,, à 
l'issue de la messe, une antienne à Saint-Paul. Ce domaine 
royal, ainsi diminué, subsista sous les règnes de 
Charles VIll et de Louis XII. Ce fut François P'' qui en 
consacra définitivement l'anéantissement; il vendit 
d'abord toute la partie de l'hôtel voisine de la Seine, puis 
il divisa le reste en lots qui furent donnés aux enchères, 
à bail. Peut-être les lions furent-ils transportés à ce 
moment à la ménagerie de Thôtel des Tournelles, que 
François P"" pourvoyait alors de logements pour bêtes 
féroces, comme nous le verrons plus loin. En tous cas 
il reste encore aujourd'hui le souvenir de cette ménagerie 
dans le nom de la rue qui passe aujourd'hui sur rem- 
placement de l'ancien hôtel Saint-Pol. 

VI. L'amour des animaux avait été une des passions 
favorites de tous les princes de la famille de Charles VI, 
sans qu'on puisse voir, en cette passion, un caractère de 
dégénérescence, comme on a pu l'écrire un jour'. 

1 Brachet, p. CXV. 



. LES MÉNAGERIES EN FRANCE i;9 

Les oncles du roi dément : Philippe le Hardi, duc de 
Bourgogne et Jean de France, duc de Beriy, eurent, en 
effet, dans leurs demeures, des collections plus ou moins 
riches d'animaux vivants. Nous aurons l'occasion de 
reparler de Philippe le Hardi en traitant des ménageries 
de Bourgogne. Quant au duc de Berry, sans compter les 
grandes volières que ce prince avait fait construire à la 
Tour de Nesles et au château de Poitiers, sans parler plus 
longuement d'une suite de loges pour animaux qu'il avait 
fait bâtir près des fossés de son château de Riom, nous 
dirons qu'on voyait dans son donjon féodal de Xonette, 
en Auvergne, des ours et de grands mâtins d'une espèce 
aujourd'hui disparue, et que son splendide château de 
Méhun-sur-Yèvre, près de Bourges, nourrissait des 
ours et des chiens de toute espèce \ en même temps que 
des guépards apprivoisés, des chamois, des dromadaires, 
des autruches, des paons, des cygnes, des étourneaux, 
des perdreaux, des chardonnerets, des rossignols et 
nombre d'autres petits oiseaux chanteurs. 

Partout, du reste, où allait le duc Jean, il se faisait 
accompagner par ses ours que leur gardien Colin condui- 
sait en charrette; partout aussi, dans les douves de ses 
châteaux et sur les étangs de son parc, on voyait se pro- 
mener de magnifiques cygnes blancs*. C'est que les ours 
et les c^'gnes formaient, avec les lettres VE enlacées, les 
« armes et devises » du duc de Berry. Le duc avait com- 



* Une espèce de ces chiens, que Ton rapproche de la race ancienne des 
petits chiens de Malte ou plutôt du a spitz » allemand actuel ou <i loulou d% 
Poméranie », à poil blanc ou très clair, a été reproduite très fidèlement, 
dans un des plus beaux livres d heures du duc de Berry, étudié tout récem- 
ment par le comte Paul Durrieu (Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres, 9 juillet et a6 nov. 1909). "Voir aussi G. Maçon, Chantillj, p. 334. 

2 Nous avons pris ces renseignements, sur le duc de Berry, dans les 
Comptes et Inventaires publiés par Douet d'Arcq et Guiffrey, dans les Grandes 
heures du duc, conservées à la Bibl. nat., dans les Très riches Heures du 
Musée Condé, et dans Siméon Luce, a, p. 21-3, 334-336. 



l8o MOYEN AGE 

posé ces armes, en souvenir d'une anglaise qui avait 
charmé ses loisirs pendant qu'il était prisonnier en 
Angleterre * ; les ours et le chiffre ve rappelaient le nom 
d'URSiNE qui aurait été celui de cette dame ; quant aux 
cygnes, les premiers cygnes domestiques, sans doute, 
qui parurent en France, voici comment le roi René en 
explique la présence dans son Livre du cuer (V Amours 
espris^ : 

« Jehan duc de Berry suis, ce de vérité saige, 
Qui en tenant prison, et pour mon père ostaige 
Le roy Jehan qui estoit es mains des Anglois pris, 
Je fu si ardemment d'estre amoureux espris 
D'une dame englaische, servante au dieu d'Amours, 
Que vaincu me senty par ses gracieux tours. 
Pour elle prins ung mot, et mis soulz mon escu 
Le cygne blanc nacré. Autre mot puis n'y fu. » 

Charles VI avait encore un frère, le duc Louis d'Orléans, 
qui, on le sait, demeura plus souvent à l'hôtel Saint-Pol, 
auprès de la reine Isabeau, que dans ses propres châ- 
teaux. Ce prince sacrifia pourtant au goût du jour en 
voulant avoir, lui aussi, des animaux sauvages. Un jour 
qu'il était à Lyon, il lui prit fantaisie de faire venir d'Avi- 
gnon un perroquet dont on lui avait vanté la beauté; il 
paya l'oiseau « cinquante escus d'or » et donna en plus, 
aux deux hommes chargés de le lui apporter, dix autres 
escus d'or, tant pour leur nourriture que pour celle du 
perroquet et pour payer le « drap vert gay » qui couvrait 
la cage\ Ce perroquet était peut-être destiné, il est vrai, 
à sa belle-sœur la reine, car le duc aimait à faire des 

* En i36o, le duc de Berry était retenu captif en Angleterre, avec beau- 
coup d'autres seigneurs, comme otages, jusqu'à ce que la rançon du roi Jean, 
fait prisonnier par les Anglais à la bataille de Poitiers, fût entièrement 
payée. 

2 Œuvres complètes, édit. de Quatrebarbes, III, p. 117. 

2 CbampoUion-Figeac, p. aSa. 



LES MÉNAGERIES E>' FRANCE l8l 

cadeaux d'animaux; c'est ainsi qu'il envoya un jour, à son 
cousin germain, Jean sans Peur, des autruches et « autres 
oiseaux rares ou singuliers », en même temps que des 
chiens et des faucons ^ 

Les bourgeois de France commencèrent à suivre, dès 
cette époque, l'exemple des grands seigneurs ; ils n'avaient 
encore ni le droit, ni les moyens de nourrir des animaux 
féroces, mais chaque maison bien ordonnée avait ses 
« oiselets de chambre" ». Les maisons et les volières 
bourgeoises étaient alors très luxueuses et on citait, 
parmi les plus grandes et les plus belles du royaume : 
la volière d'un bourgeois parisien nommé Chariot, celle 
que messire Hugues Aubriot, le célèbre prévôt, avait dans 
son somptueux hôtel de la rue de Jouy, enfin la splendide 
demeure de Jaques Duchié qui était ce rue de Prouvelles » 
(aujourd'hui rue des Prouvaires) et en la cour de laquelle 
« estoient paons et divers oyseaux à plaisance' ». Le 
commerce des oiseaux d'agrément fut, du reste, très 
florissant au moyen âge*. Il avait son centre à Paris, 
à peu près là où il se trouve encore aujourd'hui, c'est- 
à-dire autour du parvis Notre-Dame et sur le Pont-au- 
Change. Une ordonnance de Charles YI, en date du 
mois d'avril i4o2, imposait aux oiseliers l'obligation de 
mettre en liberté quatre cents de leurs oiseaux, au moment 
du sacre des rois à Reims et lors de la première entrée 
de la reine à Paris*. C'était là une coutume charmante 
qui s'étendit et que Téglise garda longtemps pour les 

^ La fauconnerie du duc d'Orléans était celle d'un roi et sa meute comptait 
98 chiens courants, 8 limiers, 3a lévriers pour le cerf, plus nombre de chiens 
pour le sanglier, de lévriers ordinaires et de mâtins. Ajoutons qu'il avait 
an troupeau de daims à Yillers-Cotterets. 

* Le ménagier de Paris, II, 6a. 

* Le ménagier de Paris, II, p. a53-a55, et Guillebert, p. 199. 

* Voir Franklin, I, p. a58 et suivantes, et II, p. aa3 et suivantes, 
i Delamare, II, p. i4i4. 



182 MOYEN AGE 



fêtes du jour de la Pentecôte; pendant Toffice divin, à 
Paris du moins, on jetait du haut des voûtes de Notre- 
Dame, à. l'intérieur de l'église, des fleurs et des étoupes 
enflammées en même temps qu'on lâchait un certain 
nombre de petits oiseaux ^ Dans une autre circonstance, 
quand le roi Louis XI passa sur le Pont-au-Change, le 
3i août i46i, venant prendre la couronne de France, 
à la mort de son père Charles VII, les oiseliers avaient 
couvert le pont d'un immense filet et avaient lâché dans 
cette sorte de volière 2.400 oiseaux chanteurs. 

D'autre part, la coutume romaine des garennes ou parcs 
à gibier se maintenait toujours dans les grands domaines 
de France, comme le montrent les « Capitulaires » et les 
différents « Ménagiers ». Enfin les montreurs de bêtes 
allaient toujours de ville en ville, principalement aux 
époques des grandes foires : à Paris, à Troyes, à Provins, 
à Beaucaire, à Guibray, etc. Détail curieux et qui explique 
une locution employée encore de nos jours, payer en 
monnaie de singe^ ces bateleurs étaient exempts de tout 
péage, quand ils entraient à Paris, à condition qu'ils 
fissent exécuter quelques gambades à leurs singes. Voici 
en effet ce qu'écrivait, au temps de saint Louis, le prévôt 
des marchands de cette ville : « Li singes au marchant 
doit iiij den., se il pour vendre le porte; et se li singes 
est au ioueur, iouer en doit devant le paagier ; et pour 
son ieu doit estre quites de toute la chose qu'il achète à 
son usage ; et ausi tôt li iongleur sunt quite por j ver 
de chançon » [pour un couplet de chanson] ^ 

^ Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, I, p. 17. Voir aussi, notre t. III, 
chap. I. 

^ Boileau. Le Livre des métiers, p. 287. 



DEUXIÈME PARTIE 
ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE (XV^ ET XVP SIÈCLES) 



CHAPITRE VII 

LES DÉBUTS DE LA RENAISSANCE. 

MÉNAGERIES DES ARABES, DES TURCS 

ET DES ANCIENS MEXICAINS. 

1. Les Arabes et les Turcs ramènent en Europe et en Afrique le faste des 

anciens rois perses. Les ménageries turques de Constantinople. 

2. Les ménageries arabes du nord de l'Afrique. 

3. Les ménageries des anciens Mexicains : la ménagerie de Hontezuma à 

Tenochtitlan. 
A. Les animaux et le musée de l'Académie de Tezcuco. 

I. La fin du xiv" siècle et le commencement du xv^ 
furent marqués par deux grands événements qui vinrent 
renouveler complètement l'état des choses dans Tancien 
monde civilisé et dont l'effet se fit sentir jusque dans 
l'établissement des ménageries : la destruction définitive 
de l'empire d'Orient sous les invasions des Arabes et des 
Turcs, d'une part, la rénovation de l'esprit antique sous 
l'influence du mouvement intellectuel et artistique qu'on 
appelle la Renaissance, d'autre part. 

La conquête de l'empire d'Orient, dernier reste de la 
puissance romaine, avait été commencée, à la vérité, dès 
le vii* siècle, parles invasions des Arabes. A cette époque 
les deux grands empires rivaux, celui des Grecs et celui 
des Perses, étaient épuisés autant par les luttes religieuses 



l84 RENAISSA.NCE : XV* ET XVI* SIÈCLES 

que par les luttes politiques; aussi, les Arabes, soulevés 
parla guerre sainte que venait de proclamer le successeur 
de Mahomet, le premier khalife Abou-Kehr, pénétrèrent-ils 
facilement dans ces empires. Ils s'emparèrent d'abord 
de la Ghaldée, de la Syrie et de toute la Perse, puis ils enta- 
mèrent les possessions byzantines, en prenant Memphis 
et Alexandrie qui les rendirent maîtres de toute l'Egypte, 
de la Nubie et de la Cyrénaïque. Au siècle suivant, ils 
remontèrent d'un côté vers la Chine, s'avançant jusqu'au 
Gange, et, de l'autre, continuèrent à démembrer les restes 
de l'empire romain en conquérant la Crète, la Corse, la 
Sardaigne, en venant s'établir en Espagne, et enfin en 
s'avançant dans les Gaules jusqu'à Poitiers ; c'est là qu'ils 
furent finalement arrêtés, comme Ton sait, par Charles 
Martel, en l'an 732. 

Gonstantinople, qui était l'objectif principal de l'Islam, 
résista d'abord victorieusement pendant trois cents ans 
aux attaques répétées des Arabes ; mais, au début du 
xi^ siècle, un autre peuple musulman entra en scène et vint 
donner une nouvelle vigueur à la guerre sainte. Les Turcs, 
descendant des steppes de la Tartarie, commencèrent par 
s'installer en Asie Mineure d'où ils chassèrent peu à peu 
les Grecs, puis en Palestine, où ils remplacèrent les Arabes . 
Ils s'occupèrent d'abord d'affermir leurs conquêtes, tout 
en continuant à guerroyer avec les Byzantins, puis, au 
xiv* siècle, ils passèrent la Méditerranée et s'emparèrent 
d'abord d'Andrinople ; ils remontèrent ensuite vers le nord, 
occupant tout le pays jusqu'aux Balkans, s'avancèrent à 
l'ouest dans la Hongrie ; enfin, revenant sur leurs pas, ils 
finirent par mettre le siège devant Gonstantinople qu'ils 
prirent d'assaut, le 29 mai i453 ; avec Constantin XIII, 
tué en combattant sur les remparts de la ville, dispa- 
raissait le dernier des empereurs d'Orient. 

Les Arabes avaient adopté les mœurs des anciens rois 



LES MÉNAGERIES DES ARABES ET DES TURCS l85 

perses, et Bagdad, placée entre Babylone et Ninive, 
vit se renouveler, au temps des khalifes, les splendeurs 
de ces deux grandes capitales. Un écrivain Arabe, 
Maçoudi, qui vivait à Bagdad au début du x* siècle, parle 
de lions privés que le khalife Abd el-Melik gardait près 
de lui, à sa cour ; il nous dit qu'Haroun er-Reschid avait 
une fosse aux lions dans laquelle il faisait jeter ceux qui 
lui déplaisaient \ et nous savons d'autre part que ce 
célèbre Abasside avait fait cadeau à Gharlemagne d'un 
éléphant et de singes . Il devait en être de même à Gordoue, 
la capitale du khalifat d'Occident, car, si Ton en croit la 
Chanson de Roland, un des kalifes de ce pays, le roi 
Marxile, pensa un jour envoyer également à Gharle- 
magne : des lions, des ours, des chameaux, des chiens et 
des autours ^ 

Les Turcs, continuateurs des Arabes, apportèrent natu- 
rellement, avec eux, ces mêmes coutumes. La fauconne- 
rie du sultan Bajazet renfermait, par exemple, à la fin du 
xiv* siècle 7.000 oiseaux de vol, et l'on raconte que ce 
prince, vainqueur des chrétiens à Nicopolis, demanda, 
pour la rançon du commandant français Jehan de Nevers, 
le futur Jean sans Peur, 12 faucons blancs du Nord\ Ils 
réintroduisirent en même temps, en Europe, sous le nom 
de poules de Jérusalem, les pintades, dont la connais- 
sance s'était complètement perdue en Occident depuis les 
Romains. 

Les voyageurs qui visitèrent les pays soumis aux Turcs 
et aux Arabes, trouvèrent donc, dans ces pays, des ména- 
geries florissantes et même, au xvi* siècle, une sorte de 



' Les Prairies d'or, t. V, p. a8a et t. VI, p. 3oo. 

' Chanson de Roland, éd. Gautier, V, vers 3o, p. 6. 

' Le roi de France Charles VI envoya les faucons ; il y ajouta des autours 
et des éper>'iers de grand prix avec des gants brodés de perles Gnes pour 
porter ces oiseaux au poing. Pichot. Bull. »oc. d'acclimat., 1891, t. I, p. 84. 



l86 RENAISSANCE : XV" ET XVl'' SIÈCLES 

commerce d'animaux sauvages où se ravitaillèrent pen- 
dant longtemps les ménageries d'Occident \ La ménagerie 
de Gonstantinople, par exemple, fut visitée, au milieu du 
xYi' siècle par les voyageurs français Pierre Gilles d'Albi, 
Pierre Belon du Mans et André Thevet, cosmographe du 
roi Henri II. C'est en i544 que maître Gilles fut envoyé en 
Orient, par ordre de François P% afin de « chercher et 
amasser des livres anciens pour l'accomplissement de sa 
librairie^ ». Il s'arrêta longuement à Gonstantinople, 
où il trouva Thevet, mais, dans la relation de son voyage, 
il ne fait que citer, en passant, les animaux étranges 
qu'il voit dans cette ville, en particulier un éléphant et un 
hippopotame. Pierre Belon, au contraire, envoyé égale- 
ment en mission dans les mêmes pays, deux ans après 
Gilles, sous les auspices du cardinal de Tournon, nous 
donne une description complète de cette ménagerie. 
« L'on voit [à Gonstantinople], les ruines d'vn palais 
moult antique, que le vulgaire nomme le palais de Cons- 
tantin. Le Turc y fait nourrir ses Eléphants, et autres 
Lestes douces. Il y à vn lieu en Gonstantinople, ou le grand 
Turc fait garder des bestes sauvages : qui est une Eglise 
antique tout ioignant l'Hippodrome : et à chaque pillier 
de l'Eglise y a vn Lion attaché, chose que n'auôs peu 
voir sans merueille, attendu qu'ils les détachent et 
manient, et rattachent quand ils veulent, et mesmement 
les meinent quelque fois parla ville. Et pource qu'il ne fut 
onc que les grands seigneurs quelque barbares qu'ils ayent 

* Pour les pays d'Extrême-Orient, nous ne trouvons, à cette époque, que 
les voyages de l'italien Ludovico di Varthema qui visita l'Egypte et les Indes, 
de i5oo à i5o8. Dans la relation de son voyage (p. 209), il parle des animaux 
du roi de Tarnassery (ïenasserim, une ville de l'Inde) : lions, loups, civettes, 
sangliers, cerfs, chevreuils, paons, papegaux, faucons, autours et autres 
rapaces dont un oiseau plus grand qu'un aigle, au bec jaune et rouge, utilisé 
pour faire des manches d'épées ; c'était sans doute l'adjudant javanais. 

■^ Voir une lettre du cardinal Georges d'Armagnac au roi, reproduite par 
Hamy, a, p. t5. 



LES MÉNAGERIES DES ARABES ET DES TURCS 187 

este, n'ayent eu plaisir de voir les animaux singuliers et 
rares : tout ainsi chaque nation du pays ou domine le 
Turc, ayant pris quelque animal saunage, l'enuoye à Cons- 
tantinople, et là l'Empereur le fait nourrir et garder soi- 
gneusement. Il y auoit des Loups enchesnez, des Asnes 
sauvages, des Hérissons, des Porcsespics, Ours, Loups 
Geruiers, et Onces, qu'uon nomme autrement Linces. Il 
n'est pas iusques aux plus petites bestes, comme Er- 
mines, nommées en Latin Mures Pontici^ c'est à dire Rats 
de Pont, qu'ils ne nourrissent soigneusement. Il y auoit 
aussi deux petites bestes, ressemblantes si fort à un chat, 
qu'elles ne nous sembloyent différer sinon en grandeur, 
ausquels n'auons sceu trouver nom ancien. Il fut vn têps 
que les pensions estre Linces : car nous prenions les 
Onces pour Panthères ; toutefois n'auons sceu resouldre 
quelles bestes ce fussent. C'est merueille comme ils 
sçauent traiter toutes ces bestes là si doucement, qu'ils 
les rendent grandement apprivoisées : comme aussi les 
genettes, qu'ils laissent eschapper parla maison, priuées 
comme chats'. » Une trentaine d'années après le voyage 
de Belon, la ménagerie de Constantinople s'était enri- 
chie d'une girafe que l'on vit paraître aux fêtes splen- 
dides de la circoncision de Mahomet IIP. 

Il y avait également, chez les Turcs, beaucoup de 
montreurs de bêtes qu'on voyait surtout à Constanti- 
nople. Chaque fois que ces hommes apprenaient que 
quelque ambassadeur ou grand seigneur était arrivé 
en ville, ils allaient en son logis avec leurs bêtes, aux- 
quelles ils faisaient faire mille passe-temps, en jouant 
eux-mêmes de plusieurs sortes d'instruments et même la 
comédie. On les rencontrait alors dans les rues conduisant 

* Belon. Le premier livre des singularités, p. 73. Thevet décrit aussi celte 
ménagerie de l'Hippodrome [a, chap. xvii). 

* Joly et Lavocat, p. 17. 



l88 RENAISSANCE : XV* ET XVI* SIÈCLES 

leurs lions enchaînés de la façon que le ligure Thevet, 
dans une des curieuses gravures de son livre ^ Deux lions 
marchant côte à côte, ayant au cou un large collier d'où 
s'avance de grosses chaînes de fer; un des bateleurs 
est à leur tête, semblant les conduire; à droite et à 
gauche, deux autres hommes tiennent les chaînes d'une 
main et un bâton de l'autre ; derrière, suit un quatrième 
personnage muni également d'un bâton et qui paraît 
être le chef de la bande. Les lions ont de petites clo- 
chettes au cou afin «. que le peuple se retire, et que ces 
bestes ne gastent quelqu'un, ce que souuentes fois est 
aduenu ». On trouvait encore en Turquie, des chasseurs 
de « vipères et autres serpents », que Belon appelle des 
« Vipériers », des oiseleurs qui prenaient, avec des lîlets 
teints en vert, jusqu'à cent milans et éperviers par jour, 
et des gens qui montraient, au marché, des animaux 
étranges ; Belon y vit, en particulier, un tatou dont il 
donne un « naïf portrait »^ 

II. Gilles et Belon visitèrent aussi, dans ces mêmes 
voyages, la ménagerie du château du Caire où demeurait 
le Pacha d'Egypte. Gilles se contente encore de nous dire 
qu'il y trouva trois girafes ^ Belon, comme toujours plus 
explicite, nous apprend que la ménagerie était située dans 
la cour du château, qu'elle renfermait un petit bœuf 

*a, Cosm.duLev. — Chap. xviii, p. 65. Voir également Ambroise Paré (Livre 
II. Animaux et de l'excellence de l'Homme, p. 65 et 66) qui donne, d'après une 
autre édition de ïhevet que nous ne connaissons pas, une figure plus complète 
et des détails plus circonstanciés. C'est surtout Paré que nous suivons ici. 

^ Le Tiers-Livre..., p. 209 et suivantes. 

^ ïhevet, qui accompagna Gilles dans une partie de ses voyages et qui vit 
également ces animaux, les décrit dans sa Cosmographie du Levant, édit. de 
i554, p. 143- Il nous dit qu'ils avaient été pris par les Turcs aux gouver- 
neurs portugais d'Araiadine, île dépendant alors de la vice-royauté de Goa. 
Dans l'éd. de i556, Thevet cite, dans le château du Caire, la présence de 
lions, éléphants, léopards, rhinocéros, veaux marins, cigognes et girafes 
(chap. XXXIX, p. 145). 



LES MÉNAGERIES DES ARABES ET DES TURCS 189 

d'Afrique ou bubale qui était venu du pays d'Asamie, un 
couple de cerfs axis, des gazelles privées et enfin une 
girafe [Zurnapa *) dont il donne le portrait avec son har- 
nachement particulier; c'était, dit-il, «une beste moulte 
belle et de la plus douce nature qui soit, quasi comme 
vne brebis, et autant amiable que nulle autre beste sau- 
nage. » Belon rencontra au Caire beaucoup de montreurs 
de bêtes qu'il n'avait point vus à Gonstantinople. Ces 
a basteleurs » faisaient voir surtout des guenons appri- 
voisées ; (( ce qui est chose rare à voir, dit-il, car (ces 
bêtes) sont communément inconstantes; puis de gros 
maimous ou cynocéphales, « si sages et bien apprins, 
qu'ils vont d'homme à homme qui regardent iouer le bas- 
teleur, et leur tendent la main, faisant signe qu'on y mette 
de l'argent » ; enfin des callitriches remarquables « pour la 
grande beauté de leur cheueux et de leur poil... totalement 
jaune comme fil d'or ». Belon remarqua encore que les 
Egyptiens avaient conservé l'habitude du temps des Pha- 
raons de garder dans leursmaisons des ichneumons privés. 
« Les habitants d'Alexandrie, dit-il, nourrissent une beste 
nommée Ichneumon, qui est particulièrement trouvée en 
Egypte. On les peut apprivoiser es maisons tout ainsi 
cômevn chat ou vn chien. Le vulgaire a cessé de plus le 
nommer par son nom ancien, car ils le nôment en leur 
langage Rat de Pharaon. Or auons nou veu que les pai- 
sans en apportoyêt des petits vêdre au marché d'Alexâ- 
drie, où ils sont bien recueillis pour nourrir es maisons, 
à cause qu'ils chassent les Rats, tout ainsi que fait la 
Belette et aussi qu'ils sont friands des serpents, dont ils 
se paissent indifféremment "... » De son côté André Thevet 
qui voyagea en Orient en même temps que Pierre Gilles 
remarqua à Alexandrie un grand nombre de tourterelles 

< Sans doute altération du mot arabe : zerrafa. 
* a, Le Second livre... p. 118 et suivantes. 



190 RENAISSANCE : XV ET XVr SIECLES 

et d'autruches. Autre part, il nous apprend que le plus 
grand plaisir du « Roy de Marroque » était le combat 
de lions et que ce roi entretenait sa ménagerie en for- 
çant chaque village à lui envoyer un lion tous les ans ^ 
A l'époque de la Renaissance, l'Orient continua donc, 
à être, par l'intermédiaire des Arabes et des Turcs, le 
grand pourvoyeur d'animaux de ménagerie, comme il 
l'avait été déjà au temps des Romains. En Perse, de même 
qu'en Chine, on nourrissait toujours certainement, dans 
les palais, des éléphants pour la guerre et pour le faste, 
et des félins pour la chasse ; malheureusement, les données 
que nous avons pu recueillir ici se résument aux récits 
du voyageur vénitien Barbaro " qui visita la Perse en 147 1 ; 
encore, cet écrivain se borne-t-il à nous parler des cent 
léopards chasseurs qu'un certain prince Assambei faisait 
garder dans son palais de Tauris. 

III. Mais si nous dépassons l'Asie, si nous allons, 
de l'autre côté de l'Océan, dans ce qu'on appelait alors 
les Indes orientales, nous allons trouver, à cette époque, 
des ménageries luxueuses qui vont nous ramener, par 
quelques points, aux grandes collections d'animaux sau- 
vages de l'antiquité. 

Un peuple migrateur, les Aztèques, venu on ne sait d'où , 
était arrivé, en 12 16, dans les vallées lacustres du Mexique 
où il fut d'abord réduit en esclavage par les peuples qui 
habitaient déjà ces vallées. Faibles et misérables, mais très 
intelligents, aimant la guerre et unis par deux principes 
d'association puissants : la religion et la royauté, les Aztè- 
ques parvinrent à s'affranchir vers i32.5 et firent peu à 
peu, à leur tour, la conquête de tout le pays jusqu'au 
lac Nicaragua. La civilisation qui commença alors, se 

* a, chap. XXXVI et h, t. I. Liv. I, p. i6. 
^ Cité par Camus, a, p. i3o. 



LES MENAGERIES DES AZTEQUES 191 

forma-t-elle entièrement par elle-même, s'assimila-t-elle 
plus vraisemblablement quelque chose des autres peuples 
civilisés qui occupaient le Mexique : les Toltèques et les 
Chichimèques, par exemple? Ce sont là des points que 
nous n'avons pas à envisager dans cet ouvrage. Mais 
cette civilisation nous intéresse car elle comporta, entr'au- 
tres choses, la coutume de garder et d'élever des ani- 
maux sauvages en captivité. 

Lorsque les Espagnols, conduits par Fernand Gortez, 
envahirent le Mexique, en 1019, ils trouvèrent dans la ville 
de Tenochtitlan (aujourd'hui Mexico) une grande ména- 
gerie qui appartenait à l'empereur aztèque Montézuma \ 
Cette ménagerie était placée tout près du palais impérial 
dont elle était séparée par des jardins. L'on rencontrait 
d'abord une immense volière qu'on appelait le Palais 
(en aztèque : Tepac) des Oiseaux. Le centre de cette 
volière était occupé par un grand étang d'eau douce et, 
tout autour, se trouvaient rassemblés tous les oiseaux 
indigènes au riche plumage : cardinal écarlate, faisans 
dorés ^, perroquets de diverses espèces, oiseaux-mou- 
ches, etc. Trois cents personnes, tant hommes que 
femmes, étaient chargées du soin de ce palais des oiseaux. 
Elles avaient d'abord à s'occuper journellement du soin et 
de la nourriture des animaux ; en particulier, elles devaient 
aller chaque jour recueillir de nombreux insectes dans la 
campagne pour les ajouter à la nourriture de certaines 
espèces. A l'époque des mues, elles recueillaient avec 
soin les plumes les plus brillantes, ou bien aidaient au 



^ Nous avons trouvé les documents sur les ménageries de Montézum<i : dans 
les lettres de Fernand Cortez, dans le récit de la conquête par l'un des 
conquistadors, Bernai Diaz (p. 240 et suiv.), dans Prcscott (II, p. 93 et suiv.), 
eniin dans un plan de l'ancienne Tenochtitlan reproduit par Guy Patin. 

- rs'ous donnons ici les noms d'animaux que nous trouvons dans nos auteurs, 
mais il est évident que, dans nombre de cas, les conquistadors se sont laissé 
abuser par de simples ressemblances avec 1rs animaux de l'ancien monde. 



iga RENAISSANCE : XV' ET XVI* SIÈCLES 

changement de parure en arrachant elles-mêmes les 
plumes du corps de l'animal ; quand le temps de la cou- 
vaison approchait, elles mettaient les nids en état, puis 
surveillaient attentivement les œufs, et enfin s'occupaient 
de l'élevage des nouveau-nés. 

A côté de cette première maison d'animaux, s'élevait le 
Palais des Rapaces, que Gortez décrit ainsi : C'était une 
« maison fort belle où se trouvait une grande cour pavée 
de gentils carreaux disposés en façon d'échiquier, et les 
chambres, selon leurs dispositions ou leurs mesures, pou- 
vaient avoir six pas en carré ; à m.oitié pavée de carreaux 
par le bas, la portion restée à découvert était garnie d'un 
treillis de bois fort bien fait, et, dans chacune de ces 
volières, il y avait un oiseau de proie, à partir de la cré- 
cerelle jusqu'à l'aigle (ou Tapalcatt). On y rencontrait 
tout ce que produit l'Espagne en ce genre, et bien d'au- 
tres espèces qui n'y ont jamais été vues. Il y avait grand 
nombre d'individus de chaque sorte. En la partie couverte 
de chacune de ces chambres, se voyait une gaule en 
manière de perchoir, et il y en avait une également en la 
partie fermée par le treillis ; si bien que l'oiseau avait un 
asile pour la nuit contre la pluie, et un autre où il pou- 
vait gagner le soleil et se nettoyer au grand air. A tous 
ces oiseaux, on donnait chaque jour un certain nombre de 
volailles pour nourriture et rien autre chose ». Un autre 
document nous dit qu'ils consommaient, chaque jour, 
5oo dindons dont la viande était alors la moins coûteuse 
au Mexique. 

Le logement des Mammifères carnivores, décoré de 
sculptures représentant les espèces des animaux exposés, 
se trouvait dans la même maison que les Rapaces. Il 
se composait d'un certain nombre de grandes salles basses, 
garnies de cages claires, bien aérées et assez vastes 
pour laisser aux animaux toute liberté de mouvement. 



LES MÉNAGERIES DES AZTEQUES igî 

Ces cages étaient faites de très gros madriers bien tra- 
vaillés et fortement chevillés ; on y voyait des lions et 
des tigres, des léopards et des chats sauvages, des adives, 
des zorros. des fouines, qui se reproduisaient presque 
tous dans cette maison. On les nourrissait de chevreuils, 
de chiens, de poules, de dindons; « j'entends même 
dire, ajoute Bernai Diaz, qu'on leur jetait de la chair 
d'indien provenant des sacrifices ». 

Tout près de la Maison des Carnivores, se trouvaient 
des enclos où vivaient des lamas et des vigognes utilisées 
déjà comme animaux domestiques, des chevreuils, etl'ani- 
mal le plus remarquable et le plus rare de la Nouvelle- 
Espagne, « le taureau mexicain [ou bison]* ». 

Enfin, toujours dans le même voisinage, peut-être 
même dans le Palais des Rapaces et des Carnivores, 
on voyait une collection variée de Reptiles : caïmans, 
tortues, iguanes, serpents, dont un avait des « casta- 
gnettes à la queue ». Les serpents étaient enfermés dans 
de grandes auges à moitié remplies d'une eau vaseuse ou 
dans de longues caisses garnies de plumes et de duvet 
pour réchauffer leurs œufs. On leur donnait à manger des 
chiens du pays et, assure toujours Bernai Diaz, de la chair 
d'indien. 

L'on peut encore placer dans la ménagerie de Monté- 
zuma, une étrange collection de monstres humains : 
nains, bossus, albinos et autres individus difformes que 
l'empereur faisait rechercher partout dans son pays et 
qu'il payait sans doute un bon prix; il paraît, en effet, que 
des parents, spéculant sur ce goût bizarre, obtenaient, 
chez les enfants, des monstruosités artificielles en les 
déformant dès leur bas âge. 

Toutes les maisons d'animaux de la ménagerie de Mon- 

^ De Salis, 17^4. 

' i3 



ig'! RENAISSANCE : XV'' ET XYl^ SIÈCLES 

tézuma étaient entourées, ou du moins séparées les unes 
des autres, par de vastes jardins remplis d'arbrisseaux odo- 
rants, de fleurs variées, et surtout d'un grand nombre de 
plantes médicinales ; mais on n'y trouvait aucune plante 
alimentaire, ni aucun arbre fruitier, car l'empereur consi- 
dérait que cela aurait déparé un jardin d'agrément. Les 
plantes médicinales, de même que les plantes rares, 
étaient « l'objet d'une sollicitude constante et Ton 
s'efforçait de mettre là, sous les yeux des visiteurs, la col- 
lection complète de la flore du pays, non pas en désordre, 
mais avec une certaine entente des qualités distinctives 
des végétaux. Au milieu de ces bocages aux doux par- 
fums, on voyait des fontaines d'eau fraîche lancer en 
l'air leurs jets étincelants, et répandre sur les fleurs 
leur rosée bienfaisante. Dix grands bassins bien empois- 
sonnés (les uns alimentés par les eaux salées du lac de 
Mexico, les autres recevant de l'eau douce par l'aqueduc 
de Ghapoltepec) offraient, sur leurs bords, une retraite 
à diverses espèces d'oiseaux aquatiques. Un pavé de 
marbre entourait ces spacieux réservoirs sur lesquels 
étaient comme suspendus de légers et fantastiques pavil- 
lons que pénétraient les brises parfumées des jardins; 
c'était là, dans les chaleurs étouffantes de l'été, une déli- 
cieuse retraite pour le monarque et son sérail. 

On trouvait encore, çà et là, des bains construits en 
pierre de taille, de petits réduits, des pavillons de repos, 
des lieux aménagés pour le chant et pour la danse, car 
Montézuma avait une grande quantité de jongleurs et de 
danseurs. Enfin, dans les appartements mêmes du palais 
vivaient une sorte de petit chien, appelé alca par les 
Mexicains, et nombre d'oiseaux apprivoisés. 

Comme les rois d'Egypte, l'empereur du Mexique se 
procurait la plus grande partie de ses animaux par le 
moyen de tributs annuels qu'il avait imposés aux diffé- 



LES MÉNAGERIES DES AZTÈQUES 196 

rents pays dont se composait l'empire. Il se servait de 
sa ménagerie d'abord pour une simple raison de luxe, 
d'ornement; mais il s'en servait également dans un but 
pratique. Il y faisait élever, en effet, des animaux pour 
la chasse; les prêtres venaient y choisir des victimes 
nécessaires pour les sacrijfices ; les peaux de pumas et 
de panthères [jaguars] fournissaient des vêtements et 
des tapis pour la cour ; enfin, une sorte de fabrique d'ou- 
vrages en plumes était annexée au Palais des Oiseaux. 
Là les nombreuses femmes de l'empereur venaient occuper 
leurs journées à faire de riches surtouts de plumes brodés, 
utilisant surtout les plumes vertes fournies par les 
mues des oiseaux appelés quezales\ D'autres personnes, 
de véritables taxidermistes, mettaient en peau les oiseaux 
morts pour les conserA-er dans des sortes de collections 
zoologiques, et les artistes, des orfèvres surtout, venaient 
y prendre des modèles pour leurs bijoux. C'est ainsi que 
les conquistadors rapportèrent nombre d'objets en or, 
tous « très bien travaillés et imitant parfaitement... » 
des jaguars, des pumas, des singes, des canards, des 
lézards, etc. 

IV. La coutume de garder des animaux sauvages en 
captivité semble avoir été générale alors dans les mœurs 
des anciens Mexicains. Les Espagnols citent en efïet, 
parmi les objets vendus au marché de Mexico, des ani- 
maux sauvages et apprivoisés, voisinant avec des esclaves, 
et ayant, les uns et les autres, des colliers autour du cou. 
Ils parlent également de ménagerie dans d'autres villes 
du Mexique, telle que Tezcuco, autrefois capitale d'un 

* Ou qiietzal. C'est le couroucou resplendissant qui jouait un rôle dans 
les légendes des Mexicains et que les Guatémaliens ont encore adopte aujour- 
d'hui pour mettre en eftigie sur leurs timbres-postes de ao ccntavos. On peut 
voir à Madrid quelques-uns de ces ouvrages magniiiques en plumes de cou- 
roucou que les conquistadors envoyèrent alors à la métropole. 



196 RENAISSANCE : XV ET XVI SIECLES 

royaume indépendant. Tezcuco était la métropole scienti- 
fique de l'empire. Le palais y renfermait une bibliothèque 
et un musée d'histoire naturelle, dans lequel des sta- 
tuettes en or figuraient les animaux que l'on n'avait pu 
se procurer, et des « tapisseries exécutées avec le poil fin 
de certains quadrupèdes étaient destinées à compléter, 
par des représentations exactes, la nomenclature des 
animaux qu'on n'avait pu observer à l'état vivant ». Ce 
musée, de même que la bibliothèque, était destiné à 
l'étude ; « une grande salle et plusieurs chambres où se 
tenaient les historiens, les poètes et les philosophes du 
royaume divisés en classes selon les sciences qu'ils cul- 
tivaient » s'ouvrait dans son voisinage, à l'ouest du palais ; 
et il y avait, dans le parc, un jardin botanique et une 
ménagerie sur lesquels nous n'avons malheureusement 
pas de détails. Mais il faut croire que cette ménagerie, 
comme celle de Mexico, servit aux progrès des sciences 
d'observation, car nous savons que les Mexicains avaient 
écrit des traités d'histoire naturelle dont le souvenir est 
parvenu jusqu'à nous ; ces ouvrages disparurent dans les 
incendies qui détruisirent, dès le commencement de la 
conquête, les archives les plus considérables du Mexique. 
A la même époque, dans l'Amérique du Sud, une 
autre civilisation toute aussi intéressante, celle des Incas 
du Pérou, comportait la vénération d'un certain nombre 
d'espèces d'animaux, au nombre desquels étaient le puma, 
le renard, le chien, le lama, le condor et l'aigle. Les 
Incas croyaient, commeles Chaldéens, que ces espèces ani- 
males avaient leurs représentants aucieP. Les Mexicains 
avaient bien quelques idées semblables. On ne peut cepen- 
dant pas dire que, dans ces deux pays, au temps de leur 
conquête, il y eût encore des animaux reconnus comme 
dieux nationaux. 

^ Prescott, History of Péril, p. 87 (cité par lord Lubbock, p. 270). 



CHAPITRE VIII 

LES MÉNAGERIES D^TALIE A L'ÉPOQUE 
DE LA RENAISSANCE 



1. Le développement des ménageries en Italie. Les ménageries de Flo- 

rence. 

2. Les ménageries de Ferrare, Milan, Rome, Naples et autres villes 

d'Italie. 

3. Les animaux du Pape et des Prélats de l'Eglise romaine. 

4. Les peintres italiens et les ménageries. 

I. Le mouvement intellectuel et artistique qui vint, au 
XV* siècle, transformer l'esprit mystique et symbolique 
du moyen âge, fut accompagné, dans tout l'ancien empire 
d'Occident, par un développement plus grand donné à la 
garde des animaux dans les châteaux et les domaines 
princiers. Cette activité nouvelle était favorisée, du reste, 
par les découvertes d'outre-mer, et par un commerce 
qui allait amener une prospérité et un désir de luxe de 
plus en plus intense. 

C'est en Italie que se manifesta naturellement d'abord 
le développement du goût des ménageries et des grands 
parcs d'animaux. Non seulement, en effet, c'était dans 
ses villes libres que se formait l'esprit nouveau, mais 
encore c'était par Gênes, par Pise, par Livourne, et par 
Venise que l'Europe communiquait avec la Turquie, 
l'Asie et l'Afrique. Venise surtout était alors l'intermé- 
diaire obligée entre l'Orient et l'Occident; elle possédait 
tout le commerce de Constantinople, elle avait des comp- 
toirs et même des colonies dans tout l'Orient; aussi c'est 
par elle principalement que se ravitaillèrent, en animaux 



198 RENAISSANCE : XV* ET XVl" SIÈCLES 

féroces, les ménageries d'Italie. Elle eut elle-même sa 
ménagerie de lions, puisque nous l'avons vue faire cadeau 
de quelques-uns de ces animaux à Florence; mais c'est 
surtout dans cette dernière ville que le luxe des ménage- 
ries, les sen^aglii^ comme on va commencer à appeler les 
maisons de bêtes féroces, semble s'être le plus déve- 
loppé en Italie. En 14^9, au temps de Gosme de Médicis, 
la maison des lions du Vieux palais renfermait 26 lions 
qui figurèrent dans une fête donnée en l'honneur de la 
visite du pape Pie II et de Galeas Sforza. Les Florentins 
avaient voulu reproduire une des grandes chasses de 
l'époque romaine. Pour cela, les rues qui aboutissaient 
à la place de la Seigneurie furent barrées de manière 
à transformer cette place en une vaste arène ; on y lâcha 
les lions \ puis des sangliers, des loups, des taureaux 
indomptés, des chevaux sauvages, des chiens corses et 
d'autres bêtes sauvages. Le spectacle ne répondit pas 
à l'attente des spectateurs, car les lions, après s'être pro- 
menés de long en large, au milieu des bêtes effrayées, 
se couchèrent tranquillement dans un coin ; la vue 
d'un immense mannequin qui était construit en forme 
de girafe^ et qui renfermait, dans le corps, dit Volpi, 
vingt jeunes gens [in corpo vend garzoni) bien décidés à 
molester les lions, ne parvint pas à émouvoir ceux-ci et 
c'est à peine s'ils répondirent aux attaques d'une autre 
machine que les Florentins avaient imitée des Turcs. 



^ Certaines chroniques disent bien qu'il y eut 26 lions, mais d'autres seu- 
lement 10 (voir G. Volpi, p. 16 et 18). On trouvera dans Muratori (t. II, p. 
718-752) un poème anonyme donnant une longue description de ces fêtes et, 
en frontispice, p. 724, une vignette représentant la place du Vieux palais avec 
quelques lions qui s'y ébattent. 

' Cette machine, représentant une girafe, a été prise pour une girafe 
vivante par des auteurs même très sérieux, tels que Burckhardt (t. II, p. ti) 
et Perrens (I, p. 200), qui n'ont évidemment pas lu attentivement les textes. 
Il est vrai que Muratori se contente de dire, i, p. 741 : una girafa v'era molto 
grande per far muover le hestie. 



LES MENAGERIES D ITALIE 199 

Cette machine était une grosse boule creuse percée de 
fentes et de trous et contenant un homme à son intérieur ; 
la machine était ajourée de façon que l'homme pouvait 
faire rouler la boule, s'approcher ainsi des lions et les 
piquer d'un fer par les ouvertures. Ce fut alors, ajoute le 
chroniqueur, une belle chose et d'un grand génie ; mais 
un autre chroniqueur, dit qu'on dépensa là, en somme, 
beaucoup d'argent sans arriver à grand'chose. On s'amusa 
beaucoup plus, paraît-il, un jour de l'année i4^2, où on 
jeta aux lions un robuste sanglier et un grand cerf \ 

Quelques-uns des animaux de Cosme l'Ancien furent 
peints à cette époque par Benozzo Gozzoli, un élève de 
Fra Angelico, dans ses magnifiques fresques de la cha- 
pelle du palais des Médicis (aujourd'hui palais Riccardi) . 
Dans le radieux paysage du maître-autel, où des chœurs 
d'anges aux ailes de paon chantent avec allégresse le 
Gloria in excelsis^ on voit, en effet, un paon recevoir de 
la nourriture de la main d'un de ces anges ; or, à l'examen, 
superficiel il est vrai, d'une simple photographie, cet 
oiseau semble bien être un paon nigripenne, variété que 
l'on croyait jusqu'ici être apparue par hasard en Angle- 
terre, au XVII* ou au xviii® siècle. D'autre part, sur les 
trois principaux murs de la chapelle où il déroula son 
joyeux Cortège des Rois mages apportant des dons à 
Tenfant Jésus, l'artiste représenta un faucon de chasse, 
dévorant un lapin, des chameaux, un singe favori et sur- 
tout deux magnifiques guépards, Tun placé en croupe 
derrière un cavalier, l'autre tenu en laisse par un servi- 
teur qui s'apprête à monter à cheval ; or, là encore, à 
l'examen des taches de la robe, on voit que ces animaux 
appartiennent à deux types différents. 

Sous la domination de Laurent de Médicis, le luxe des 

* Nicodemo, 1 6 mars 1462, orig. iSSg, f° 5i (cité par Perrens, I, p. 200). 



200 RENAISSANCE I XV ET XVI SIECLES 

animaux devint toujours plus grand à Florence et les fêtes 
plus splendides. Laurent avait d'abord des léopards de 
chassé dont la renommée s'étendait jusqu'en France, 
puis des tigres, des lions et des ours que le Magnifique 
faisait combattre, comme du temps de son père, contre 
des taureaux, des chevaux, des sangliers et des dogues ; 
des éléphants qu'il fit figurer avec des lions dans un cor- 
tège triomphal ; enfin une girafe, une vraie cette fois, 
qui fut chantée par les poètes Angelo Politien et Antonio 
Gostanzo, et qui fut peinte dans une des fresques du 
palais Poggio Gajano; nous verrons plus tard cet animal 
exciter grandement l'envie de la fille du roi de France 
Louis XL 

Au xvi" siècle, la ménagerie de Florence était toujours 
florissante ; elle faisait venir ses bêtes d'Alexandrie * et 
les nourrissait d'agneaux vivants avec une telle abondance 
qu'on voyait parfois les tigres, repus, se refuser à tuer 
les pauvres bêtes qu'on jetait palpitantes dans leurs 
fosses ^ Pourtant Rabelais, qui vint plusieurs fois en 
Italie, en parle sans grand enthousiasme. « Je ne scay, 
dit-il, dans son Pantagruel, quel plaisir avez prins voyans 
les lions et afriquanes (ainsi nommez-vous, ce me semble, 
ce qu'ils appellent tygres) , près le beffroy ; pareillement 
voyans les porcz espicz et austruches au palais du seigneur 
Philippe Strossy\ » Ces animaux furent figurés par 
Stradan, un artiste flamand qui était au service de Gosme 
de Médicis, le premier Grand-duc de Toscane, dans 
plusieurs gravures; l'une d'elles représente un combat 
furieux entre un lion, un taureau, un cheval et des dogues '. 

* André ïhevet, h, t. I, liv. IX, p. 297. 

^ Voirie Bestiaire de Léonard de Vinci, p. 247. Nous supposons, bien 
qu'il ne le dise pas, que Léonard fit cette observation à Florence, où il vécut 
une partie de sa vie. 

* Livre IV, chap. xi, p. 5i du tome II de l'édit. in-4° illustrée de Robida. 

* Biblioth. de l'Arsenal à Paris, Recueil n» 1371, 3« série, pi. 24. Voir 



LES MENAGERIES D ITALIE 20i 

En i58o, Montaigne vint à Florence. Il vit, au Pratolino, 
« dans une très belle et grande volière, des petits oiseaux 
comme chardonnerets qui [avaient à] la eue [queue] deus 
longues plumes comme celles d'un grand chappon ». Il 
ne parle pas de la ménagerie des lions. 

II. Les grandes villes et autres cours italiennes 
eurent aussi, à cette époque, un grand luxe d'animaux 
privés. Tantôt, comme chez le duc de Galabre, Alphonse II, 
dans sa villa de Poggio Reale, ou bien chez le duc Her- 
cule P'' dans le parc du Barco, à Ferrare, c'étaient des 
animaux de chasse ou d'agrément : des guépards en 
grand nombre, des cerfs, des chevreuils, des daims, des 
girafes, des autruches, des cygnes, des oiseaux des 
îles, etc. * ; tantôt c'était quelque fier animal symbolisant 
la puissance de la ville ou du prince : une louve à Sienne, 
un aigle à Pise, l'éléphant des Malatesta à Rimini, 
des lions ou des aigles à Venise, à Pérouse, à Ferrare 
et à Naples. Dans cette dernière ville, on voyait encore, 
au xv^ siècle, une girafe et un zèbre qui avaient été offerts 
par un prince de Bagdad '. A la cour de Ferrare, à la fin 
du XV® siècle, on voyait réapparaître le tigre % animal 
qui était resté inconnu en Occident pendant tout le moyen 
âge; d'autre part les d'Esté « employaient de très beaux 
guépards, portés chacun à cheval, sur un tapis, en croupe 

aussi, dans ce recueil, la planche 34 de la 2*^ série qui représente un guépard 
placé en croupe derrière un cavalier et un autre combat d'animaux intitulé : 
Spectacle donné par Alexandre le Grand. Le guépard a été reproduit par 
Paul Lacroix, b, p. ao5, fig. i4i- 

^ Voir la description de la villa d'Alphonse dans le Vergier d'honneur du 
poète André de la Vigne. Cette description est reproduite par E. Muntz, 
a, p. 435. 

Pour le Barco, voir Venturi, Archivio Storico deW Arte, 1888, p. Sgo 
(cité par Jean de Foville, a, Le Musée, t. VI, n*» 7, juillet 1909, p. i5a) 
et Cittadella p. 17. 

2 Burckhardt, t. II, p. i3. 

^ Guasparo Sardi. Historiot ferraresi, p. 33g (cité par Camas, c, p. 14]. 



202 RENAISSANCE : XV ET XVl SIECLES 

derrière le chasseur, et ayant des colliers agrémentés 
de grelots comme ceux des éperviers de chasse^ ». 
L'Arioste, le poète guerrier qui gouvernait alors le châ- 
teau de Ganossa, au nom des ducs de Ferrare, parle plu- 
sieurs fois de ces animaux en homme qui les a vus chasser * ; 
enfin ce sont certainement eux que Le Titien a peints 
dans son tableau : Bacchus et Ariane qu'il fit à Ferrare, 
en i523, pour le duc Alphonse P"" ^ 

III. A Rome, les papes, revenus définitivement d'Avi- 
gnon, au début du xv® siècle, suivirent le mouvement 
général de grand luxe qui s'étendait peu à peu alors dans 
toute l'Italie. On ne vit d'abord, au Vatican, que des 
animaux d'appartement, des oiseaux, surtout des perro- 
quets*; puis le pape Alexandre VI Borgia, un Espagnol 
qui avait un taureau dans ses armes, remit à la mode le 
goût des combats de taureaux. Un jour on vit son fils, 
GésarBorgia, abattre, dansl'arène, six taureaux indomptés, 
et, une autre fois, trancher le cou à un jeune buffle d'un seul 
coup de son épée^; cela se passait sans doute auGolisée. 

Avec Léon X, qui était de la famille des Médicis, la 
ménagerie du Vatican paraît avoir eu son plus grand déve- 
loppement. Elle renferma « une multitude de perroquets 
de diverses couleurs... quantité de singes, de guenons, de 
civettes et d'autres animaux bizarres » que son peintre, 

* Camus, c, p. 37. 

2 « De même que deux belles et courageuses léopardes, corne due belle e 
generose parde, qui, détachées de la laisse en même temps, reviennent tristes 
et honteuses de la poursuite inutile des lièvres et des cerfs. » [Roland, 
XXXIX, 69.) Ce passage montre que l'Arioste a bien remarqué l'espèce 
de dépit que le guépard témoigne quand il a manqué sa proie. 

Voir aussi : Roland, I, 34, et XXYI, 93. 

^ Ce tableau est aujourd'hui à la National Gallery. 

* Bertolotti /. Papi et le Bestie, Archivio storico de Rome, citées par 
E. Gebhardt, a, p. 177 et suivantes. 

5 E. Gebhardt, c, p. ai8. 



LES MÉNAGERIES d'iTALIE 2o3 

Jean d'Udine, représenta sur les murs et au plafond des 
appartements situés au-dessus des Loges*. On y vit 
encore : des lions et des léopards qui venaient de Florence, 
des ours qui arrivaient de Hongrie % enfin un éléphant et 
une once que lui amena Tristao da Cunha, ambassadeur 
du roi de Portugal Manoel P'', à Foccasion de son élection. 
Ce dernier envoyait avec ces animaux, comme prémices 
des richesses de l'Orient, des produits agricoles, indus- 
triels et artistiques de l'Inde, ainsi que des vases sacrés, 
des tapisseries, des pierres précieuses, etc. II fit son 
entrée publique et solennelle à Rome, avec tous les 
cadeaux, le 12 mars i5i4. Arrivé devant la fenêtre où le 
pape s'était placé avec sa cour, l'éléphant s'arrêta et plia 
trois fois le genou, sur l'ordre de son cornac, pour rendre 
hommage à Sa Sainteté; mais, gêné sans doute par la 
foule du peuple qui se pressait autour de lui, le malicieux 
animal apercevant un baquet plein d'eau, y plongea sa 
trompe et aspergea tout le monde, sans même respecter 
le pape. La scène réjouit infiniment Léon X dont l'atten- 
tion fut bientôt attirée de nouveau par trente mules 
richement harnachées qui portaient les cadeaux, et sur- 
tout, paraît-il, par l'once que l'on conduisait en com- 
pagnie d'un magnifique cheval arabe. Tous ces ani- 
maux furent logés au Vatican où l'éléphant eut le plus 
de succès ; des peintres vinrent y faire son portrait, 
Beraoldo le jeune composa des vers en son honneur' et 



* Vasari. Giovanni da Udine, p. 773. Cette décoration fut détruite ensuite, 
par l'ordre du pape Paul IV. 

2 a 25 octobre i5i3. Payez à Francesco de Ferrare, gardien du léopard de 
Notre Très-Saint-Seigneur, dix ducats d'or, à savoir six pour les dépens du 
léopard, et quatre pour un mois de traitement au gardien. » 

« a octobre i5i6, la Sainteté de Notre-Seigneur donne dix grands ducats 
d'or à l'homme qui a mené les lions de Florence à Rome. « 

« 39 juin i5i7, aux Hongrois des ours, dix-huit ducats. » (E. Gebhardt, 
-a, p. 180). 

•■' Roscoe, t. II, p. 287. 



204 RENAISSANCE : XV* ET XVI* SIÈCLES 

on le vit un jour, tout harnaché d'or, porter en triomphe, 
au Gapitole, un autre poète de cour, Barabello de Gaete*. 
Les papes Sixte IV et Léon X^ avaient encore, en 
dehors de Rome, dans le Parc de la Magliana^ une 
réserve de chasse et une grande fauconnerie. 

Les prélats de la cour romaine suivaient l'exemple 
de leur maître. En i473, par exemple, lors des fêtes 
splendides que le cardinal Piétro Riario donna en l'hon- 
neur de la princesse Léonore d'Aragon, on revit, comme 
aux temps anciens, Orphée charmant les bêtes sau- 
vages et Bacchus traîné par des panthères ^ Puis ce fut 
le cardinal d'Aquilée qui nourrissait, dans son parc d'Al- 
bano, des paons, des coqs d'Inde et des chèvres syriennes 
à longues oreilles * ; le cardinal de Saint-Clément qui 
montrait, comme une grande curiosité, deux meléagrides 
(pintades) vivant en liberté dans son jardin^; le car- 
dinal de Ferrare qui faisait nourrir près de la ville ducale, 
à sa villa de Belfiore, des troupeaux de paons sur les- 
quels Benvenuto Cellini exerçait son adresse de tireur*; 
enfin, ménagerie d'un nouveau genre, le cardinal Hip- 
polyte de Médicis entretenait, à sa cour, une troupe de 
Barbares, parlant plus de vingt langues différentes et 
tous choisis parmi les plus beaux individus de leur race ; 
on y trouvait, entre autres, des Maures, des Tartares, 
des Indiens, des Turcs et des Nègres d'Afrique\ Chose 
curieuse, cette coutume de former des collections 



^ Burckhardt, t. I, p. 196, 197. 

2 Voir E.Gebhardl, a, p. 180 et L. Pastor, VIII, p. 64-71. A Rome même, 
les thermes de Dioclétien où avaient poussé quantité d'arbres avait été trans- 
formé en parc aux cerfs (L. Pastor, VIII, p. 46). 

3 Burckhardt, II, 169. 

* Burckhardt, i3. 

* Volateran, cité par Delaraare, III, p. 1376. 

^ Œuvres, t. I, p. 332 (chap. m des Mémoires). 

' Paul Jove. Elogia, p. 3o7 (cité par Burckhardt, II, p. i5). 



LES MÉNAGERIES d'iTALIE 2o5 

d'hommes de races étrangères se retrouvait, à la même 
époque, de Tautre côté de TAtlantique, comme nous 
l'avons vu au chapitre précédent ; nous allons la retrouver 
à la cour de Savoie, à Turin, et à celle du roi René, à 
Angers. 

IV. C'est sans doute ces sortes d'esclaves gardés dans 
les cours italiennes qui servirent de modèle auGiotto pour 
les Mongols de son tableau Les Trois Mages (aujourd'hui à 
la basilique d'Assise) et pour les Nubiens de son Saint 
François devant le sultan (église Sainte-Croix à Florence) , 
de même qu'à Pierro délia Francescapour ses Tartares et 
ses Arméniens, et à Mantegna pour ses Mauresques. 

D'autres peintres, surtout VittorePisano (il Pisanello) et 
Jacopo Bellini, visitèrent souvent également les cours 
italiennes et c'est par eux, par les études d'animaux ou de 
mœurs qu'ils ont faites, au cours de leurs voyages, que nous 
pouvons le mieux nous rendre compte de ce qu'étaient 
alors les ménageries italiennes ^ Ces études nous per- 
mettent d'abord de reconnaître les diverses espèces ani- 
males qu'on voyait le plus souvent dans ces ménageries ; 
c'étaient des lions qui se reproduisaient en cage % des 
tigres, des guépards représentés sous le nom de léopards, 
des lynx, des ours, des loups et des renards, des singes, des 
porc-épics, des éléphants, des dromadaires, des chameaux, 
des bubales, des cerfs, des daims et, plus rarement, des 
girafes. En fait d'oiseaux, on trouvait : des autruches, des 
grues, des cigognes, des aigrettes, des hérons, des butors, 



i Voir les dessins de Pisano au Louvre, à l'Ambroisienne de Milan et au 
British Muséum. Voir aussi un tableau de Pisauo à la National Gallery. 
{La Vision de saint Eustache, salle VIII, u» i436). Quant aux dessins de 
Bellini, qui se trouvent au Louvre et au British Muséum, ils ont été publiés 
en fac-similé par Corrado Ricci et par Victor Goloubew. 

* Voir ce que nous en avons dit plus haut et Recueil Bellini (Louvre) 
pi. LXI, Etude de lions : deux lions et une lionne jouant avec ses petits. 



ao6 RENAISSANCE : XV* ET XVI* SIÈCLES 

des aigles, des vautours et diverses espèces de faucons, 
des pigeons, des colombes, des pintades et des paons, 
des perruches, des perroquets et des aras, diverses 
espèces de canards et d'oies, et nombre de petits oiseaux 
variés. On y rencontrait parfois aussi des tortues. 

Tous ces animaux n'étaient pas rassemblés en un lieu 
unique, comme dans nos ménageries actuelles ; ils étaient 
disséminés un peu partout, dans les cours, dans les jar- 
dins ou même dans les appartements du château, où ils 
vivaient parfois en une sorte de demi-liberté. Jacopo 
Bellini nous montre, par exemple, dans la cour d'hon- 
neur de riches maisons vénitiennes, des ours enchaînés 
à des colonnes de portique, et des singes tenus en 
laisse*; dans une salle intérieure de château, deux 
guépards enchaînés à un pilier^; devant la façade d'un 
palais, des cerfs et des chevreuils auxquels des enfants 
offrent des feuillages, un cynocéphale, des paons ^; un 
autre de ses dessins nous montre la tète d'un lion à une 
fenêtre grillagée de sa loge\ Deux tableaux de l'Ecole 
ombrienne^ sont encore très instructifs pour ce sujet : 
l'un montre un ours brun attaché à un pilier par un 
cordon rouge et un collier de cuir rouge, en même temps 
qu'un paon, un chien et un chevreuil mâle se promènent 
en liberté, au milieu des personnages du premier plan ; 
le second tableau représente, dans une salle de banquet, 
des singes attachés et, en liberté, les mêmes chiens, un 
paon et un animal qui ressemble à un gros rai. Tous ces 



^ Voir le Recueil Bellini, in Goloubew : III, Flagellation; XI, Palais 
d Hercule ; XCII, Scène de justice. 

^ Ibid., XL. La tête d'Hannihal présentée à Prusias. 

^ Ibid., XII. Jésus chez les docteurs; XXVIII, Annonciation. Voir aussi 
au musée du Louvre, dans la salle VU, n'^ n^'], un tableau de l'école de 
Bellini intitulé Réception d'un ambassadeur égyptien. 

' Recueil du British. Mus., pi. VIII, verso. 

^ Histoire de (iriselidis, n° 9i3 et 914, salle VI de la National Gallery. 



LES MENAGERIES D ITAXIE 207 

animaux, placés au premier plan des tableaux, semblent 
bien être des portraits, par leur dessin et leurs attitudes 
particulières qui sont très exactes. Nous pourrions citer 
encore les perdrix privées d'Antonello de Messine et 
de Catena ', les singes de P. Véronèse, de Filippino 
Lippi", du Pinturicchio^, de Pippi (Jules Romain)*, etc. 

Les seigneurs se faisaient suivre de certains de leurs 
animaux, tels que de guépards, de singes et de faucons, 
quand ils allaient à la chasse ou simplement en prome- 
nade^. Ils s'en servaient encore pour donner en spec- 
tacle au peuple des combats d'animaux ; ils mettaient 
en présence des bêtes féroces contre des chiens, des 
chevaux et des taureaux, comme nous Tavons vu avec 
Laurent de Médicis, et comme nous le montre encore 
Bellini * ; on put même, sans doute, voir se renouveler 
les exploits des bestiaires romains, car certaines études 
de cet artiste nous montrent des lions aux prises avec 
des hommes; dans Tune d'entre elles, par exemple, on 
voit un homme nu luttant avec un lion dont il s'efforce 
de déchirer la gueule d'un effort puissant de ses bras 
robustes ; dans un autre dessin du même artiste on voit 
un guerrier enfoncer son épée dans l'oeil d'un lion 
dressé devant lui", et toutes ces études semblent bien 
avoir été prises d'après nature. 

Quelques peintres eurent eux-mêmes, à cette époque où 

* National Gallery, salle VII, n" 14 18 et n" a34. 
- Id., salle IX, n° 294 et salle I, n* io33. 

^ Dans l'Histoire de la chaste Suzanne, Vatican, appartements Borgia, 
salie III, dite de la vie des saints. 

* La Fornarina, u9 58 de l'Ermitage. 

* Voir plus haut un tableau de Gozzoli, et Recueil Bellini : XXII, Marie au 
Temple, XXIX, Adoration des rois. 

^ Recueil du British Muséum, in C. Ricci, pl. VII et VIII. Lion attaquant 
des chevaux. 

' Recueil Bellini du British Muséum, pl. XXI (20 b). Voir également ibid., 
pi. VIII et pl. LUI, et Recueil du Louvre, pl. LXXXVIl et LXXXIX. 



2.o8 RENAISSANCE : XV' ET XVI* SIÈCLES 

Tamour de la nature était si vif et si varié, leurs propres 
collections d'animaux vivants. On raconte, en eflfet, que 
Pesello, qui vécut de 1867 à i446j élevait dans sa maison 
de nombreux oiseaux, et c'est à une semblable coutume 
que le célèbre peintre florentin Paolo (1397-1472) dut son 
surnom d' Uccello (oiseau) . On peut même dire que le 
Sodoma et le grand Léonard entretinrent près d'eux de 
véritables ménageries. 

Le Sodoma, de son vrai nom Giovanni Antonio dei 
Bazzi (1477-1549)» se plaisait en effet, paraît-il, à nourrir, 
dans sa maison de Sienne, « toutes sortes d'animaux 
bizarres, tels que des blaireaux, des écureuils, des 
singes, des guenons, des ânes nains, des chevaux de 
l'île d'Elbe, des geais, des poules naines, des tourterelles 
indiennes, et, en un mot, toutes les bêtes les plus 
extraordinaires qu'il pouvait se procurer. Dans cette 
ménagerie il y avait encore un corbeau qui avait si bien 
appris à contrefaire la voix de son maître, que souvent 
l'on s'y méprenait surtout lorsqu'il répondait aux visiteurs 
qui frappaient à sa porte. C'est un fait que pas un Sien- 
nois n'ignorait. Tous les autres animaux de Giovannan- 
tonio étaient également si apprivoisés qu'ils étaient sans 
cesse à jouera ses côtés, de façon que sa maison ressem- 
blait véritablement à l'arche de Noé. Aussi beaucoup 
de gens du vulgaire le regardaient comme un grand 
homme* ». 

Quant à Léonard de Vinci (i452-i5i9), ce fut une 
ménagerie de petites bêtes et même d'insectes qu'il 
forma dans un but scientifique comme nous le dirons 
plus loin. Cette ménagerie était à Milan sans doute, 
là où le génial artiste vécut son âge mûr; elle se com- 
posait de toutes sortes de bêtes affreuses et bizarres : 

1 Vasari, p. ^Sg. 



LES MÉNAGERIES D ITALIE 209 

de singes, de chauves-souris, d'oiseaux, de serpents, de 
lézards, etc.. Tout cela vivait en compagnie du peintre, 
et, comme Léonard gardait les cadavres pour les dissé- 
quer, c'était dans sa maison une grande infection dont 
l'artiste souffrit lui-même beaucoup*. 

1 Vasari : p. 5i4, 5i5, 5i6, 524- 



i4 



CHAPITRE IX 

LES MÉNAGERIES D'ANGLETERRE, D'ESPAGNE 
ET DU PORTUGAL, AUX XV ET XVP SIÈCLES 

1. La ménagerie royale de Londres à l'époque de la Renaissance. 

2. Les ménageries espagnoles. — Combats de taureanx et de bêtes féroces 

au temps de Charles-Quint. 

3. Les ménageries portugaises. — Combat d'un rhinocéros et d'un élé- 

phant. 

I. Les mêmes causes qui produisirent le développe- 
ment des ménageries que nous venons de constater en 
Italie : les communications plus fréquentes avec l'Orient 
et l'Afrique, le commerce plus actif, la richesse plus 
grande, un amour du luxe plus intense, amenèrent égale- 
ment une rénovation des idées et des mœurs dans la 
plupart des autres pays d'Europe. 

En Angleterre pourtant, ce fut une circonstance toute 
particulière qui provoqua le rétablissement de la ménage- 
rie de la Tour de Londres, décimée, comme nous l'avons vu, 
en l'an i436. Neuf ans après cette date, en effet, Henri VI, 
le dernier des Lancastre, épousait une princesse fran- 
çaise, Marguerite d'Anjou, qui venait de la cour du roi 
René, où se trouvait une grande ménagerie. La jeune 
Marguerite avait été précédée sans doute, dans son nou- 
veau pays, de la réputation d'aimer beaucoup les animaux, 
car, lorsqu'au mois de mai i445, elle arriva à l'abbaye 
de Tichfield pour la cérémonie nuptiale, un courtisan ne 
trouva rien de mieux que de lui faire hommage d'un 
lion*. La jeune reine, elle avait seize ans, accepta le 

* Strickland, III, 202. 



LES MENAGERIES D ANGLETERRE 



présent et fit conduire la bête à la Tour, où la ménagerie 
fut alors réorganisée. A partir de ce moment, la place de 
gouverneur des lions du Roi devint une des charges les 
plus importantes de la cour d'Angleterre. Elle fut donnée 
à Robert Mansfield, esq.. maréchal de la cour, et fut 
occupée ensuite par le dapifer* Thomas Rookes. 11 est pro- 
bable, toutefois, que cette ménagerie fut quelque peu 
négligée pendant la guerre civile des Deux-Roses qui 
ensanglanta le pays à cette époque, car Londres était 
toute dévouée au parti opposé à la reine, à celui de la Rose 
blanche. Le logement des lions fut déplacé sous le règne 
suivant, sous Edouard IV (i46i-i485', et installé dans 
un nouvel emplacement où il resta cette fois jusqu'à nos 
jours. Un plan de la Tour, fait en 1397, et une vue inté- 
rieure de la vieille ménagerie dessinée vers 1820 " nous 
permettent de nous figurer exactement ce qu'était cette 
ménagerie. On y arrivait par ce qu'on appelle encore 
aujourd'hui la Porte des Lions ; au delà de cette porte, 
on entrait dans la Tour du Milieu qui commandait les 
abords du pont de la Tour et on s'engageait sur ce pont. 
Au milieu, se trouvait un petit îlot portant une tour 
aujourd'hui détruite, la Tour des Lions. C'est dans le 
chemin de ronde de cette tour que se trouvaient les 
loges des bêtes féroces : de vastes refuges en pierre, de 
forme demi-circulaire, hauts de douze pieds et grillagés 
en avant. La partie du chemin de ronde comprise entre 
ces loges et la tour proprement dite formait un assez 
grand espace en demi-cercle qu'on pouvait clore à ses 
deux extrémités de manière à en faire une cour de pro- 
menade ou de combat pour les bêles. La ménagerie 

' Officier attaché aa service de la table royale. 

* Ce plan et cette vue se trouvent reproduits dans Thombury. p. 85 et 91. 
Nous nous seni-ons également ici des descriptions du xviu« siècle dont nous 
parlons dans notre second volume. 



2ia RENAISSANCE '. XV ET XVI SIECLES 

s'augmenta de nouveaux hôtes sous le règne de Henri VIII 
(i Sog-i 547) 5 prince qui essaya d'acclimater, dans ses Etats, 
les dindons et les perdrix rouges ' ; plus tard, sous celui 
de sa fille, la reine Elisabeth, qui donna la charge de la 
ménagerie à l'un des officiers de sa cour. Elle dépensa pour 
ses animaux, en une année : 36 livres, i4 sous, 6 deniers. 
Dans ce compte ne figurent pas la dépense d'un éléphant 
que la Reine reçut en cadeau du roi de France Henri IV, ni 
les prix qu'elle fonda pour des combats de taureaux, de 
dogues, d'ours et de coqs; nous savons d'autre part, en 
effet, qu'elle avait, pour ces combats, trois gardiens 
d'ours qu'elle payait de 12 à i5 livres par an^ 

II. L'Espagne fut le pays où les Romains construisirent 
le plus d'amphithéâtres, après l'Italie et les Gaules. On 
en trouve encore les restes à Tarragone, à Ercavira, à 
Cordoue, à Emerita, etc. Malheureusement, en dehors 
d'un bas-relief de l'église de San Miguel de Lino, qui date 
du IX* siècle et qui représente le combat d'un lion contre 
deux bestiaires ^ il faut arriver jusqu'au début du xiv^ siècle 
pour trouver dans ce pays, le premier document pouvant 
se rapporter à des ménageries espagnoles. C'est dans les 
archives des Pyrénées-Orientales* que nous apprenons 
qu' c( en i3i6, le roi d'Aragon faisait nourrir, dans son 
château de Perpignan : des paons, des cerfs et des lions 
envoyés en cadeau par la ville de Florence ». 

A l'époque de la Renaissance, en i474i 1^ mariage du roi 
d'Aragon Ferdinand, qui était en même temps roi de 

* Champier, p. 784, cité par Franklin, II, 72. C'est à ce prince encore 
qu'appartenait l'intelligent perroquet qui, tombé un jour dans la Tamise, 
appela à son secours les bateliers, comme il l'avait entendu faire chaque 
jour aux personnes qui voulaient traverser la rivière. Aldrovande, cité par 
Buffon à l'art. Jaco. 

2 G. Duval. 

^ Voir André Michel, t. II. Prem. part., p. 217, fîg. 174. 

* Citées par Henry et par Franklin. 



LES MÉNAGERIES d'eSPAGNE 2i3 

Sicile, et d'Isabelle reine de Castille, vint réunir sous une 
même couronne les deux plus puissants royaumes d'Es- 
pagne. Ce fut à cette époque glorieuse que la conquête du 
pays sur les Maures fut achevée, par la destruction du 
royaume de Grenade (1482 à 1492), que Christophe 
Colomb découvrit TAmérique (1492), que l'Espagne fit 
alliance avec la Bourgogne, qu'elle fit valoir ses droits 
sur l'Italie; enfin, un peu plus tard, que Fernand 
Cortez faisait la conquête du Mexique. Partout, dans 
ces différents pays, les Espagnols trouvaient des ménage- 
ries et, comme eux-mêmes allaient suivre le mouvement 
général qui entraînait la civilisation dans de nouvelles 
voies, il est probable que les rois et les grands d'Espagne 
prirent aussi l'habitude d'avoir, dans leurs châteaux, de 
grandes collections d'animaux sauvages. Mais là encore, 
comme pour l'Italie, du reste, la pénurie des documents 
que nous avons pu consulter ne permet que de donner 
une faible idée des ménageries de TEspagne du xv* et du 
XVI* siècle. 

Nous voyons, d'abord, le jeune roi de Castille Juan II, 
ou plutôt sa mère Catherine, envoyer en i4ii, au roi 
de France Charles VI, un lion et une lionne avec des 
colliers d'or et deux autruches. Quelques années après, 
ce même roi recevait une ambassade du roi de France, 
Charles VII, assis sur un trône très riche et ayant à ses 
pieds un énorme lion apprivoisé \ D'autre part, dans un 
roman traduit en français sous le nom de Jugement 
d'amour^ un auteur espagnol, Juan de Flores, qui vivait 
à la fin du xv* siècle, nous montre son héroïne, désespérée 
de la mort de son amant, se jeter par la fenêtre de sa 
chambre dans une cour où le Roi, son père, gardait des 
lions : « les lions, plus tost advisant à leur faim qu'à sa 

* Ferreras, t. IX, p. 90 et 36a. 



ai 4 RENAISSANCE : XV" ET XYI*" SIÈCLES 

Royale condition, de sa délicate chair tous se saou- 
lèrent^ ». 

Ce sont là les seules données que nous ayons sur les 
ménageries royales d'Espagne au xv* siècle. Pour le siècle 
suivant, nous voyons Charles-Quint aimer à s'amuser 
avec une guenon familière à laquelle il avait appris à 
jouer aux échecs^ et faire placer, dans des bassins, sept 
phoques vivants que la régente Marie de Hongrie avait 
fait prendre en Hollande par le « bailly de Ziericxée » , « pour 
le service de sa Majesté et ceulx de sa court ^ » ; mais, à la 
vérité, nous n'avons trouvé en Espagne, au xvi® siècle, 
que la trace d'une seule ménagerie véritable, celle du 
duc de rinfantando, don Diego Hurtado de Mendoza. Un 
document de l'époque nous apprend que ce seigneur fai- 
sait nourrir, dans son château : des ours, des lions et 
des tigres, pour les faire combattre contre des taureaux, 
les jours de grande fête. Un de ces spectacles fut donné 
en l'honneur du roi de France, François P% pendant sa 
captivité en Espagne. On dressa une arène, un lion fut 
lancé contre un taureau, mais le spectacle réussit autre- 
ment qu'on ne l'avait prévu car les deux adversaires ne 
voulurent jamais en venir aux prises; on attendit quelque 
temps, puis la compagnie se retira de guerre lasse. Or 
« à peine le Roi était-il parti et le lion rentré dans sa cage, 
qu'un incident imprévu jeta la terreur dans le palais ; un 
autre lion ou peut-être le même, devenu moins apathique, 
s'échappa furieux et s'arrêta tout court à la porte du Patio- 
Tous les assistants se levèrent en poussant des cris; aus- 
sitôt le majordome de service, homme d'un grand courage 
et d'une présence d'esprit admirable, se précipita sur une 
torche enflammée, l'arracha d'une main, saisit son épée 

* Cité par Gustave Reynier, p. 8i. 

2 Morfouace de Beaumonl. 

^ Finot, p. 96 et 97. Charles-Quint était alors à Gand. 



LES MEÎfAGERIES DU PORTUGAL il^ 

de l'autre, et marcha droit au lion. L'animal, épouvanté 
par le feu, s'enfuit en rugissant jusqu'à sa tanière, où le 
brave majordome l'enferma de l'air du monde le plus 
calme * » . 

m. Les renseignements que nous possédons sur les 
ménageries du Portugal remontent un peu plus loin que 
pour celles d'Espagne, mais sont encore peu nombreux. 
Ils se rapportent à cette si curieuse figure de roi laboureur 
et poète de la fin du xiii* siècle, à Denis ou Don Diniz, au 
sujet duquel un historien portugais" raconte l'histoire 
suivante. Un jour de l'année 1294, le Roi chassant à 
cheval sur une montagne aux environs de la ville de Beja, 
se trouva tout à coup en face d'un ours de grande taille 
qui parut d'abord fuir devant l'attaque du Roi; en 
réalité, l'animal avait fait un mouvement tournant 
derrière les buissons ; il vint tomber sur son adversaire 
au moment où celui-ci ne s'y attendait plus et le choc 
fut si rude que cheval et cavalier roulèrent à terre. Le 
Roi n'avait pas eu le temps de se saisir de sa lance et 
l'ours se jetait sur lui. Alors, invoquant l'aide du ciel 
et tirant de sa ceinture un grand couteau de chasse, 
il l'enfonça dans le corps de la bête furieuse, avec tant de 
vigueur qu'il lui traversa le cœur et la tua net. Telle serait 
l'aventure qui aurait donné lieu à la première ména- 
gerie portugaise dont parle l'histoire. En souvenir de 
son exploit, en effet, et comme pour en perpétuer le sou- 
venir, Don Diniz fit capturer un ours et le fit mettre dans 
son domaine de Fuellas, à deux lieues de Lisbonne, dans 

* Cette anecdote, tirée de l'Histoire ecclésiastique et séculière de la très- 
noble et très-loyale cité de Guadalaxara, par don Alonso Nuncz, a paru 
dans la Revue française, nov. 1829, p. i5o-i54, et dans la Revue des pro- 
vinces, 186G, t. X, p. 349-350. 

- Francisco Brandao, Monarchia Lusytana. Lisbonne, i65o-i67a, 1 vol. 
in-P», cité par S. de Vilhena, dont nous tirons la plupart des renseignements 
qui suivent. 



2l6 RENAISSANCE : XV* ET XVI* SIÈCLES 

une pièce du rez-de-chaussée d'un petit pavillon de chasse, 
un peu plus tard, le Roi faisait prendre un loup vivant 
que l'on plaça dans une cage, près de l'ours. Les deux 
animaux servaient d'amusement à la famille royale et 
aux personnes de la cour qui accompagnaient le Roi. 
On ne sait combien de temps ils vécurent, ni si la Ména- 
gerie de Fuellas dura après la mort de Don Diniz ; c'est 
probable, car cet endroit fut très fréquenté par les rois 
Alphonse IV, Pierre V et Ferdinand P'; en tous cas, le 
pavillon fut incendié par les Espagnols à la fin du 
XIV* siècle, et il n'en reste plus aujourd'hui que des ruines. 

Si on laisse de côté les corbeaux vivants que la ville 
de Lisbonne nourrissait, à cette époque, dans des cages, 
en souvenir de saint Vincent martyr, la seconde grande 
ménagerie du Portugal est la Ménagerie de Cintra. 
Cette charmante ville, la « glorieuse Eden » de lord 
Byron, située dans la montagne, à quelques lieues au 
nord-ouest de Lisbonne, est entourée de châteaux et de 
résidences d'été. Le roi Alphonse V, qui vivait au milieu 
du XV® siècle, passa la plus grande partie de sa vie, dans 
un de ces châteaux, celui de la Peha, où il était né et où 
il revint pour mourir. C'est là qu'il faisait nourrir nombre 
d'animaux sauvages qu'il avait fait venir de l'Afrique sep- 
tentrionale, pour le luxe de sa cour et dont il se servait 
pour faire des cadeaux à des princes alliés ou amis. En 
1475, par exemple, Alphonse envoyait toute une collec- 
tion d'animaux de Guinée, au roi de France Louis XI, et 
deux ans après, un éléphant, des marmottes et des singes 
à René d'Anjou '. 

Le règne suivant, celui de Jean II (i48i-i495), fut 
l'époque où l'on vit venir pour la première fois, à Lisbonne, 
des nègres africains et où les envois de singes et d'oiseaux 

* Depping. Pièces inédites, p. 470 et 485. 



LES MENAGERIES DU PORTUGAL 21 7 

aux beaux plumages devinrent les cadeaux obligés de 
grand seigneur à grand seigneur. Avec Manoel (Emma- 
nuel I"), la colonisation et le commerce portugais furent 
portés à leur apogée par Vasco de Gama qui, en 1498, 
trouvait la route maritime des Indes orientales et par 
Cabrai qui découvrait le Brésil deux ans après. Dès lors 
on voit arriver, à Lisbonne, des animaux africains et asia- 
tiques de plus en plus nombreux, en particulier les pre- 
miers éléphants et les premiers rhinocéros qui soient 
réapparus en Europe, depuis la destruction de l'empire 
romain. 

Une troisième ménagerie royale, celle de Ribeira, 
fut construite, à cette époque, à un kilomètre au nord 
de Cintra pour ces grands animaux. Elle reçut d'abord : 
un rhinocéros, des gazelles et des antilopes venues 
d'Afrique, un éléphant dressé et une once apprivoisée, 
venus des Indes. En i5i7, un nouveau rhinocéros et 
un nouvel éléphant arrivèrent à Lisbonne, et Ton vit 
alors Don Manoel sortir dans les rues de la ville, en 
grand équipage, avec un rhinocéros ou un éléphant mar- 
chant devant son cheval. C'est à propos de ces animaux, 
que s'entama, à la cour, une grande discussion pour savoir 
si l'antipathie réciproque que les anciens avaient attribuée 
à ces bêtes était vraie. Désirant en faire l'expérience, le 
Roi commanda d'entourer de palissades une des pro- 
menades de la ville, et d'y amener les deux animaux. 
Dès que le rhinocéros fut entré, on le fit placer der- 
rière des tapis qui étaient tendus de la loge du Roi 
à la loge de la Reine, afin que l'éléphant ne le vît pas, 
lors de son arrivée dans l'arène. Peu d'instants après, 
celui-ci franchit la barrière, ayant de chaque côté des 
hommes de la garde royale qui fermèrent aussitôt les 
issues. Cela fait, le Roi ordonna que Ton enlevât les 
tapisseries derrière lesquelles se tenait le terrible rival du 



'^l8 RENAISSANCE : XV ET XVI SIECLES 

colosse de l'Inde. Bien qu'il marchât comme de coutume, 
avec ses entraves de fer, ce dernier, en voyant l'éléphant, 
fit un mouvement expressif et se rapprocha de l'Indien 
qui le soignait, et qui le tenait par une longue chaîne ; 
il sembla en un mot, dit Damien de Goes présent à cette 
scène, demander à son gardien licence d'aller au-devant 
de l'ennemi. 

« Gomme la bête commençait à l'entraîner, dit ce 
vieux chroniqueur, l'Indien lui lâcha la chaîne, en la 
gardant toutefois par l'extrémité dans sa main. Lors 
celui-ci, d'un pas -délibéré, commença à s'acheminer 
vers le lieu où était l'éléphant, levant son grouin incliné 
vers la terre et soufflant par les narines de telle sorte 
qu'il faisait voler la poussière et les pailles de l'arène, 
comme si se fut promené au-dessus de l'enceinte un 
tourbillon de vent. Au moment où le rhinocéros s'était 
mis en marche, l'éléphant portait ses regards du côté 
opposé ; mais dès qu'il l'aperçut, il tourna en rond sur 
lui-même, poussant des rugissements et agitant sa trompe 
comme s'il voulait combattre. Toutefois, lorsque le rhi- 
nocéros fut arrivé près de lui, voulant évidemment com- 
mencer l'attaque et le menaçant de lui ouvrir le ventre, 
il perdit confiance, sans doute à cause de sa jeunesse, et 
craignit de ne pouvoir s'aider de ses défenses contre un 
tel ennemi, enraison de son âge; en effet, elles n'avaient 
pas plus de trois palmes. Lors il fit volte sur lui-même et, 
s'acheminant vers une fenêtre fermée par des barreaux 
de fer qui se trouvait près de la porte de l'arène sur le 
côté qui regardait les maisons de la Ribeira, il y jeta sa 
tête avec tant d'impétuosité qu'il tordit du coup deux des 
énormes barreaux de la grille qui pouvaient avoir environ 
huit pouces en carré : ce fut par cette ouverture qu'il 
sortit, laissant son cornac étendu à terre, car dans cette 
occasion celui-ci s'était jeté à bas du dos de l'animal, 



LES MENAGERIES DU PORTUGAL aiQ 

autrement il eût été écrasé... L'éléphant, une fois sorti de 
l'arène, prit le chemin de l'étable où était son gîte, et ne 
tint plus nul compte de tout ce qui se présentait devant 
lui, hommes de cheval ou gens de pied; il passait devant 
tout le monde, donnant de tels bonds et faisant succéder 
les uns aux autres de tels rugissements, qu'on eût cru 
que c'était quelque bataille livrée sans ordre ou quelque 
déroute de l'ennemi... Quant au rhinocéros, il resta fort 
tranquille dans l'arène, donnant presque à entendre par 
ses mouvements à ceux qui étaient près de lui, et faisant 
comprendre par son air d'assurance, qu'il aurait eu certai- 
nement la victoire si l'éléphant fût demeuré. » 

Peu de temps après ce spectacle, en octobre de cette 
même année 1317, le roi Manoel envoya son rhino- 
céros au pape Léon X, avec un autre présent. Le bateau 
qui transportait l'animal arriva au port de Marseille, 
où se trouvait alors François P^ Le roi de France, 
apprenant le présence du rhinocéros, pria le capitaine, 
Juan de Pina, de débarquer l'animal pour qu'il fût vu de 
toute la ville. Il y excita naturellement une très grande 
curiosité et, pour remercier le capitaine portugais, qui 
lui avait offert en même temps un fort beau cheval tout 
harnaché, François I" lui fit « courtoisie de 5. 000 écus 
d'or au soleil ». Hélas ! pendant le voyage, le bateau fut 
surpris par une grande tempête et échoua sur les côtes 
de Gênes; tout périt, équipage, animaux et cargaison. 
Le corps du rhinocéros fut rejeté sur le rivage où il fut 
recueilli, soigneusement empaillé, et envoyé à Rome. 
Heureusement pour nous, avant son départ de Lisbonne, 
un artiste portugais en avait fait le dessin qui fut envoyé 
à Albert Durer, et c'est d'après ce portrait que le célèbre 
artiste de Nuremberg exécuta la gravure que l'on connaît 
et qui a été tant de fois reproduite depuis*. 

' Tous les renseigaements donnés ici sur le rhinocéros de Lisbonne sont 



220 RENAISSANCE '. XV® ET XVI® SIÈCLES 

Pendant la deuxième moitié du xvi* siècle, on continua 
d'envoyer d'Afrique en Portugal des animaux sauvages, 
principalement des singes et des oiseaux, et cela non seu- 
lement pour la ménagerie royale, mais encore pour celles 
des grands seigneurs, tels que les ducs de Bragance, de 
Coïmbre, d'Aveiro et le marquis de Villa-Real. Mais le 
beau temps de ce pays était passé ; le commerce, et avec 
lui la richesse, avaient passé en d'autres mains et la 
domination espagnole, jointe aux excès du prosélytisme 
religieux, vint bientôt consommer la ruine de ce vaillant 
petit pays. 

pris dans de Vilhena, dans Parsons, dans Lacépède (II, i5) et dans la chro- 
nique de Damien de Goes, traduite par le Magasin pittoresque, t. XXIII, i855, 
p. 202. Munster (liv. V, p. i34i) parie d'un combat de rhinocéros et d'élé- 
phant, donné à Ulysponne (Lisbonne) en l'année i5i5. 



CHAPITRE X 

LES MÉNAGERIES DES PAYS-BAS, DE SUISSE, D'AL- 
LEMAGNE ET D'AUTRICHE, AUX XV^ ET XVP 
SIÈCLES. 

1. Les lions de Bruges et de Gand au temps des ducs de Bourgogne. 

2. Les animaux de Marguerite d'Autriche à Louvain et à Malines. — La 

ménagerie de la Cour du Prince, à Gand (de 1500 à 1598). 

3. Anvers et le Parc de Bruxelles. 

4. Les fosses à ours des villes de Suisse. 

5. Les ménageries d'Allemagne et d'Autriche. 

I. C'est surtout dans les Pays-Bas, en Bourgogne, en 
Lorraine et en France, que nous allons voir la coutume 
des ménageries se développer, toujours sous l'influence 
de ces mêmes conditions que nous avons trouvées en 
Italie. 

A la fin du xiv* siècle, en i384, à la mort du dernier 
comte de Flandre, Louis de Mâle, le comté avait été 
réuni à la Bourgogne par Philippe le Hardi qui avait 
épousé Marguerite, la fille et la seule héritière du comte. 
Cinquante ans après, en i43o, l'année même où le duc 
régnant, Philippe le Bon, livrait Jeanne d'Arc aux Anglais, 
le Brabant, la Hollande et la Zélande passaient à leur 
tour, par héritage, au duché de Bourgogne qui devint 
alors le pays le plus riche de toute l'Europe. Les contrées 
du nord de ce duché, baignées par la mer, lui facilitaient, 
en effet, des échanges commerciaux actifs avec les pays 
étrangers; d'autre part, la culture bourguignonne, qui 
était toute française, venait apporter le goût du luxe et 
des arts à des habitants restés jusqu'alors un peu gros- 



222 RENAISSANCE : XV ET XVI SIECLES 

siers. Sous cette dernière influence, le centre de la vie 
active se déplaça ; il descendit du nord au sud, c'est-à- 
dire des villes de Hollande, où florissaient les petites 
ménageries du moyen âge, à Bruges, àGand, à Anvers et 
à Ypres ; toutes ces cités essentiellement commerçantes 
vont alors rivaliser d'influence avec Florence et Venise. 
Bruges fut d'abord la plus vivante de ces villes. Elle 
était, par ses canaux qui lui amenaient les navires du 
monde entier, le grand marché de l'Europe. Les nations 
étrangères y avaient de somptueux comptoirs ; la Ligue 
hanséatique y avait établi un grand entrepôt ; enfin les 
ducs de Bourgogne, Philippe le Hardi, puis Jean sans 
Peur, y tenaient leur cour quand ils venaient visiter 
leurs nouvelles possessions. Pourtant, en dehors du 
lion envoyé de Bruges à la duchesse de Bretagne, 
dont nous avons parlé plus haut, nous n'avons trouvé, 
aucune autre indication concernant l'existence d'une 
ménagerie dans cette ville. C'est que la faveur des ducs 
devait bientôt abandonner Bruges pour se reporter sur 
Gand où Louis de Mâle avait fait construire, vers i35o, 
un charmant petit palais qu'on appela d'abord la Cour de 
l'Etang [Hoften Walle) à cause d'un grand bassin qui ornait 
son jardin et que l'on nomma ensuite la Cour du Prince 
[Prinsen Hof) . A cette époque, le vieux château féodal des 
comtes fut abandonné; par conséquent sa ménagerie de 
lions fut supprimée ou plutôt, sans doute, transportée dans 
le nouveau palais où l'on construisit, pour la recevoir, un 
corps de bâtiment dont les loges s'ouvraient sur une cour, 
la Cour des Lions [Leeuven-hof). Au temps de Philippe 
le Bon, vers 1420, la Cour du prince à Gand renfermait 
quatre lions qui étaient à la garde et aux soins d'un 
boucher de la ville nommé Jacques de Melle. Le bou- 
cher qui avait soumissionné sa charge par « cry d'église 
et à rabat », recevait du duc 22 gros par jour. Avec cette 



LES MÉNAGERIES DES PAYS-BAS 2.'2'i 

somme, il devait alimenter les lions de bonne viande 
de mouton, leur donner du « feuvre [feurre ?] et autres 
mêmes choses pour la nécessité », enfin, il devait encore 
payer un garçon de ménagerie 4 sous par jour. Ses gages 
étaient donc peu élevés, mais maître Jacques s'était laissé 
circonvenir par les belles paroles des gens du duc qui 
lui avaient assuré qu'il aurait « grand prouffit des deniers 
que les bonnes gens y donneroient à les aller voir » [les 
lions]. En réalité, soit que le boucher demandât trop 
cher pour laisser visiter la ménagerie du duc, soit que 
les Gantois aient été peu curieux, la recette fut maigre 
et le duc fut obligé de reconnaître qu il ne payait pas 
assez le gardien de sa ménagerie. Il porta d'abord ses 
gages à 28 sous *. Mais c'était encore trop peu, surtout 
quand les guerres qui se firent ci es pays voisins dudit 
pays de Flandre » (c'est sans doute de la guerre que la 
France avait alors avec l'Angleterre dont veut parler le 
secrétaire du duc,) vinrent augmenter le prix des mou- 
tons; en 1426, par exemple, Jacques de Melle payait de 
32 à 36 gros la même bête qu'il avait payée auparavant de 
18 à 24 gros. Il se plaignit donc, de nouveau, au duc qui 
porta d'abord ses gages à 33 gros et y ajouta ensuite 
six gros pour un nouveau lion qui arriva à la ménagerie 
de Gand cette même année 1426 -. Son successeur, Henri 
van den Vyvere, fut plus habile ; il sut augmenter ses 
bénéfices en allant montrer aux échevins les petits lion- 
ceaux qui naissaient dans la ménagerie, car il recevait, 
chaque fois, un pourboire de 4 escalins gros^ 

La mort du dernier duc de Bourgogne, Charles le 



^ Comptes publiés par Laborde, a, 1, 3i6 et sairaotes. 

' Inventaire des Archives départementales de France. Série B. Nord, VII, 
p. 227. 

' Archives delà ville de Gand, comptes de 1443-1444, P> i38, et de i45i-i453, 
{° i58. Ces comptes sont rédigés en flamand. 



224 RENAISSANCE : XV ET XVI SIECLES 

Téméraire, en i477S laissa les Flandres entre les mains 
de sa fille, Marie de Bourgogne, qui donna son héritage, 
avec sa main, à rarchiduc d'Autriche Maximilien P% plus 
tard empereur. Pendant cette période, la ménagerie fut 
dirigée d'abord par Jean van den Vyvere, sans doute un 
fils du précédent, qui avait été promu, par la duchesse 
Marie, « concierge de la cour du Prince » ; ce fut alors sa 
femme qui vint, comme à l'habitude, présenter aux 
échevins les lionceaux nouvellement nés à la ména- 
gerie. La coutume fut continuée par Jean de Croc, le 
troisième gardien en date de la ménagerie de la Cour^ 

Marie de Bourgogne mourut en 1482, laissant un jeune 
fils, Philippe le Beau, que les Etats de Flandre recon- 
nurent comme souverain. La ménagerie persista pendant 
les troubles qui signalèrent la minorité de ce prince, 
tellement qu'elle put servir aux fêtes qui suivirent le 
mariage de Philippe et de l'infante d'Espagne, Jeanne 
la Folle. Le 10 avril i497^ en effet, les échevins, sur la 
prière de leur « redouté seigneur » , envoyaient chercher 
des taureaux à Stuvenberghe, à Mariakerke et à Vinder- 
haute pour faire combattre ces animaux contre un ours ^ 

Trois ans après, la duchesse Jeanne mettait au monde, 
au Palais même, le futur Charles-Quint. A cette époque, 
le grand bassin du jardin qui avoisinait la ménagerie 
était couvert d'oiseaux aquatiques, parmi lesquels des 
cygnes sauvages *. La présence de ces oiseaux, avec les 

^ Du temps de Charles le Téméraire, nous ne trouvons qu'un compte 
de 1476, qui parle de « XXII moutons et demi pour la gouverne de la 
lyonessc tout ce caresme ». [Inventaire des Archives départ, de France. 
Série B. Nord, YII, p. 227.) 

On trouvera la suite de l'histoire des animaux des ducs de Bourgogne, 
au paragraphe III de ce chapitre, et au chapitre suivant. 

2 Archives de la ville de Gand. Comptes 1483-1484, f° 260, et i488-t489, 

fO ga v». 

^ Ihid. Comptes 1496-1497, f'* 49- 
* Ibid. Comptes 1 499-1 5oo, f" 260 v". 



LES MÉNAGERIES DES PAYS-BAS aa5 

ours de combat, que renfermait la maison des lions, 
semblait indiquer l'intention d'augmenter la collection 
d'animaux sauvages que nourrissait le Palais, mais des 
événements politiques importants vinrent faire perdre 
pour toujours, à la ville de Gand, l'avantage de posséder 
une cour princière. En effet, Philippe le Beau quittait la 
Flandre, en i5o6, pour aller prendre possession du trône 
d'Espagne, mais il mourait presque aussitôt, laissant la 
couronne sur la tête d'un enfant de six ans. 

II. Pendant la minorité de Charles-Quint, les Flandres 
furent gouvernées par une régente, Marguerite d'Autriche, 
qui était la sœur de Philippe le Beau. « Madame Margue- 
rite », comme on l'appelait, demeurait alors à Louvain, 
dans l'ancien château des comtes où elle avait élevé son 
neveu. Elle y avait réuni une ménagerie plus considé- 
rable que celle de Gand, quoique ne renfermant pas 
d'animaux féroces ; on y voyait trois civettes, un blaireau, 
deux marmottes, un taureau avec quatre vaches sauvages 
et quatre chameaux (Schayes, p. 204). A Malines, où Mar- 
guerite, nommée gouvernante générale des Pays-Bas espa- 
gnols, vint tenir une véritable cour, la princesse continua 
à s'entourer d'animaux. Quand elle se promenait dans 
ses jardins, plantés de roses, de marjolaines, de romarin 
et autres plantes aromatiques, on la voyait accompagnée 
de dogues d'Angleterre et de lévriers d'Espagne, et por- 
tant dans ses bras, sur une robe de satin aux larges 
manches fourrées d'hermine, sa marmotte et son perro- 
quet. Cet oiseau mourut pendant un long séjour que la 
princesse fit en Autriche, auprès de son père, l'empereur 
Maximilien l". A son retour, nouvelle Romaine, elle fit 
élever un tombeau à l'endroit où l'oiseau chéri avait été 
enterré et, sur la pierre, elle fit graver cette épitaphe 
qu'elle composa elle-même : 



aa6 RENAISSANCE : XY® ET XVI® SIÈCLES 

« Sous ce tumbel, qui est un dur conclave, 
Git l'amant verd, et le très noble esclave, 
. Dont le noble cœur, de vraye amour pure, yvre. 
Ne peut souffrir perdre sa dame et vivre ^ » 



Marguerite d'Autriche mourut en i53i. Charles-Quint 
la remplaça l'année suivante, dans le gouvernement des 
Pays-Bas, par sa propre sœur, Marie de Hongrie, qui 
vint demeurer à Bruxelles. Le palais de la Cour du Prince, 
à Gand, n'était pourtant pas abandonné et sa ménagerie 
était toujours entretenue. Au temps de Marguerite, elle 
s'était même augmentée d'un aigle de grande taille qui y 
vécut trente ans, et, en 1 52 1 , Albert Durer, passant par là, 
y dessina un lion ^ 

C'est sans doute là aussi que le maître ouvrier inconnu, 
qui sculpta vers cette époque le lion et le caniche, 
du tombeau du comte Jean de Mérode que l'on voit 
encore aujourd'hui à Gheel, vint prendre son modèle. 
Cette sculpture est intéressante car elle montre qu'on 
avait toujours l'habitude, comme au temps des anciens, 
de tondre les lions captifs de la même façon que les 
caniches. Les deux animaux de Jean de Mérode sont en 
effet représentés tondus ; le sculpteur n'a laissé au chien 
que les poils de la partie inférieure du corps et, au lion, 
que sa crinière avec quelques bandes régulières de poil 
entourant la croupe. 

Charles-Quint n'oublia pas le palais où il était né. 
En i535, alors qu'il guerroyait en Afrique, il prit à Tunis 
trois lions qu'il amena avec lui à Naples, où il passa l'au- 
tomne de la même année et qu'il envoya, de cette ville, à 

i Altmayer, p. 187. L'épitaphe se trouve dans le Recueil des chansons de 
Marguerite d'Autriche. 

2 Ce dessin, qui est conservé actuellement, croyons-nous, dans la biblio- 
thèque impériale de Vienne, porte ces mots « Zu Gent », de la main du 
grand peintre. Il a été gravé par Wenceslas HoUar. 



LES MENAGERIES DES PAYS-BAS 227 

sa ménagerie de Gand'. L'année suivante il y plaçait un 
nouveau lion qu'il achetait 120 livres"; en iSSg, on cons- 
truisit un nid de cigogne dans une petite île de la Lys, 
nommée Asselt^ ; enfin, dix ans après, au mois de juil- 
let 1049, quand il vint faire reconnaître, parles Etats, son 
fils Philippe, comme son héritier légitime, il donna de 
grandes fêtes parmi lesquelles figura un combat d'ani- 
maux. Ce fut le 17 juillet, après dîner, que Gharlcs-Quint 
régala les hôtes du palais du spectacle de ce combat. On 
introduisit d'abord, dans la cour de la ménagerie, un 
cheval, puis un lion qui était la bête la plus sauvage 
qu'on eût jamais vue; pourtant la bête féroce, intimidée 
peut-être par la vue de si hauts personnages, se com- 
porta tellement mal, c'est-à-dire se montra si pacifique, 
qu'elle ne chercha même pas à attaquer le cheval. L'au- 
teur contemporain qui nous raconte ce fait* ajoute qu'il 
y avait alors à la ménagerie trois lions des plus sau- 
vages, et des ours fort féroces, ainsi que diverses espèces 
d'animaux rares et curieux. 

En i555, à la suite de l'abdication de Charles-Quint,. 
Marie de Hongrie résigna ses pouvoirs, et Philippe II 
mit à la tête du gouvernement des Pays-Bas une fille 
naturelle de Charles-Quint. Marguerite d'Autriche, 
duchesse de Parme. En même temps, par une ordon- 
nance en date du 1 7 octobre 1 556, il maintenait un nommé 
Pierre de Rijcke dans ses fonctions de a concierge de la 

^ Archives de ta ville de Gand. Comptes de i535-i536, i° 27. Pour complé- 
ment, voir la citation d'un auteur contemporain, Marc de Vaemewyck, Die his- 
torié van Belgis, ëdit. de 1619, f* 119. 

^ Inventaire des Archives départementales de France, série B. Nord VII 
(rédigé par Finot), p. 60. 

» Archives de l'État, à Gand. Riche Hôpital, n« Sa. Rekening van de brieven 
vander Ilasselt, f" 6 (comptes du i^"" octobre i538 au i®'' octobre iSSg). Il y 
avait alors plusieurs autres nids de cigognes sur le toit des maisons, comme 
le montre la vue à vol d'oiseau de Gaud de i534. 

* Juan Cbristoval Calvette de Estrella, t. II, p. 87 et ga. 



2a8 RENA.ISSA.NCE ! XV* ET XVl^ SIÈCLES 

cour des lions ». Ces charges de concierge étaient alors, 
en Belgique comme en France, des places de véritable 
intendant ; aussi voit-on cette ordonnance accorder à 
Pierre de Rijcke, en plus de ses émoluments, « droictz, 
honneurs, prérogatives, libertez, franchises et proffictz » ; 
elle lui donnait en particulier la jouissance d'un pré atte- 
nant à la ménagerie, à charge d' « appliquer Iherbaige 
dicelluij à nourrir et paistre les bestes qu'il convient 
journellement avoir et despencer pour la nourriture et 
entretenement diceulx lions... ^ ». Il y avait pourtant 
encore, à la cour du prince, un Jean van den Vyvere, 
sans doute un descendant de l'ancien concierge de la 
ménagerie au temps des ducs de Bourgogne, car nous 
voyons, en i557,lavillede Gand rembourser à cet homme, 
qualifié « demeurant dans la Cour du prince», les dépenses 
qu'il avait faites pour la garde d'un ours et d'un « lucerne » . 
Ces deux animaux avaient été offerts, à la ville, par 
Madame la duchesse de Lorraine, Claude de France, 
fille du roi Henri II. Cette princesse envoyait encore aux 
Gantois, trois ans après, un jeune lion, en souvenir, 
écrivait-elle, de la bonne réception qui lui avait été faite par 
la ville, lors de son séjour à Gand. Ces animaux avaient-ils 
été logés avec ceux du prince, ou bien avaient-ils formé 
une ménagerie municipale ? Les documents officiels ^ ne le 
disent pas, non plus qu'un voyageur italien, qui visita 
Gand vers i566 : « On y nourrit aussi, pour parade de gran- 
deur et de magnificence, se contente en effet d'écrire ce 
dernier, des lyons, des ours, loups-cerviers et autres 
bestes crueles et farouches d'estranges contrées \ » 

^ « Ordonnance de Philippe II maintenant Pierre de Rijcke dans ses 
fonctions de concierge de la cour des lions » (17 octobre i556), publiée in 
extenso par de Potter, p. i55, LXXXVI. 

- Archives de la ville de Gand. Comptes de i557-i558, f° 181, et comptes 
de i56o-i56i, f° 246. 

^ Guicciardini, éd. fr. , p. 332. 



G AND ATI. 




LES MÉNAGERIES DES PAYS-BAS 229 

En tous cas, la répression si cruelle que le duc 
d'Albe fit subir à la ville de Gand, en 1567, laissa sub- 
sister la ménagerie ducale, car les Archives municipales * 
nous apprennent que l'archiduc Albert, gouverneur de 
la Belgique pour le compte de Philippe II, y possédait 
toujours des lions. Elle était située exactement entre le 
grand étang qui ornait les jardins fleuris du palais et la 
cour d'honneur, transformée aujourd'hui en large passage 
public. Son entrée principale devait être à peu près vers 
l'emplacement de la maison qui porte aujourd'hui le n°27 
de la rue dite « Cour-du-Prince ». On trouvait d'abord des 
bâtiments pour le logement du personnel, des étables et 
des écuries ; puis une grande cour libre, la ce cour des 
lions », divisée en deux parties dans lesquelles Sanderus 
a figuré des lions jouant avec une boule de bois; au fond 
de cette cour, du côté du jardin du palais, se trouvaient 
deux longs corps de bâtiments où étaient les cages des 
bêtes féroces ; tout à côté de la ménagerie, s'étendant 
vers le sud, se voyait le grand pré dans lequel paissaient 
les moutons et les veaux destinés à la nourriture des 
lions ^ 

III. Il y avait longtemps, à cette époque, que Gand, 
après Bruges, était entrée en décadence. Le grand com- 
merce, suivant le déplacement de la navigation, avait 
abandonné ces villes l'une après l'autre, pour s'établir 
à Anvers, la grande métropole de l'Europe, au xvi^ siècle. 
C'était là maintenant que débarquaient les animaux sau- 
vages apportés des pays lointains pour réapprovisionner 
les ménageries. Y eut-il à Anvers un dépôt de ces ani- 
maux comme nous en verrons exister plus tard à Amster- 

^ Archives de la ville de Gand. Comptes de iSgo-iSgi, P> 38a v°. 

' Cette description est faite d'après le plan doaac par Sanderus (t. I, 
P* '47)t publié seulement, il est vrai, en 1641. 



aSo RENAISSANCE : XV* ET XVl' SIÈCLES 

dam ? Cela est presque certain, car on trouve encore au- 
jourd'hui, dans le quartier nord d'Anvers, tout près du 
fleuve, \ine petite rue qui porte le nom de Vieux canal 
des lions, Oude Leeuwenvliet. 

C'est à peine si nous avons plus de renseignements, 
pour cette époque, sur la ville de Bruxelles, l'ancienne 
capitale des ducs de Brabant. Nous savons qu'au temps de 
ces ducs, il y avait un parc de réserve de chasse entouré 
de murs que Philippe le Bon fit agrandir et repeupler 
de daims, bouquetins, chèvres sauvages, sangliers et 
lièvres. Il y avait sans doute aussi une ménagerie, car nous 
voyons ce prince y faire envoyer, en i46i, un lion appri- 
voisé qu'il avait demandé à Venise* ; et c'est de ce parc, 
ou de cette ménagerie, que veut parler certainement un sei- 
gneur bohémien, le baron Low de Rosmital, qui visita les 
Pays-Bas en i465^ Au siècle suivant, en i52o, Albert 
Durer y note la présence d'un « jardin des animaux ». 
« Je n'ai jamais vu chose plus plaisante » (écrit-il, p. 456) ; 
« c'est comme un paradis. » Et il en rapporte des perro- 
quets qu'on lui avait donnés. 

IV. La Suisse, pays de montagnards peu fortunés, 
n'eut point de grandes ménageries ; seules des fosses à 
ours sont mentionnées par les documents anciens à Berne, 
à Zurich et à Lucerne. Cet usage des villes suisses de 
garder, dans leurs murs, des ours en captivité, remonte- 
rait à la plus haute antiquité, La légende fait dater les ours 
de Berne, par exemple, du temps de Berthold V, duc de 

* Laborde, I, 477- 

^ La relation de ce voyage a été publiée en latin par Isidoor Hye. Voie 
le passage qui nous intéresse et dans lequel on trouve, en même temps, le 
récit d'une sorte de joute sur un étang glacé : 

« Ea die, qua dominus Duci valedicebat, mirabile spectaculum conspe- 
ximus. Vivarium est : Bruxellae, arci contigum, in eoque piscina cujus sum- 
mum tum glacie obductum fuit. Id vivarium Dux ministros suos aliquot 

ingredi jussit, et super piscinam glacie concretam depugnare Varias 

etiam feras in eodem vivario conspeximus » (p. 42). 



LES MÉNAGERIES EN SUISSE ET EN ALLEMAGNE aSi 

Zaehringen, c'est-à-dire du xii® siècle; mais, pour Salo- 
mon Reinach, il faudrait voir là la survivance d'un culte 
totémique, antérieur de plusieurs dizaines de siècles à Ber- 
thold; en i832, en effet, on découvrità Mûri, village situé 
dans les environs immédiats de Berne, un ensemble de 
petits bronzes romains, représentant une ourse qui s'ap- 
proche d'une déesse comme pour manger les fruits qu'elle 
tient dans la main*. 

En tout cas, la première mention historique que Ton 
trouve d'une fosse aux ours à Berne, ne remonte qu'à 
l'année i48o. A cette époque, nous écrit M. l'archiviste 
du canton de Berne % on entretenait un jeune ours dans 
une fosse de la ville, mais cet animal était seul, et, après 
sa mort, la fosse resta vide jusqu'en i5i3. Le i6 juin 
de cette année, les mercenaires suisses de Sforza défai- 
saient les troupes françaises à la bataille de Novare, et les 
compagnies de Berne ramenaient dans leur ville, en guise 
de trophée, un ours qui avait été trouvé dans les bagages 
du duc de La Tremouille. Gomme ces compagnies s étaient 
couvertes de gloire à cette bataille, la municipalité résolut 
de conserver cet ours en souvenir de la journée, et de lui 
donner pour compagnon d'autres ours pris dans la mon- 
tagne. Ces animaux furent placés dans une fosse que Ton 
creusa sur une place qui prit alors, et garda depuis, le 
nom de Barenplatz. 

V. En Allemagne, la plus ancienne ménagerie connue 
est celle que le grand maître de l'Ordre Teutonique pos- 
sédait à Marienburg; en i4o8, il y avait, dans le vieux 
château qui reste encore aujourd'hui une des merveilles 
de la Prusse : un lion, des vaches marines et des bœufs 

* Ce groupe dont oq peut voir les différents morceaux au musée de Berae, 
a été figuré reconstitué par Reinach, d, I, fig. i, p. 3i. 

* D'après le chroniqueur bernois, Valerius Anshelm, t. II, p. 433. 



aîa RENAISSANCE : XV^ ET XVl" SIÈCLES 

marins (phoques ou morses), plusieurs ours, un certain 
nombre de singes, des cerfs, des chevreuils et cinq 
aurochs, dont quatre provenaient d'un cadeau du grand 
seigneur Witold de Lithuanie (voir Voigt) . 

Des animaux féroces furent gardés aussi, sans doute, 
par les seigneurs allemands qui avaient comme emblème 
dans leurs armoiries, soit un lion (Limbourg, Luxem- 
bourg, Holstein, Zœhringen-Bade, Hesse, Palatinat), soit 
un ours (Anhalt, Saint-Gall) . Il est probable encore qu'il 
y eut une ménagerie à Nuremberg, au temps des Bur- 
graves, car il existe dans cette ville, une porte des 
remparts qui garde le nom de Thiergàrtnertor^ . Pourtant, 
les seuls documents que nous connaissons, à propos de 
cette ville, ne parlent que des perroquets que les magis- 
trats offraient à des princes ou à des évoques. En i458, 
par exemple, Nuremberg offrit à l'archevêque deMayence 
une perruche^ qui avait été achetée 25 florins à un nommé 
Anton Baumgartner; la dorure de la cage dans laquelle 
on porta l'oiseau coûta 7 florins et la draperie pour la 
recouvrir 9 schellings 4 hellers ; la dépense totale, avec 
les frais de voiturage et les dépenses de route, coûta 
5o livres [pfound)^ i schelling et 11 hellers. Deux ans 
après, c'était à la reine de Bohême que les magistrats 
de Nuremberg envoyaient une autre perruche, qui leur 
avait coûté également 23 florins. 

Dans d'autres villes allemandes et suisses : à Franc- 
fort-sur-le-Main dès 1899, à Soleure en i448, à Friedberg 
en 1489, c'étaient des cerfs que les municipalités nour- 
rissaient aux frais des villes ^ La fosse aux cerfs de 
Francfort est la plus connue car le souvenir s'en est per- 

^ Ce mot composé signifie Porte du jardin d'animaux ; son orthographe 
indiquerait une origine récente, mais aucun jardin zoologique n'existe et n'a 
jamais existé, dans ces derniers siècles, croyons-nous, à Nuremberg. 

2 Bruhin, p. 6a. 



LES MÉNAGERIES d'aLLEMAGNE a?3 

pétué jusqu'à aujourd'hui dans le nom de la rue Grosser 
Hirschgi^aben. A l'origine, en iSgg, il n'y eut dans cette 
fosse que deux animaux : un cerf et une biche, cette der- 
nière étant le cadeau d'un juif de Kreuznach, du nom de 
Gottschalk. Le couple fît souche d'une nombreuse famille, 
ce qui permit au Sénat de la ville de choisir chaque année 
un des plus beaux cerfs de la fosse pour le manger en 
grande cérémonie, dans un festin annuel qui prit le 
nom àe Repas du Cerf; d'autre part, en i444) les élevages 
étaient ici si nombreux que le seigneur de Falkenstein et 
Eppstein fut autorisé à venir y ravitailler son Parc de 
Mûnzenberg, situé dans le Harz. 

Les grandes ménageries allemandes ne se dévelop- 
pèrent guère qu'au xvii^ siècle, comme nous le dirons 
dans notre second volume. Mais déjà, en i58o, Montaigne 
voit dans le jardin d'une des maisons de campagne des 
Foulcres *, à Augsbourg, un vivier et une volière dont les 
dispositions curieuses avaient été prises aux Italiens. 
C'étaient, écrit notre célèbre moraliste : « deus grands 
gardoirs de poissons, couvers, de vint pas en carré, pleins 
de poisson. Par tout les quatre costés de chaque gardoir, 
il y a plusieurs petits tuiaus, les uns droits, les autres cour- 
bés contre-mont ; par tous ces tuiaux, l'eau se verse très 
plesamment dans ces gardoirs, les uns envoiant l'eau de 
droit fil, les autres s'élançant contre-mont à la hauteur 
d'une picque. Entre ces deux gardoirs, il y a place de dix 
pas de large, planchées d'ais ; autravers de ces ais, il y a 
force petites pouintes d'airain qui ne se voyent pas. Cepen- 
dant que les dames sont amusées à voir jouer ce poisson, 
on ne faict que lâcher quelque ressort; soudein toutes 
pouintes élancent de l'eau menue et roide jusques à la 



* Montaigne veut parler ici des Fuggcr, célèbre famille de négociants 
allemands qui avaient prêté des sommes considérables à Charles-Quint, lors 
de sa campagne électorale pour l'Empire. 



a34 RENAISSANCE : XV* ET XVl" SIÈCLES 

teste d'un home et ramplissent les cotillions des dames 
et leurs cuisses de cette frecheur... Il y a aussi une volière 
de vint pas en carré, de douze ou quinze pieds de haut, 
fermée partout d'areschal bien noué et entrelassé; au de- 
dans dix ou douze sapins, et une fontene : tout cela est 
plein d'oiseaus. Nous y vismes des pigeons de Polongne, 
qu'ils appellent d'Inde^ que j'ai veu ailleurs ; ils sont 
gros et ont le bec comme une perdris*. » 

Dans le cercle d'Autriche, les grandes ménageries 
apparaissent également dans la dernière moitié du 
xvi^ siècle ^ La ménagerie d'Ebersdorf, la plus ancienne, 
fut fondée en i552, par Maximilien II, le fils aîné de l'em- 
pereur FerdinandP^ Geprince, qui venaitdequitterla vice- 
royauté des Pays-Bas où l'avait placé la faveur de son oncle 
Charles-Quint, était revenu d'abord en Espagne, le pays 
de son enfance, puis était reparti en i55i pour l'Autriche, 
emmenant avec lui un éléphant. Ce fut sans doute pour 
loger cet animal, ainsi que ses léopards de chasse, que 
le futur empereur fit construire une ménagerie dans le 
parc de la maison de chasse d'Ebersdorf, près de Vienne, 
mais ce n'était pas le premier animal de cette espèce 
qui ait alors paru dans le pays, comme l'avance Fitzinger. 
Un autre éléphant, conduit par un montreur de bêtes, 
voyageait alors en effet en Autriche. Il avait passé la nuit 
du 2 janvier i55i à Brixen, une petite ville située sur 
l'Eisak, près d'Insprûck, dans une auberge qui s'appela 
depuis et s'appelle encore aujourd'hui « Zum Ele- 
phantea^ ». 

Maximilien fit figurer son éléphant dans le somptueux 
cortège de son couronnement comme roi de Hongrie, le 

^ Montaigne, p. 78. 

^ Voir Fitzinger. 

^ Stricker. L'unique hôtel de Stein, une petite ville située dans le voisi- 
nage d'Ebersdorf, porte la même enseigne : A l'Eléphant. 



LES MÉNAGERIES DALTRICHE a35 

7 mai i552; la bête existait encore en idj^, car lorsque 
Henri III, qui se sauvait de Pologne pour venir occuper le 
trône de France, passa par Vienne, l'Empereur lui fit voir 
tout ce qu'il avait « de plus singulier » ; dans le nombre 
figurait l'éléphant* et sans doute aussi ce pélican familier, 
dont parle Gessner", qui suivait Maximilien au vol par- 
tout où ce prince allait, même à l'armée. Sous le règne 
suivant, celui de Rodolphe II, une autre rareté se trouvait 
à la ménagerie d'Ebersdorf ; c'était le premier casoar 
connu qui avait été apporté de Bemba par des Hollan- 
dais ; cet oiseau avait été exposé pendant quelque temps 
à Amsterdam, puis acheté par l'Electeur de Cologne qui 
en fit cadeau à l'Empereur \ 

La ménagerie d'Ebersdort disparut au commencement 
du xvii^ siècle, sans que nous sachions comment. Elle 
avait été supplantéepar un autre établissement semblable, 
la ménagerie de Xeugebàu, qui, fondée également par 
Maximilien II, ne prit tout son développement que dans 
la dernière moitié du xvii® siècle* ; mais ce sont bien cer- 
tainement les animaux de ces deux ménageries qui servi- 
rent de modèles à Roeland Savery pour plusieurs de ses 
tableaux de paysages avec animaux *. R. Savery, un 
artiste hollandais de la fin du xvi® siècle, fut, en effet, au 
service de l'empereur Rodolphe II jusqu'en 1612. 

Nous pouvons signaler encore, pour en finir avec l'Au- 

* P. Mathieu, Histoire de France, t. I, p. 396 (cité par Franklin, III, 
p. 100). 

- Cité par Yalmont de Bomare, t. III, p. 4o3. Ce pélican vécut, paraît-il, 
quatre-vingts ans. 

^ Fitzinger ne parle pas de ce casoar dont Thistoire nous est donnée 
par Maréchal et Miger, an IX, p. 3. 

* Voir, t. II, p. 65. 

* Par ex : Paysage, au Musée de Vienne, n<* 93t ; Orphée charmant les ani- 
maux, aY Ermitage, n° 53o et zix Musée national de Stockholm, n°« 364 et 365. 
Voir encore au Musée des arts de Christiania, au Musée de La Haye et à la 
Galerie d'Utrecht. 



236 RENAISSANCE ! XV* ET XVl" SIECLES 

triche du xvi« siècle, quelques paires de chevaux sauvages 
et six jeunes aurochs que l'archiduc Ferdinand, fils de 
l'empereur Ferdinand P% avait fait demander au duc 
de Parme, en i558, pour son château de Prague. 



CHAPITRE XI 

LES MÉNAGERIES DE BOURGOGNE, DE LORRAINE, 
DE SAVOIE, D'ANJOU ET DE PROVENCE AUX XV 
ET XVP SIÈCLES. 

1. Les animaux à la cour de Philippe le Hardi, à Dijon. 

2. Les ménageries de Bourgogne au temps de Philippe le Bon. 

3. Les lions et les ours à la Cour de Lorraine. Combats d'animaux à Nancy. 
A. Les ménageries de Savoie. 

5. La Cour du roi René et sa ménagerie au château d'Angers. 

6. Les ménageries de Provence. 

I. Il est probable que les premiers ducs de Bourgogne 
eurent des lions ou des ours dans leurs châteaux, 
comme tous les grands seigneurs du moyen âge. Mais 
nous ne voyons les ménageries de ce pays prendre 
quelque importance qu'à partir des ducs de la seconde 
race, c'est-à-dire à partir de Philippe le Hardi (i342-i4o4), 
qui était fils du roi de France Jean le Bon. Nous savons 
comment le duché s'agrandit, sous ce règne, par l'apport 
des possessions maritimes des Pays-Bas, et comment 
un commerce actif rendit alors ce pays un des plus 
riches d'Europe, de même que la cour de son prince 
devint une des plus fastueuses du temps. A cette cour, 
grâce sans doute aux facilités de communication avec 
la mer, les animaux tinrent une place très considérable, 
non seulement auprès du prince, mais encore auprès 
de sa dame. Les jours d'apparat, en effet, on pouvait voir, 
dans une des salles de réception du Palais des ducs de 
Bourgogne, à Dijon, la duchesse Marguerite de Flandre 
assise et reposant ses pieds « sur un tapis velu par forme 



238 RENAISSANCE : XV* ET XVl" SIÈCLES 

d'herbe des préés* », jouer avec des tourterelles blan-^ 
ches, tandis que des singes, venus des Indes, gamba- 
daient à distance respectueuse d'un léopard, et que des 
paons se dressaient majestueusement de chaque côté de 
la salle. 

Le léopard, sans doute une bête de chasse, était un 
animal privé que le comte de Vertuz avait donné au duc 
de Bourgogne ; couché sur un tapis qui avait coûté à 
Paris 5o francs losous tournois ^ il était attaché aux pieds 
de sa maîtresse avec une simple cordelette de soie. 

Quant aux paons, leur présence auprès de la duchesse 
s'expliquait non seulement par la beauté du plumage de 
ces oiseaux, toujours très rares, mais encore par la signifi- 
cation symbolique qu'on leur donnait alors. On les plaçait 
parmi les oiseaux nobles, en compagnie des faisans et de 
certains des Rapaces usités pour lâchasse au vol. Par l'éclat 
et la variété de leurs couleurs, ils représentaient parfai- 
tement, en effet, « la majesté des Rois et les superbes 
habillements dont ces Monarques étaient parés pour tenir 
ce que Ton nommoit Tinel ou Cour plénière ». Déplus, la 
chair du paon comme celle du faisan était, si l'on en croit 
nos vieux romanciers, a la nourriture particulière des preux 
et des amoureux. Leur plumage avait été regardé par les 
Dames des cercles de Provence, comme le plus riche orne- 
ment dont elles pussent décorer les Troubadours^; elles 
en avoient tissé les Couronnes qu'elles donnoient comme 

^ Nous parlons ici d'après les Inventaires publiés par Prost et d'après 
l'ouvrage de Maillart de Chambure, p. 18 et suivantes. Il faut peut-être en- 
core attribuer à la cour de Philippe le Hardi une partie des scènes 
d'animaux représentées dans le Livre des Merveilles (v. notre Bibliogra- 
phie) . 

2 Le « franc » était une nouvelle pièce de monnaie, un denier d'or fin de 
la valeur de ao sous tournois, qui venait d'être créée par le roi Jean. 

^ « Les yeux représentés sur le plumage de paon et dont il paraît envi- 
ronné lorsqu'il fait la roue, exprimoient les regards de tout le monde fixés. 
sur les troubadours pour écouter leurs compositions. » La Cume de S'°-P.). 



LES MÉNAGERIES DE BOURGOGNE aSg 

la récompense des talens poétiques consacrés alors à 
célébrer la valeur et la galanterie '. » 

Une pièce voisine de celle où se tenait Madame Mar- 
guerite était la chambre à coucher du jeune comte Jehan, 
le futur Jean Sans Peur, et là, au-dessous d'une espèce 
de baldaquin placé devant la cheminée, trois clochetons 
dorés et armoriés suspendaient 24 cages remplies de 
chardonnerets et de tarins. A cette cour, la charge de 
« garde des rossignolets et oiseaulx de chambre » était 
tenue par un certain Jehan Freconel, alors que la demoi- 
selle Amyotte de Marey, dénommée a nourrice des chiens 
de Monseigneur », avait à s'occuper de quelques chiens 
favoris : de Marthelet^ le chien blanc, de Coquart^ le 
favori de a Madame Marguerite », de Doulcet, un chien 
camus chèrement payé par le duc, et des « chiennettes 
d'Autriche » qui étaient dressées à prendre les perdrix. 
Ce n'était là, il est vrai, qu'une faible partie de la meute 
ducale, car on comptait encore, comme personnel d'équi- 
page de chasse, 43o veneurs de tout grade. 

Au dehors du Palais, au pied du mur de la vaste et splen- 
dide Salle des Gardes qui existe encore, se trouvaient des 
loges et des enclos où Ton nourrissait des cerfs, un castor, 
unporc-épic, une jeune ourse, des lièvres, des cigognes, 
puis des faisans, paons, oies, gelines, poules de Flandre 
et poules d'Inde. Ces logements d'animaux donnaient sur 
un vaste jardin où s'ébattait, dans un large bassin, le 
marsouin de Madame la Duchesse, que son mari lui avait 
envoyé des Flandres ; enfin, dans une enceinte de chaînes 
attachées à de hautes bornes, paissaient tranquillement 
les jolies vaches noires qui servaient de nourrices au 
jeune Jehan. 

II. Cent ans après, on trouvait toujours des bêtes féroces 

^ La Cume de Sainte-Fiilaye, h, I, p. i85. 



a4<> RENAISSANCE : XV^ ET XVl' SIÈCLES 

apprivoisées à la cour de Bourgogne, en particulier un 
lion que les Vénitiens avaient donné à Philippe le Bon, et 
un petit ours \ En même temps, le duc faisait nourrir 
des buffles, des chameaux et des dromadaires dans le 
parc de son hostel, « en sa ville de Quesnoy^ », et la 
volière de son château d'Hesdin, en Artois, était citée 
comme la plus grande « cage à oiseaux du royaume ^ ». 

Quelques-uns des animaux de ce prince servirent alors 
d'apparat dans un banquet célèbre qui eut lieu à Lille, au 
mois de février i454 (i453 de Tancien style). Le duc avait 
réuni à cette fête son fils Charles (le Téméraire) et toute la 
noblesse de Bourgogne pour faire vœu d'entreprendre 
ensemble une croisade contre les Turcs qui venaient de 
prendre d'assaut Constantinople. Or, à cette époque, tout 
engagement de guerre et de chevalerie était scellé par 
des actes particuliers que la religion, l'honneur et l'amour 
rendaient également irrévocables. « Le plus authentique 
de tous les vœux était celui que l'on appelait le Vœu du 
Paon ou du Faisan... Le jour donc que l'on devait prendre 
l'engagement solennel, un paon ou bien un faisan, quel- 
quefois rôti, mais toujours paré de ses plus belles plumes, 
était apporté majestueusement par des dames ou par des 
demoiselles, dans un grand bassin d'or ou d'argent, au 
milieu de la nombreuse assemblée de chevaliers convo- 
qués. On le présentoit à chacun d'eux; et chacun faisoit 
son vœu sur l'oiseau : ensuite on le reportoit sur la table 
pour être enfin distribué à tous les assistants*. » 

1 de Laborde a, t. I, p. 477 et 499. 

2 Comptes publiés par de Laborde, II, aag. 

3 Ménagier de Paris, II, 253. 

* La Curne de Sainte-Palaye, I, i83. Les détails très curieux du Banquet 
du Faisan nous sont connus par les récits de deux témoins oculaires : Mathieu 
de Coussy (ch. lxxxviii, p. i45 et suiv.) et Olivier de la Marche (t. II, p. 34o). 
Voir également : Laborde, Les ducs de Bourgogne. Preuves, I, p. 4^7- 

La coutume de présenter aux festins des paons ou des faisans ainsi parés 
de leurs plumes, le bec et les pieds dorés, dura longtemps. Sebizius, qui 



LES MÉNAGERIES DE BOURGOGNE a4l 

Au banquet donné à Lille, le duc de Bourgogne voulut 
entourer cette cérémonie d'un faste tout oriental. On 
vit d abord, dans la salle, un lion vivant attaché à un pilier 
par une chaîne qui avait été payée vingt sous à un serru- 
rier de Lille ; l'animal était couché aux pieds d'une statue 
de femme nue dont le sein droit laissait couler conti- 
nuellement du vin épicé ou hypocras ; près du lion était 
une inscription portant ces mots : « Ne touchez à ma 
dame. » 

Au cours même du festin, on vit paraître dans la salle, 
en guise à' entremets, diverses décorations : des machines, 
des figures d'hommes et d'animaux extraordinaires, des 
arbres, des montagnes, des barques sur des rivières et 
des vaisseaux sur la mer. Tous ces objets, accompagnés 
de personnages, d'oiseaux et d'autres animaux vivants, 
furent placés sur les tables ou défilèrent tout autour; ils 
représentaient des scènes relatives au dessein de croi- 
sade que le duc avait formé. La scène capitale fut jouée 
par un éléphant qui entra portant, dans une tour sur son 
dos, une dame éplorée, vêtue de longs habits de deuil, 
qui se lamenta sur les malheurs que souffrait la Religion 
de la part des Turcs. Ensuite parut un magnifique faisan 
vivant orné d'un collier d'or enrichi de pierreries et de 
perles ; il fut présenté aux nobles seigneurs par deux 
demoiselles : Yolande, fille bâtarde du prince, et Isabeau 



écrivait avant le xvi^ siècle et que nous citons d'après Âldrovande, nous 
apprend comment on procédait. On dépouillait soi^eusement l'animal de 
sa peau et, après avoir fait cuire le corps avec de la cannelle, du girofle et 
d'autres aromates, on le recouvrait de nouveau de sa peau ; si le travail 
avait été bien fait, on le servait sans qu'il parût que les plumes eussent été 
gâtées le moins du monde. Ce plat était fait généralement pour le seul 
plaisir des yeux ; on n'y touchait point et, comme la chair du paon très cuite 
peut se conserver plusieurs années sans se corrompre, le plat pouvait ainsi 
resservir pour une nouvelle occasion. A l'appui de ce dire, Aldrovande parle 
d'un morceau de paon cuit en lâgu et qui, six ans après, n'avait encore con- 
tracté aucune mauvaise odeur. Parfois aussi, comme au banquet de Liell, 
l'oiseau choisi était un faisan vivant. 

I. i6 



2/»a RENAISSANCE '. XV^ ET XVl" SIÈCLES 

de Neufchatel, accompagnées chacune par un chevalier 
de la Toison d'or. Tous les assistants firent vœu tour 
à tour' d'aller combattre les infidèles et ils accompa- 
gnèrent leur vœu de serments particuliers, tels que de 
ne pas coucher dans un lit, de ne point manger sur une 
nappe, de s'abstenir de viande ou de vin, etc., avant que 
le vœu ne fût accompli. On sait, du reste, qu'il ne le fut 
jamais. 

III. Il y avait donc, à cette époque, dans les domaines 
des ducs de Bourgogne, des collections d'animaux plus 
variées et plus nombreuses que celles des autres châteaux 
du moyen âge ; et déjà l'on peut prévoir, par là, l'in- 
fluence que cette cour aura sur le développement des 
ménageries en France. Pourtant, l'habitude de garder 
uniquement un lion, un ours, ou quelqu'autre bête, per- 
sistera encore longtemps chez les princes et dans les 
villes. 

Il en fut ainsi, par exemple, dans un duché voisin, 
celui de Lorraine. On sait que le lîls de Philippe le Bon, 
Charles le Téméraire, s'était emparé de la Lorraine 
en i/jyS ; on sait également que, peu de temps après, 
ce prince trouvait la mort sous les murs de Nancy, la 
capitale du duché. Le duc légitime de Lorraine, René II 
de Vaudémont, reprenait alors possession du domaine 
de ses ancêtres. 

Un de ses premiers soins fut de rendre hommage aux 
Bernois, qui l'avaient aidé dans sa lutte contre le Témé- 
raire, en faisant nourrir, près de lui, un ours, l'animal 
symbolique de ses alliés ; pour cela il faisait construire 
une fosse que nous retrouverons encore à Nancy, au 
XVIII* siècle*. En même temps, il faisait élever une « Mai- 
son des lions » qui lui coûta 112 francs barrois, 8 gros, 

* Voir notre tome II, p. 91. 



LES MÉNAGERIES DE LORRAINE 248 

7 deniers S sans compter quelques milliers de tuiles 
pour la couverture, qu'on tira des tuileries domaniales. 

Cette maison comprenait deux pièces planchéiées : la 
« chambre des lyons », qui prenait jour sur la cour du 
palais par deux vastes baies grillagées, pouvant être 
fermées par des fenêtres pendant l'hiver, et la chambre 
du gardien qui communiquait avec la précédente par une 
porte renforcée de solides verrous. C'est le 28 octobre i48o 
qu'elle reçut ses premiers habitants : un couple de beaux 
lions qui venaient du château d'Aix, en Provence. Le 
« lyonnier », Anthonelle, qui les accompagnait, fut habillé 
d'une livrée en drap de Bar ; ses gages furent établis à 
12 francs 10 deniers par trimestre, et il reçut, en plus, 
3 gros et i denier par jour, pour sa dépense de table et 
5 gros pour celle de ses bêtes. 

Les lions prospérèrent à ce régime, car ils se reprodui- 
sirent; le 17 mars i483 en effet, Anthonelle porta deux 
jeunes lionceaux au comte Palatin; l'année suivante, ce 
furent trois autres lionceaux que René II offrit au jeune 
roi de France Charles VIII. Cinq ans plus tard, le lion et la 
lionne de Nancy vivaient encore, mais il faut croire que 
leur voisinage incommodait fort ces messieurs de la Cour 
des comptes, car nous les voyons, le 21 novembre i488, 
réduire l'ordinaire des fauves et le traitement du lionnier. 
Anthonelle, désormais « aura et emportera tant pour ses 
gaiges, despens, que pour le norissement desdits lyons, 
chacun jour Vgros pour tout » ; ce qui d'ailleurs, calcule 
Boyé, faisait encore une rétribution mensuelle de 290 francs 
environ. 

Le duc de Lorraine ne se contentait pas de veniradmirer 
ses lions ; il s'en servait pour donner à sa cour le spec- 
tacle de combats d'animaux. On construisait alors un 

' Environ a.Soo francs d'aujourd'hui. Ce renseignement est pris dans des 
Comptes de dépenses publiés par Boyé, p. a38. 



244 RENAISSANCE : XV' ET XVl' SIÈCLES 

« échafaud » semblable à celui sur lequel se jouaient les 
farces, mais que l'on faisait en énormes madriers ; on sur- 
montait l'échafaudage d'une vaste cage, dans laquelle on 
mettait les animaux, puis le public se pressait tout 
autour. En janvier 1488, ce fut un fort taureau du pays, 
acheté àHerbéviller pour le prix de 7 francs barrois, qu'on 
fit entrer en lice contre les lions ; le combat fut acharné, 
plusieurs barres de fer furent brisées et les lions restè- 
rent vainqueurs ; l'année suivante, en mars 1489, ce fut 
un taureau encore plus fort, qu'on acheta à Pulnoy et que 
six hommes eurent grand'peine à amener dans l'arène; 
les lions triomphèrent encore; ils arrivèrent à tuer le 
taureau dont la chair leur fut abandonnée, mais la lionne, 
blessée sans doute dans le combat, mourut au mois de 
juin suivant. A partir de ce moment, Anthonelle ne fut 
plus payé que 3 gros par jour ; aussi retourna-t-il bientôt 
en Provence. 

En 1491? la ménagerie restait à la garde du portier 
de l'hôtel; il n'y avait plus qu'un seul lion qui mourut 
quelque temps après et, pendant quatorze années, le 
château de Nancy demeura sans animaux sauvages. Ceux-ci 
y réapparurent en septembre i5o5, sous la forme de deux 
civettes, qu'on installa dans une des chambres du châ- 
teau; elles consommèrent, du 20 septembre au 3i dé- 
cembre, cent trente-cinq gigots de mouton, six poulets 
et trois gelines, de la graisse de veau ou de mouton, sans 
compter le riz et les « chandoilles » ; tel fut du moins le 
compte de leur entretien que présenta au duc, Grand 
Jehan, concierge de l'hôtel. De plus, on fit du feu nuit 
et jour dans leur chambre et, afin de coucher douillette- 
ment ces petits animaux, on capitonna de drap gris deux 
amples coffres que l'on garnit de coussins. « Bref, calcule 
Boyé, en trois mois et dix jours, on dépensa à leur occa- 
sion 87 francs, 7 gros, 3 deniers, à peu près 625 francs 



LES MÉNAGERIES DE SAVOIE ■i^^ 

d'aujourd'hui. Leur entretien et le salaire du portier furent 
ensuite fixés à 80 francs barrois par an (i.5oo francs). » 
L'une de ces civettes mourut en décembre 1007 ; l'autre 
vivait encore en i5i3, sous le règne du duc Antoine, 
qui en faisait venir une troisième, trois ans après*. 

Quelque quarante ans plus tard, la maison des lions de 
Nancy devait se trouver repeuplée, car la duchesse de 
Lorraine envoyait, à deux reprises différentes, en idSj 
et i56o, des lions à la ville de Gand"; mais nous ne 
savons quand, ni comment disparut cette maison. 

IV. En Savoie, les premières ménageries n'apparais- 
sent dans l'histoire que vers i4i6, année où le comté 
fut érigé en duché par l'empereur Sigismond. Le nouveau 
duc, Amédée VIII, prince fastueux et artiste, avait pour 
femme une bourguignonne, Marie, fille de Philippe le 
Hardi, qui avait apporté de son pays l'amour des ani- 
maux. Elle fit venir de Gènes un guépard de chasse qui 
traversa le Mont Cenis, en plein hiver, hissé sur la croupe 
d'un cheval, et emmitoufflé d'une « jaque » fourrée et 
d'un manteau vert brodé ^ ; elle peupla l'ancien colom- 
bier de Bonne de Bourbon, femme d'Amédée VI, de 
pigeons d'espèces rares, et fit placer dans le parc de 
i\ipaille, sur le bord du lac de Genève, des agneaux, 
des brebis, et un « gros mouton », en compagnie de 
nombreux daims, biches, cerfs et bouquetins du Gha- 
blais qui faisaient déjà, avant elle, l'attraction du parc. 
Les daims, en particulier, s'acclimatèrent si bien dans 
ce parc, que le duc de Savoie put en peupler ses domaines 

* p. Boyc, Ce grand désir d'avoir des civettes s'explique peut-être par ce 

fait que le produit odorant de leur poche, le libeth, entrait comme antispas- 
modique et aphrodisiaque dans la pharmacopée de l'époque. 

* Voir p. 2u8. 
' Camus, b. 



246 RENAISSANCE : XV*' ET X\f SIÈCLES 

de Ghambéry, de même que ceux du roi des Romains à 
Constance ^ 

A Thonon, le duc de Savoie avait encore un grand 
parc de réserve de gibier, dans lequel le duc de Bour- 
gogne, son beau-neveu, put, en 1422, venir chasser des 
bouquetins, des chamois et autres «. sauvagins » du pays. 
Pendant le séjour de ce prince sur le bord du lac Léman, 
on lui fit voir un jour des combats de « murets » ; puis 
Amédée donna Tordre de faire avancer ses ours, sur 
lesquels il lança les grands dogues que l'empereur Sigis- 
mond lui avait donnés à son retour d'Angleterre. Ce fut, 
paraît-il, « grand passe-temps de voir que les ours ne pou- 
voient mordre les chiens, parce que le maître qui les avait 
en gouvernement, leur avait frotté les dents de vitriol, 
mêlé avec un certain médicament, si fort astringent 
qu'ils n'avoient aucune puissance de mordre ». 

Nous ne savons s'il y avait à cette époque une ména- 
gerie au château de Turin ; cela est probable car, cin- 
quante ans après, en 1473, la duchesse de Savoie, Yolande, 
sœur du roi de France Louis XI, faisait placer dans les 
tours de ce château : un lion à la crinière dorée, un ours, 
un sanglier, un cerf, un serpent, une « irecorne » et des 
« morisques ». Trois ans après, elle faisait donner « deux 
escus de roy » à «. certains hommes de Grèce », qui étaient 
venus montrer à sa cour un éléphant et un tigre ^ ; 
c'était probablement la première fois, depuis le temps 
des Romains, qu'on revoyait ce dernier animal, en Europe ; 
il réapparaissait de même, quelque temps après, à la cour 
de Ferrare. 

V. Les ménageries les plus considérables du xv® siècle 
furent sans aucun doute celles de René d'Anjou, grâce 

* Voir Max. Bruchet, p. i6i. 

^ Yolande de France, p. 119, 129 et 197. 



LES MÉNAGERIES DE RE>'É D A>'JOU 24? 

aux relations directes et suivies que ce prince eut cons- 
tamment avec la cour des ducs de Bourgogne, d'une 
part, avec la Sicile et l'Orient d'autre part. 

René, comte d'Anjou et de Provence, en même temps 
roi des Deux-Siciles, duc de Lorraine et de Bar, avait 
séjourné un temps plus ou moins long dans tous ces 
pays et avait toujours gardé des relations avec eux. 
Esprit curieux et artiste, aimable et généreux, le « bon 
roi René », comme l'appelaient ses sujets, voulut avoir 
dans ses châteaux d'Angers, d'Aix et de Tarascon, 
ceux qu'il habita le plus souvent, le faste dun roi de 
Sicile et particulièrement de cette cour un peu orien- 
tale qui avait été celle d'un de ses illustres prédécesseurs, 
Frédéric II. Il attira à lui les ménestrels, les faiseurs de 
mystères et de moralités, les farceurs, les balleurs, les 
jongleurs et les danseurs de corde; il voulut même 
avoir des esclaves turcs, barbaresques et nègres, que 
l'on appelait les « mores du roi », et qu'il achetait à de 
véritables courtiers ou qu'il recevait sous forme de 
cadeaux*; enfin, il entretenait à Angers, et encore en 
Provence, non plus seulement des fosses à lions ou à 
ours, comme on l'avait presque toujours fait au moyen 
âge, mais de véritables ménageries comparables aux 
ménageries actuelles. 

La Ménagerie du château d'Angers est peut-être la 
plus complète que nous ayons eue en France, avant 
Louis XIV. Quand elle fut terminée, vers i45o, elle 
comprenait : une maison des lions, des logements pour 
petits mammifères, des enclos pour ruminants et 
autruches, une grande volière, des cages à petits pas- 
sereaux, enfin un jardin avec bassin pour oiseaux d'eau. 
Toutes ces divisions n'étaient pas groupées en un 

* Voir Comptes et Mémoriaux, et Hamy, 6, p. 418-430. 



2 48 RENAISSANCE : XV^ ET X\f SIÈCLES 

ensemble distinct comme pour les ménageries d'aujour- 
d'hui; elles étaient disséminées dans les douves et dans 
les jardins du château, et chacune avait son gardien parti- 
culier et un budget spécial. La direction générale en 
était exercée par le Roi lui-même qui donnait ses ordres 
par l'intermédiaire de sa « Chambre des Comptes ». 
D'autre part, il envoyait des missionnaires dans le 
Levant et en Afrique, en les accréditant par des lettres 
écrites en latin ; c'étaient Antonelle de Rosan, Antoine 
Falconieri et peut-être aussi un Jean de Village dont 
nous parlons plus loin, qui apportaient à Marseille les 
animaux sauvages de ces pays, en même temps que des 
esclaves maures, des orfèvreries et des étoffes pré- 
cieuses*. 

La Maison des Lions est la partie de la ménagerie 
d'Angers sur laquelle nous avons le plus de renseigne- 
ments. Elle se trouvait du côté du fleuve, tout près 
précisément delà Chambre des comptes, dans cet endroit 
qui correspond aujourd'hui à une partie de l'esplanade 
dite du « Bout du Monde ». D'un côté, cette maison 
donnait sur une cour, la Cour des lions, par des baies 
munies de barreaux de fer, longs de neuf pieds ; de l'autre, 
elle était fermée par un grand mur qui fut d'abord sans 
ouverture, et qui s'élevait sur le bord des douves du 
château. 

La maison des lions n'est indiquée dans les comptes 
du Roi qu'à partir de l'année i45o, mais elle existait 
depuis longtemps déjà, ou du moins il y avait, avant 
cette date, des logements pour les animaux féroces; René 
l'indique dans une de ses lettres écrites à sa Chambre 
des Comptes, et nous savons qu'à son passage à Flo- 
rence, en 1442, il accepta et emmena avec lui une 

* de Quatrebarbes, p. 3i. 



LES MÉNAGERIES DE RENE D ANJOU 249 

lionne que la ville lui avait offerte'. En tout cas, la 
maison que nous connaissons ne renferma primitive- 
ment que quatre lions ; deux de ces animaux, un mâle 
et une femelle, avaient été amenés de Bretagne le mer- 
credi 22 novembre, peut-être de ce château ducal de 
Clisson où résidait alors une cour fastueuse et où l'on 
voit encore aujourd'hui de belles garennes ombreuses. 
Ce jour-là, on donna aux lions la moitié d'un mouton, mais, 
les jours suivants, Colas Babin, boucher â Angers, fut 
chargé de leur « bailler » régulièrement un mouton entier 
par jour. Quatre ans après, quatre nouveaux lions arri- 
vaient à René, dont trois lui étaient offerts, avec un 
léopard, par les Florentins. Il fallut alors agrandir la 
maison et construire de nouveaux logements : la dépense 
s'éleva à 33 livres, 6 sous, i denier pour ce qui concernait 
la charpenterie, la maçonnerie, la serrurerie et la couver- 
ture, pour les grilles, les clôtures, les dressoirs â mettre 
la viande, les matériaux et les journées d'ouvriers^. 

L'année suivante, en 144?? deux de ces lions figurèrent à 
une grande fête de chevalerie appelée le « Pas de la joyeuse 
garde », que René donna près de Saumur. Les animaux 
étaient attachés par une forte chaîne d'argent, au pied de 
la colonne de marbre qui portait 1' « écu de l'emprise ». 

Malheureusement, des maladies vinrent décimer cette 
belle collection de fauves ; la Chambre des comptes s'en 
émut, et, dès le 9 juillet i454, elle faisait venir devant elle 
Guillaume Sébille, le « garde des lyons du seigneur roy 
de Sicile ». Guillaume interrogé répondit que la maladie 
du beau lion nommé « Daulphin » datait d'avant Pâques 
et qu'elle lui semblait tenir entre le cou et les épaules ; il 
avait fait visiter la bête par un chirurgien et par « maistre 
Seguin de Cohardy », médecin du roi, mais ces hommes 

* Le Coy de la Marche, b, t. I, p. 219. 

* Compte du ao décembre i455. 



•2JO RENAISSANCE : XV ET XVI SIECLES 

de l'art n'avaient pu lui dire de quelle maladie le lion était 
atteint; Guillaume s'émouvait fort du mal qui faisait 
souffrir « treffort », son pensionnaire, disait-il, et il aimait 
mieux le voir mort que rester longtemps en cet état. Les 
membres de la Chambre lui enjoignirent de n'épargner 
« ni denier ni maille » pour tâcher de remettre le lion en 
bonne santé ; ils lui recommandèrent de le placer c< en 
bon lieu », de lui administrer tous les remèdes qu'il fau- 
drait et de faire venir des chirurgiens ou d'autres per- 
sonnes pouvant se connaître aux maladies des lions. 
Hélas! rien n'y fît; le pauvre Dauphin mourut neuf jours 
après ; son cadavre fut enterré dans la cour même des 
lions, tout près de la cheminée de la Chambre du Con- 
seil. La mortalité continua à sévir dans cette maison. En 
janvier i458, il n'y restait plus que deux lions, dont un 
nommé « Marsault » et un léopard qui avait une plaie 
pour laquelle Guillaume dépensa six écus d'or. Ces ani- 
maux moururent au début de l'année i46i ; leurs peaux 
furent tannées et conservées. 

René repeupla aussitôt cette partie de la ménagerie avec 
des lions, des lionnes et des léopards qu'il fit venir de ses 
châteaux de Provence (12 mai i46i , i5 février et 
i4 juin 1462). Mais ce fut alors au tour de Guillaume 
Sébille de disparaître; le 3 avril i463, jour de Pâques fleu- 
ries, sur les huit heures du soir, le pauvre gardien fut 
étranglé par l'un des léopards ; son corps fut enterré le 
lendemain en l'église Saint-Aignan d'Angers. L' « office de 
lionnier » fut alors donné à Benoît Bagonet qui prêta ser- 
ment le lendemain même l'accident. Ce Bagonet, qualifié 
de « sert d'eau du roi », était venu de Provence avec les 
léopards ; on le logea au château où il reçut le même trai- 
tement que son prédécesseur, c'est-à-dire cent vingt sous 
tournois par mois, « tant pour ses gaiges que pour la paille 
des lyons ». Il est permis dépenser, bien que les comptes 



LES MENAGERIES DE RE>E D ANJOU aoi 

n'en parlent pas, que le lionnier était également nourri 
aux frais du Roi. On voit, en effet, ce dernier allouer 
comme nourriture des lions et des léopards un demi- 
mouton par jour et par animal, ce qui était beaucoup 
trop pour ces bêtes. Les moutons ne lui coûtaient pas 
très cher, il est vrai; il les achetait entre 7 sous 6 deniers 
tournois et 7 sous 8 deniers. 

Bagonet fît remarquer probablement au Roi que si ses 
lions mouraient, c'est que leurs logements étaient trop 
étroits et mal aérés, car c'est à cette époque, le3o avril i463, 
que l'on voit René ordonner de faire quelques transfor- 
mations qui vont évidemment placer les animaux dans de 
meilleures conditions de santé. Aux loges des lions, il 
fait percer deux lucarnes avec trappes, dans le mur qui 
donne sur les douves du château ; il fait établir une « vue » 
pour que Ton puisse faire passer les léopards d'une de 
leurs chambres dans l'autre, et faciliter ainsi les net- 
toyages de ces chambres ; il fait réparer en même temps 
un barreau de fer qui avait été rompu par les lions. 

L'année suivante, le Roi fît construire encore un nou- 
veau logis pour une petite lionne que lui envoyait, de 
Provence, son gendre, le comte de Vaudémont; il reçut 
en outre un lynx femelle et une genette. 

Cette division de la ménagerie d'Angers renfermait donc 
à cette époque jusqu'à quatre espèces différentes de félins 
au moins. C'est alors qu'elle fut visitée par le seigneur de 
Bohème, Low de Rosmital, dont nous avons parlé plus 
haut^ Mais, malgré les modifications que René avait 
apportées à sa maison des lions, les maladies vinrent à 
nouveau décimer sa collection de bêtes féroces, et cette 
fois, comme le Roi ne s'occupa plus de remplir les vides qui 
se produisirent, la maison se dépeupla d'année en année. 

» Port, &, t. I, p. 5o. 



252 RENAISSANCE : XV ET XVl SIECLES 

Le lo septembre 1476, un léopard, le dernier survivant 
de la collection, mourut ; Benoist n'eut plus alors de 
bêtes à garder, aussi l'emploi qu'il occupait fut-il sup- 
primé. 

La ménagerie du château d'Angers comportait, avons- 
nous dit, d'autres mammifères que des félins. Les comptes 
du Roi nous parlent, en effet, de : « civette, renard blanc, 
renard ordinaire, singes, singesses et rats de mer » ; 
mais nous ne pouvons dire exactement où étaient placés 
ces animaux ; nous savons seulement, à propos de l'un 
d eux, que Jean Bidet, « tapicier, garde de la civete du 
roy de Sicile », recevait 112 sous 6 deniers par mois pour 
se nourrir, nourrir la bête et la chauffer été comme 
hiver. 

Nous ne savons pas davantage où se trouvaient les enclos 
des dromadaires et des chèvres ; mais nous savons qu'ils 
dépendaient de la même partie administrative que les 
esclaves du Roi, car nous trouvons, à la date du 7 no- 
vembre i45o, une lettre de René qui commandait de 
donner 66 livres tournois « pour nourrir et alimenter nos 
more (Maure), dromadaire et chèvres... à raison de 
GX solz tournois par moys ». Ce personnel d'hommes et 
de bêtes : de « chamoex, chieuvres et mores », comme 
dit un autre document, était donné en charge à un 
nommé Yves Cadoret. En 1472, on ne parlait plus de 
Maures ni de chèvres, mais d'un « garde des droma- 
daires », Boniface Ami, qui recevait 4^ sous par mois 
pour sa nourriture et celle de ses bêtes. 

Les logements des sangliers, des brebis de Provence et 
de Barbarie, des bouquetins et des cerfs, parmi lesquels se 
trouvait une « biche cornue », étaient à la charge d'un 
seul gardien nommé Bertrand Gosmes. Ges enclos étaient 
placés, avec les loges des porcs-épics et des lapins, dans 
les douves du château, où les cerfs et les sangliers se 



LES MÉNAGERIES DE RE>É D ANJOU a53 

multiplièrent tellement que nous voyons René, en 1464, 
peupler, avec eux, sa forêt de a Bellepoule ». Près 
de ces animaux, également dans les douves, se trou- 
vaient placés les grands oiseaux de la ménagerie, de 
même que les cages des tourterelles et des perroquets. 
On vovait là : ducs, chevêches, butors, aigrettes, hérons, 
autruches et une certaine « Duchesse » qui dévorait chaque 
jour un-demi quartier de mouton. Les oiseaux des douves 
étaient soignés aussi par Bertrand Gosmes qui avait 
épousé une des esclaves du Roi, une Mauresque appelée 
Cresselle ; son traitement était de iio livres par an. 

Les oiseaux chanteurs, la dernière division administra- 
tive de la ménagerie, étaient placés, pour la plupart, dans 
une grande volière située dans un jardin au milieu duquel 
se trouvait un bassin avec des cygnes, des canards et des 
oies sauvages ; tous ces oiseaux étaient nourris par le 
concierge du château, Pierre Desbans, qui dépensait pour 
cela, rien qu'en chènevis, vingt-trois boisseaux par an. 

Telle fut cette curieuse ménagerie d'Angers qui ne 
dura guère plus de vingt à vingt-cinq ans. Sous l'influence 
d'événements politiques que nous n'avons pas à raconter 
ici, René quitta l'Anjou, en i473, et vint se retirer défi- 
nitivement en Provence. 

Après son départ, il s'occupa encore de la ménagerie 
du château d'Angers; du moins nous le voyons, en 
mars 1477» écrire d'Aix pour que l'on donnât la maison 
de son ancien garde de lions à un autre gardien de la 
ménagerie, Bertrand Gosmes, qui n'avait plus à soigner 
qu'un porc-épic, une grue et 24 tourterelles. Mais déjà 
le bon roi René n'était plus maître chez lui; son neveu 
Louis XI s'était à peu près emparé de l'Anjou et les offi- 
ciers du roi de France s'opposèrent à l'exécution de cet 
ordre. Longtemps encore pourtant, on vit des cerfs captifs 
dans les douves du château, car on raconte que, pendant 



254 RENAISSANCE : XV' ET XV1° SIÈCLES 

la nuit de la vigile de Saint-Marc de l'année i58o, ces 
animaux firent un tel tapage que les sentinelles, croyant 
à une attaque, donnèrent lalerte et mirent toute la gar- 
nison sur pied*. 

En quittant l'Anjou, René n'abandonnait pas seulement 
son château seigneurial ; il laissait encore de charmants 
manoirs qu'il avait fait construire tout à l'entour d'An- 
gers : Chanzé, Épluchard, La Baumette, La Menitré, Les 
Ponts-de-Gé, Reculée et Rivette. C'étaient presque tous 
des rendez- vous de chasse où eurent lieu les dernières 
grandes fêtes de la chevalerie et où, dans ces occasions, 
René faisait venir ses lions de la ménagerie dAngers, 
comme nous l'avons dit plus haut. Ces manoirs étaient 
généralement accompagnés de fermes dans lesquelles le 
comte d'Anjou entreprit les premiers essais rationnels 
d'acclimatation qui furent sans doute faits en France ; à 
Rivette, par exemple, il avait des « cos et poulies de 
grant orine » dont la reine de France, Marie d'Anjou, 
désira avoir quelques spécimens, et, à La Ménitré, il 
nourrissait des veaux de telle réputation que le duc de 
Bretagne voulut les voir, lors du voyage qu'il fit en 
Anjou, en i458. 

VL La Provence, où les princes de la maison d'Anjou 
régnaient depuis plus de deux siècles, présentait égale- 
ment de nombreux châteaux et manoirs appartenant à la 
couronne, quand René s'y retira en 1^73 ; c'étaient ceux 
d'Aix, d'Arles, des Baux, de Fréjus, de Marseille, de Mey- 
rargues, de Saint-Gamuat, de Saint-Rémi et de Tarascon. 
Quelques-uns de ces châteaux, comme ceux de Meyrargues 
et de Saint-Rémi, avaient de grandes fauconneries ou 
des parcs de réserves de chasse ; d'autres, tels que ceux 
d'Arles, de Tarascon et d'Aix, avaient des ménageries 

* Port, p. 5o. 



LES MÉNAGERIES DE RENÉ d'aNJOU 255 

d'animaux féroces. Malheureusement, nous avons trouvé 
beaucoup moins de renseignements sur ces dernières 
ménageries que sur celle d'Angers; il est probable, du 
reste, qu'elles furent toujours moins importantes. A Arles, 
au temps de Louis II, le père de René avait déjà un 
lion qui combattit contre un taureau, lors des fêtes qui 
eurent lieu dans cette ville, au mois de mai de Tannée i4oo; 
deux ans après, ce même lion entrait de nouveau dans 
Tarène pour lutter contre un bélier qui le fit fuir à coups 
de cornes *. 

La Ménagerie du château de Tarascon se composait 
également de cages ou de fosses à lions dans lesquelles 
René fit placer, en mai i447^ "^ ^^^^ ^"^ avait mis sept 
jours à venir en chariot d'Aix à Tarascon ^ Quant à Aix, 
il y avait sans doute un établissement plus considérable, 
comparable à la ménagerie d'Anjou, car René y logea 
en 1477 • un éléphant, deux dromadaires, des civettes, 
des singes ordinaires, des singes blancs et quelques mar- 
mottes, qu'il avait reçus du roi de Portugal^; il y avait 
déjà des moutons et des chèvres sauvages d'Afrique, 
des « poules de Turquie » ou « poules d'Inde » qu'un 
capitaine de la marine provençale, Jean de Village, lui 
avait rapportés d'Orient ; des perdrix bartavelles qu'on 
lui avait envoyées de Tîle de Ghio, etc. Tous ces animaux 
débarquaient à Marseille où se trouvait encore une petite 
ménagerie d'oiseaux'. 

C'est à Aix que René mourut en i48o ; trois ans aupa- 
ravant, il avait envoyé, à son neveu Louis XI, une partie 
de ses animaux. 

* Le Coy de la Marche, Comptes, n*^ 81 à i56 cl Villencuve-Bargemont, 
t. I, p. 344» PD note. 

* Le Catalogue des actes de François /«', t. VIII, p. 198, n° 3aio8, nous 
apprend qu'il y avait encore des lions à Tarascon, en i538. 

• Barth et Le Coy de la Marche, b, t. II, p. i5 (en note). 

♦ Voir Comptes, publiés par Le Coy de la Marche, b, t. II, p. i5. 



CHAPITRE XII 

LES MÉNAGERIES DES ROIS DE FRANCE 
AUX XV^ ET XVP SIÈCLES 

1. Les animaux de la reine Marie d'Anjou et l'enfance de Louis XI au 

château de Chinon. 

2. La ménagerie de Plessis-les-Tours et les autres ménageries royales du 

temps de Louis XI. 

3. Anne de Beaujeu et la girafe de Laurent de Médicis. — Les ména- 

geries à la cour de France au temps d'Anne de Bretagne. 

4. Les animaux de François T"". — Combats de bêtes féroces et pour- 

voyeurs d'animaux. 

5. La ménagerie de Henri II au château de Saint-Germain. — Les ani- 

maux de Catherine de Médicis et des « enfants de France ». 

6. La nouvelle ménagerie du Louvre et la ménagerie des Tuileries. 

7. Les ménageries de Henri IV. 

I. La Renaissance ne commença guère en France qu'à la 
suite des guerres d'Italie; mais elle avait été préparée, de 
longue date déjà, dans cette vallée délicieuse de la Loire, 
OUI les anciens seigneurs avaient construit tant de puis- 
santes forteresses et de ravissants castels : Arlempde, 
Bouzoles, Polignac, la Roche-Baron, la Bastie d'Urfé, 
Chinon, Angers, etc. 

C'est le fils d'Isabeau de Bavière, Charles VII, qui, le 
premier des rois de France, commença à résider en Tou- 
raine. Il y avait été conduit par les graves événements 
politiques qui se passaient alors dans son royaume, par 
la répulsion que lui inspirait Thôtel Saint-Pol, et aussi 
par les goûts personnels de sa femme, Marie d'Anjou. 

La reine Marie était la sœur du a bon roi René » ; 
elle affectionnait tout particulièrement le château de 
Chinon, où son mari avait sa cour, pendant que les An- 



LES MÉNAGERIES DES ROIS DE FRANCE 267 

glais occupaient Paris, et c'est là que nous la voyons, 
comme les femmes grecques et romaines, s'amuser à 
élever des levrauts, au cou desquels elle mettait des col- 
liers de velours noir. Elle y eut de plus un marsouin que le 
bailli d'Evreux lui avait envoyé, deux outardes dont la 
({ dasme de Vendosme » lui avait fait cadeau, une chèvre 
sauvage, des chiens, des cerfs, des biches, un perroquet, 
un étourneau et d'autres oiseaux du pays ^ En même 
temps, elle faisait nourrir des cerfs et des biches en sa 
« garenne » de Montils-lès-Tours, où elle allait se pro- 
mener souvent accompagnée de son fils aîné, le futur 
Louis XI. 

En compagnie d'une pareille mère, neveu d'un prince 
tel que René, le jeune dauphin devait prendre vite le 
goût des animaux. Et c'est bien, en effet, ce que nous 
indique cette histoire de sa jeunesse. Son oncle lui ayant 
fait envoyer, de Marseille, une lionne âgée de huit mois, 
tout de suite il prit en affection la bête qui se prêtait à 
ses jeux; il voulut même qu'elle passât les nuits dans 
une pièce voisine de sa chambre à coucher, attachée avec 
une simple corde près d'une fenêtre. Malheureusement, 
un soir, cette fenêtre étant restée ouverte, la lionne sauta 
au dehors et resta suspendue par la corde qui l'étrangla ; 
la Relation du chambrier de Saint-Martial, qui rap- 
porte cette histoire, nous dit que le jeune Louis en eut 
un grand chagrin et qu'il fit écorcher la bête pour en 
garder la peau. 

II. Le dauphin, devenu roi, n'oublia pas le domaine qui 
avait vu ses premiers jeux. En février i463, il acheta, près 
de l'ancienne garenne des Montils, une propriété privée 
où il fit bâtir un manoir qui devint le château du Plessis *. 

* du Fresne de Beaucourt, t. VI, p. 18. 

* Les renseignements que nous allons donner sur les animaux de ce 

I. ,7 



258 RENAISSANCE : XV' ET XVI* SIÈCLES 

Aimant avant tout la chasse, il y rassembla d'abord des 
chiens de toute race qu'il envoya « quérir » un peu par- 
tout : de grands chiens forts et courageux « qu'on appe- 
lait des « allans » et qui venaient d'Espagne; de petits 
chiens « veluz » de la Provence qu'il faisait payer plus 
cher que les gens ne voulaient les vendre ; des lévriers 
et des petites levrettes de Bretagne qu'il payait le 
double de leur valeur; des épagneuls de Portugal et 
d'Espagne ; des chiens de l'île de Gliio et des chiens 
d'Ecosse ^ Puis il écrivit au duc de Ferrare pour lui 
demander un léopard mâle dressé à la chasse au lièvre. 
Au reçu de l'animal, il remercia le duc par cette lettre : 
{( Mon cousin, j'ay reçu le lyépart qu'il vous a pieu 
m'envoyer par ce porteur, lequel est le plus beau et le 
meilleur que je veiz jamais, dont je vous mercye, et vous 
prie, s'il y a aucune chose de par deçà en quoy vous 
prenez plaisir, que vous me le faites savoir. Et à Dieu, 
mon cousin, qui vous ait en sa garde. 

« Escript au Plessis du Parc, le XX" jour d'avril (i479)- 

« LOYS » -. 

Avec son léopard, Louis XI allait courir la forêt ou la 
plaine. Quand il ne pouvait ou ne voulait pas sortir, il 
chassait, dans la cour même du Palais : des sangliers, des 
marcassins, des renards, des hérissons qu'on appelait 
« tessons », des lièvres, et des lapins sauvages ou « con- 
nins » ; et, quand il pleuvait, c'étaient des multitudes 
de gros rats qu'il faisait lâcher dans sa chambre pour 
s'amuser à les voir prendre par ses chats. 

Il ne semble pas que Louis XI ait eu, au Plessis, des 

domaine sont pris, en grande partie, aux Comptes de V Hôtel des rois, ovlx 
Lettres de Louis XI et aux Mémoires de Philippe de Commines. 

^ Commines, Livre VI, chap. vin. 

2 LeUres, t. VII (MCCCXI) p. 289. 



LES MÉNAGERIES DES ROIS DE FRANCE îiSg 

animaux féroces autres que des léopards, car, dans ses 
comptes de dépenses, on ne trouve aucune trace de tra- 
vaux de maçonnerie pour des logements de lions, ni 
aucune dépense de nourriture pour de pareils animaux \ 
Par contre, on voit qu'il possédait, dans ses appartements, 
des singes, des oiseaux chanteurs, des tourterelles, des 
mauvis, des cailles, des perdrix et quelques rares oiseaux 
étrangers. Les oiseaux chanteurs étaient des chardonne- 
rets, des linottes, des verdiers, des pinsons, mais surtout 
des serins, pour lesquels il eut une véritable passion ; ainsi, 
en 1478, il en acheta 4«^ ; en 1479? 4^j et, en 1480, 33o 
qu'il mit dans des cages de fil de fer garnies de petits 
anneaux de laiton doré et de sonnettes ; il payait ces 
oiseaux 4o sous tournois la douzaine. 

Il y avait en outre, au Plessis, une fauconnerie sur 
laquelle nous n'avons pas à nous arrêter, deux grandes 
volières en bois contenant des poules d'Inde, des paons 
gris et blancs et d'autres grands oiseaux ; enfin, dans le 
parc attenant à son château, Louis XI avait fait placer, 
à côté de cerfs et de daims, six élans et six rennes 
qu'il avait fait venir de Danemark et qu'il avait payés 
45oo florins d'Allemagne". 

Le château de Melun fut, après Le Plessis, la demeure 
préférée de Louis XI, mais il n'y eut là, semble-t-il. 



1 On lit, il est vrai, dans le plus ancien manuscrit de Commlnes, que Louis XI 
lit venir de Barbarie o une espèce de pctitz lyons qui ne sont point plus 
grans que de petiz regnards » et qu'il appellait « aditz ». Mais le second 
manuscrit, publié récemment par M. de Mandrot, montre qu'il y avait eu 
d'abord une erreur de copiste, le mot lyons ayant été mis pour celui de loups. 

- Commines, livre VI, chap. vin ; édit. Dupont, p. 233. D'autre part, et 
comme renseignement complémentaire, on lit dans un compte de Pierre de 
Lailly (Vl" et dernier allant du i'"' octobre i479 au 12 décembre de la même 
année) : « A Bernard More, marchant Austerlin de la ville de Campe [Kempen] 
de la House [Hanse] 730 livres de merché fait pour amener au Roi, dans le 
jour de Pasques 1480, six bestes nommées Elles, trois masles et trois 
femelles et six autres nommées Rangées, aussi trois masles et trois 
femelles. » 



^O RENAISSANCE : XV* ET Xv" SIÈCLES 

qu'une grande volière. A Paris, c'était aux Tournelles que 
le roi résidait le plus souvent, tout en continuant à faire 
nourrir des lions à l'ancienne ménagerie de l'hôtel Saint- 
Pol*. Il venait du reste rarement dans isa capitale qu'il 
n'aimait pas ; il se souvenait de la réception que lui 
avaient faite les Parisiens, en i468, lors du retour de Ten- 
trevue de Péronne. Louis XI, revenant du siège de Liège 
où il avait été forcé d'accompagner le duc de Bourgogne, 
passait alors par Paris pour faire entériner, par le Parle- 
ment, le traité humiliant que lui avait fait subir le Témé- 
raire. Tout cela avait été connu dans la capitale et déjà 
l'opinion publique jugeait les rois. Il fut reçu respectueu- 
sement, mais seulement en apparence, car lorsqu'il 
passa dans les rues, il entendit les geais, les pies et 
autres oiseaux parleurs lui crier ces mots qu'on leur 
avait appris à son intention : « Larron ! Paillard ! Filz 
de putain! Va hors va! Perrette donne-moy à boire ^ ». 

La leçon était aussi dure qu'imprudente à donner à 
un roi autoritaire tel que Louis XI ; aussi ne l'accepta-t- 
il pas. En réponse à cette insolence, il donna ordre à 
ses soldats d'aller saisir dans les habitations toutes les 
bêtes qui s'y trouveraient et qui pouvaient lui convenir. 
C'est ainsi qu'un beau jour, on vit se diriger, vers le châ- 
teau d'Amboise, un convoi de cerfs, de biches, de grues, 
de chouettes, de geais, de pies, etc. 

Il semble bien, du reste, que Louis XI, peu scrupuleux 
comme on le sait, employa plusieurs fois ce moyen simple 
et expéditif pour peupler ses ménageries. Une autre fois, en 
effet, apprenant qu'une collection d'oiseaux étrangers, des- 
tinée à un château de Bretagne, allait traverser la Loire 

^ C'est là sans doute qu'il fit placer les animaux que le roi de Portugal lui 
avait envoyés en i^'jS et ceux que lui avait donnés, quelque temps avant de 
mourir, son oncle René d'Anjou (V. p. 176). 

2 Jean de Roye, I, p. 220. Cette dernière exclamation visait une certaine 
Perrette de Chalons que le Roi avait pour maîtresse. 



LES MÉNAGERIES DES ROIS DE FRANCE %6i 

près du Plessis, il ordonna à ses archers d'aller de nuit 
se poster sur les différentes routes que pouvait prendre 
le convoi, de s'en emparer et de l'amener aux Montils *, 

III. Louis XI mourut en i4i^3, laissant le château du 
Plessis à sa fille, Anne de Beaujeu, qui av^ait hérité, 
dit-on, de l'intelligence de son père ; elle avait hérité 
aussi de son goût pour les animaux, car nous la voyons 
acheter cent cinquante-six serins pour la grande cage 
du château et faire venir deux poules d'Inde de Mar- 
seille". Elle pensa même avoir un jour une girafe qui était, 
à cette époque, la grande curiosité de la cour de Florence 
et que Laurent de Médicis lui avait promise. 

« Vous savez que autres fois, lui disait-elle dans une 
lettre, m'avez escript que m'envoieriez la girafle, et com- 
bien que je me tienne seure de vostre promesse, neant- 
moins pour vous donner à cognoistre l'affection que je y 
ai, je vous prie que vous la faictes passer et la m'envoier 
par deçà. Car c'est la beste du monde que j'ay plus grand 
désir de veoir. Et sil est chose par deçà que je puisse 
faire pour vous, je m'y emploieray de bon cœur. Et à 
Dieu sciez, qui vous ait en digne garde. 

Escript au Plessys du Parc, le XY^ jour d'avril [1489]. 

« Anne de France '. » 

Mais le Médicis garda sa girafe. 

L'année suivante, ce fut son jeune frère, le roi 
Charles VIII, qui fit acheter à Tours, pour la grande 
cage du Plessis, seize douzaines de serins; puis, en 1491, 
trois perroquets qu'il paya 02 livres tournois. Lorsqu'il 

1 Comptes de Tours, XLIV, fol. 8a V», cités par Brachet, p. CXYII. 

* Bibliothèque de l'École des Chartes, t. XL, 1879, P- 333. Voir aussi 
Franklin, t. II, p. 3a. 

^ Cette lettre a été publiée par Hamy, a, p. 16. 



26jt RENAISSANCE : XV^ ET XVI' SIÈCLES 

fut marié, Charles vint habiter avec sa toute jeune femme, 
Anne de Bretagne, le château d'Amboise où se trouvait 
déjà une ménagerie, dans un fossé qui existe encore, près 
de la Porte des Lions. 11 amena avec lui sa chienne pré- 
férée, « habillée de drap vert », ses marmottes « vêtues 
de velours rouge ou fauve » et plaça, dans le logis des 
lions, ses léopards de chasse* ; de son côté, Anne de Bre- 
tagne apporta « plusieurs petits oyseaulx estranges 
dressés à voler et à prendre mouches ». 

Bientôt la jeune reine voulut assister à des jeux 
d'animaux moins enfantins ; en i49^ (^lle n'avait pas 
encore dix-sept ans), elle faisait donner des ânes 
vivants à ses lions « pour les jouer et esbattre », 
disait-elle. Peu après, devenue veuve, elle épousait en 
secondes noces le nouveau roi de France, Louis XII, et 
elle venait habiter le château de Blois où le duc d'Or- 
léans avait été élevé. Là, Anne continua à s'entourer 
d'animaux. Elle avait vingt-quatre chiens, tant petits 
que grands, parmi lesquels il y avait neuf grands lévriers 
qu'elle avait fait venir de Basse-Bretagne, où cette race 
était très renommée ; chacun de ces chiens portait un 
collier de velours noir duquel pendaient quatre hermines 
fixées par des boucles de fil de laiton doré. Quant aux 
oiseaux, elle avait dans sa chambre une linotte chantante, 
et elle s'amusait toujours à faire chasser les mouches par 
de petits oiseaux qu'elle recevait du pays de Languedoc ^ 

La collection d'animaux du Roi était naturellement plus 
grande que celle de la Reine. Louis XII avait, en effet, cin- 
quante chiens courants dont la dépense annuelle s'élevait 
à 18.000 francs et plus de trois cents oiseaux de chasse 
qui lui coûtaient, en nourriture et entretien, 3o.ooo francs 

* Comte de Chabot, p. loo. 

^ Ces détails sont pris dans les Heures, les Epitres, les Im'entaires d'Anne 
de Bretagne et dans les ouvrages de Le Roux de Lincy, de Franklinet de Jal. 



LES MÉNAGERIES DES ROIS DE FRANCE at>3 

par an\ A son retour d'Italie, après la conquête du 
Milanais, il ramena avec lui les guépards de chasse de 
Ludovic Sforza avec lesquels il alla courir lièvres et 
chevreuils dans le parc du château d'Amboise-; il rap- 
porta en même temps un lion qu'il plaça à Tours, dans 
la tour dite de « feu Hugon » et qu'il fit nourrir aux 
frais des habitants. Il est probable que c'était là un hôte 
dangrereux et coûteux à entretenir car les habitants 
s'efforcèrent de s'en débarrasser. Ilsypaninrent, grâce à 
l'appui du seigneur de Colombiers qu'ils remercièrent en 
lui offrant» quatre poinçons devin de Sainct-Poursain^ ». 
Pendant ce temps, la ménagerie des lions de l'hôtel de 
Saint-Pol subsistait toujours à Paris, mais elle était bien 
près de sa fin, comme nous Pavons dit plus haut (p. 178). 

IV. François P'', le successeur de Louis Xll, fut, on 
le sait, le roi le plus fastueux de la Renaissance française. 
La vie de ce prince, très agitée et très bruyante, se 
passa presque tout entière en fêtes, en chasses ou en 
guerres. Se déplaçant très souvent, allant de château en 
château, il se faisait suivre partout de riches équipages 
parmi lesquels se trouvaient des bêtes féroces: c'était 
tantôt un lion % tantôt des léopards de chasse de deux 
espèces ; les plus grands de la grosseur d'un veau, mais 
plus large et plus bas sur pattes, les autres s'approchant 
delà taille d'un chien*. 

Amboise devint cependant, avec Fontainebleau, le 
séjour préféré de François P"^. C'est là que se trouvait la 
ménagerie royale ; on voyait, d'abord, de nombreux petits 
oiseaux de chambre qui étaient aux soins des « valets 

^ Paul Lacroix, a, p. 139. 

' Lettres du roy Louis XII, t. a, p. 43. 

' LambroD de Lignim, p. iSg. 

* Catalogue des Actes, t. VIII, p. 171, a58, i-jS. 

* Conrad Gesner, Ilist. Anim., Tiguri i55i ; cité par Camus, a, p. i3i. 



a64 RENAISSANCE I XV' ET XVI* SIÈCLES 

de garde-robe » : Jean Le Velu, dit Buisson, Jean d'Es- 
coubleau, dit Le Sourdier, et Samson ; puis, dans des 
loges grillagées : des lions et des tigres gouvernés par 
un italien, appelé Jean Antoine ; autre part des ours, 
des civettes, des léopards, des martes, des sangliers, 
des moutons des Indes, etc. K 

En grand seigneur, François I" se servait avant tout 
de ses animaux pour l'apparat. Il faisait coucher aux 
pieds de son lit un lion, un ours ou bien, nous dit un 
contemporain, Pierre Belon^, quelqu'autre « fière beste » 
qui se prélassait dans la chambre royale comme le ferait 
un « animal privé es maisons des païsants ». A ses 
chasses, paraissaient souvent des léopards ; un gardien 
à cheval amenait l'animal porté en croupe, placé sur un 
tapis ou coussin [super stragulo aut pulvind)^ puis il le 
lançait sur un lièvre ; en un instant la proie vivante était 
atteinte et étranglée ; le chasseur descendait alors de 
cheval, s'avançait vers le léopard en lui offrant un mor- 
ceau de viande qu'il lui présentait par derrière, entre ses 
jambes ; il attachait de nouveau la bête féroce, la flat- 
tait de sa main et la ramenait vers le cheval où d'un 
bond elle reprenait sa place ^ 

D'autres fois, le Roi faisait combattre des taureaux avec 
des lions, ou bien il se mesurait lui-même en champ clos 
contre des sangliers. Ces combats nous sont connus par 
une tapisserie de l'époque '\ par des Comptes de dépenses * 

* Catalogue des Actes, t. II, 567 et 685 et t. V, p. 878. 
2 h, livre III, chap. 11, p. 191. 

^ Parmi les animaux dont François I*"" se servit pour la chasse, il faut encore 
citer une « pie-grièche privée qui parlait et revenait sur le poing ». (Gesner : 
de Avibiis, p. 558, cité par Bufîcï ddition à l'article de la pie-Grièche grise 
par Sonnini, éd. Sonnini. t. XXXIX, p. 278). D'autre part, Belon dit que 
François P"" avait dressé plusieurs hérons qui lui obéissaient comme des 
chiens (éd. de i555, p. 189). 

* Enlart, ft, p. 368. 

* Publiés par Cimber, p. 80. 



LES MÉNAGERIES DES ROIS DE FRANCE a65 

et par les récits du temps. Brantôme, par exemple, parle 
d'un de ces combats au cours duquel une dame eut la 
singulière idée de jeter son gant au milieu des bêtes 
furieuses et de demander ensuite à son amant d'aller le 
ramasser pour voir a s'il Taymait tant comme il le disait » . 
Le seigneur, c'était François de Montgommery (M. de 
Lorges), se leva aussitôt et, sans s'étonner, mettant sa 
cape au poing et l'épée à la main, descendit bravement 
dans Farène ; la fortune récompensa son courage, car il 
fut assez heureux pour ramasser le gant et revenir sain 
et sauf vers sa dame^ 

Une autre histoire de combat, moins connue, eut pour 
acteur le roi François I" lui-même. « Ce fut, raconte un 
ancien maître d'hôtel de Louis XII, témoin du combat', 
au temps que le beau roy François fit le mariage du gentil 
duc de Loraine [Antoine le Bon] et de M"® Régnée de Bour- 
bon ». Le Roi cherchant tous les jours comment il pourrait 
divertir sa compagnie, s'avisa donc d'envoyer des veneurs 
dans la forêt d'Amboise pour lui prendre « quelque vert 
sanglier de quatre ans et le luy amener tout vif ». 
L'animal capturé fut conduit au château et placé dans 
une des cours où on lui avait construit un refuge cou- 
vert de branches et de feuillages. Le combat eut lieu 
le 26 juin i5i5. On avait dressé auparavant, dans la 
cour, des mannequins en forme de ligures humaines 
qu'on appelait des oc fantômes » ; les dames et les sei- 
gneurs de la cour avaient pris place tout autour, dans 
des galeries basses et hautes auxquelles on montait, du 
préau même, par quatre escaliers. Les galeries, dit 

* Brantôme, t. IX. p. 390. Cette histoire a été reprise par Maurice Maeter- 
linck dans son drame de Monna Vanna (acte II, se. m), mais transportée 
imaginairemcnt à Pise. D'autre part, elle a inspiré Schiller, pour sa ballade 
intitulée Der I/andschuh. 

' Nicole Sala, dont le récit a été publié dans la Bibliothèque de t École 
des Chartes, t, II (1840-41, p. a8i). 



a66 RENAISSANCE : XV® ET XV"" SIÈCLES 

notre conteur « estoient, tant pleines de gens que les 
ungs montaient sur les autres. Le roy qui s'était mis 
sur la- galerie entre le portail et les chambres de la 
royne qui estoient presque devant le puis (puits) devisant 
avec ses gentilz hommes, attendait que les dames fussent 
acccoustrées et araucliées pour venir à leur aise, et quant 
temps serait de commander que la trappe fût haulcée, et 
getter le sanglier hors pour veoir ses escarmouches. Le 
roy doncques voiant son point, fait signe à ceulx qui la 
charge avaient, de haulcer le trappon pour faire ouver- 
ture à la mauvaise beste : ce qui fut tost fait. Si en sortit 
hors très furieusement le sanglier héricé et tarquetant 
ses marteaux (faisant claquer ses défenses), qui sembloit 
que ce fussent orfeires. Au fantosmes s'en vint de course, 
et à sa grant dent, les commença à dessirer, et les faisoit 
tournoyer çà et là autour des cordes, qu'il semblait que 
ce fussent joueurs de soupplesse. Celle mauvaise beste 
s'amusa ung temps après ces fantosmes. Ceulx qui 
étoient aux galeries basses les arandoient (lui criaient 
après) et il revenoit à eux de cource ; mais il ne pouvoit 
saillir si hault. Il allait tournoyant tout autour, une fois 
le trot, aultrefoiz le cours, et tant vira par léans qu'il vit 
à l'entrée de la viz (escalier) qui estoit auprès du portail 
une brèche mal taudissée, par où il lui fut bien advis 
qu'il passerait. » 

Le sanglier prit alors son élan et renversant les deux 
coffres qui fermaient ce passage, il se lança dans les pre- 
mières galeries au milieu des gens qui essayèrent de fuir 
épouvantés. Mais la presse y était tellement grande que 
personne ne put reculer. Alors, devant cette foule tassée 
et criant, le sanglier fit un bond de côté et se dirigea à 
l'endroit même où se trouvait la cour. Le Roi aurait pu 
se jeter dans la chambre de la Reine qui s'ouvrait tout à 
côté, mais il ne le voulut pas et, faisant placer tous ses 



LES MÉNAGERIES DES ROIS DE FRANCE 267 

gens derrière lui, malgré la volonté des gentilshommes 
qui voulaient se mettre à sa place, il tira son épée et 
attendit bravement la bête furieuse avec une assurance 
aussi grande, dit notre conteur, que « s'il eust veu venir 
à luy une demoiselle. Ne demandez pas en quelle fréeur 
fut alors la royne et madame la régente, voire toute 
la compaignie, qui en tel péril véoient le roy ». 

Cependant le sanglier avançait ; quand il se fut ap- 
proché d'environ la longueur de deux toises, il s'élança 
pour percer de ses défenses la cuisse du Roi, mais celui- 
ci, faisant un demi-pas en arrière, à son tour s'élança et 
donna dans la poitrine de la bête un tel coup d'épée qu'il 
la traversa de part en part. Alors le sanglier, se déga- 
geant, rebroussa chemin et s'en vint descendre par l'autre 
escalier qui était devant le puits ; il arriva dans la cour, 
y fit environ cinq ou six pas, et tomba mort. 

« Vous ne scauriez pas croire, dit en terminant notre 
conteur, la joye que la royne et Madame eurent quand 
elles virent le roy eschappé de ce péril. » 

Les animaux sauvages étrangers que François 1®"" nour- 
rissait dans ses châteaux provenaient d'abord de cadeaux. 
En i532, par exemple, c'est son capitaine de galère, Jehan 
François Paillard, qui lui présente, de la part du « Roy des 
Thunes » (Tunis), un convoi de « bestes et oizeaulx » et 
qui reçoit en retour une gratification de 600 livres* ; deux 
ans après, à la fin de i534, c'est une ambassade turque 
qui lui amène des lions et des tigres envoyés par le sul- 
tan Kheir-ed-Din Barberousse' ; en i538, le seigneur de 
La Meilleraye, en Normandie, lui donne un mouton des 
Indes; enfin, l'année suivante, c'est la reine régente des 
Pays-Bas, Marie de Hongrie, qui lui envoie, de Bruxelles, 

i Comptes des bâtiments et Catalogue des Actes (VII, p. 66i, n** a8o86). 
C es derniers disent seulement 5oo livres, 
* Pellicier, I, p. XI. 



a68 RENAISSANCE : XV ET XVI" SIÈCLES 

deux phoques vivants, en même temps que de la malvoisie 
douce et quelques pièces de vin de Hongrie. L'envoyé 
de la reine rencontra François I" à l'abbaye de Valusan, 
près de Troyes ; après avoir laissé ses animaux, il repar- 
tit, portant à sa souveraine, « en merci » du roi de France, 
des bouteilles de vin de Languedoc ^ 

D'autre part, François P'' envoya plusieurs fois en 
Orient (où il avait, par traité avec le sultan Soliman II, 
le monopole du commerce) , des missionnaires chargés de 
lui rapporter des livres, des manuscrits, des « bestes 
estranges » et autres curiosités du pays. Les plus célèbres 
de ces missionnaires sont Pierre Giles et André Thevet, 
que nous connaissons déjà, mais il faut y ajouter les noms 
de Le Moine de Monugue, et surtout celui de Pierre Pitou 
qui nous intéresse plus particulièrement. Ce fut au 
commencement de l'année i532 que « Pierre Pitou, 
gentilhomme de l'hôtel du roi », s'embarqua pour le 
« royaume de Fez ». François I®'" lui avait fait donner, par 
le « trésorier de l'épargne », i.ooo livres tournois pour 
son voyage et 4oo livres pour l'achat de « différentes 
sortes d'oiseaux et bêtes » qu'il devait rapporter au Roi^ 
Pitou mourut au cours de son voyage, mais il avait eu le 
temps d'envoyer en France deux convois d'animaux : 
l'un qui arriva à la fin de i532 et qui fut envoyé à Ihôtel 
des Tournelles ; c'étaient les lions, les lévriers et les 
autruches dont nous avons parlé plus haut ; l'autre qui 
débarqua à Ronfleur le 22 octobre i533 et qui comprenait: 
8 chevaux, 4 chameaux, G autruches, i lion, i ours, 
8 lévriers et ii oiseaux. Ces animaux furent reçus par le 
gouverneur de la ménagerie des Tournelles, Josse de la 
Planque, qui, avec l'aide de huit hommes, les conduisit 

^ Inventaires publiés par Finot et Catalogue des Actes, t. VIII, p. 192, 
no 3io4i. 

2 Comptes du Roi, II, p. 216 et Catalogue des Actes, II, p. 369, n» SSig. 



LES MÉNAGERIES DES ROIS DE FRANCE 269 

d'abord au château des comtes de Valentinois à Cray 
(Grest ou Grey, dans la Drôme), où se trouvait le Roi, puis 
à Avignon, pour la ménagerie du Pape*. 

Il y avait donc encore à Paris une ménagerie royale, qui 
datait du reste, nous le savons, du temps où le duc de 
Bedford gouvernait la France, au nom du roi d'Angleterre. 
Cette ménagerie renfermait, au début de l'année i533 : 

I lion, I louve, 3 autruches et 4 lévriers d'Afrique ■; 
elle reçut en plus, en i538, une once qui avait été placée 
d'abord, par le Roi, chez le tenancier de l'hôtel du Dau- 
phin, situé faubourg Saint-Denis ^ 

En même temps, François P^ faisait toujours entretenir 
des lions dans les loges que René d'Anjou avait fait cons- 
truire à son château de Tarascon, en Provence, et des 
« bêtes rousses et noires », des hérons, des paons, des 
tourterelles blanches et des poules au Plessis-les-Tours*. 

II avait une fauconnerie et deux belles héronnières à 
Fontainebleau, et une autre héronnière à Romorantin*. 
Il faisait nourrir à Saint-Malo, par Jacques Cartier, des 
Peaux-Rouges que le célèbre navigateur avait ramenés de 
son second voyage au Canada®. Puis il créait de grands 
parcs de réserves de chasses, en i523, pour perpétuer, 
dit une légende, « le souvenir de ses amours avec la 



* Catalogue des Actes, t. II, p. 563, n"^ 65o3, et p. 640, n° 6885. Comptes 
publiés par Laborde, II, p. 216, 269 et 271. Ces comptes parlent d'autres 
achats d'animaux faits, par ordre du Roi, dans les royaumes de Fez et de 
Tunis (p. 208 et p. 264). 

Cinq ans après, en i538, François P"" envoyait encore au légat du pape, à 
Avignon, un lion et un grand lévrier qu'il faisait prendre à la ménagerie de 
Tarascon. Voir plus haut, p. 255, note 2. 

- Catalogue des Actes , voir le mandement signé du Roi, à la date du aa fé- 
vrier i533. Voir aussi : de Laborde, 6, t. II, p. 41*- 

■'* Catalogue des Actes, t. VIII, p. ii5, n° 3o3i4, et p. 3o5, vfi 3ai68. 

♦ Catalogue des Actes, II, p. 438, n^ 6930; p. 702, n9 7166; et VIII, 
p. a37, n° 3i474' 

* Catalogue des Actes, VI, p. 694, n» 22517 et II, p. 596, oP 6671. 

• Catalogue des Actes, t. VIII, p. 3o5, n« 32167 et suivant. 



■2'jO RENAISSANCE : W" ET XYI^ SIECLES 

comtesse de Thoury et la châtelaine de Monfrault », 
qui habitaient la commune de Ghambord; il faisait cons- 
truire le palais de Ghambord actuel, en même temps qu'il 
faisait entourer de murs, 5.4oo hectares de forêt pris 
autour de ce château; trois années plus tard, en i525, 
à son retour d'Espagne, il faisait bâtir, aux portes de 
Paris, le château de Madrid, auquel il ajoutait une autre 
réserve de chasse prise aux dépens du Bois de Boulogne ; 
enfin il faisait clore 4i6 arpents de la forêt de Saint- 
Germain pour y mettre des cerfs, des daims et des san- 
gliers amenés de Fontainebleau. 

V. Lorsque François P'' mourut, à Rambouillet, le 
3i mars 1547? son fils, Henri 11, se trouvait au château de 
Saint-Germain. Ge domaine, qui va devenir la résidence 
habituelle de la Gour de France, possédait alors une 
ménagerie dont les trois garçons : Michel Scofiîer, Lau- 
rens Soriot et Pierre Destaiz, n'avaient à garder, à la 
mort de François F', que trois animaux : un lion, une 
once et un dromadaire. Trois mois après, Henri H quit- 
tait ce château pour aller se faire sacrer à Reims ; mais, 
auparavant, il envoyait sa petite collection d'animaux à 
Paris en enjoignant, à la municipalité d'en prendre soin 
pendant son absence. Les échevins firent d'abord la 
sourde oreille ; puis, devant l'ordre exprès du Roi ordon- 
nant que « sans plus de dissimulation, longueur ou diffi- 
culté, la ville eût à recevoir et faire loger et nourrir 
lesdites bestes sauvages et cens qui ont charge d'icelles », 
ils allouèrent 17 sous tournois par jour pour chaque bête 
et son gardien \ 

A son retour de Reims, Henri II reprit ses animaux et 
leur fit construire à Saint-Germain, une maison qu'il plaça 

* Registre des délibérations du Bureau de la ville de Paris, t. III, p. 91, 
cité par Franklin, t. II, p. 43. 



LES MENAGERIES DES ROIS DE FRANCE 271 

en dedans et au bout du parc, « du costé du port au Pecq » ^ 
Cette nouvelle ménagerie comprenait huit loges bâties 
en pierre tout autour d'une cour intérieure, « la court 
des bestes », qui s'ouvrait par une grande porte « du 
costé des vignes » ; la construction coûta, pour la maçon- 
nerie seulement, 781 livres, 17 sous, G deniers. Chaque 
loge comprenait, en réalité, deux compartiments dont l'un 
donnait sur la cour par une baie grillagée et dont l'autre 
formait chambre de sommeil. Le service de ces deux com- 
partiments se faisait par le dessus, dans une galerie 
couverte qui s'ouvrait largement du côté de la cour 
intérieure ; le plancher de cette galerie était percé, en 
effet, de deux ouvertures par loge : en avant, une trappe 
s'ouvrait sur le compartiment grillagé pour jeter la nour- 
riture des bêtes ou pour actionner les grosses chaînes de 
fer. longues de quatre pieds, qui soulevaient la porte de 
communication entre les deux compartiments ; en arrière, 
une grande baie vitrée éclairait la loge du fond. 

Cette maison ne logea sans doute que des lions, des 
onces et des ours, mais Henri II eut encore à Saint-Ger- 
main, avec le dromadaire que nous connaissons : des 
éléphants, des porcs-épics, des ichneumons, des rats 
d'Arabie et d'Egypte, des singes et des civettes, tous ani- 
maux du Levant que Pierre Gilles, le pourvoyeur de Fran- 
çois I^% continuait à envoyer comme missionnaire du roi 
de France ^ 

^ A l'exception des trois documents inédits que nous donnons ci-dessous, 
tons les renseignements qui vont suivre sont pris dans les Comptes publiés 
par de Laborde (t. II, p. 3o3, 3o8, 3i4 et 3i5). 

* En réalité, c'était au cardinal Georges d'Armagnac, son protecteur, que 
Gilles adressait les curiosités qu'il recueillait. Un de ces envois, celui de 
1549. comprenait un ichncumon privé, très gentil et très doux, disait la lettre 
d'envoi, des rats d'Arabie et d'Egypte, une peau de girafe, des cuirs d'hip- 
popotames et d'éléphants marins, enfin la queue d'un bœuf de l'Inde servant 
de chasse-mouches au Pérou et à Tunis (Hamy, c, p. ao). On trouvera aux 
Arch. Hat. (K. 1723) deux quittances inédites relatives aux animaux do- 
Henri II, datées l'une du a février i547, l'autre du 9 juillet i%io. 



%']■! RENAISSANCE : XV" ET XVI® SIÈCLES 

Comme toujours, les animaux du roi étaient destinés 
à servir d'amusement à la Cour ou à figurer dans 
les grandes fêtes. Les éléphants, par exemple, firent 
partie du cortège d'Henri II et de Catherine de Médicis, 
lors de leur entrée triomphale à Rouen, en i55o; 
d'autre part, les lions et les ours servirent aux combats 
d'animaux qu'on donnait à Saint-Germain dans la cour 
intérieure de la maison des lions; les spectateurs de 
marque se plaçaient dans la galerie supérieure et les 
pages sur le toit de cette galerie. 

Nous ne savons quand ni comment la ménagerie de 
Saint - Germain disparut. Un document inédit* nous 
apprend qu'elle existait encore sous François II, et qu'en 
i564 Charles IX y faisait toujours nourrir des lions. En 
tout cas, elle n'existait plus au milieu du xvii® siècle, car 
les comptes des bâtiments de 1664 ne parlent, pour Saint- 
Germain, que de Tentretien d'une faisanderie, d'un parc 
aux cerfs, de remises à gibier et d'un parc à lièvres pour 
le dauphin. 

La reine Catherine avait également, à Saint-Germain, 
des animaux particuliers, mais c'étaient des singes, 
un perroquet et de nombreux petits oiseaux ^ Les fils de 
Henri II, les « enfants de France », avec lesquels vivait la 
jeune reine d'Ecosse, Marie Stuart, avaient, eux aussi, une 
ménagerie. En i55i, par exemple, le service régulier 
d'animaux appartenant à ces princes comprenait : 4 gros 
dogues « bien muselés », 22 petits chiens de chambre, 
nombre de grands et de petits chevaux % des faucons, des 



1 Arch. nat., K i^'^S. Quittance de Claude de la Court, « gouverneur d'un 
lion et une lionne que le Roi entretient à Saint-Germain-en-Laye de les Paris », 
qui reçoit 24 livres 16 sols tournois pour ses gages et la nourriture des dits 
•animaux pendant le mois de mai. Signé le 3 juin i564. 

2 Compte des dépenses (Archives curieuses, IX, 116-117). 

' Les deux « haquenées » de Marie Stuart s'appelaient l'une Bravanne^ 
l'autre Madame la Réale. 



LES MÉNAGERIES DES ROIS DE FRANCE 27? 

gerfauts, des tiercelets, des émerillons, et beaucoup 
d'oiseaux apprivoisés pour les appartements. De plus, 
des courtisans : le comte de Saint-Aignan, le duc des 
Garpentils, le maréchal de Saint-André, leur envoyaient 
des biches, des loups, des sangliers et des ours pris au 
piège. La garde de ces derniers était confiée à un écuyer 
nommé Florimond Pellaquin, qui touchait de 3 à 5 sols 
par jour pour la nourriture de chaque bête. A Blois, où 
Marie Stuart et les enfants de France vinrent demeurer 
avec leur ménagerie, les ours furent placés dans la maison 
d'une dame Pillonne mais ils y firent tant de dégâts qu'il 
fallut indemniser la propriétaire du logis*. 

VI. Henri II mourut en juin loog, à Fhôtel des Tour- 
nelles, des suites de sa passe de tournoi malheureuse 
avec le seigneur de Montgomery. Après le court règne 
de son fils aîné François II, son second fils, Charles IX, 
vint habiter le château du Louvre, qui n'avait plus guère 
été fréquenté par les rois de France, depuis Fépoque de 
Charles le Sage. Le nouveau roi, continuant les travaux 
commencés par François P^, voulut réunir le Louvre, par 
une galerie le long de la Seine, au palais des Tuileries 
que faisait élever sa mère, Catherine de Médicis. En 
même temps, il faisait rétablir une ménagerie comme au 
temps de Philippe de Valois". Ce fut un maître maçon 
du nom d'Eustache Yves qui, en iSyo ou 1571, cons- 
truisit les nouvelles loges pour les animaux féroces ; la 
dépense en maçonnerie ne s'éleva qu'à la somme de 
100 livres \ On y plaça encore des lions, des ours, et 
des dogues, que le Roi s'amusait â faire combattre contre 
des taureaux, des vaches et des ânes ; les combats avaient 

* A. de Ruble, p. 68 et 3oa-3o5. 

' Voir p. 169. 

' Comptes, publiés par Laborde, p. 186. 

I. 18 



274 RENAISSANCE : XV" ET XVI* SIÈCLES 

lieu dans une arène construite pour la circonstance, au 
milieu même du grand jardin du Louvre*; un de ces 
combats eut lieu le i4 octobre 1072, deux mois, à peine, 
après les massacres de la Saint-Barthélémy. 

De son côté, la reine Catherine embellissait le jardin 
des Tuileries au moyen d'un étang, d'une volière, d'un 
bois, d'une orangerie, d'un écho, d'un labyrinthe, d'une 
« maison pour les bêtes farouches », et de « quantité 
d'allées couvertes d'arbres touffus, que la fraîcheur de 
l'ombre rendait tout à fait délicieuses" ». La volière des 
Tuileries formait, en réalité, un vaste ensemble de bâti- 
ments avec cour centrale, situé dans l'espace compris 
actuellement entre le pont Royal et le pont de Solferino ; 
elle servit plus tard, au temps de la Fronde, à loger des 
troupes ^ Quant à la « maison des bêtes farouches », 
nous savons seulement qu'elle était placée près d'un 
amphithéâtre qui pouvait contenir plus de mille specta- 
teurs *. 

Henri llï augmenta d'abord le nombre et la variété des 
animaux de la ménagerie du Louvre : il y adjoignit trois 
chameaux qu'il faisait nourrir par un Vénitien auquel 
il donna 600 livres par an^ et, en juillet iSyô, il ramena 
de son voyage avec la Reine, en Normandie, une grande 
quantité de singes, de petits chiens et de perroquets 
qu'il avait achetés à son passage à Dieppe*; mais un 

1 Voir : L'Estoile, p. 249 ; Sauvai, t. III, p. i3 ; HofTbauer, p. 42, el les 
Comptes de dépenses de Charles IX, p. 355 à 358. 

2 Sanval, t. II, p. 286. 

3 Franklin, t. II, p. 90. Cette volière est figurée, ainsi que celle du Louvre, 
sur les plans de Paris de Gomboust (i653), de Nicolas de Bercy (i656), de 
Jean Boisseau (i654), et de G. JoUain (1666). Voir à notre bibliographie : 
Plajjs de Paris. 

* Expilly, t. V, p. 437. 

* Hamy, a, p. 17. 

« L'Estoile. Journal de Henri III, éd. Petitot, I, p. i36, éd. des Biblioph., 
I, p. 137. 

Le roi de France possédait, en outre, nombre d animaux de chasse dans le 



LES MÉ:<AGERIES DES ROIS DE FRANCE 275 

jour le tout disparut, comme il était venu, par fantaisie de 
roi. Le 20 janvier i583, dans la nuit, Henri III vit en songe 
les animaux de sa ménagerie se jeter sur lui pour le 
dévorer, et il en eut grand'peur ; c'est pourquoi le lende- 
main, saisi d'une crainte superstitieuse, il prit son arque- 
buse, après avoir entendu la messe, et alla faire un mas- 
sacre général de toutes ses bêtes \ 

VU. La fin du xvi^ siècle fut, à tous les points de vue, 
une période désastreuse pour la France ; trente-six 
années de guerres religieuses (de 1062 à 1398) avaient 
en effet, ruiné le pays et amené la misère chez les 
paysans, l'économie forcée chez les grands. Aussi 
lorsque Henri IV" fut proclamé roi de France, en 1689, 
il se contenta, tout d'abord, en fait de ménagerie, d'une 
petite collection de bêtes qui tenait tout entière sur le 
dos d'un cheval. Il avait « ung grand cinge (singe) 
nommé Robert », dans une boîte en sapin, « une grande 
guenon orange, une petite guenon noire et ung petit 
cinge », dans deux paniers, enfin « un grand péroquez » 
perché sur un « houche-pied ». Le cheval qui portait ces 
animaux était loué 3o sous la journée, et le tout, conduit 
par « Estienne fils, secrétaire de la chambre du Roy' ». 
suivit l'armée royale à Paris, à Provins, à Noyon, à 
Chartres et à Rouen. Ces animaux provenaient sans 
doute de la cour de Navarre où l'on nourrissait, à la même 
époque, des singes, des ours, des isards, des biches, des 
perroquets, des grues, des hérons, des cigognes, des 
faisans, des perdrix, des cailles et quantité d'oiseaux 
des îles^ 

Parc d'Ollainville, près d'Arpajon (de Laborde, Comptes, t. I, p. XXXVI). 

^ Estoile, ihid., p. a49- 

* Comptes de l'argenterie de Henri IV. 

3 Mémoires de Jeanne d'Albret, éd. de Ruble, p. 3a. (Voir Franklin, II. 
p. 8a et 85.) 



276 RENAISSANCE : XV" ET XVI" SIÈCLES 

En juillet iSgi, la petite collection d'animaux d'Henri IV 
s'augmenta d'un éléphant qu'on lui envoyait des 
Indes ; c'était sans doute le premier animal de cette 
espèce qui fût venu en France depuis saint Louis, mais 
comme le Roi était alors au siège de Noyon, il écrivit 
à son receveur des finances, à Dieppe, où on avait 
débarqué l'éléphant, une lettre dont nous extrayons le 
passage suivant : « Nous vous mandons faire marché 
avec quelque personne qui s'entende à le traicter (l'élé- 
phant), nourrir et gouverner et des deniers de notre 
recepte générale de Rouen transférée à Dieppe, faire paier 
par ledit recepveur général ce qui sera de besoing pour 
loger celluy qui en aura la charge et ledit éléphant et 
tous aultres frais qui concerneront ladicte nourriture... » 

Gela coûta sans doute beaucoup plus cher à Henri IV 
qu'il n'avait pensé car, un peu plus d'un an après, 
apprenant que la reine d'Angleterre avait envie de cet 
animal, il s'empressa d'écrire au gouverneur de Dieppe : 

« Mons"" de Chaste, ayant entendu que la royne d'Angle- 
terre, madame ma bonne seur, auroit agréable un élé- 
phant qui est à Dieppe je luy en ay faict présent comme 
je ferais encores plus vollontiers de chose plus excel- 
lente si je l'avois, et pour ce, je vous prie si vous avez 
moien de lui envoyer seurement de n'en perdre la pre- 
mière commodité ou bien attendre sur ce le commande- 
ment qu'elle vous pourra faire pour le dellivrer à celluy 
qui aura charge de le recevoir de sa part et n'estant la 
présente à aultre fin, je prie Dieu, Mons'' de Chaste, 
qu'il vous ait en sa saincte garde, 

« Escript au camp de Provyns ce IIIP jour de septem- 
bre MVcllIxxXlP. » 

En 1594, Henri IV prenait enfin possession de sa bonne 

^ Cette lettre et la précédente sont tirées des Archives de Rouen et publiées 
in extenso par Hamy, a, p. 18 et 19. 



LES MÉNAGERIES DES ROIS DE FR.O'CE 277 

ville de Paris, où il trouvait la ménagerie des Tuileries. 
Il y fit nourrir à son tour des lions \ un léopard de 
chasse que sa femme Marie de Médicis lui avait apporté 
de Florence' comme cadeau de noce, et une certaine 
bête fort curieuse « qui avait la teste de léopard et le corps 
de tigre », que lui avait envoyée le Grand Seigneur, mais 
cette bête, ayant étranglé un jour un des dogues de Sa 
Majesté, fut donnée à un forain qui la fit voir rue de 
La Harpe pour deux sous'. A Vincennes, Henri IV faisait 
nourrir un élan \ en compagnie des cerfs et des daims qui 
n'avaient cessé de s'y reproduire depuis le temps de 
Philippe Auguste ; enfin, à Fontainebleau, où il aimait 
tant à demeurer, il fît construire des viviers dans le 
jardin des Pins, une ménagerie pour combats d'animaux, 
et une grande volière. Cette dernière occupait un des 
côtés de la Cour des cuisines, comprise aujourd'hui dans 
la partie réservée à l'École d'application d'artillerie ; elle 
avait 3o toises de long sur 7 de large avec une belle fon- 
taine en rocher ornée d'une statue de Neptune; elle ren- 
ferma alors des autruches, des hérons, des goélands, des 
cormorans dressés à la chasse, des tadornes, des paons, 
des faisans, des perdrix, etc*. 

^ C'est sans doute un de ces lions qui dévora un chien devant le Dauphin, 
un jour que ce dernier se promenait aux Tuileries en compagnie de son 
médecin (J. Héroard, Journal, II, p. 9). 

2 J. Camus, c, p. 29. 

3 Pierre de l'Estoile. Mémoires et Journaux, éd. 1880, t. VIII, p. 297. 

* Journal de Héroard, t. I, p. 386. 

* P. Dan. Le trésor des merveilles de Fontainebleau, p. i56et i85. (La 
fontaine de la volière, figurée dans cet ouvrage, a été reproduite par Louis 
Dimicr, p. 69.) 



CHAPITRE XIII 

LES MÉNAGERIES DES SEIGNEURS, DES BOURGEOIS 
ET DES FORAINS, DU XV^ AU COMMENCEMENT DU 
XVIP SIÈCLE. 



1 . Les bêtes privées du château de Boussac. — La lionne du duc de Guise 

et le château de Tancarville. — Bateleur rappelant les exploits des 
bestiaires romains. 

2. Acclimatation de nouveaux oiseaux dans les domaines provinciaux. — 

Garennes. 

3. Premières ménageries de Chantilly. 

I. Au XV® siècle, chez les nobles de France, la mode était 
devenue générale d'avoir nombre d'animaux privés dans 
les maisons. On en gardait jusque dans les chambres 
à coucher, on vivait avec eux plus intimement qu'avec 
nos chiens aujourd'hui, et on faisait reproduire leurs 
traits sur des tableaux ou des tapisseries. Une série de 
six grandes tapisseries du château de Boussac, dans 
la Creuse, qui représente diverses scènes de la vie d'une 
femme de haut parage est particulièrement intéressante à 
ce point de vue*. La dame, peut-être une dame Le Viste 
dont la famille était propriétaire du château, est riche- 
ment vêtue de velours et de drap d'or. Sur une des tapis- 
series, on la voit se promenant sur une pelouse fleurie 
accompagnée d'une jeune suivante et de ses animaux 
favoris. Sur une autre, elle s'arrête pour prendre des dra- 
gées dans une coupe que lui tend sa suivante et les 
donne à son perroquet ; à ses pieds, un singe joue au 

* Ces tapisseries, exécutées en France probablement dans la seconde moi- 
tié du XV® siècle, sont aujourd'hui au Musée de Cluny (Salle des Emaux) où 
on les connaît sous le nom de « Tapisseries de la Dame à la Licorne ». 



SEIOEURS, BOURGEOIS ET FORAINS 279 

milieu des fleurs en compagnie de deux petits chiens et 
de quatre lapins blancs. Plus loin, on la voit s'amuser à 
faire une couronne d'oeillets, tandis que son singe favori 
prend, dans une corbeille, des roses qu'elle vient de 
cueillir; à ses pieds, couché sur l'herbe, est un tout 
petit agneau. Plus loin encore, la dame se tient debout 
sur la pelouse encadrée par ses animaux héraldiques, 
le lion et la licorne ; elle est entourée de ses bêtes pri- 
vées : un macaque qui porte au cou un collier d'où pend 
une chaînette terminée par un rouleau de buis, et un 
autre singe ceinturé autour des reins, puis une panthère, 
un guépard (?) et une genette ou plutôt une civette, 
ayant tous les trois de riches et larges colliers autour 
du cou, enfin, une pintade (?), une perdrix et, tout en 
haut de la tapisserie, un faucon poursuivant un héron ; 
telles étaient, avec les paons et les faisans qui ne sont 
pas figurés sur ces tapisseries, les bêtes familières des 
seigneurs de ce temps'. 

Dans quelques grands châteaux, on avait conservé 
encore, du reste, la coutume féodale de faire nourrir un 
ou deux animaux féroces, comme cette lionne que M. de 
Guise avait en son « hostel de Guise » et qu'il arquehusa, 
un jour, parce qu'elle avait « estranglé ungde ses gi-ands 
laquais' »; tel encore, ce lion du comte de Tancarville 
dont on trouve la désignation dans des actes de 149^ et 
dei5i3. Gesactes ne parlent, il est vrai, que d'une «Tour 
du lion » située sur le bord du fossé d'enceinte du châ- 
teau de Tancarville, en Normandie ; et peut-être même 
n'était-ce plus là que le souvenir d'un lion que Guil- 
laume de Tancarville, chambellan de Henri I", roi 

^ Des tapisseries, d'un travail semblable à celui des tapisseries de Beussac, 
et appartenant à la collection Martin Le Roy, représentent, en fait d'animaux 
privés : des singes et des faisans (Marquet de Yasselot, fasc. IV, p. 27 et 
pi. 3). 

^ L'Estoile. Journal de Henri IV, cité par Franklin, II, 106. 



i8o RENAISSANCE : XV" ET XVI* SIÈCLES 

d'Angleterre, avait reçu de ce prince, au xn® siècle. 

En tous cas, il est curieux de constater ici, en passant, 
le rôle que les ménageries anciennes ont joué parfois dans 
la légende. Au xvii' siècle, la Tour du Lion du château de 
Tancarville existait toujours et on y voyait même la basse 
fosse dans laquelle avait dû être placée autrefois la bête 
féroce. Cette tour était inhabitée depuis longtemps, mais, 
souvenir confus des rugissements que le peuple y avait 
entendu jadis, on croyait y entendre encore, la nuit, 
des bruits sinistres et la Tour du Lion était devenue la 
Tour du Diable. 

Un jour Taumonier du château, voulant débarrasser la 
contrée d'un hôte aussi dangereux, se mita la tête d'une 
procession, avec croix, bannière et goupillon, et se 
dirigea vers la tour. Tout le monde chantait des can- 
tiques ; des prières ferventes s'élevaient vers le ciel, 
mais personne n'était rassuré. Arrivée auprès du lieu où 
se tenait le maudit, la procession s'arrêta; le chapelain 
fit trois fois le signe de la croix, s'arma du goupillon et 
bravement entra dans la tour. Pendant quelques minutes, 
un silence solennel plana sur cette foule terrifiée ; 
anxieux, tous les yeux étaient tendus vers la « cave du 
Diable », quand, tout à coup, un immense soupir de sou- 
lagement fit frissonner cette foule : le chapelain réappa- 
raissait, annonçant à ses fidèles, d'un air triomphant, 
qu'il avait trouvé le diable, l'avait exorcisé et lui avait 
ordonné de sortir à l'instant même. Satan avait obéi, 
non sans faire, ajoutait le chapelain, une épouvantable 
grimace*. 

Les montreurs de bêtes continuèrent à parcourir 
le pays, au xv® et au xvf siècles, comme autrefois. Les 



* Cette histoire, et les deux dates ci-dessus, sont tirées de A. Deville, 
a, p. 26. La Tour du Diable, qui existe toujours à Tancarville, est redevenue 
la Tour du Lion ; elle est en ruines et couverte de lierre. 



SEIGNEURS, BOURGEOIS ET FORAINS 281 

uns avaient des ours, des loups, des sangliers * des 
singes qu'ils nommaient magots, tartarets ou tartarins, 
et des animaux « de la terre neufue » tels que des 
tatous-. D'autres fois, ils conduisaient un éléphant, ou 
quelque bête féroce % et même on put voir, à cette 
époque, des bateleurs renouveler, avec leurs lions, les 
exploits des anciens bestiaires romains. C'est ainsi qu'un 
haut relief de la cathédrale Saint-Pierre, à Troyes, qui date 
du XVI® siècle, représente un homme nu, sans armes, 
luttant avec un lion. Dans cette œuvre, les attitudes de 
l'homme et de la bête sont si vraies : le belluaire 
abaissant fortement la nuque du lion avec son menton en 
même temps qu'il lui enserre le cou de ses bras robustes ; le 
lion à moitié étouffé, la gueule ouverte, la langue tirée, 
et repoussant de ses pattes son redoutable adversaire, 
tout est si vivant que 1' « imagier en pierre » a certaine- 
ment assisté à la scène qu'il représente*. C'est bien 
probablement un de ces mêmes bateleurs qui vint à Paris, 
lors de la fameuse foire Saint-Germain de l'année 1611, 
et qui fit ses exercices dangereux, au Louvre ou aux Tui- 
leries, devant les yeux du jeune Dauphin, fils de Henri IV. 
Le 18 février, raconte en effet le médecin Héroard, le 
prince vint après dîner « à la fenêtre pour voir combattre 
sans touches un homme contre un lion' ». 



1 A. de Ruble. 

' P. Belon. Le Tiers livres de plusieurs singularités... 'p. 211-jia. Selon 
dit, au même endroit, que le magot et le tartaret sont les mêmes animaux 
que le maïmon ou singe cochon d'Aristote. 

^ Voir : Yolande de France, duchesse de Savoie. 

* Un moulage de cette sculpture si curieuse se trouve exposé au Musée de 
sculpture comparée du Trocadcro à Paris. 

^ Héroard, II, p. 54- Nous n'avons pu trouver la signiiication de cette 
expression « sans touches u qu'emploie le médecin de Henri IV. Il faut peut- 
être la rapprocher de cette autre expression de « toucheur de bœufs » employée 
encore en rs'ormandie pour désigner les hommes qui conduisent les bestiaux 
sur les routes, en les frappant ou en les piquant d'un bâton pointu. Héroard 
cite d'antres combats d'animaux : I, 327, 218; II, 55, 83. 



'J.S'J. RENAISSANCE l XV^ ET XVr SIECLES 

II. La Renaissance ayant amené en France, comme en 
Italie, des mœurs plus douces, les seigneurs préférèrent 
bientôt, aux bêtes féroces d'autrefois, des animaux plus 
paisibles et de commerce plus facile. A la cour des der- 
niers Valois, on affectionna, les dames surtout, des sortes 
de petits renards d'Afrique qu'on appelait Adwes^; 
Henri IV ramena le goût des singes qu'il tenait de sa 
mère Jeanne d'Albret% et l'on vit, non sans quelque 
scandale, la comtesse de Guiches, sa maîtresse, se faire 
accompagner, à la messe, de sa guenon et de son barbet \ 

Un peu moins frivoles, en province, les seigneurs 
français s'occupèrent surtout, à l'exemple déjà ancien de 
René d'Anjou et de Louis XI, d'introduire et d'acclimater, 
dans leurs domaines, des espèces étrangères utiles, pour 
l'ornement des parcs et des jardins, pour les émotions 
de la chasse ou pour les plaisirs de la table. Ce fut 
l'époque où la faisanderie commença à devenir un art 
et où l'on vit paraître : les premiers dindons qui furent 
apportés d'Espagne en France, au temps de Louis XII, 
et, en Angleterre, à l'époque de Henri VIII, les pintades 
qui furent réimportées par des marchands venus de la 
Guinée*, les canards tadornes qui se voyaient encore 



^ On disait alors adives [Dict. de Richelet, édit. de 1680) ; mais plus tard 
on parla aussi d'adirés ce qui n'était sans doute que le même animal, le Canis 
cornac L. ou Canis aureus. Les deux expressions se trouvent dans Richelet 
(édit, de 1739) avec à peu près la même signification. 

2 Mémoires de Jeanne d'Albret, éd. de Rubble, p. 82. 

^ D'Aubigné, Sa vie à ses enfants (éd. Réaume, I, p. 5t), et Mémoires (éd. 
Buchon, p. 495). 

* Ces deux espèces d'oiseaux, les dindons et les pintades, furent prises 
l'une pour l'autre par quelques écrivains. Ainsi Delamarre raconte que Jacques 
Cœur, disgracié en i45o, se retira en Turquie d'où il rapporta une foule de 
curiosités, des dindons entr'autres, qu'il élevait dans son château de Beau- 
mont en Gâtinais [Traité de la Police, t. II, p. 1376). Belon fait la même con- 
fusion en disant que le dindon était commun « es métairies romaines » [Ilist. 
de la nature des oyseaux, p. 248, et Portraits d'oyseaux..,, p. 36.) — Les 
dindons furent d'abord des animaux de luxe ; le premier qui fut mangé eu 



SEIGNEURS, BOURGEOIS ET FORAI>'S a85> 

rarement, en i555, « sinon es courts des grands sei- 
gneurs », les francolins qui étaient encore plus rares, les 
cygnes, dont l'introduction dans le centre de la France 
avait tenu peut-être à une histoire d'amour'. Au milieu du 
xvi^ siècle on ne trouvait encore de ces derniers oiseaux, 
en quantité du moins, qu'en Flandre, à Valenciennes, 
qu'on disait avoir été appelée pour cela « Val aux Cygnes », 
sur les bords de la Charente qui avait alors la réputation 
d'être « bordée de cygne et pavée de truite », sur la 
rivière de Touvre. près du château d'Angoulême, où un 
des serviteurs du comte Charles d'Orléans, le père de 
François P'', était tenu, en guise d'hommage, à lever 
les nids de ces oiseaux et à échauder leurs ailes pour 
les empêcher de voler, puis à Tours, à Cognac et à 
Saumur. Comme au temps de Socrate, on attribuait tou- 
jours à ces oiseaux le pouvoir de la divination ; on croyait 
qu'ils prévoyaient par un chant funèbre leur mort et même 
celle des hommes - ; aussi ce fut avec terreur que l'on 
en vit quelques-uns, deux ou trois jours avant la mal- 
heureuse journée de Saint-Barthélémy de l'an 1072, « vol- 
tigeans, nageans et se plongeans dans la rivière de Seine 
entre Saint-Clou et le port de Nully [sic) ». 

A cette époque, chaque domaine provincial d'un peu 
d'importance ne tarda pas à posséder un grand nombre 
d'oiseaux divers qui étaient gai*dés « pour l'amusement, 
la viande, les œufs ou la chasse ». Sans parler de la basse- 
cour, du colombier, de la fauconnerie ni du vivier, on 
voyait en captivité, dans les volières, ou en liberté dans 
les jardins : des poules d'eau, des sarcelles, des bécasses, 
des courlis, des cygnes, des grues, des cigognes, des 

France, parut au fcstia de noces de Charles IX, en iS'jS. (Tcmminck, Hist. 
des Gallin., p. 378.) 

' Voir p. 180. 

2 Voir notre t. II, p. t^^iSo. 



284 RENAISSANCE ! XV® ET XVI* SIÈCLES 

gelinottes, des faisans, des paons et des poules d'Inde. 
Dans un « têct à part, haut eslevé et adossé contre la 
closture de la court », des poules de Numidie étaient 
gardées pour la seule curiosité, « sans plaisir ni profit ». 
Dans d'autres volières se trouvaient des rossignols, des 
roitelets, des chardonnerets, des pinsons, des canaris, 
des linottes, des mésanges, des alouettes, des grives et 
autres « oyseaux chantans harmonieusement ». Des 
hérons étaient attirés dans de hauts établis appelés 
« haironnières », pour que le seigneur, quand il lui plai- 
sait de « faire quelque banquet magnifique et somptueux, 
ait des hairons à son commandement ». Dans certains 
domaines, auprès de Lisieux, en Normandie, par exemple, 
on élevait, pour la vente, un grand nombre de paons, et 
les perdrix du cardinal de Châtillon, qui s'en allaient 
tous les jours aux champs avec les poules et revenaient 
le soir avec elles, étaient fort renommées \ Enfin, l'on 
trouvait presque partout, comme au temps des Romains, 
de grandes garennes ou parcs de réserve pour cerfs, 
daims, chevreuils, sangliers et lièvres '^ Dans le Parc 
du château d'Anet, par exemple, à côté d'une héron- 
nière, de volières et de viviers, Diane de Poitiers, la 
favorite de Henri II, faisait nourrir des bêtes fauves 
« destinées à procurer à leur maîtresse le plaisir de 
la chasse sans qu'elle eût à en redouter les dangers^ ». 
Au château de Gaillon, l'archevêque de Rouen, Charles III 



* Tous ces renseignements sont pris à Lièvre, p. 4^9 ; à Belon, h, p. 172 
et 240 ; à Charles Estienne et Liébault, liv. I, p. et verso 45, 46, 47> 5o, 5i, 
liv. VII, p. 364, 365 et 384 et suiv,, à Ducerceau et à Bruyerin-Champier. De 
re cibaria, p. 791 (cité par Franklin, II, p. i85). 

^ Nous citerons , comme une des plus vieilles représentations de ces 
garennes, une estampe de Claude de Chastillon concernant le château de 
Paulmy, en Indre-et-Loire. C'est probablement de cette époque aussi, que 
datent nos premières races de lapins domestiques car nous n'en entendons 
pas parler avant Estienne et Liébault. 

3 Mémoires de la Société archéol. d' Eure-et-Loir e, t, VI, 1880, p. 58. 



SEIGNEURS, BOURGEOIS ET FOR.UNS 285 

de Bourbon, frère naturel de Henri IV, possédait un grand 
parc (c bien muré et fourny d'orangers, de fontaines à 
grandes cuves de marbre qui coulaient en divers endroits, 
et d'un délectable jardin avec fruictiers, grands cyprès et 
voUières d'oyseaux. » Ces dernières flanquaient les quatre 
côtés d'un élégant pavillon octogone, surmonté d une 
calotte sphéroïdale qui s'élevait au milieu du jardin; elles 
renfermaient, entre autres : des faisans, des paons, des per- 
drix, des outardes, des pigeons et des « poulies daindes » 
dont les œufs étaient mis à couver dans des étuves*. 
Mais le domaine seigneurial qui commençait à attirer le 
plus les regards, à cette époque, était celui de Chantilly. 

III. Le domaine de Chantilly a une origine lointaine. Dès 
le X® siècle, en effet, il est fait mention, en ce lieu, d'une 
a châtellenie » qui appartenait au comte de Senlis : la rési- 
dence seigneuriale était alors une tour qui s'élevait, au 
milieu des marécages de la Nonette, sur le rocher trian- 
gulaire où se voit le château actuel. La châtellenie de 
Chantilly passa, au xv*" siècle, dans la famille de Mont- 
morency et fut incorporée, en i55i, au duché-pairie de ce 
nom. 

C'est au connétable Anne de Montmorency, l'ami 
d'enfance de François P'" et le compagnon d'armes de 
Bayard, que remontent les premiers embellissements de ce 
domaine. Les marécages de la Nonette furent alors dessé- 
chés, les grandes et magnifiques avenues actuelles furent 
tracées dans la forêt ; le vieux manoir fortifié, qui avait 
succédé lui-même à une tour féodale, fut transformé en 
un château moderne dont l'extérieur garda l'aspect du 
moyen âge, mais dontles façades intérieures furent du plus 

*■ Lhistoire du château de Gaillon est donnée par Deville dans les Comptes 
de dépenses ; le passage entre guillemets est tiré d'un des comptes, p. 33 1. 
Voir aussi : de Bras de Bourgueville. Les volières furent figurées, en 1576, 
par Ândrouet du Cerceau (Voir : Deville, 6, pi. II, fig. 9 et pi. III). 



286 REÎ^AISSANCE : X\" ET XVl^ SIÈCLES 

pur style renaissance. Le connétable fit rejoindre, par 
un pont, la façade sud de ce château à un terre-plein 
placé fortement en contre-bas et sur lequel il fit élever 
ce charmant palais annexe qu'on voit encore aujourd'hui 
dans son état primitif; enfin il lit édifier, dans le 
voisinage, au bas ou en avant du Jeu de Paume actuel, 
entre les écuries et le large fossé du château, une vaste 
ferme qu'on appela Bucamp\ C'est là que nous trouvons 
la première indication d'une ménagerie à Chantilly. Le 
« ménage », comme on disait alors, ne comprit d'abord 
que des animaux domestiques : vaches, veaux, moutons, 
chèvres, porcs, oiseaux de basse-cour; mais déjà pourtant 
le connétable fait rechercher des animaux exotiques. 
On voyait, en effet, dans le jardin du petit château, 
une grande volière avec perroquets et « oiseaux de toute 
sorte ^ »; plus loin, vers Tîle d'Amour, se trouvait une 
héronnière; plus loin encore, en dehors du parc, dans le 
voisinage de l'église actuelle : l'autourserie, la faucon- 
nerie et le « chieny »^ ou chenil. 

Un grand nombre des animaux du connétable Anne lui 
étaient donnés. Le Grand Seigneur, le sultan Soliman, en 
particulier, lui envoyait souvent : des chevaux turcs, 
des chiens, et surtout des oiseaux, principalement des 
faucons tunisiens, des gerfauts et des sacres; «... Bar- 
berousse, roy d'Alger, le recherchoit fort aussi, jusques 
au Dragut et autres corsaires, qui le craignoient ; et luy 
envoyoient de Barbarie toujours quelques petites gen- 
tillesses et surtout de ces oyseaux, comme j'ai veu sou- 



^ CeUe ferme fut bâtie, de i528 à i53o, sur l'emplacement d'une autre 
ferme ruinée qui avait appartenu aux moines de Saint-Leu-d'Esserens jusqu'à 
la fin du x\^ siècle. (Gustave Maçon, a.) 

^ On voit cette volière, reconstruite en 1601, sur deux gravures de Silvestre 
publiées vers 1670; elle disparut définitivement en 167J, mais son empla- 
cement reste connu et l'on continue encore à parler du a jardin de la 
volière ». 



SEIGNEURS, BOrRGEOIS ET FORAI>"S 287 

vent en arriver ^.. ». On faisait aussi des cadeaux d'ani- 
maux vivants à sa femme, Madeleine de Savoie, en par- 
ticulier une « petite beste fort étrange et assez belle, 
qui ressemble à un lion et n'est rien si doux » que lui 
envoya, le 23 septembre t53o, le vicomte d'Aguisy, plus 
connu des bibliophiles sous le nom de Jean Grolier. 

La chasse à courre était pratiquée à Chantilly avec autant 
de passion que la chasse au vol. Les cerfs, les sangliers, 
les loups de la forêt exercèrent Tardeur de François P', 
de Henri II, de Henri IV et plus tard de Louis XIII ; le 
i3 octobre 1327, par exemple, le capitaine de Chantilly, 
Pierre de Garges, écrit à son maître : « Il n'est encore 
point de nouvelles que le roy [c'était François I*'] doibve 
partir de céans ; il trouve tant de cerfs en vos foretz qu'il 
s'en contente, et pareillement de sangliers. Il a pris quatre 
cerfs et deux grans sangliers, et demain doibt encore 
courre. Il a dit à Monsieur vostre père (Guillaume de 
Montmorency) qu'il y a cent cerfs courables en ses foretz 
de céans et de Coye, et qu'il en a eu le rapport. » Quant 
à Henri IV, c'est une véritable fougue qu'il apportait à 
ce plaisir ; pendant un séjour à Chantilly en 1607, il chasse 
neuf jours sur dix : « H y a pris tant de plaisir depuis 
l'aube du jour jusquesàlanuit close qu'il a esté contraint 
d'aller changer de chemise en sa chambre... Les chiens 
sont tous sur les dents et n'en peuvent plus... Il prit hier 
deux chevreuils à force et deux laies avec le vautrait... 
Vos oiseaux ont donné beaucoup de plaisir à Sa Majesté *, » 

Henri P*" de Montmorency, auquel était adressé ce rap- 

* Brantôme, Œuvres, éd. Lalanne, III, 347. 

- Extraits des lettres de l'intendant Girard do Thillay au connétable Henri 
de Montmorency, mars 1607. Ces citations, de même qae celles dont nous 
ne donnerons pas les références, sont empruntées aux documents conservés 
dans les Archives du Musée de Condé, L Chantilly. Elles nous ont été commu- 
niquées très aimablement par le savant conservateur du Musée, M. Gustave 
MacoD, auquel nous devons, en grande partie, la rédaction de Thistoire des 
ménageries de Chantilly. 



a88 RENAISSANCE ! XV* ET XYI"" SIÈCLES 

port, faisait alors, depuis 1602, de grandes dépenses pour 
rembellissementde Chantilly. Le pavillon qui prit ensuite 
le nom de Maison de Sylvie est son œuvre, de même 
qu'une « faisandière » qui fut établie tout à côté ; la vo- 
lière du jardin du petit château fut entièrement recons- 
truite, mais les tourterelles y périrent de froid pendant le 
dur hiver de 1607- 1608. Le bassin, qui séparait alors le 
petit château du grand, renfermait « les carpes dorées et 
argentées » ; l'étang du Serrurier était réservé aux bro- 
chets ; l'élevage des truites se faisait dans un canal voisin 
qui en a conservé le nom. Alors comme aujourd'hui, les 
cygnes et les canards sillonnaient le vaste étang; des cerfs 
et des daims étaient enfermés dans le parc ; une biche et 
une daine apprivoisées amenaient leurs faons au château. 
Ces animaux avaient leur logis dans des bâtiments édifiés 
par Anne de Montmorency, en i53o, et qui subsistèrent 
jusqu'en 1674, date où la création de lentrée actuelle du 
château les fit disparaître; ces bâtiments se trouvaient 
sur la Pelouse, entre les Six-Arbres et le Pavé montant. 
Ce fut là la première ménagerie du Grand Condé. 

Les documents du temps nous montrent Henri IV visi- 
tant « le ménage de Bucamp », comme on disait alors : 
il se plaît à examiner surtout les chèvres de Barbarie, 
et surveille le moment où il pourra faire enlever celles 
que le connétable lui a promises, « lorsqu'elles seront 
en leur beaulté, grasses et bien vestues » ; il s'amuse aux 
ébats des paons et des dindons ; une lettre mentionne 
c( les paonnes blanches et les faisans argentés ». En l'ab- 
sence du connétable, retenu le plus souvent dans son 
gouvernement du Languedoc, le roi de France faisait les 
honneurs du domaine à Mgr le comte de Soissons et au 
seigneur dom Jehan (Jean de Médicis), les conduisant 
par tous les coins, « tant dans le chasteau, Bucamp, que 
toutes les mesnageries ». Enfin, ajoute l'intendant Girard, 



SEIGNEURS, BOURGEOIS ET FORAINS 289 

écrivant à son maître le 12 mars 1607, « il admire vostre 
maison et la trouve plus agréable qu'il n'a jamais fait ». 
Le Roi, toujours « vert galant », y admirait plus encore 
la jeune Charlotte-Marguerite de Montmorency, fille du 
connétable, dont le mariage avec Henri II de Bourbon 
devait bientôt faire entrer le domaine de Chantilly dans 
la famille des Condé. 

Le dernier des Montmorency passa la plus grande par- 
tie de sa vie, comme son père, à guerroyer en province, 
mais lui aussi continua à faire nourrir nombre d'animaux 
à Chantilly. C'est du moins ce que nous apprend le poète 
Théophile de Viau dans sa description enthousiaste de 
la Maison de Sylvie : 

<( Les animaux les moins privés 
Aussi bien que les moins sauvages 
Sont également captivés 
Dans ces bois et dans ces rivages... 
Là, les faisans et les perdrix 
Y fournissent leur compagnie... 
Avec elles voit-on manger 
Ce que l'air le plus estranger 
Nous peut faire venir de rare, 
Des oiseaux venus de si loin... » 

On connaît la triste fin du maréchal Henri de Montmo- 
rency. Pris les armes à la main au combat de Castelnau- 
dary, en état de révolte contre le roi de France, il fut 
condamné à mort et exécuté en i632. Ses biens furent 
confisqués, mais Louis XIII les remit à ses sœurs, à 
l'exception de Chantilly, qu'il retint pour son plaisir 
sans l'unir au domaine de la Couronne. C'est après 
sa mort que nous verrons les ménageries de Chantilly 
prendre, entre les mains des Condé, le développement qui 
les fera rivaliser avec celles de Louis XIV. 



«9 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. REFERENCES 
ET SOURCES^ 



Abel-Rémusat. Observations sur 
'état des sciences naturelles chez les 
peuples de l'Asie orientale. Mém. 
de VAcad. des Inscript, et Belles- 
Lettres. i833, nouvelle série, t. X. 
ii6, ;p. 38). 

Âdenès li Rois. Li Roumans de 
Berte aus grans pies, dans un manus- 
crit du xin" siècle n° 3 142 de l'Ar- 
senal, à Paris, feuil. 120 et suiv. ; 
publié par Aug. Scheler, Bmzelles. 
1874, in-80 (p. i6a). 

iBgidias Viterbensis (p. 149). 

Agricola (p. i36). 

Aimar de Ranconnet. Thrésor de 
la Langve francoyse. tant ancienne 
que moderne, édit. de Jean Nicot, 
Paris, fol. 1606 (p. 6). 

Alaoni (V. Cat.vlogue). 

Albert le Grand. Beati Alberti ma- 
gni... opéra. Lugduni, i65i, ai vol. 
in-fol. (p. 166). 

Albret (Jeanne d'). Mémoires et 
poésies, publiées parle baron de Ru- 
ble, Paris, 8°, 1893 (p. 273, a8a). 

Aldrovande. Omithologiœ. Bonon, 
1637, 3 vol. fol. (p. aia, a40' 

Aliprandi. Voir Bo.'vajiente . 

Altmayer (J-J-)- Marguerite d'Au- 
triche, sa vie, sa politique et sa coar. 
Liège, in-8°, 1840 (p. aa6\ 



Ammien (Marcellin) (p. 5o, 109. 
"9)- 

Anacréon (p. 54). 

Androaet 'Jacques-A., dit du Cer- 
ceau). Voir Cebceau. 

Anqnetil . Histoire de France , 
i8i7, 14 vol. in-ia. 

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publiée d'après le manuscrit palatin 
par Jacobs, 1 vol. în-ia. Paris, 
i863 (55, 57, 59, 60). 

Antiphane (p. 58). 

Antonio di Pietro (p. 149). 

Apollonius de Tiane. Voir : Le 
GRAND dAussy et Philostrate. 

Apulée, traduction nouvelle par 
M. V. Bétolaud. Paris, édit. Panc- 
koucke, 4 vol. in-S», i835-i838 
(P- 29). 

Archives curieuses de l'Histoire de 
France, publiées par Cimber et 
Danjou, Paris, 1834-1840, 27 vol. 8 
(p. 264}. 

Archives d Ttat de Florence (p. 1 53) . 

Archives de la ville de Gand(p. aa3, 
aa4, aa7, aa8, aag). 

Archives du Vatican (p. 189). 

Archivio veneto (p. i53). 

Aristophane, a. Lysistrata, trad. 
nouv. par Ch. Zevort, ornée de plus 
de 100 gravures par Noter, repro- 



' Compléter cette table, qui renferme des titres seulement pour mémoire 
ou se rapportant aux autres volumes, par les autres tables de rourrage. 



*9^ INDEX BIBLIOGRA.PHIQUE. RÉiERENGES ET SOURCES 



duites en couleurs d'après les docu- 
ments authentiques des musées d'Eu- 
rope, Paris in-i2, 1898 (p. 6i). 

Aristophane, b. Œuvres complè- 
tes, éd. Poyard, Paris, igoB, in-ia 
(p. 58). 

AristOte. Histoire des animaux, 
trad. de J. Barthlémy Saint-Hilaire, 
3 vol. in-8^ Paris, i883 (54, 5;, 61. 
137, t68, 202). 

Armandi (p. 102). 
Athénée, a. Banquet des savans, 
traduit par M. Lefebvre de Ville- 
brune. Paris, 5 vol. in-40, 1789- 
1791 (p. 28,3i, 57, 62, 114). 

Athénée, h. Les Quinze livres des 
deipnosophistes d'Athénée de la ville 
de Naucrate d'Egypte,... trad. pour 
la première fois en François... [par 
l'abbé Michel de MaroUps]. Paris, 
in-4«, 1680 (p. 28, 3i, 57, 58). 

Auber (l'abbé). Histoire et théorie 
du symbolisme religieux avant et 
depuis le Christianisme, 4 vol. in-80, 
1870-71. 

Aubigné (Théodore Agrippa d). 
Œuvres complètes publiées par 
Réaume et F. de Caussade, Paris, 
6 vol. 8«, 1873-1892 (p. 282). 

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Ballu. Voir Bœswillwald . 

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in-S», 1881-1891 (p. 257). 

Bellini. (Recueil). VoirGoLOUBEw. 

Belon. (Pierre), a. Le premier [se- 
cond, troisième] livre des observa- 
tions de plvsievrs singvlaritez et choses 
mémorables obseruées en diuers pays 
estranges par Pierre Belon du Mans. 
Paris, i555, in-80 (p. 187, 189, 281 
284). 

Belon. b. Histoire de la nature des 
oyseaulx avec leurs descriptions et 
naifs portraits retirez dv natvrel. 
Paris, i555, in-P. (L'exemplaire delà 
Bihl. nat. a des figures coloriées à 
la main) (p. 264, 282). 

Belon. c. Portraits d'oyseaux, ani- 
maux, serpens, arbres, hommes et 
femmes d'Arabie et d'Egypte observés 
par P. Belon. i557,in-4o (p. 282). 

Bennett (Edward Turner). The 
Tower Ménagerie comprising the 
natural History of the Animais con- 
tained in that establishment; with 
anecdoctes of their characters and 
History. lUustrated by portraits of 
each taken frora life by William 
Harvey ; and engraved on wood by 

Branston and Wright. London . 

Printed for R. Jennings, etc. 1829. 
Cet ouvrage donne la description 

de 43 Mammifères, de 11 Oiseaux et 

de 4 Reptiles qui vivaient à la Tour 

dans l'été de 1818 (p. i54). 

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taine B . . ., 1 un de ses consquistadores, 



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Archives curieuses, publiées par 
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p. 89. 

Britton (John) et E.-W. Brayley. 
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comprising historical and descriptive 
accounts of that national fortress 
and Palace. London, i83o, in-8° 
374 p. avec pi. hors texte. 

Les pages 353 à 364 sont consa- 
crées à la ménagerie, avec une bonne 
bibliographie (p. i54). 

Bruchet (Max). Le château de 
Ripaille. in-4°, 1907 (p. 246). 

Brunetto (Latini). Voir Latini . 

Bruhin (P. Th. A). Zoologisches 
aus der Solothurnerchronik, Ber 
Zool. Gart. Francf. 1867, t. VIII, 
p. 61-67 (p. 232) . 

Bruyerin-Champier. (Bruyerinus 
Campegius). De re cibaria, libri XXII. 
Lugduni i56o, in-12 (p. 212, 284) . 

Burckhardt (Jacob). La civilisa- 
tion en Italie au temps de la Renais- 
sance, trad. de M. Schmitt, 2* édit. 
Paris, 1906, 2 vol. in-12 (p. i45, i53, 
198, 201, 204. 



Gagnât (R.)- (^- Mosaïque trouvée 
àVeii, C. R. Ac. Inscript et Bell. Lett., 
Ï899, P- 669-676, pi. p. 670 (p. 99). 

Gagnât, b. Voir Bœswillwald . 

Galkoen (G.-G.).Dewordingenont- 
wikkeling van het « Hof in die Haghe » 
gedurende de middeleeuwen ; Die 
Haghe, Bydragen en Mededeelingen, 
1901, p. 5a (p. i56). 

Galmet (R. P. D-Augustin). Com- 
mentaire littéral sur tous les livres 
de l'Ancien et du Nouveau Testament. 



8 vol. in-4°. Paris, M.DCC.XXIV- 
M.DCC.XXVI 

CalpurniuB(p.7o, 71, 112, 121, 137). 

Calvette de Estrella ^Juan Chris- 
toval). Le très heureux voyage fait 
par très haut et très puissant Prince 
Don Philippe, fils du grand Empe- 
reur Charles-Quint, depuis l'Europe 
jusqu'à ses domaines de la Basse- 
Allemagne avec la description de 
tous les États de Brabant et de Flan- 
dre, écrit en quatre livres par C. de 
E., traduit de l'espagnol par Jules 
Petit, Bruxelles, 1876 (p. 227). 

Campegius. Voir Bruyerïn-Chàm- 

PIER. 

Camper (p. 104). 

Camus (Jules), a. Les Guépards 
chasseurs en France, au xv» et au 
xvi« siècles. Feuille des jeunes nat., 
xviii® ann., i^'' août 1888, n° 214, 
p. 129-131 (p. 145). 

Camus (J.). b. La cour du duc Amé- 
dée VIII à Rumilly. Revue savoi- 
sienne, 1901, p. 342-344 (p- ^45). 

Camus. (J. ) c. La « Lonza » de Dante 
et les « Léopards » de Pétrarque, de 
l'Arioste, etc. Giorn. storico délia let- 
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1887-1908 (p. 255, 263, 264, 267, 268, 
269). 

Catalogue des musées et collec- 
tions archéologiques de l'Algérie et 
de la Tunisie (Musée Alaoui), par 
Du Coudray la Blanchère et P. Gau- 
ckler I vol. in-8°, avec Supplément 
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M.D.LXXVI, nouvelle édition par H. 
DestaiUeur, Paris, MDCCCLXVIII 
(p. i65, 284) . 

Cerceau, b. Le Second volume 
des plus excellents Bastiments de 
France... Paris, M.D.LXXIX. 

Cerceau, c. Livre d'architecture 
de Jacqves Androvet Dv Cerceav, 
avquel sont contenues diverses ordon- 
nances de Plants et éléuations de Bas- 
timents pour seigneurs, gentils- 
hommes, et autres qui voudront bastir 
aux champs mesmes en aucun d'iceux 
sont desseignez les basses-courts, 
auec leurs commoditez particulières ; 
aussi les iardinages et vergiers. Paris, 
M.DC. XLVIII. 

Certain (de). Raoul Tortaire. Bi- 
bliothèque de l'Ecole des Chartes, 
t. XVI, i855 (4° série, i"' vol.), 
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Champollion (le Jeune). Monu- 
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4 vol., tr. gr. fol. Paris, 1844, 
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Champollion-Figeac (A.). Louis et 
Charles ducs d'Orléans, leur influence 
sur les arts, la littérature et l'esprit 
de leur siècle. Paris, 1844, ^ ^ol- 
in-8°(dont un atlas) (p. 169, 180). 

Chanson de Roland (La) , texte cri- 
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Viriville. Paris i858, 3 vol. in- 12° 
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Charton (Edouard). Voyageurs an- 
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Paris i885, 8 vol. in-8° (p. 109). 



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Commines (Philippe de), b. Second 
manuscrit ayant appartenu à Anne 
de Polignac et publié par B. de 
Mandrot. Paris, 1901-1903 (p. 258, 
359). 

Comptes de dépenses de la cons- 
truction du château de Gaillon, 
publiés par A. Deville. Paris, 
4», MDCCCL avec atlas gr. in-f° 
(p. 285). 

Comptes de l'argenterie de Henri IV 
pour l'année iSgi. Bibl. munie, de 
Chartres, Ms n» 416, f^ 55. v° 
(p. 275). 

Comptes de la ville de Gand (en 
flamand) (p. i58). 

Comptes de l'Hôtel des rois de 
France au xiv^ et au xv° siècles, 
publiés par L. Douët-D'Arcq. Paris, 
i865, 8° (p. 179, 258). 

Comptes des bâtiments du Roi 
(1528 à 1571), publiés par M. de 
Laborde. Paris, 1880, 2 vol. (p. 240, 
267, 268, 269, 271, 273, 275). 

Comptes des dépenses de Catherine 
de Médicis, Archives curieuses de 
l'Histoire de Fi-ance, t. IX, publiées 
par Cimber et Danjou (p. 272). 

Comptes des dépenses de Char- 
les IX, Archives curieuses de l'His- 
toire de France, i^^ sér. t. YIII, 
p. 355-365 (p. 274). 

Comptes du receveur de Nordhol- 
land (en hollandais) (p. i56). 

Comptes et dépenses de Louis XI 
(Extraits des), publiés par L. Cim- 
ber dans les Archives curieuses de 
l'Histoire de France, i'* série, t. I, 
.1834 (p. 272). 



Comptes et mémoriaux du Roi 
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delà Marche. Paris, 1873, in-S" (p. 347, 
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Comte (Jules). La Tapisserie de 
Bayeux, reproduction d'après nature 
en 79 planches phototypographiques. 
Paris, i878, in-40 obi. (p. 167). 

Confucius. Chi-King ou Livre des 
Vers, trad, par G. Pauthier (3® par- 
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consilio et auctoritate Academiœ lit- 
terarum regiœ Borussicae editum. 
i5 vol., fol. Berolini, MDCCCLXIII- 
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Cortez (Femand). Lettre de Cortez 
à Charles-Quint, trad. de Flavigny, 
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ciens et modernes, i863, t. 3®, 
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Des Vergers (Noël). L'Etrurie et 
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in-8°, avec atl. in-fol, Paris, i86a- 
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Durer (Albrecht). Journal d'un 
voyage fait dans les Pay-Bas pen- 
dant les années i520 et i52i, trad. 
en fr. et publié dans Le Cabinet de 
l'Amateur et de l'Antiquaire. Paris, 
1842, t. I, p. 4i5, 4^5, 487 (p. 226, 
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Durrieu (Paul), a. Les Archives 
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cicule) (p. 179). 

Durrieu. c. (p. 179). 

Dussaud (René). Les civilisations 
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mer Egée... Paris, 1910, in-4û (p. 59). 

Duval (George). Londres au temps 
de Shakespeare, avec un plan ori- 
ginal de Londres au xvi^ siècle, 
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99, 102, iio, III, 126, i36, i38, 168). 

Engelman (p. 56). 

Enlart. (G.), a. Art gothique, la 
Renaissance en Chypre. Paris, 1899. 
2 vol. in-8'> (p. 145). 

Enlart. h. Manuel d'Archéolo- 
gie française, 2 vol. in-80. Paris, 
1904 (p. 145, 159, 164, 172, 173, 
264). 

Enslin (Theodor Christian Frie- 
drich). Bibliothekder Forst-undJagd- 
Wisseuschaft oder Verzeichniss der 
in altérer und neuerer Zeit, beson- 
ders aber vom Jahre 1750 bis gegen 
Ende des Jahres 1842 in Deutschland 

erschienenen von neuem gànzlich 

umgearbeitet von Wilhem Engel- 
mann. Leipzig, 1843, in-8° (p. 8) . 

« Epistre composée en latin par le 
renommé et royal poète fauste Andre- 
lin de fourly en laquelle Anne très 
vertueuse royne de France, duchesse 
de Bretagne, exhorte de son retour le 
très puissàt et immuable roy de 
France loys douziesme son mary, 
estant en Italie, après auoir obtenu le 
triomphe de victoire cotre les véni- 
ciens. Translatée icelle epistre en 
français par Mace de Villebresme, 
valet de chambre ordinaire diceluy 
seigneur. » Biblioth. impér. publique 
de Saint-Pétersbourg. Mss fr... 



[Ce magnifique manuscrit renferme 
de nombreuses miniatures toutes très 
intéressantes pour la vie de l'époque. 
Au verso du titre, une grande plauche 
représente la reine avec ses dames; 
on y voit un petit chien blanc et une 
grande cage avec une perruche verte, 
bec et pattes rouges (p. 262).] 

Esope (p. 57) . 

Espérandien (Emile). Recueil gé- 
néral des bas-reliefs de la Gaule 
romaine. Documents inédits sur l'His- 
toire de France, 3 vol. in-4°. Paris, 
1907-1910 (p. 100, ii3, 160). 

Estienne (Ch.). Prœdium rusticum. 
[Ce livre, écrit en latin en i545 (8»), 
fut traduit en français par Liebault, 
qui avait épousé une fille d 'Estienne, 
sous le titre de : « L'Agriculture et 
Maison rustique de M. Charles Es- 
tienne et lean Liebavlt, docteurs en 
médecine ». 

L'édition que nous avons consul- 
tée est celle de Rouen, 1600, in-4° 
(p. 284). 

Estoile (Pierre de L'). Voir L'Es- 

TOILE . 

Estrella. V. Calvette (de) . 

Euripide (p. 62). 

Evelyn. Voir Lister. 

Ezpilly. Dictionnaire géographi- 
que, historique et politique des Gaules 
et de la France, Paris, 1762-1770. 
6 vol. in-fol. (A.-S.) (p. 274). 



Fedele (P.) (p. 148). 

Ferreras (Juan de). Synopsis his- 
torica chronologica de Espâna. Ma- 
drid, 1775- I 791, 17 vol. in-8" 

(p. 2l3). 

Feuardent. Voir Cohen. 

Finot (Jules). Collection des Inven- 
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tementales, antérieures à 1790, Nord, 
série B, t. V-VII, rédigées par Jules 
Finot (p. 2i4)- 

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rien des Osterreischich-Kaiserlichen 
Hofes, Wien, i853 (p. a34, 235). 

Flavius Vopiscus (p. 114, 137). 

Florus (p. 93). 

Forcellini. ïotius Latinitatis Lexi- 
con opéra et studio Aegidii Forcel- 
lini Prati, 1858-1875, 6 vol, 

in-4** (p. 100). 

Fournival (Richard de). Le Bes- 
tiaire d'amour par Richard de Four- 
nival, suivi de la Réponse de la Dame, 
enrichi de 48 dessins gravés sur bois, 
publiés... par C. Hippeau. Paris 
1860 in-8^ 

Fra Salimbene de Adam Parmen- 
sis (p. i47)- 

Franklin (Alfred). La vie privée 
d'autrefois. Les animaux, a vol. in-ia*. 
Paris 1897-1899 (p. i63, 173, 181, 
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des Antonins, trad. de Ch. Vogel. 
Paris, 1865-74 ; 3 vol. in-8*> (p. 64, 93, 
99, io3, 126, i34, 161). 

Nouvelle éd. allemande sous le 
titre : Darstellung aus der Sitten- 



geschichte Roms in der Zeit von 
August bis zum Ausgang der Anto- 
nine, 3 vol. in-S», 1888-1890. 

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Le voyageur dans les Pays-Bas 
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Amsterdam, MDCCLXXXII- 
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Liébault (Jean) .Voir Estienne. 

Liédet. Voir Loyset . 

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mentales de la Charente, datée de 



1493.] Bullet. des se. nat. appliquées, 
1890, p. 429 (p. 284). 

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can Naturalist., i883, t. XVII, n» 12, 
p. 1225-1229. 

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Lipsius (Justus). Lipsii, Epistola- 
rum selectarum Centuriœ VIII. Vi- 
siaci. i6o4, Cent. I, Epist. L (Ps. I, 
p. 60). 

Livre des merveilles. Marco Polo, 
Odoric de Pordenone, Mandeville, 
Hayton, etc., Bibl.nat., Ms. fonds fr. 
n<* 2810 (anc. 8392). [Ce recueil a été 
compilé en i35i et copié vers la fin 
du xiv° siècle, sans doute pour le duc 
de Bourgogne, Philippe le Hardi. — 
Les fac-similés qui en ont été faits 
(réduits en 2 vol. in-12) sont mauvais 
et leur pagination ne correspond pas 
à celle de l'original] (p. 39, 4o, 238). 

Livre des métiers. Voir Boi- 

LEAU . 

Livre des morts (p. 17). 

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Lortet et G. Gaillard. La faune 
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ries publiées dans les Archives du 
Muséum d'Histoire naturelle de Lyon, 
1903-1908, in-4° (p. 17, 18, 20, 23). 

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roi de France, publiées par J. Vaesen 
et E. Charavay. Paris, 1883-1909, 
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Louis Xn. Lettres du roy — et du 
C George d'Amboise... depuis i5o4 
jusques... i5i4. Bruxelles, 1712, 

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édition des Lettres de Coriez publiée 
à Nuremberg, en i524. {Magasin pit- 
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402) (p. 191). 



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in-40. Paris, 1882-1903 (p. 46). 

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Thyaneen... en VIII. Livres. De la 
traduction de B. de Vigenere... re- 
ueuë et corrigée sur l'original grec 
par Fed. Morel... enrichie d'amples 
commentaires par Artus Thomas 
sieur d'Embry, Parisien. Paris, in-4°, 
1611 (p. 22, 42, 43, 58). 

Phœbus (Gaston), comte de Foix. 
La Chasse de — envoyée par lui à 
Messire Philippe de France, duc de 
Bourgogne... coUationnée par Joseph 
Lavallée. Paris, i854, in-8". 



Picart (Bernard) et StOSCh (Phi- 
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sur lesquelles les graveurs ont mis 
leurs noms... dessinées et gravées... 
par Bernard Picart... expliquées par 
M. Philippe deStosch... traduites en 
français par M. de Limiers... Ams- 
terdam, 1724, in-4° (p. ii3). 

Picca (Paolo). DaU'antico « Viva- 
rium, al moderno giardino zoologico. 
Nuova antologia, i" genn, 191 1, 
p. i33-i49. 

Cet article a été développé par l'au- 
teur en une brochure de 84 p. (in-i6) 
sous le titre : Guida storica del 
giardino zoologico (p. 148). 

Pichot (P.-Amédée). a. (p. i85). 

Pichot (Amédée). h. Voir Preb- 

COTT. 

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servir à l'histoire de l'art primitif. 
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3 vol. dont un atlas, gr*^ in-folio. 
Paris, 1867-1870 (p. 44). 

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de Paris. Atlas des anciens plans 
de Paris. Reproduction en fac-similé 
des originaux... Paris 1900, in- 
plano (p. 274). 

Plante (p. 71, 73, 139). 

Pline. Histoire naturelle, trad. par 
M. Ajasson de Grandsagne, 20 vol. in- 
80. Paris, 1829-1833. —Trad. E. Lit- 
tré, éd. Nisard. Paris, i848-i85o, 
2 vol. in-80. (p. 42, 49, 57, 65, 66, 67, 
68, 73, 8i, 87, 92, 95, 100, III, 112, 
114, ii5, i3i, i32, i38, 139, 167, i68.) 

Pline le Jeune. Œuvres complètes 
par M. de Sacy, éd. Panckouche. 
Paris, i832-i833, 3 vol. in-S». — Ed. 
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sous sa dictée en 1298 par Rusticien 
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[Cet ouvrage forme la dernière 
partie de la publication du Prof. 
H. Schlegel et P. -H. Witkamp. De 
dierentuin van het koninkUjk Zoôlo- 
gisch genootschap Natura artis Ma- 
gistra te Amsterdam. Amsterdam, 
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Zevort (Ch.). V. Aristophane. 



TABLE DES PLANCHES 



Fages. 

I. Jardin d'acclimatation d'une reine d'Egypte de la XVIII® dynastie, 

à Thèbes. (Quartier des mammifères) 27 

II. Autre vue du même Jardin d'Acclimatation. (Quartier des Oiseaux 

et des Poissons) 27 

III. Ménagerie d'un empereur de Chine au xni*' siècle après J.-C. . Sg 

IV. Scènes de ménageries des rois assyriens 45 

V. Volière de Varron d'après l'interprétation de Pierro Ligorio. . 81 

VI. Volière de Varron d'après l'interprétation de Dezobry 81 

VII. Grande chasse d animaux sauvages en Afrique pour les ménage- 

ries romaines 97 

VIII. Scènes de ménageries romaines loi 

IX. Médailles séculaires et médaillons contorniates représentant quel- 

ques animaux de ménageries romaines 109 

X. Perspective de l'amphithéâtre de Pouzzoles dans son état actuel. 117 

XI. Fresque du Palais des Papes, à Avignon i65 

XII. Montreurs de bêtes chez les Turcs, au xvi® siècle 189 

XIII. Jeux et combats d'animaux à Florence 199 

XIV. Guépards de chasse et autres animaux des Médicis, au temps de 

Cosme l'Ancien 199 

XV. La « Cour du Prince », à Gand et sa ménagerie, à la fin du 

xvi'^ siècle 22.9 

XVI. Animaux héraldiques et animaux privés d'une châtelaine fran- 

çaise, au xv^ siècle 279 



TABLE DES MATIÈRES 



IHTRODDCTIOX 



PREMIERE PARTIE 

L ANTIQUITÉ ET LE MOYEN AGE 

(JUSQU'A LA FIN DU XIV» SIÈCLE) 



CHAPITRE PREMIER 

LES MÉNAGERIES DES ÉGYPTIENS 

1. Origines de la coutume de garder des animaux sauvages en captivité. 

— Totémisme et animaux sacrés 9 

a. Ménageries des Egyptiens. — Culte des animaux et ménageries des 

Temples 10 

3. Les momies d'animaux 17 

4. Les animaux de chasse et les lions familiers des Pharaons .... 20 

5. Les parcs à animaux. — Le Jardin d'acclimatation de la reine 

Hatasou. — Moyens employés pour se procurer des animaux 
vivants 22 

6. Les ménageries d'Alexandrie et la procession des Grandes Dionysies. 28 



CHAPITRE II 

LES MÉNAGERIES EN ASIE ET EN GRÈCE 

1. Les parcs et ménageries des empereurs chinois 36 

a. Les animaux sacrés dans l'Inde antique 4i 

3. Les réserves de chasse et les parcs à lions des rois de Babylone. . 43 

4. Les animaux sacrés de Perse. — Destruction des Paradeisos de Baby- 

lone 47 

5. Les ménageries de Ninivc, de Phénicie, de Syrie et de Judée ... 5o 



3l6 TABLE DES MATIÈRES 

6. Les animaux familiers et les offrandes d'amour, chez les Grecs . . 53 

7. Les animaux sacrés élevés dans les temples et les réserves de chasse, 

en Grèce 5g 

8. Les premières ménageries ambulantes, en Grèce. Les ménageries 

des Grecs sous la domination étrangère 60 



CHAPITRE III 

LES PETITES MÉNAGERIES DES ROMAINS 

I. Les animaux sacres et les animaux familiers en Italie 64 

a. Les oiseaux parleurs. Les oiseaux chanteurs. Les oiseaux de Vénus 

elles autres animaux de la maison romaine 67 

3. Les villas romaines et leurs réserves de chasse. — Les parcs à loirs et 

à escargots 73 

4. Les volières à grives et les élevages de paons 77 

5. Les volières d'agrément. — Description de la volière de Varron . . 81 

6. Les aquariums et les viviers du golfe de Naples 84 

CHAPITRE IV 

LES GRANDES MENAGERIES DES ROMAINS. 
COMBATS DE L'AMPHITHEATRE 

I. Les premières ménageries en Italie. — Origine et développement des 

spectacles de combats d'animaux 90 

3. Moyens employés par les Romains pour peupler leurs ménageries. 

— Pourvoyeurs d'animaux 93 

3. Les différentes sortes de ménageries à Rome. — Ménageries des 

Empereurs 99 

4. Entretien des ménageries. — Gardiens d'animaux. — Dompteurs. 

— Bêtes féroces apprivoisées iio 

5. Diverses utilisations des ménageries romaines. Les amphithéâtres et 

leurs ménageries 114 

6. Jeux d'animaux à l'amphithéâtre. — Exhibitions et combats d'ani- 

maux, chasses et naumachies. — Hommes et femmes condamnés 

aux bètes 122 

7. Les bestiaires et leurs exploits. — Fin des ménageries romaines. . 129 

8. Liste des animaux qui ont vécu dans ces ménageries i35 

CHAPITRE V 

LES MÉNAGERIES DU MOTEN AGE EN ORIENT, EN ITALIE, 
EN ANGLETERRE, DANS LES PAYS-BAS ET A AVIGNON 

I. La fin de l'Empire romain et les ménageries de Coastantinople . . . 140 
1. Les ménageries en Italie i45 



TABLE DES MATIÈRES 3l7 

3. Les ménageries des rois normands en Angleterre, à Woodstock et à 

Londres i53 

4. Les fosses à ours et les loges à lions chez les Seigneurs des Pays- 

Bas. — Ménagerie du Pape à Avignon i56 

CHAPITRE VI 
LES MÉNAGERIES MÉDIÉVALES EN FRANCE 

I. Les amphithéâtres et les combats d'animaux des Gallo-Romains et 

des Francs 160 

a. Les ménageries de France aux premiers temps du moyen âge. Les 

animaux des couvents et des châteaux féodaux 161 

3. Les animaux des rois de France, de Louis IX à Charles V. La pre- 

mière ménagerie du Louvre {i333 à 1373) 168 

4. Les oiseaux de Charles V au château de Vincennes et au manoir de 

Beauté. La ménagerie de l'hôtel Saint-Fol. sous Charles V et 
Charles VI 170 

5. Les ménageries des Tournelles et de Saint-Fol, de Charles VII à 

François I". — Curieux procès occasionné par les lions de l'hôtel 
Saint-Fol 176 

6. Les animaux chez les seigneurs et les bourgeois de France à la fin 

du xiT« siècle. — Les montreurs de bête» i'8 



DEUXIEME PARTIE 

LA RENAISSANCE 
(XV» ET XYf« SIÈCLES) 



CHAPITRE VII 

LES DÉBUTS DE LÀ RENAISSANCE. MÉNAGERIES 
DES ARABES, DES TURCS ET DES ANCIENS MEXICAINS 

I. Les Arabes et les Turcs ramènent en Europe et en Afrique le faste des 

anciens rois perses. — Les ménageries turques de Constantinople. i83 
a. Les ménageries arabes du nord de l'Afrique 188 

3. Les ménageries des anciens Mexicains : la ménagerie de Montezuma 

à Tenochtitlan 190 

4. Les animaux et le musée de l'Académie de Tezcuco 195 

CHAPITRE VIII 

LES MÉNAGERIES D'ITALIE A L ÉPOQUE 
DE LA RENAISSANCE 

I . Le développement des ménageries en Italie. — Les ménageries de 

Florence 197 



3l8 TABLE DES MATIÈRES 

a. Les ménageries de Ferrare, Milan, Rome, Naples et autres villes 

d'Italie 201 

3, Les animaux du Pape et des Prélats de l'Église romaine. ..... aoa 

4. Les peintres italiens et les ménageries ao5 



CHAPITRE IX 

LES MÉNAGERIES D'ANGLETERRE, D'ESPAGNE 
ET DE PORTUGAL AUX XV« ET XVI» SIÈCLES 

I. La ménagerie royale de Londres à l'époque de la Renaissance. . . 210 
a. Les ménageries espagnoles. — Combats de taureaux et de bêtes 

féroces au temps de Charles-Quint 212 

3. Les ménageries portugaises. — Combat d'un rhinocéros et d'un élé- 
phant 2l5 

CHAPITRE X 

LES MÉNAGERIES DES PAYS-BAS, DE SUISSE, D'ALLEMAGNE 
ET D'AUTRICHE AUX XV' ET XVI» SIÈCLES 

1. Les lions de Bruges et de Gand au temps des ducs de Bourgogne . 221 

2. Les animaux de Marguerite d'Autriche à Louvain et à Malines. — 

La ménagerie de la Cour du Prince, à Gand (de i5oo à iSgS). . 225 

3. Anvers et le Parc de Bruxelles 229 

4. Les fosses à ours des villes de Suisse a3o 

5. Les ménageries d'Allemagne et d'Autriche 23i 

CHAPITRE XI 

LES MÉNAGERIES DE BOURGOGNE, DE LORRAINE, DE SAVOIE, 
D'ANJOU ET DE PROVENCE AUX XV» ET XVI» SIÈCLES 

1. Les animaux à la cour de Philippe le Hardi, à Dijon 237 

2. Les ménageries de Bourgogne au temps de Philippe le Bon. . . . 239 

3. Les lions et les ours à la Cour de Lorraine. Combats d'animaux à 

Nancy 242 

4. Les ménageries de Savoie 245 

5. La Cour du roi René et sa ménagerie au château d'Angers 246 

6. Les ménageries de Provence 254 

CHAPITRE XII 

LES MÉNAGERIES DES ROIS DE FRANCE AUX XV» 
ET XVI» SIÈCLES 

I. Les animaux de la reine Marie d'Anjou et l'enfance de Louis XI au 

château de Chiaon 256 



TABLE DES MATIÈRES BiQ 

a, La ménagerie de Plessis-les-Tours et les autres ménageries royales 

an temps de Louis XI j57 

3. Anne de Beaujeu et la girafe de Laurent de Médicis. — Les ména- 

geries à la cour dé France au temps d'Anne de Bretagne ... aôi 

4. Les animaux de François P"^. — Combats de bêtes féroces et pour- 

voyeurs d'animaux 263 

5. La ménagerie de Henri II au château de Saint-Germain. — Les ani- 

maux de Catherine de Médicis et des « enfants de France » . . 270 

6. La nouvelle ménagerie du Louvre et la ménagerie des Tuileries . . 273 

7. Les ménageries de Henri IV 275 



CHAPITRE XIII 

LES MÉNAGERIES DES SEIGNEURS, DES BOURGEOIS ET DES 
FORAINS, DU XV» AU COMMENCEMENT DU XVII» SIÈCLE 

1. Les bêtes privées du château de Boussac. — La lionne du duc de 

Guise et le château de Tancarville. — Bateleur rappelant les 
exploits des bestiaires romains 278 

2. Acclimatation de nouveaux oiseaux dans les domaines provinciaux. 

Garennes 282 

3. Premières ménageries de Chantilly 285 

InOEX BIBLIOGRAPHIQUE. RÉFÉRENCES ET SOURCES 29 1 

Table des planches 3î4 



ÉVREUX, IMPRIMERIE CH. BÉRISSET, PAUL HÉRIS8EY, SUCC 







1279 4~ ^^ 



KINUinia ^L.U I . ""Al 4S0 19fU 



4Ii Loisel, Gustave 

73 Histoire des 

A1L7 



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